Le langage comme fondement de l'altérité et de l'éthique - 8 février 2006
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Conférenciers
Fabrice Clément, intervenant
Yves Erard, intervenant
Anne-Claude Berthoud, modérateur
Résumés
Le langage comme fondement de l'altérité et de l'éthique, Fabrice Clément, Faculté des SSP, Unil
Du proto-soi social au sujet moral: rupture ou continuité?
Le langage occupe une place centrale au sein des sciences humaines et sociales. Pour beaucoup, il est l'indicateur d'une rupture fondamentale dans l'histoire naturelle, inscrivant l'espèce humaine dans une sphère « à part », munie désormais d'une «âme linguistique » qui la distinguerait irrémédiablement des autres espèces animales.
Cette division est, d'un point de vue naturaliste, des plus problématiques. Ceux qui, parmi les tenants des sciences sociales, pensent que leur réflexion doit s'inscrire dans le giron des sciences naturelles, doivent trouver des « ponts », aussi bien conceptuels qu'empiriques, permettant de rattacher leurs réflexions à celles des autres disciplines scientifiques, notamment la biologie, l'ethologie, les neurosciences et la psychologie.
Au sein de ce paradigme « naturaliste », la question du sujet moral implique une enquête phylogénétique et ontogénétique visant à mettre à jour les propriétés qui pourraient préexister à l'émergence du langage. Nous nous arrêterons en particulier sur deux constituants clés du sujet moral: la conscience de soi et l'émergence d'un proto-soi, d'une part et les comportements pro-sociaux et l'émergence de normes de conduite, d'autre part. Nous pourrons ensuite nous demander ce qui est «ajouté» au sujet moral lors de son immersion dans le langage.
Jeux d'alternance et émergence du sujet moral : "Suivre une règle et l'enfreindre" - Yves Erard, Faculté des lettres, UNIL
Qu'est-ce que l'altérité ? Qu'est-ce que la morale ? La philosophie du lan-gage répond à la question en soutenant qu'il s'agit de mots et que, par conséquent, il faut s'intéresser à la signification de ces mots. Quelle est la signification des mots altérité et éthique ? Les philosophes du langage affirment que leur signification se trouve dans l'usage concret, quotidien, que les hommes font de ces mots. Comme c'est les hommes qui donnent leurs sens aux mots, il faut adopter un point de vue anthropologique sur le lan-gage.
Mais il est un peu compliqué de trouver des contextes dans lesquels sont employés les mots altérité et éthique. On peut choisir de s'arrêter sur des expressions plus simples comme "il faut" ou "il ne faut pas". Ces expressions ont le double avantage (a) d'avoir, par leur forme prescrip-tive, un rapport avec la morale et (b) d'impliquer l'existence d'un autre à qui la prescription doit s'appliquer.
J'aimerais montrer comment dans l'alternance, entre un sujet qui accomplit une action et un sujet qui permet ou interdit cette même action, émerge un sujet moral capable de donner une raison à un acte normatif. Cette justifi-cation, ce "parce que", est ce qui détermine l'action plus sûrement que ne pourrait la déterminer une quelconque cause. Ici se situe la fracture entre un comportement purement pratique et une action intentionnelle que je pour-rais potentiellement justifier.
Ma démonstration aura comme point de départ l'expression "suivre une rè-gle" puisque la question de l'altérité et de l'éthique se situe au niveau de la signification de nos mots. Elle aura comme support des images vidéos dans lesquelles des êtres humains utilisent le langage. Je m'invite ainsi sur le terrain des éthologues qui travaillent avec des vidéos mais à la différence d'eux, je suis un linguiste, j'intègre le langage à la descrip-tion ce qui fait que je filme des actions et non des comportements.
Documents
Descombes, V., Ed. (2004), Le complément de sujet : enquête sur le fait d'agir soi-même. NRF essais. Paris, Gallimard.
Cercle_de_l_autonomie.pdf
(181 Kb)
Remarques anthropologiques sur le relativisme moral. D. Sperber.
Sperber.pdf
(62 Kb)
Enregistrement audio
2006_02_06_ref.mov
(0 Kb)


