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Textes à méditer, amenés par les participants

Gaël | Magda | Flavien | Annette | Axel | Marili | Samuel | Jeanne | Virgile | Sarah | Cécile | Sarra | Sarah | Joëlle
 

Gaël

« Dès mes premiers pas en Australie, je fais un deal avec moi-même. Devant moi se trouve ce mur énorme que représente ces 14'000 kilomètres. Pour ne pas devenir folle, je décide de vivre l'instant présent. Tout ce que mon regard voit, Je le vis à la seconde même du visionnage. Et là, je découvre un monde parallèle, d'une énergie folle. Je bois la beauté de toute chose. Je m'ouvre et inconsciemment me régénère dans cette extase de l'instant. Ma vision a radicalement changée ; tout est beauté ! Je perçois ce qui m'entoure de tous mes pores, je vois la source de la Vie. Le mot Vie à travers mon regard neuf a changé et je ressens même un caillou respirer... Tout est là, comme un tableau parfait, et j'en fais partie. »

Sarah Marquis, 14'000km à pied à travers les déserts australiens( Editions du Roc 2004, p. 16)

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Magda

« Nous ne devrions pas croire à une chose uniquement parce qu'elle a été dite, ni croire aux traditions parce qu'elles ont été transmises depuis l'antiquité, ni aux « on dit » en tant que tels, ni aux écrits des sages parce que ce sont des sages qui les ont écrits, ni aux imaginations que nous supposons nous avoir été inspirées par un Deva, ni aux déductions tirées de quelque hypothèse hasardeuse que nous aurions pu faire, ni à ce qui paraît être une nécessité analogique, ni croire sur la simple autorité de nos instructeurs ou de nos maîtres ; mais nous devons croire à un écrit, à une doctrine ou à une affirmation lorsque notre raison et notre expérience intime les confirment.
C'est pourquoi je vous ai enseigné à ne pas croire simplement d'après ce qui vous a été dit, mais conformément à votre expérience personnelle et puis à agir en conséquence et généreusement. »

Enseignement de Bouddha

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Flavien

« Les Indous avaient amené un éléphant ; ils l'exhibèrent dans une maison obscure. Plusieurs personnes entrèrent, une par une, dans le noir, afin de la voir. Ne pouvant le voir des yeux, ils le tâtèrent de la main. L'un posa la main sur sa trompe ; il dit « Cette créature est telle un tuyau d'eau. » L'autre lui toucha l'oreille, elle lui apparut semblable à un éventail. Lui ayant saisi la jambe, un autre déclara : « L'éléphant a forme de pilier. » Après lui avoir poser la main sur le dos, un autre dit : « En vérité cet éléphant est comme un trône. »
De même, chaque fois que quelqu'un entendait une description de l'éléphant, il la comprenait d'après la partie qu'il avait touchée.
Leurs affirmations variaient selon ce qu'ils avaient perçu : l'un l'appelait « dal », l'autre « alif ». Si chacun d'eux avait été muni d'une chandelle, leurs paroles n'auraient pas différé.
L'oeil de la perception est aussi limité que la paume de la main qui ne pouvait cerner la totalité de l'éléphant.
L'oeil de la mer est une chose, l'écume en est une autre ; délaisse l'écume et regarde avec l'oeil de la mer.
Jour et nuit, provenant de la mer, se meuvent les flocons d'écume ; tu vois l'écume, non la mer. Que c'est étrange !
Nous nous heurtons les uns contre les autres comme des barques ; nos yeux sont aveuglés, l'eau est pourtant claire.
Ô toi qui t'es endormi dans le bateau du corps, tu as vu l'eau ; contemple l'Eau de l'eau. L'eau a une Eau qui la pousse, l'esprit un Esprit qui l'appelle. »

La parabole de l'éléphant de Djalàl und-dìn Rumi (1207-1273)

