Les projets

Après examen et discussion de ces premiers résultats, les deux institutions partenaires ont retenu plusieurs pistes de travail prioritaires. En particulier, plusieurs projets sont d’ores et déjà en cours de préparation :
 

• Une histoire de la Cinémathèque suisse

L’enquête sur la spécificité des archives de la Cinémathèque suisse a soulevé de nombreuses questions quant à l’origine et la constitution des fonds, au cheminement des diverses copies et documents, et à la vision du cinéma et de l’institution portée par sa figure tutélaire, Freddy Buache ainsi que ses collaborateurs (1951-1996), puis par son successeur, Hervé Dumont (1996-2009). Elle montre également la nécessité de faire remonter la recherche aux Archives cinématographiques suisses à Bâle créées en 1943 et transférées à Lausanne au moment de la création de la Cinémathèque. Les questions soulevées laissent apparaître la complexité des réseaux politiques, cinéphiles ou amicaux activés par l’archive lausannoise dès sa création tant au plan local, national qu’international. Un autre aspect central tient au rôle joué par la Cinémathèque dans l’histoire du cinéma en Suisse – que l’on pense en termes de diffusion, de création ou encore de reconnaissance institutionnelle et de législation. S’est ainsi imposée la nécessité d’amorcer, précisément, une histoire de la Cinémathèque : ce projet ambitieux, aux multiples facettes, devrait apporter une importante contribution à l’histoire institutionnelle du cinéma en Suisse, qui, par bien des aspects, n’en est encore qu’aux prémices. En s’appuyant sur les archives administratives de l’institution, encore très peu étudiées, ainsi que sur les archives cantonales bâloises et vaudoises, ce chantier répondra également à un réel besoin de la Cinémathèque elle-même, en pleine mutation à la veille de l’inauguration de son nouveau centre d’archivage et de consultation, prévue pour 2015. Le projet s’efforcera de mener une autre opération d’envergure, particulièrement précieuse pour l’archive : la réalisation d’un catalogue raisonné de la collection des films, basé sur les résultats de recherches historiques susmentionnées, autant que sur le visionnement systématique des copies et la confrontation avec des versions, souvent différentes, conservées par d’autres institutions. Ce projet sera mené sous la direction du prof. François Albera.

 

• L’objet « scénario » dans les collections de la Cinémathèque suisse

On l’a dit, l’un des objectifs fondamentaux du partenariat est de contribuer à une meilleure connaissance des collections de l’archive lausannoise et à leur valorisation : dans cette optique, un deuxième projet de recherche portera sur le vaste ensemble de scénarios (pour le cinéma et la télévision) conservé par la Cinémathèque suisse. Estimée à 8'000 unités, cette collection extrêmement diversifiée n’a jusqu’à présent fait l’objet que d’investigations très limitées. Des études de cas, qui s’appuieront en particulier sur le fonds, exceptionnel, du cinéaste français Claude Autant-Lara, permettront de poser de précieux jalons méthodologiques et théoriques pour l’analyse de l’objet « scénario », notamment en termes narratologiques, mais aussi dans une approche empruntant ses modèles à la génétique littéraire. Ce projet pourra avantageusement nourrir et accompagner les programmes d’enseignement et de recherche de la Section d’histoire et d’esthétique du cinéma de l’UNIL. Ce projet sera mené sous la direction du prof. Alain Boillat.

 

 • Histoire des machines et archéologie des pratiques : Bolex et le cinéma amateur en Suisse

