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Ecrits de Catherine Colomb

 « Je crois que j’ai trouvé une romancière de génie »: c’est Jean Paulhan qui s’exprime ainsi, dans une lettre à Gaston Gallimard datée du 2 août 1951. Comme plusieurs critiques majeurs, Paulhan a tôt perçu l’exceptionnel talent de Catherine Colomb (1892-1965), qu’il aimerait publier dès le début des années 1950, et dont il fera paraître le dernier roman, Le Temps des anges, chez Gallimard.

Marie-Louise Colomb-Reymond a commencé à écrire au cours des années 1920. Son premier roman, Pile ou Face, paraît en 1934, signé du pseudonyme de Catherine Tissot ; il sera suivi de Châteaux en enfance (1945), Les Esprits de la terre (1953) et Le Temps des anges (1962), qu'elle signe Catherine Colomb (tous trois aujourd'hui traduits en allemand, en italien et en russe, alors qu’une traduction en anglais est en cours.). Son œuvre, distinguée par plusieurs prix, est reconnue en Suisse romande comme l'une des plus importantes de la seconde moitié du siècle, à la fois par sa maîtrise de la polyphonie, par ses audaces stylistiques, par le caractère novateur d’une esthétique romanesque qui conjugue l’ironie et le lyrisme.

Si elle fait incontestablement partie du patrimoine littéraire suisse, si elle est connue, en dehors de nos frontières, par un public d’amateurs, Catherine Colomb est actuellement insuffisamment présente dans l’univers éditorial. C’est pourquoi le CRLR, d’entente avec les ayants droit, a lancé le projet d’une nouvelle édition des Œuvres.

A côté de nombreuses reprises de chaque titre en volume séparé, les écrits de Catherine Colomb ont connu deux éditions posthumes. La première, en un volume, ne comprend que les trois romans signés du pseudonyme Catherine Colomb ; elle a paru en 1967 à L’Aire-Rencontre, avec une préface de Gustave Roud. La deuxième, plus complète, comporte trois volumes et a paru en 1993 aux Editions de L’Age d’Homme. L’une et l’autre édition sont aujourd’hui partiellement ou complètement épuisées.

Par ailleurs, les éditions susmentionnées n’étaient ni annotées, ni commentées en détail. Or de nombreux éléments (allusions intertextuelles, utilisation de termes régionaux ou archaïques, mention de coutumes locales et de traits de culture spécifiques) exigent, dans les romans de Catherine Colomb, des élucidations rendues nécessaires par la distance chronologique et par le changement de contexte socio-culturel. Sans besoin d’être érudite, une annotation attentive et systématique s’impose pour que le public contemporain puisse accéder de plain-pied aux textes.

La découverte récente, dans les archives familiales, d’un roman entièrement inédit (« Comme des noix sur un bâton », vraisemblablement écrit au milieu des années 1930), et l’exhumation d’un texte de jeunesse, à savoir une thèse de doctorat achevée mais non soutenue, consacrée à l’écrivain du XVIIIe siècle Béat de Muralt, apportent des éléments nouveaux grâce auxquels on peut mieux appréhender l’évolution de la poétique de l’écrivain. L’édition de ces deux pièces de sa production permettra de mesurer combien et comment elle tend, dès ses premières tentatives, à détourner les normes des genres canoniques, tant du côté de l’écriture académique que de celui du roman classique, pour donner forme à une approche originale et inclassable, et à des modes de narration qui lui sont propres.

En plus des inédits mentionnés ci-dessus, les archives de Catherine Colomb contiennent également plusieurs documents grâce auxquels il est désormais possible de mieux retracer la genèse des romans. Il s’agit essentiellement de plusieurs carnets, et des premières versions de Châteaux en enfance et des Esprits de la terre.

S’ils ne justifient pas une édition génétique stricto sensu, ces éléments méritent d’être pris en compte, avec l’ensemble des prépublications en revue, dans les commentaires qui s’ajouteront aux notes pour analyser et éclairer l’œuvre de Catherine Colomb. Depuis 1993, date de la dernière édition des Œuvres, les conditions de réception ont évolué ; on peut par exemple lire avec un intérêt renouvelé Pile ou Face, longtemps tenu pour le « parent pauvre » de la production colombienne, dans la perspective des gender studies. Une étude plus fouillée et systématique de la réception critique des romans et de leur circulation éditoriale sera également effectuée.

Chronologique et intégrale, accompagnée d’une bibliographie exhaustive et d’un cahier iconographique, la nouvelle édition sera à même de faire percevoir de manière cohérente le parcours intellectuel et l’évolution esthétique de Catherine Colomb, de la fin des années 1910 aux années 1960.

 

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