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Annette

« Je parle de la liberté et je parle de la vie, mais je ne parle ni de la liberté rose du poète ou des femmes, ni de la liberté noire du charbonnier ou des Africains du Sud, ni de la liberté blanche de l'Occident ou de ses religions, ni de la liberté rouge de la perestroïka. Car je ne parle pas des couleurs de la liberté, ni ne parle de la liberté du vent - il tue aussi, ni de la liberté des oiseaux de se nourrir de nappes de pétrole, ni de celle des arbres, des lacs, des poissons de se droguer à l'acide. Et je ne parle pas de la liberté d'un peuple distinct en particulier, ni même de celle d'un quelconque pays de général. Je parle de la liberté quotidienne, ordinaire.
Je parle de la liberté de choisir qui aimer et qui ignorer. De la liberté de fixer ses tolérances. De la liberté de partir et de revenir. De celle de disposer de son coeur et de son corps, de sa tête et de ses pieds, de sa tendresse et de son cul. Je parle de la liberté d'être complètement soi, d'être soi ou coton ! Je parle de la liberté qu'on gagne, de la liberté donnée par la connaissance, de la liberté reçue de l'expérience et du travail, de celle de l'entière possession de soi. Car je parle ici de la liberté qualifiée (la première étant de marcher et la vingtième de marcher droit) et de la liberté inversée : à l'adolescence, la liberté, c'est l'amour. Et à l'âge adulte, l'amour, c'est la liberté.
Il t'a suffi de 20 ans pour devenir femme et libre. Il te faudra une vie pour le rester. »

La liberté, lettre d'un père à sa fille de 20 ans

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Axel

«Mais le plus merveilleux était qu'il y eut là, debout sur le dos rond de la planète, entre ce linge aimanté et ces étoiles, une conscience d'hommes dans laquelle cette pluie pût se réfléchire comme dans un miroir. Sur une assise de minéraux un songe est un miracle. Et je me souviens d'un songe...

Echoué ainsi une autre fois dans une région de sable épais, j'attendais l'aube. Les collines d'or offraient à la lune leur versant lumineux, et des versants d'ombres montaient jusqu'aux lignes de partage de la lumière. Sur ce chantier désert d'ombre et de lune, régnait une paix de travail suspendu, et aussi un silence de piège, au coeur duquel je m'endormis.

Quand je me réveillai, je ne vis rien que le bassin du ciel nocturne, car j'étais allongé sur une crête, les bras en croix et face à ce vivier d'étoiles. N'ayant pas compris encore quelles étaient ces profondeurs, je fus pris de vertige, faute d'une racine à quoi me retenir, faute d'un toit, d'une branche d'arbre entre ces profondeurs et moi, déjà délié, livré à la chute comme un plongeur.
Mais je ne tombais point. De la nuque aux talons, je me découvrais noué à la terre. J'éprouvais une sorte d'apaisement à lui abandonner mon poids. La gravitation m'apparaissait souveraine comme l'amour.
Je sentais la terre étayer mes reins, me soutenir, me soulever, me transporter dans l'espace nocturne. Je me découvrais appliqué à l'astre, par une pesée semblable à cette pesée des virages qui vous applique au char, je goûtais cet épaulement admirable, cette solidité, cette sécurité, et je devinais, sous mon corps, ce pont courbe de mon navire.

J'avais si bien conscience d'être emporté, que j'eusse entendu sans surprise monter du fond des terres, la plainte des matériaux qui se réajustent dans l'effort, ce gémissement des voiliers qui prennent leur gîte, ce long cri aigre que font les péniches contrariées. Mais le silence durait dans l'épaisseur des terres. Mais cette pesée se révélait, dans mes épaules, harmonieuse, soutenue, égale pour l'éternité. J'habitais bien cette patrie, comme le corps des galériens morts, lestés de plombs, le fond des mers.
Et je méditai sur ma condition, perdu dans le désert et menacé, nu entre le sable et les étoiles, éloigné des pôles de ma vie par trop de silence. Car je savais que j'userai, à les rejoindre, des jours, des semaines, des mois, si nul avion ne me retrouvait, si les Maures, demain, ne me massacraient pas. Ici, je ne possédais plus rien au monde. Je n'étais rien qu'un mortel égaré entre du sable et des étoiles, conscient de la seule douceur de respirer... »
Antoine de Saint-Exupéry, Terre des hommes (folio, p.62-63)

