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Une idée couramment répandue : un cours bien évalué serait un cours où l'on apprend peu.

Cette idée est presque séduisante par son ironie, elle est cependant erronée, la tendance est même à l’inverse, un cours bien évalué est généralement un cours où l’on acquiert des connaissances. Toutefois, s’il fallait retenir une légende de couloir universitaire sur l’évaluation de l’enseignement, ce serait celle-là. Historiquement c’est en 1972 que la revue Science publiait une étude de Rodin et Rodin, dans laquelle les chercheurs constataient une corrélation de -0.75 entre les scores d’enseignant-e-s aux évaluations de l'enseignement par les étudiant-e-s (EEE) et les performances d’étudiant-e-s à un test d’apprentissage. Le mythe trouvait son premier ancrage opérationnel.

Depuis, de nombreuses recherches ont été menées et ont contribué à nourrir la théorie d’un reflet tronqué des EEE et de la qualité de l’enseignement (Yunker & Yunker, 2003 ; Greenwald et Gillmore, 1997b). Rappelons aussi que dans leurs conclusions d’une recherche sur le biais de clémence pédagogique Greenwald et Gillmore (1997a) estiment que les cours les mieux évalués sont ceux pour lesquels les étudiants ont le moins de travail à fournir. Finalement, d’après ce courant de pensée, les étudiant-e-s auraient tendance à préférer les enseignant-e-s les moins exigeant-e-s et en corollaire à mieux réussir leurs examens.

Toutefois, depuis sa parution, l’étude de Rodin et Rodin, son protocole et ses conclusions ont été critiqués et invalidés (Doyle 1975, Marsh 1984). Et, aujourd’hui, aucune preuve rigoureuse n’a jamais corroboré l’idée selon laquelle les cours les mieux évalués seraient ceux durant lesquels les étudiant-e-s apprennent le moins ou le moins bien. Au contraire, de nombreuses recherches ont porté sur le thème, et suggèrent que si une corrélation existe, elle tend à être plutôt positive. Ainsi, dans une méta-analyse rigoureuse portant sur 41 travaux sur le thème, Cohen (1981) observe que le coefficient de corrélation moyen entre les évaluations d’enseignement et l’apprentissage des étudiant-e-s est égal à 0.43.
Contrairement au mythe, il semble donc qu’il y ait une corrélation légèrement positive entre ces deux dimensions, et que ce soit durant les cours les mieux évalués que les étudiant-e-s apprennent le mieux (Centra, 2003). De la même façon, la relation entre la charge de travail et les EEE n’est pas linéaire, ni inversement proportionnelle, au contraire, comme le démontrent plusieurs études, la façon la plus efficace d’obtenir de bonnes évaluations pour les enseignant-e-s, est de proposer des contenus et des exercices exigeants et stimulants, pour faciliter les efforts des étudiant-e-s pour maîtriser les enseignements, et les encourager à valoriser leurs apprentissages (Marsh et Roche 2000).

Nous retiendrons enfin cette citation de d’Apollonia & Abrami (1997, p1202), qui considèrent plus de 25 ans de recherches sur les EEE, et concluent qu’il existe « un lien modéré à consistant, entre les évaluations des enseignements par les étudiant-e-s et les apprentissages des étudiant-e-s, ce qui indique que les évaluations par les étudiant-e-s des compétences pédagogiques sont des mesures valides de la médiation qu’exercent les enseignant-e-s sur les apprentissages des étudiant-e-s».
 

Références

Centra, J.A.(2003). Will teachers receive higher student evaluations by giving higher grades and less course work ? Research in Higher Education, 44(5).

Cohen, P.A. (1981). Student Ratings of Instruction and Student Achievement: A Meta-analysis of Multisection Validity Studies. Review of Educational Research; 51(3), 281-309.

D’Apollonia, S., & Abrami, P.C. (1997). Navigating student ratings of instruction.  American Psychologist, 52(11), 1198-1208.

Doyle, K.O. (1975). Student Evaluation of Instruction. Lexington Books.

Greenwald A., & Gillmore G. (1997). Grading Leniency Is a Removable Contaminant of Student Ratings. American Psychologist,52(11),1209-17.

Greenwald A., & Gillmore G. (1997). No Pain, No Gain? The Importance of Measuring Course Workload in Student Ratings of Instruction. Journal of Educational Psychology, 89(4), 743-51.

Marsh, H.W. (1984). Students' Evaluations of University Teaching: Dimensionality, Reliability, Validity, Potential Biases, and Utility. Journal of Educational Psychology, 76(5),707-54.

Roche, L.A., & Marsh, H.W. (2000). Multiple Dimensions of University Teacher Self-Concept: Construct Validation and the Influence of Students' Evaluations of Teaching. Instructional Science, 28(5), 439-68.

Rodin, M., & Rodin. B. (1972). Student evaluations of teaching. Science, 177, September, 1164- 1166.

Yunker, P., & Yunker, J. (2003), Are Student Evaluations of Teaching Valid? Evidence from an Analytical Business Core Course. Journal of Education for Business, 78(6),313-17.
 

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