De Byzance à Saint-Gall
Dans l’Antiquité tardive tout comme au Moyen-âge,
la production des livres est essentiellement le fait de monastères spécialisés dans la copie des manuscrits, les Evangiles au premier chef, mais aussi des textes profanes. La règle de saint Benoît, rédigée au VIe siècle, inscrit la lecture (et donc aussi la copie) au nombre des activités qui rythment la vie des moines.
Aux différentes étapes de la fabrication des manuscrits, de la préparation du parchemin à la reliure, en passant par la copie et l’enluminure, correspondent des « métiers » distincts, dont celui de ligator, moine chargé de la reliure.
Le relieur médiéval choisit les matériaux et adapte le décor en fonction de l’importance du texte, de son usage ou de son destinataire. Les reliures d’apparat sont souvent somptueuses ; les plats, en bois ou en métaux nobles, sont richement décorés et ornés de pierres précieuses et de plaques d’ivoire. Des étoffes de grand prix peuvent également intervenir. Les livres plus modestes sont protégés par de simples planches parfois recouvertes de peau (porc, bœuf, cerf, mouton)
Les reliures réalisées dès le IVe siècle en Egypte dans les monastères coptes ainsi que dans le monde byzantin jusqu’à la chute de l’Empire romain d’Orient (1453) se distinguent de celles produites en Occident par un certain nombre de spécificités.
La couture adoptée, à deux aiguilles, est proche du brochage. Il s’agit d’une couture sur chaînette, sans nerfs. Les plats étant taillés à la dimension des pages, les tranchefiles de tête et de queue, recouverts par les coiffes, forment des bourrelets.
La plus ancienne reliure occidentale connue (Evangile selon saint Jean de saint Cuthberg, seconde moitié du VIIe siècle) reproduit le modèle copte, sans nerfs. Au siècle suivant toutefois, la couture sur doubles nerfs se généralise ; les plus anciens spécimens connus proviennent du monastère de Fulda, en Allemagne. Les nerfs, formés d’une ficelle pliée en deux ou d’un lacet de cuir, permettent, reliés aux plats (ais), d’assurer une meilleure solidarité des cahiers (« corps d’ouvrage ») avec la couverture. Cette technique suppose l’utilisation d’un « cousoir », outil attesté dès le XIIe siècle, mais probablement connu auparavant. En tête et en queue du dos, des morceaux de cuir renforcent les tranchefiles, parfois doublés d’étoffes précieuses. Les plats s’affinent progressivement, à la faveur de l’adoption de techniques nouvelles de fixation des nerfs. Le cuir de couvrure, collé sur les plats, reste libre sur le dos, masquant les nerfs. Afin d’éviter les bourrelets formés par les tranchefiles et les coiffes, les cahiers et les ais sont légèrement chanfreinés. Dès le XIIIe siècle, l’usage de plats plus larges que les cahiers se généralise, marquant l’apparition des chasses.