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Marili

« Les douleurs du corps s'envolèrent ; la lutte s'arrêta ; l'esprit était lumineux, vaste comme le ciel, empli de la plus délicieuse impression de liberté. C'était comme si la grâce était descendue en moi. Je ne pouvais rester assis heure après heure, me sentant sans cesse aimé et protégé par l'univers tout entier. Je vivais dans un monde de paix infinie et de totale joie. La vérité de la vie m'était parfaitement claire : je voyais comme l'attachement est la cause de nos souffrances, et comment, en suivant notre petit moi, ce faux ego, nous courrons partout comme un propriétaire soucieux qui ne supporte aucun désordre. J'ai pleuré devant toutes ces souffrances inutiles. Et soudain, j'ai vu tout le renoncement spirituel, qui essaye de nous faire lâcher la vie ordinaire et ses plaisirs, comme une sorte de plaisanterie. En fait, l'Eveil est si ouvert, si joyeux, il est tellement plus que n'importe quel plaisir auquel nous nous attachons... Nous ne renonçons pas au monde, nous gagnons le monde. »

Moment d'éveil

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Samuel

Il est nuit... Qui respire ?... Ah ! c'est la longue haleine, la respiration nocturne de la plaine ! Elle semble, ô désert ! craindre de t'éveiller. Accoudé sur ce sable, immuable oreiller, j'écoute, en retenant l'haleine intérieure, la brise du dehors, qui passe, chante et pleure ; ... Sur l'océan de sable où navigue la lune, mon oeil partout ailleurs flotte de dune en dune ; ... Mais le chameau pensif, au roulis de son dos, navire intelligent, berce seul sur ces flots ; Dieu le fit, ô désert ! pour arpenter ta face, lent comme un jour qui vient après un jour qui passe, patient comme un but qui ne s'approche pas. Long comme un infini, traversé pas à pas, prudent comme la soif quarante jours trompée, nu comme l'indigent, sobre comme la faim, ensanglantant sa bouche aux ronces du chemin ; sûr comme un serviteur, humble comme un esclave, déposant son fardeau pour chausser son entrave, trouvant le poids léger, l'homme bon, le frein doux, et pour grandir l'enfant pliant ses deux genoux ! ... D'une bande de feu l'horizon se colore, l'obscurité renvoie un reflet à l'aurore ; sous cette pourpre d'air, qui pleut du firmament, le sable s'illumine en mer de diamant. Hâtons-nous ! ...replions, après ce léger somme, la tente d'une nuit semblable aux jours de l'homme, et sur cet océan qui recouvre les pas, recommençons la route où l'on n'arrive pas ! ... Entre l'Arabe et nous le sort tient l'équilibre ; nos malheurs sont égaux... mais son malheur est libre ! Des deux séjours humains, la tente ou la maison, l'un est un pan du ciel, l'autre un pan de prison ; aux pierres du foyer l'homme des murs s'enchaîne, il prend dans ses sillons racine comme un chêne : L'homme dont le désert est la vaste cité n'a d'ombre que la sienne en son immensité. La tyrannie en vain se fatigue à l'y suivre ; être seul, c'est régner ; être libre, c'est vivre... Sous un soleil de plomb, la terre ici fendue pour unique ornement, n'a que son étendue. »

Alphonse de Lamartine

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Jeanne

« Il nous faut des lieux de désert, qui désencombrent notre espace de l'inutile, du superflu, qui nous font chercher l'essentiel sans artifices ni faux-semblants, qui nous vident des sécurités pour faire place à l'inconnu. Le désert n'est pas loin, il peut être chez nous. Il est là où l'on a la volonté de libérer nos vies, le courage d'affronter un face-à-face avec nous-même et avec Dieu.
Il nous faut des temps de désert, qui fassent taire tous bruits, délaissent les distractions, qui stoppent la course folle où nous sommes embarqués, et qui démasquent nos peurs. Ce temps est pour celui qui ose le silence, qui renonce, de lui-même, aux faux bonheurs du monde, qui prend le risque de ne plus compter que sur Dieu.
Il nous faut un coeur en désert qui vive la solitude, qui s'ouvre à l'infini, qui voit plus grand que lui. Ce coeur connaît la faim et la soif mais il sera comblé plus qu'il ne le pensait : l'Amour est là, offert, il se donne au coeur libéré.
Toute vie passe par le désert que Jésus Lui-même a voulu connaître. Toute vie jaillit d'un cri, du désir de Celui qui apaise toute chair et du choix de le laisser, Lui, le seul Maître du monde, être pour notre existence la source de la Joie.
Le désert, c'est l'école de la Vie et la route de la Joie. »

Désert (texte tiré du fascicule « Chemins de Pâques »)

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Virgile

Il marche. Sans arrêt il marche. Il va ici et puis là. Il passe sa vie sur quelque soixante kilomètres de long, trente de large. Et il marche. Sans arrêt. On dirait que le repos lui est interdit.

