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Conférence du 25 avril 06 de Madame Gabriella Wennubst

Le Mobbing, qu'est-ce ? ... et qu'est-ce que ce n'est pas?

Conférence de Madame Gabriella Wennubst, avocate, le 25 avril 2006 à l'UNIL

Définir le mobbing ou harcèlement psychologique afin de permettre de le distinguer d'autres problématiques interpersonnelles, que l'on peut traiter en amont de la crise, dans une perspective de prévention des atteintes à la personnalité.


C'est à cela qu'à la demande de DialogUNIL, s'est attachée Madame Gabriella Wennubst, avocate et fondatrice du Centre d'étude des droits de la personnalité à La Chaux de Fonds. Ouverte à l'ensemble des communautés UNIL et EPFL , cette conférence a eu lieu le 25 avril 2006, à l'UNIL.

 

La conférencière
En 1999, Gabriella Wennubst publie Mobbing - Le harcèlement psychologique - Analyse sur le lieu de travail, Edition Réalités sociales. Il s'agit de son mémoire de diplôme à la Faculté de Droit de Neuchâtel. Cet ouvrage traite du mobbing sur le lieu de travail. Il propose une analyse psychologique du phénomène. Puis il évoque ses conséquences et les moyens de le combattre: la mise à l'écart, le bouleversement d'une vie, l'exclusion de la victime, les effets pénibles pour l'entreprise, mais aussi les voies de droit disponibles pour faire cesser le harcèlement, réparer les torts, voire sanctionner les auteur-e-s du mobbing.

En 2000, en collaboration avec Denise Fromaigeat, Gabriella Wennubst écrit Souffrance psychologique au travail, qui sera publié par l'Office cantonal de l'inspection et des relations du travail, OCIRT, à Genève. Cette brochure décrit le harcèlement psychologique sur les lieux de travail comme un enchaînement d'actes hostiles dirigés par un individu ou un groupe de manière systématique contre une personne déterminée. Elle rappelle que le harcèlement psychologique est de nature à provoquer de graves atteintes à la santé. En décrivant les conséquences de tels actes et en identifiant les facteurs qui les favorisent, les auteures ont pour objectif d'amener à en comprendre la gravité et à prendre les mesures adéquates pour les empêcher de survenir.


Enfin, en 2004, Gabriella Wennubst crée le Centre d'étude des droits de la personnalité (CEDP) - Wennubst et Cie , dont l'objectif est de promouvoir et soutenir des démarches visant à élargir la connaissance des droits de la personnalité. Elle édite le Cahier No 1 du CEDP sous le titre MOBBING, Thème choisi : LA DEFINITION.
Aujourd'hui, Gabriella Wennubst est avocate à La Chaux de Fonds.

 

La conférence.... Extraits

Mobbing: ne pas confondre....


L'article 328 du Code des Obligations impose à l'employeur de respecter et protéger, dans les rapports de travail, la personnalité de son collaborateur, et de prendre, pour protéger la vie, la santé et l'intégrité personnelle de celui-ci, les mesures qui s'imposent.

Lorsqu'on interroge les plaignants sur la définition qu'ils retiennent du mobbing, on obtient autant de définitions que de plaignants et d'autres situations sont souvent citées en son nom: stress, burn out, manipulation, perversion, conflit de travail, brimades, critiques, abus de pouvoir, racisme, intimidation, représailles, etc.


Devant le nombre élevé de plaintes pour mobbing, il convient de garder en mémoire qu'il existe un risque élevé de confusion entre des phénomènes différents et parfois parents. Cependant la souffrance est une réalité commune à toutes ces situations. Mais, si la souffrance est un indice révélateur d'un processus de mobbing, il n'est pas un indicateur fiable de la réalité de celui-ci.


Il convient donc de proposer une définition du mobbing.


La définition retenue

Par mobbing on entend une répétition d'actes hostiles, ou harcèlement, signifiant rejet, dont la finalité est l'éloignement ou l'exclusion de la victime d'un cercle de relations données, voire sa neutralisation.

Ce processus se caractérise par l'instauration d'une communication non éthique et un déplacement de responsabilité sur la victime.


Les comportements délibérément hostiles de l'auteur (entendu tant au masculin qu'au féminin) visent à "déclencher l'anxiété de la victime, à provoquer chez elle une attitude défensive, elle-même génératrice de nouvelles agressions. En quelques sorte, les premières agressions stigmatisent la victime et la destinent au rejet et à l'exclusion" selon les termes de Heinz Leymann (dans Mobbing, la persécution au travail, Ed. Seuil 1996).

Ce type de relation est caractérisé par une manipulation et un pervertissement de la communication, voulus et instaurés par l'auteur et dont il fixe seul les règles. Imposé unilatéralement et abusivement à l'autre , ceci rend impossible à la victime de rétablir un lien de communication rationnel et apte à résoudre les pseudo-conflits déclenchés par l'auteur.

La finalité du processus et la communication non-éthique permettent de différencier un processus de mobbing d'autres phénomènes, comme par exemple d'une relation conflictuelle.

La relation qui s'installe entre les protagonistes est un rapport d'agresseur à agressé.

