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Céline Rozenblat

Au coeur des réseaux

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Céline Rozenblat est professeure en géographie urbaine et analyse spatiale à l’Université de Lausanne. Elle a obtenu le subside européen Insite Researching sustainable Innovation du Future European Challenge (FET) pour un projet de recherche en réseau, dirigé par le professeur d’origine américaine David Lane, de l’Université de Venise.

L’objectif de cette recherche : repérer comment les innovations émergent, dans quelles conditions et selon quels effets de cascades pour ensuite devenir, ou non, des innovations majeures. Céline Rozenblat forme un sous-groupe avec Bordeaux et Chicago qui travaille sur la thématique des réseaux. L’ensemble de ce projet international, lancé en mars 2011, comporte 12 équipes.

C’est le hasard qui a tracé le chemin de carrière de Céline Rozenblat. «Après le bac, je voulais devenir journaliste. Mais pour cela, il me fallait d’abord présenter un concours de niveau bac+3, raconte-t-elle. J’ai choisi d’entrer à l’Université de Paris VII. C’est mon frère qui est allé m’inscrire, et comme il y avait une queue monstrueuse en histoire, mais personne en géographie, il m’a inscrite en géo. » Et là, contre toute attente, elle se prend au jeu. «J’ai découvert une nouvelle géographie, qui utilisait des statistiques et des modèles, et me permettait de comprendre le monde, comment il fonctionne. » Elle y rencontre aussi deux professeurs qu’elle apprécie énormément, «des gens exceptionnels, humains, qui nous prenaient tels que nous étions », dit-elle. Elle poursuit donc ses études de géographie jusqu’à la maîtrise.

Ensuite, elle se lance dans un DEA avec un stage à l’Institut national d’études démographiques (INED) sous la direction de Denise Pumain, spécialiste en géographie humaine. Une fois encore, c’est le hasard ou la nécessité, qui guide sa carrière. «J’avais aidé des copains de l’INED à réaliser des cartes. Pour me remercier, ils m’ont invitée à la cantine, et ce repas était délicieux, à tel point que j’ai décidé d’y faire un stage.» A l’époque, Céline Rozenblat vivait modestement dans une chambre de bonne. Bien manger, tous les jours, c’était tentant.

Puis, à l’Université Paris 1, la professeure Denise Pumain lance un projet de thèse, qu’elle propose à Céline Rozenblat. « J’ai dit oui. Dans ma vie, j’ai toujours dit oui, sans hésiter quand une opportunité se présentait, souligne-t-elle. Aujourd’hui, quand je vois des étudiants hésiter lorsqu’on leur offre des opportunités, je m’interroge. » Grâce à cette thèse intitulée Le réseau des entreprises multi-nationales dans le réseau des villes européennes, Céline Rozenblat se spécialise dans les réseaux. Elle travaille au sein d’une structure où elle peut parfaire sa culture tant dans le domaine de la géographie, que de l’épistémologie. Elle apprend aussi à connaître les rouages du système universitaire. Elle obtient sa thèse à 26 ans seulement, une thèse récompensée par le prix de science régionale Philippe Aydalot. «C’était un travail lourd, mais passionnant. Ce qui me motivait, c’était tout autant l’intérêt de ce que je faisais que les gens avec qui je travaillais, des gens intéressants, équilibrés, humains… Pour moi, la qualité humaine de mes partenaires de recherche est essentielle.»

Céline Rozenblat est chercheuse dans l’âme et, elle l’avoue timidement, la recherche l’intéresse plus que l’enseignement. «J’adore découvrir et créer de nouvelles idées jamais découvertes par les autres, déclare-t-elle. Quand les éléments s’emboîtent, comme dans un puzzle, et qu’une cohérence s’en dégage soudain, c’est jouissif. » En 1992, elle décroche son premier poste à l’Université de Montpellier, où se trouvait la maison de la recherche en géographie, centralisant le Réseau Reclus (Réseau pour l’étude des changements des localisations et des unités spatiales). Le centre fonctionne comme une maison d’édition pour la géographie, et anime les groupes de recherche autour de ses collections. La chercheuse y reste 14 ans et y acquiert une compétence supplémentaire : l’édition de livres. Les cartes, les graphiques, les illustrations, la mise en page, Céline Rozenblat adore ça. D’ailleurs, dès l’année prochaine, elle dirigera une collection d’Atlas, intitulée Dynamiques du territoire à la documentation française.

Puis, en 2006, elle reçoit un coup de fil du doyen de la Faculté de géosciences de l’Université de Lausanne qui lui propose son poste actuel. Il la connaissait par Denise Pumain. Du réseau encore, comme le mot-clé de sa vie. Est-ce qu’à force de travailler sur les réseaux, Céline Rozenblat penserait réseau ? « Je suis issue d’une famille de la diaspora : j’ai de la famille partout, en Israël, en Belgique, en France, aux USA, explique-t-elle. Déjà à la naissance, j’étais reliée à ce qui était loin. Paris, Montpellier, Lausanne. Je me sens comme la Juive errante. Mais comme les Juifs, je garde des contacts partout où je passe. »

Si elle vient à Lausanne, c’est pour développer des projets de recherche. Mais il lui faut des financements. Alors, en 2008, elle se met à explorer les projets et les appels de recherche européens, afin de trouver un sujet intéressant. «Les projets européens sont difficiles à lire. Il y a des thématiques, des sous-thématiques, et c’est très compliqué», dit-elle. Finalement, en 2009, elle voit un appel portant sur le Futur de l’Europe dans un monde multipolaire.

Immédiatement, elle sait que c’est pour elle : «Il y a les villes et il y a l’économie, avec la possibilité d’intégrer une approche différente, qualitative, une approche sur les réseaux et leur vulnérabilité, explique-t-elle. C’est un énorme projet multidisciplinaire, intégrant de la physique, de l’économie, des sciences politiques ou de la sociologie. Passionnant. » Elle coordonne cette recherche tout en continuant à monter d’autres projets. «Tout l’enjeu est de créer une plate-forme avec des bases de données et différents modèles, sur les villes et leurs interrelations, une plate-forme qui sera accessible aux chercheurs du monde entier et au grand public.». Des parties de ce projet sont actuellement en phase d’évaluation, intégrés dans d’autres projets, coordonnés par d’autres équipes (Flagship FutureICT, FET Complexity, NCCR Digital Humanities).

Le conseil de cette chercheuse chevronnée aux étudiants tentés par la carrière? « Il faut être passionné, ne pas compter ses heures, ni ménager ses efforts. Et surtout, ne jamais abandonner. A la fin, il y a toujours quelque chose, malgré les moments de découragement.»

Fabienne Bogadi

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