Ce qu'on sait de lui, on le tient d'un livre. Avec l'oreille un peu plus fine, nous pourrions nous passer de ce livre et recevoir de ses nouvelles en écoutant le chant des particules du sable, soulevées par ses pieds nus. Rien ne se remet de son passage et son passage n'en finit pas.

Ils sont d'abord quatre à écrire sur lui. Ils ont quand ils écrivent, soixante ans de retard sur l'événement de son passage. Soixante ans au moins. Nous en avons beaucoup plus, deux mille. Tout ce qui peut être dit sur cet homme est en retard sur lui. Il garde une foulée d'avance et sa parole est comme lui, sans cesse en mouvement, sans fin dans le mouvement de tout donner d'elle-même. Deux mille ans après lui, c'est comme soixante. Il vient de passer et les jardins d'Israël frémissent encore de son passage, comme après une bombe, les ondes brûlantes d'un souffle.

Il va tête nue. La mort, le vent, l'injure, il reçoit tout de face, sans jamais ralentir son pas. A croire que ce qui le tourmente n'est rien en regard de ce qu'il espère. A croire que la mort n'est guère plus qu'un vent de sable. A croire que vivre est comme il marche- sans fin.

L'humain est ce qui va ainsi, tête nue, dans la recherche jamais interrompue de ce qui est plus grand que soi. Et le premier venu est plus grand que nous : c'est une des choses que dit cet homme. C'est l'unique chose qu'il cherche à faire entrer dans nos têtes lourdes. Le premier venu est plus grand que nous : il faut détacher chaque mot de cette phrase et le mâcher, le remâcher. La vérité, ça se mange. Voir l'autre dans sa noblesse de solitude, dans la beauté perdue de ses jours. Le regarder dans le mouvement de venir, dans la confiance à cette venue. C'est ce qu'il s'épuise à nous dire, l'homme qui marche : ne me regardez pas, moi. Regardez le premier venu et ça suffira, et ça devrait suffire.

Il va droit à la porte de l'humain. Il attend que cette porte s'ouvre. La porte de l'humain, c'est le visage. Voir face à face, seul à seul, un à un. Dans les camps de concentration, les nazis interdisaient aux déportés de les regarder dans les yeux sous peine de mort immédiate. Celui dont je n'accueille plus le visage - et pour l'accueillir, il faut que je lave mon propre visage de toute matière de puissance - celui-là, je le vide de son humanité et je m'en vide moi-même.

Il est juif par sa mère, juif par son père, éternellement juif par cette façon d'aller partout sans trouver nulle part un abri, merveilleusement juif par son enfantin des devinettes - comme l'oiseau qui interroge par son chant et reçoit pour toute réponse une pierre et chant encore, même mort chante, encore, encore, encore, bien après que la pierre qui l'a tué est redevenu friable, poussière, moins que poussière silence, moins que silence, rien, et toujours cette vibration du chant pur dans le rien manifesté du monde.

La mort est économe, la vie est dépensière. Il ne parle que de la vie, avec ses mots à elle : il saisit des morceaux de la terre, les assemble dans sa parole, et c'est le ciel qui apparaît, un ciel avec des arbres qui volent, des agneaux qui dansent et des poissons qui brûlent, un ciel infréquentable, peuplé de prostitué, de fous et de noceurs, d'enfants qui éclatent de rire et de femmes qui ne rentrent plus à la maison, tellement de monde oublié par le monde et fêté là, tout de suite, maintenant, sur la terre autant qu'au ciel.