Mobbing: coping-stratégie

Le déclenchement d'un processus de mobbing par son auteur n'est pas le fruit du hasard. Plusieurs auteurs mettent en évidence que le "mobbeur" agit en raison de peurs précises et pour atteindre un but déterminé.

Les peurs (conscientes ou inconsientes) de l'auteur lui font percevoir sa cible comme une menace (réelle ou projetée) à la préservation d'un bien important pour lui et/ou un obstacle à la réalisation de l'intérêt qu'il poursuit.

Il s'agit d'éléments subjectifs relevant de la sphère de l'auteur et qu'en l'absence d'aveux, il n'est souvent possible d'identifier que sur la base d'hypothèses plus ou moins étayées. Les désirs de réussite affective, sociale et économique et leur contraire, soit la crainte de l'échec dans ces domaines, sont souvent à l'origine des peurs et intérêts motivant l'auteur.

Ainsi le mobbing est un comportement psychologique qui prend place parmi les coping-stratégies de résolution d'un problème ou d'un conflit auquel l'auteur est confronté et qu'il entend résoudre à tout prix en sa faveur.

L'influence des facteurs d'altérité

Il est souvent observé que la victime de mobbing individuel ou, surtout, collectif, présente un aspect d'altérité, de différence par rapport au(x) mobbeur(s). C'est cet élément de différence qui peut renvoyer les auteurs à des peurs conscientes ou inconscientes et leur faire percevoir la victime comme une menace ou un obstacle pour le groupe et les normes et valeurs qu'il s'est données. La victime est alors perçue comme un intrus.

La différence est dans ce cas un facteur de vulnérabilité pour la personne qui en est porteuse, au risque de devenir victime de mobbing. Cet élément peut acquérir de l'importance , soudainement en des circonstances données, comme par exemple une restructuration d'entreprise, une situation économique précaire ou des variations dues à l'engagement d'un nouveau chef de service ou d'un nouveau collègue. Toutes ces circonstances sont génératrices de peurs et d'intérêts qui peuvent motiver l'adoption d'un processus de mobbing.

Les facteurs d'altérité sont nombreux et relèvent soit de la personne soit de la personnalité de la victime:

- parmi les facteurs liés à la personne, on peut retenir des différences de nationalité, de culture, de sexe, de statut social, de religion ou la présence d'une infirmité, d'un handicap, d'une apparence physique peu commune. Tous ces éléments peuvent renvoyer de manière consciente ou inconsciente, à des peurs existencielles comme celles de la maladie, de la mort, de la pauvreté, de l'échec, de l'exclusion, etc.

- parmi les facteurs liés à la personnalité, on peut retenir la présence de traits de caractère comme l'arrogance, la timidité, la nervosité, le perfectionnisme, la compétence ou l'incompétence, l'agressivité, l'intelligence, l'excellence, etc.

Lorsque la différence d'une personne est vue comme un obstacle à la cohésion du groupe plutôt que comme un enrichissement de ses potentiels, le risque est grand de voir apparaître des tentatives de rejet vis à vis de celui ou de celle qui dérange, voire des comportements de mobbing.

Durée et fréquence des actes hostiles

Heinz Leymann, qui est à l'origine de la description du phénomène de mobbing, a fixé de manière arbitraire des critères de durée (6 mois) et de fréquence (hebdomadaire), selon lui nécessaires à la qualification du processus. Or certaines situations jugées au tribunal ces dernières années ont posé un diagnostic de mobbing en présence de durées très disparates: parfois le harcèlement se poursuit sur quelques jours avant que la victime "craque", dans d'autres cas, il dure plusieurs mois. Cela s'explique par la capacité purement subjective de résistance de la victime aux actes perpétrés contre elle.

Quant à la fréquence des actes, elle relève de circonstances aléatoires comme la proximité auteur/victime ou de questions d'opportunité. Il convient donc de s'attacher plutôt à la répétition manifeste d'actes hostiles et au caractère identifiable et explicite des actes ainsi qu'à la finalité poursuivie par les auteurs pour diagnostiquer le mobbing plutôt qu'à une durée et une fréquences définies.

Conclusion

C'est l'ensemble des éléments constitutifs du processus qui permet son diagnostic, même en présence d'actes relativement anodins.

Dans un tel cadre, les questions de durée et de fréquence n'ont aucune véritable pertinence et peuvent même devenir une entrave à la pose d'un diagnostic correct.

Certains éléments peuvent être objectivés, comme l'existence des actes, leur répétition, leur hostilité, la volonté d'exclusion, la communication non éthique et l'imputation de la responsabilité des difficultés rencontrées, de manière arbitraire ou injustifiées, à la victime.

D'autres, plus subjectifs, seront plus difficiles à identifier, comme les peurs de l'auteur, la menace et/ou l'obstacle que représente la victime pour lui, éléments pouvant souvent ressortir de la projection ou de l'inconscient.

La plupart de ces extraits de la conférence de Madame Wennubst figurent dans le cahier No1 du CEDP, MOBBING, Thème choisi : LA DEFINITION, mai 2004, qui peut être commandé à l'adresse: CEDP, Av. Léopold-Robert 90, 2031 La Chaux-de-Fonds.

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