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La philosophie morale à l'épreuve de l'approche évolutionniste - 29 novembre 2005

Conférenciers | Résumé | Documents | Enregistrement audio
 

Conférenciers

Christine Clavien, intervenante

Philippe Huneman, intervenant

Lazare Benaroyo, modérateur

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Résumé

 

Résumé des questions traitées lors de la séance :

L'approche évolutionniste :

Penser la philosophie morale dans une perspective évolutionniste signifie que l'on cherche à montrer que la pensée et le comportement moral des êtres humains dépendent en bonne partie de leur histoire évolutive.

L'approche évolutionniste n'est pas un danger pour la philosophie morale :

Il ne s'agit pas de proposer une alternative aux philosophies morales traditionnelles mais plutôt d'introduire le point de vue évolutionniste dans la philosophie morale. Cette nouvelle perspective amène de nouvelles questions et de nouvelles réponses.

La question de la moralité des animaux :

Une approche évolutionniste pose la question de la moralité des animaux. Si on suit Darwin, il nous faut admettre que ce qui distingue l'homme de l'animal, est une affaire de degré et non de nature. En conséquence il n'est pas exclu que certains singes soient des être moraux (ou du moins proto-moraux). Il n'est pas non plus exclu que n'importe quel animal social puisse, au fil de l'évolution, devenir un jour un être moral.

La question de la genèse de la morale :

Si on pense que la morale est un produit de l'évolution, alors un nouveau champ d'investigation apparaît : celui de savoir comment les hommes en sont venus à élaborer des concepts et des principes moraux, à porter des jugements et à adopter des comportements moraux.

Pour répondre à cette question, les « évolutionnistes » ont recours à des schèmes explicatifs telles que « la sélection naturelle », « l'adaptation » ou « la fonction ».

Il semblerait que la morale soit apparue au cours de l'évolution humaine, parce qu'elle remplissait la fonction de favoriser la coopération et de régler les interactions sociales entre les hommes.

 L'approche évolutionniste mène au rejet de la valeur universelle des normes morales :

Si on admet que la morale est un produit de l'évolution et que l'évolution ne se dirige pas vers un but particulier (tous les biologistes reconnus s'accordent sur le fait que l'évolution n'a pas de dessein), il s'ensuit que les valeurs et les normes prônées par les hommes auraient pu être toutes autres si l'évolution avait pris une direction différente ; elles ne possèdent donc pas un caractère de validité universelle. Notons toutefois que cela ne remet pas forcément en cause une certaine objectivité des normes morales.

 Certaines approches évolutionnistes de la morale mènent au nihilisme :

Le célèbre « éthicien évolutionniste » Michael Ruse affirme que le fait de penser qu'une norme morale est objective n'est qu'une illusion causée par nos gènes pour nous pousser à agir de manière coopérative. Les normes morales seraient donc utiles mais aucunement justifiables.

Une telle conception de la morale est fortement critiquée par les philosophes traditionnels qui craignent les effets négatifs du nihilisme moral.

Certaines approches évolutionnistes commettent un sophisme naturaliste :

Certains auteurs cherchent à donner un fondement aux normes morales en termes évolutionnistes. Par exemple, Robert Richards tente de fonder le principe moral suprême de « promouvoir le bien-être de la communauté ». Selon lui, l'évolution a équipé les êtres humains d'un certain nombre d'instincts sociaux qui visent le bien-être des individus de leur entourage. Or nous jugeons ordinairement que la moralité signifie précisément cette recherche du bien-être des gens qui nous entourent. Richards en déduit que les faits naturels suffisent à justifier son principe moral suprême.

Ce type d'approches de la morale est généralement accusé de commettre un « sophisme naturaliste », c'est-à-dire de déduire des conclusions normatives à partir de prémisses purement descriptives.

Où se trouve l'avenir d'une approche évolutionniste de la morale ?:

Pour qu'elle soit constructive, une approche évolutionnistes de la morale doit prendre en considération le fait que le comportement des êtres humains n'est pas entièrement génétiquement déterminé ; il est également influencé par le milieu culturel et par l'activité rationnelle des agents. Ainsi, une explication de l'influence de nos gènes sur nos assertions et actions morales doit être nuancée par la prise en compte du pouvoir de décision des individus ainsi que de l'impact du milieu culturel dans lequel ils évoluent.

Pour qu'elle soit convaincante, une approche évolutionniste doit également trouver des réponses aux critiques des philosophes (notamment les arguments contre le nihilisme moral ainsi que la critique du sophisme naturaliste).

 Deux thèses évolutionnistes défendues par Christine Clavien :

Si, sur la base d'une analyse de la genèse de la morale, on parvient à la conclusion que la fonction de la morale est de promouvoir la coordination et la coopération, alors on peut tirer deux conséquences importantes :

1. La validité des normes morales doit être en partie jugée en fonction de leur capacité à promouvoir la coordination et la coopération. Ainsi des normes comme celle du célibat des prêtres trouvent peu de justification morale.

2. Pour juger de la validité d'une norme morale en termes de sa capacité à promouvoir la coordination et la coopération, il faut tenir compte des coutumes et croyances propres à la culture dans laquelle cette norme est prônée. Ainsi dans une population très religieuse dont tous les membres sont intimement convaincus que le moment le plus propice pour entrer dans un au-delà paradisiaque est le début de la vieillesse, la norme morale qui veut que les enfants doivent tuer leurs parents au début de leur vieillesse trouve une justification.

 

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Documents

 
Titre  Documents 
Adaptation and Moral Realism. W. F. Harms.  pdf 1.pdf (48 Kb) 
On the inappropriate use of the naturalistic fallacy in evolutionary psychology. D. S. Wilson, E. Dietrich and A. B. Clark.  pdf WilsonDietrichClark_NaturalisticFallacy.pdf (79 Kb) 

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Enregistrement audio

video   2005_11_29_ref.mov  (0 Kb)

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