C'est une pesanteur des sociétés marchandes - et toutes les sociétés sont marchandes, toutes ont quelque chose à vendre - que de penser les gens comme des choses, que de distinguer les choses suivant leur rareté, et les hommes suivant leur puissance. Lui, il a ce coeur d'enfant de ne rien savoir des distinctions. Le vertueux et le voyou, le mendiant et le prince, il s'adresse à tous de la même voix limpide, comme s'il n'y avait ni vertueux, ni voyou, ni mendiant, ni prince, mais seulement, à chaque fois, deux vivants face à face, et la parole dans le milieu des deux, qui va, qui vient. [...] »

Christian Bobin, L'homme qui marche (éd. le temps qu'il fait, p. 7-16)

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Sarah

La vie :

La vie est une chance, saisis-la.

La vie est beauté, admire-la.

La vie est béatitude, savoure-la.

La vie est un rêve, fais-en une réalité.

La vie est un défi, fais-lui face.

La vie est un devoir, accompli-le.

La vie est un jeu, joue-le.

La vie est précieuse, prends-en soin.

La vie est une richesse, conserve-la.

La vie est amour, jouis-en.

La vie est un mystère, perce-le.

La vie est promesse, remplis-la.

La vie est tristesse, surmonte-la.

La vie est un hymne, chante-le.

La vie est un combat, accepte-le.

La vie est une tragédie, prends-la à bras-le-corps.

La vie est une aventure, ose-la.

La vie est un bonheur, mérite-le.

La vie est la vie, défends-la.

Mère Teresa

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Cécile

« Par-dessus tout ne perdez pas le votre désir de marcher : chaque jour je marche moi-même jusqu'à un état de bien-être et je m'éloigne de toute maladie ; j'ai marché jusqu'à mes meilleures pensées, et je ne connais aucunes pensée si lourde que l'on ne puisse pas s'en défaire... excepté si l'on reste immobile, et plus on reste immobile, plus on en vient à se sentir mal... Ainsi, si l'on ne cesse de pas de marcher, tout ira bien. »

Soren Kierkegaard, Letter to Jette, 1847

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Sarra

« Dans la symphonie du monde, chacun de nous n'est qu'une note, mais une note unique. Si cette note n'était pas là, la symphonie ne serait pas la même, il lui manquerait quelque chose.

Chaque personne est ainsi une histoire sacrée, je dirais même un mystère. De même que chaque homme porte sa propre note, chaque homme trace un chemin unique, différent des autres. La vie est une grande aventure, une marche vers un point, vers un Autre. D'où l'importance incroyable de chaque seconde. Chaque moment a une valeur absolument éternelle. Chaque moment est lourd de sens, c'est de l'or qu'il nous faut engranger. On ne passe ainsi qu'une fois le chemin de la vie. On bâtit à chaque seconde, dans le temps, notre physionomie éternelle : nous serons pour toujours ce que nous faisons aujourd'hui. Chaque moment est pour toujours. »

Père Ceyrac, Tout ce qui n'est pas donné est perdu !

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Sarah

« Les hommes ne se sont jamais rendu compte de la puissance d'Éros [...] C'est le dieu le plus ami des hommes, puisqu'il leur porte secours en guérissant les maux dont la disparition offrirait à l'humanité la plus grande félicité [...] Jadis notre nature n'était pas ce qu'elle est actuellement. D'abord il y avait trois espèces d'hommes, et non deux comme aujourd'hui : le mâle, la femelle, et en plus de ces deux-là, une troisième composée des deux autres ; le nom seul en reste aujourd'hui, l'espèce a disparu. c'était l'espèce androgyne qui avait la forme et le nom des deux autres, dont elle était formée. De plus chaque homme était de forme ronde sur une seule tête, quatre oreilles, deux organes de la génération, et tout le reste à l'avenant. [...] Ils étaient aussi d'une force et d'une vigueur extraordinaire, et comme ils étaient d'un grand courage, ils attaquèrent les dieux et [...] tentèrent d'escalader le ciel [...] Alors Zeus délibéra avec les autres dieux sur le parti à prendre. Le cas était embarrassant ; ils ne pouvaient se décider à tuer les hommes et à détruire la race humaine à coups de tonnerre, comme ils avaient tué les géants ; car c'était mettre fin aux hommages et au culte que les hommes leur rendaient ; d'un autre côté, ils ne pouvaient plus tolérer leur impudence. Enfin, Zeus ayant trouvé, non sans difficulté, une solution, [...] coupa les hommes en deux. Or, quand le corps eut été ainsi divisé, chacun, regrettant sa moitié, allait à elle ; et s'embrassant et s'enlaçant les uns les autres avec le désir de se fondre ensemble, les hommes mouraient de faim et d'inaction, parce qu'ils ne voulaient pas se quitter pour agir. [...] Alors Zeus, pris de pitié, imagina une autre solution : il transporta les organes de la génération sur le devant des corps [...] et par là fit que les hommes engendrèrent les uns dans les autres, c'est-à-dire le mâle dans la femelle. [...] C'est de ce moment que date l'amour inné des êtres humains les uns pour les autres : l'amour recompose l'ancienne nature, s'efforce de fondre deux êtres en un seul, et de guérir la nature humaine. [...] Notre espèce ne saurait être heureuse qu'à une condition, c'est de réaliser son désir amoureux, de rencontre chacun l'être qui est notre moitié, et de revenir ainsi à notre nature première. »

