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Doctorats honoris causa: Prof. Christine Delphy

Dies academicus 2007: Christine Delphy honorée par la Faculté des sciences sociales et politiques

« La science est toujours politique »

Christine Delphy, vous allez recevoir le Doctorat honoris causa de l'UNIL lors du Dies academicus 2007. Que représente cette distinction?

Je suis très contente de recevoir ce doctorat, qui est un hommage aux études féministes et de genre, et qui reconnaît qu'elles ont toute leur place dans le champ de la connaissance. Cela rompt avec le soupçon permanent d'illégitimité et de non-scientificité qui pèse sur ces études. Certes, ces études sont politiques, au sens large, comme toutes les disciplines des sciences sociales; on doit cesser de voir cela comme un manque, mais admettre au contraire que la connaissance en général est toujours animée par un souci d'action et donc par les valeurs de la société qui entreprend cette démarche de connaissance. Cela rompt aussi avec le traitement de ces études comme un sujet mineur. Cette reconnaissance récente est due justement à la place que la question des discriminations de sexe a réussi à occuper sur la scène proprement politique ces dernières années, ce qui montre encore l'imbrication entre cité et université.

Vous dirigez la revue Nouvelles Questions Féministes avec notre professeure Patricia Roux. Comment voyez-vous le rôle théorique et politique de cette revue?

La revue Questions féministes (1977-1980) fut la première revue se fixant pour objectif explicite de lier les moyens de la science et les objectifs du féminisme. Les termes «études-femmes» ou "études-genre" ou "études féministes" n'existaient même pas encore en français. Nouvelles Questions féministes lui succéda, fabriquée de 1980 à 2001 à Paris, puis, à partir de 2002, à l'Université de Lausanne (LIEGE). Notre revue a donc joué un rôle précurseur, pionnier, et bien que depuis - et fort heureusement - plusieurs autres revues de qualité existent, j'espère que notre spécificité continuera de marquer ce domaine. Cette spécificité est depuis le début et demeure de ne jamais prendre pour argent comptant le mythe de la science pure, de savoir que la science est toujours politique, et de demander à toutes nos autrices et auteurs de chercher et de trouver la pertinence politique de leur recherche.

Le fait d'être femme n'a pas joué en faveur de Ségolène Royal lors de la récente élection présidentielle. Comment expliquez-vous cette absence de mobilisation féministe?

Il est très difficile de savoir si le fait d'être une femme a joué globalement en faveur ou en défaveur de Ségolène Royal; car il a joué dans les deux sens. Beaucoup de féministes ont appuyé sa candidature avec un esprit moins critique que s'il s'agissait d'un homme, tandis qu'il est probable que beaucoup d'hommes - et de femmes aussi -l'ont récusée par principe, comme les médias et les politiques qui ont fait à la candidate un procès en incompétence tout au long de la campagne. Il est évident que le genre de la personne joue un rôle et va jouer un rôle pendant longtemps encore en politique, et l'appel à traiter les femmes et les hommes de la même façon est naïf: pourquoi seraient-elles et ils traités de façon identique là, alors que partout ailleurs dans la société le genre fait une différence énorme, que partout ailleurs femmes et hommes sont traités de façons différentes?

Y a-t-il une question politique et/ou théorique qui vous semble prioritaire et sur laquelle vous travaillez en ce moment?

Je continue de travailler sur les ressemblances et les dissemblances entre les aspects sexistes et les aspects racistes de la structure sociale en Europe, et sur l'imbrication pratique de ces systèmes de hiérarchisation et discrimination.

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Prof. Christine Delphy

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