La marque d’appareils cinématographiques Bolex, liée à l’entreprise vaudoise Paillard, est devenue le symbole de toute une génération de caméras mécaniques fabriquées à l’intention des cinéastes amateurs. Bolex se cantonna dans le domaine du cinéma substandard (16 mm et 8 mm, principalement) et, contrairement à la firme allemande Arri ou à la société française Éclair, ne produisit pas de machines expressément professionnelles. Issues des techniques de l’industrie horlogère suisse, les caméras de cette marque étaient des appareils solides, compacts et faciles d’utilisation, dont des cinéastes amateurs du monde entier firent l’acquisition pour réaliser leurs films de famille ou de voyage (voir l’ouvrage récent de Thomas Perret et Roland Cosandey, Paillard-Bolex-Boolsky, Yverdon-les-Bains, Éditions de la Thièle, 2013). Malgré l’orientation de la marque, ces caméras passèrent aussi entre les mains de cinéastes professionnels, qui les trouvèrent parfaitement adaptées à la production de films industriels ou de reportages télévisés, sans oublier les œuvres expérimentales de Maya Deren, de Jonas Mekas et de Stan Brakhage. Au-delà des caméras qui ont fait la renommée de Bolex, la marque proposa une large gamme de produits domestiques pour le titrage, le montage et la projection, permettant ainsi aux utilisateurs de contrôler personnellement les différents paramètres de la fabrication et de la présentation de leurs films. Les ingénieurs de Paillard s’attachèrent également à suivre l’évolution générale du matériel cinématographique, en introduisant des innovations technologiques telles que la sonorisation et la stéréoscopie dans le champ des pratiques amateurs. Ce projet de recherche sous la direction de Benoît Turquety vise à appréhender la production industrielle de Bolex en examinant notamment les collections d’appareils de la Cinémathèque suisse et la documentation afférente (notices, catalogues, publicités, etc.), ainsi que les archives administratives de Paillard conservées aux Archives cantonales vaudoises. Il s’agit d’abord de se livrer à une archéologie des techniques en articulant l’examen des machines Bolex proprement dites avec l’étude des politiques de l’entreprise dans un contexte évolutif et concurrentiel. Il est nécessaire ensuite de se pencher sur l’histoire culturelle de la promotion et de la distribution des appareils sur le plan local ou national, mais aussi, compte tenu du volume des exportations, à une échelle internationale, pour mettre en relation les produits Bolex avec leurs usagers. L’analyse croisée des machines et des discours permettra à la fois de décrypter une réussite technico-commerciale et d’identifier les pratiques et les enjeux culturels du cinéma amateur en Suisse.

 

• Redécouverte et valorisation du cinéma muet en Suisse

Ce projet portera plus précisément sur les formes diverses et variées de promotion, de valorisation et de célébration du patrimoine cinématographique ancien en Suisse : hommages, rétrospectives, expositions, conférences, publications, etc. Seule une recherche transversale dans les collections de la Cinémathèque peut en effet permettre de relier la redécouverte progressive du cinéma dit « muet » aux différentes activités menées par les salles, les ciné-clubs et les institutions patrimoniales suisses. Au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, l’intérêt renouvelé pour la production de ceux que l’on a nommés les « pionniers » ou les « primitifs » a ainsi donné lieu à une série de manifestations culturelles qui ont contribué à légitimer les missions de la Cinémathèque et, plus généralement, à faire reconnaître la nécessité d’un savoir historique sur le cinéma. Qu’elles aient relevé d’une entreprise commerciale ou cinéphilique, ces manifestations ont aussi abouti à des réappropriations singulières des films et du matériel anciens, réappropriations reflétant des visions historiques différentes et changeantes des débuts du spectacle cinématographique en Suisse. Il s’agira de voir comment les films de ceux qui avaient su étonner et captiver les spectateurs suisses au début du siècle se retrouvent projetés, discutés et analysés dans un contexte où l’on se lance à la recherche de ce qu’il reste – les films eux-mêmes, mais aussi les affiches, les programmes ou les documents de travail – du passé du cinéma. Ce sont donc tout à la fois les ressources publicitaires des cinémas, les archives des ciné-clubs et les nombreux dossiers documentaires qui feront l’objet de fouilles dans les collections de la Cinémathèque. Ce projet sera mené par Stéphane Tralongo, docteur ès Lettres et Arts, dans le cadre de son mandat de Premier assistant à la Section d’histoire et esthétique du cinéma de l’UNIL.

 

• Cinéma suisse

Enfin, des travaux ciblés seront lancés sur les grands auteurs du cinéma suisse de fiction, documentaire ou d’animation, en particulier des années 1960 à nos jours : un patrimoine récent mais encore trop peu étudié par les universitaires – contrairement à ce que la renommée des uns et des autres pourrait laisser supposer. Des études s’appuyant sur les collections de la Cinémathèque suisse, film et non-film, permettront, en partie du moins, de combler certaines lacunes de l’historiographie du cinéma suisse. Ces travaux pourront entrer en relation avec des projets transversaux de l’histoire du cinéma suisse, abordant des questions de production, diffusion ou réception des films, tel le projet Cinémémoire.ch. La production en Suisse romande à l’époque du « nouveau cinéma » (années 1960-1970), télévision et réseaux, sous la direction du prof. Maria Tortajada, en cours de réalisation. Ces travaux permettront à la Cinémathèque de définir des priorités et des stratégies spécifiques, et de développer et de préciser la diffusion du patrimoine helvétique dans les salles de cinéma ou à la télévision, comme cela a déjà pu être fait tout récemment pour le Projet Claude Goretta (cycle intégral, restauration de films, édition d’un DVD), auquel a contribué la Collaboration Cinémathèque-UNIL.

 

 

 

Contacts : 

Alessia Bottani (alessia.bottani@unil.ch)
Pierre-Emmanuel Jaques (Pierre-Emmanuel.Jaques@unil.ch)
Stéphane Tralongo (Stephane.Tralongo@unil.ch)

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