Platon, le Banquet 14-16t, discours d'Aristophane

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Joëlle

« Seul sur une montagne, nu, ne possédant rien, couché à même le roc d'une caverne on se sent libre, dénué de toutes craintes, plus grand qu'un rajah, plus qu'un Dieu ! »

[J'ai toujours eu l'effroi des choses définitives. Il y en a qui ont la peur de l'instable, moi j'ai la crainte contraire. Je n'aime pas que demain ressemble à aujourd'hui et la route ne me semble captivante que si j'ignore le but où elle conduit.] J'ai cessé de croire qu'on choisit, qu'on dirige et qu'on mène sa vie d'après les plans qu'on fait. Les êtres sont des épaves qui voguent au grès des vagues sur une mer sans havre. S'agiter et prévoir, désirer et vouloir, sont des actes de fous. Les sages voguent et dérivent selon le vent qu'il fait s'amusent à noter les montées sur les crêtes dansantes et les descentes dans l'abîme glauque des flots. Tout cela est fantaisie, ombres écloses en rêve, mirage...

Lachen Gömpa, 16 mai 1915.

Enfin, tu as, maintenant, jeté un coup d'oeil rapide sur Tozeur et sur Touggourt, c'est mieux que rien, mais ne t'imagine pas, pour cela, que tu connais le Sahara. J'y ai, à diverses reprises, passé quelques semaines et, justement parce que mon séjour a été plus long que le tien, j'ai pu comprendre que je n'avais guère pu pénétrer, durant un aussi rapide passage, le mystère de ces sites grandioses.

Une ville à la rigueur, cela se « comprend » assez facilement, mais la Nature est plus rebelle aux confidences et quand cette Nature s'appelle Sahara, Himalaya ou Tibet, elle exige de nous un temps de probation avant de nous initier à sa vie spéciale, de nous admettre dans son intimité. Il faudrait habiter le Sahara au moins un an, le contempler en diverses saisons, pour avoir une idée de ce qu'il est. Il est une de ces faces terribles et grandioses de cela que les philosophes de l'Inde appellent la Mãyã, l'illusion, le mirage de la matière. C'est un pays propice aux méditations solitaires et je lui dois une dette de reconnaissance pour quelques heures pleines de pensées qui m'ont conduite ici, dans un désert bien différent d'aspect, mais qui parle la même langue.

Ah ! tout cela ne t'intéresse guère et tu n'as cure de l'âme de Touggoourt... Chacun suit sa vie suivant la composition de son être. Il n'est ni grand, ni petit ; ni sages ni fous ; il n'est que différentes propensions, activités diverses de la Substance qui se manifestent sous diverses formes matérielle4s que nous appelons être, individus.

De mon camp à Dewa-Thang, 20 juin 1915

Au fait, je crois que cela m'a toujours été et me serait, plus que jamais pénible de demeurer quelque part. Drôle et inconcevable idée qu'ont les gens de s'attacher à un endroit comme des huîtres à leur banc, quand il y a tant à voir de par le monde et tant d'horizons divers à savourer. Et, voilà, comme les cerveaux sont bâtis de façons différentes. C'est pourtant une belle chose de voguer libre, de s'arrêter où bon vous semble et pour aussi longtemps qu'on le souhaite, sans être tiré par quelque chose qui vous dis : « Allons, c'est assez, il faut rentrer. » Oh ! la tente qu'on emporte avec soi, le menu bagage qui constitue tout votre « intérieur » !... »

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