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Sophie Martin

La science comme un perpétuel défi intellectuel

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Felix Imhof © UNIL

Professeure associée au Département de microbiologie fondamentale de l’Université de Lausanne, Sophie Martin travaille dans le domaine de la biologie cellulaire. En 2009, elle a obtenu le subside de l’European Research Council (ERC) pour sa recherche intitulée «Contrôle géométrique du cycle cellulaire chez la levure». L’objectif ? Découvrir les concepts généraux selon lesquels se construit une cellule, à l’origine de la vie. Aujourd’hui, cette recherche mobilise une dizaine de chercheurs.

Lorsqu’elle était adolescente, dans la section latin-mathématiques du gymnase de la Cité, la section des cracks, Sophie Martin n’avait pas encore idée qu’elle deviendrait scientifique et chercheuse. «Pendant longtemps, j’ai voulu devenir architecte. J’aimais la dimension spatiale de ce métier», dit cette jeune femme vive et élancée. Mais ce sont des stages, réalisés avant d’accomplir sa maturité qui la décident pour des études en biologie. «Contrairement aux apparences, la biologie n’est pas si éloignée que ça de l’architecture, sourit-elle. Aujourd’hui, j’étudie en particulier la dimension spatiale des cellules, à la différence qu’elles se font naturellement, je ne les construits pas moi-même.»

Son intérêt pour le métier de chercheuse se manifeste plus tard, durant son master en biologie obtenu en 1998 à l’Université de Lausanne, lorsqu’elle entre dans l’équipe de l’une des rares chercheuses femmes de l’époque, la biologiste Susan Gasser. Sous sa supervision, Sophie Martin travaille sur le rôle des protéines Ku dans l’organisation nucléaire. «Là, j’ai commencé à être vraiment passionnée par ce que je faisais. Observer comment une cellule se construit, c’est fascinant », raconte-t-elle.

Susan Gasser exerce une double influence sur la carrière de la jeune chercheuse. Premièrement, elle l’initie au travail sur les levures, un modèle semblable à celui qu’elle utilise aujourd’hui encore. «Il s’agit d’un organisme simple. On peut en inactiver les gènes, les colorer, les manipuler pour tester nos hypothèses, explique-t-elle. C’est un outil qui permet d’aller rapidement dans la démarche expérimentale.» Deuxièmement, Susan Gasser lui sert de modèle. «Le problème des femmes qui ne font pas carrière n’est pas structurel, ne dépend pas seulement de l’existence de crèches ou de temps partiels, poursuit-elle. Non, le problème vient de l’image qu’elles se projettent d’elles-mêmes, des barrières qu’elles se mettent. Travailler avec une femme qui était à la fois à la tête d’un laboratoire et mère d’un enfant, m’a prouvé que c’était possible.»

Plus tard, en 1999, Sophie Martin souhaite partir à l’étranger et apprendre l’anglais, tout en poursuivant son étude du développement des organismes. Elle est engagée à l’Université de Cambridge, dans le laboratoire de Daniel St Johnson, pour effectuer son doctorat. Intitulée Analysis of cell polarisation during Drosophia oogenesis, sa thèse porte sur le développement de l’ovocyte de la mouche vers un nouvel organisme. C’est à Cambridge qu’elle rencontre son mari, Richard Benton, chercheur et aujourd’hui boursier de l’ERC tout comme elle, avec qui elle partira une fois son doctorat obtenu, pour effectuer son post-doc à l’Université Columbia, à New York, dans le laboratoire de Fred Chang. Là, elle renoue avec les levures, et pendant quatre ans, entame des recherches sur l’organisation des cellules de la levure fissipare. A la naissance de son premier enfant, elle souhaite rentrer en Europe, se rapprocher de sa famille. En 2007, elle postule avec succès pour un poste de professeure boursière au Centre intégratif de génomique. En 2010, elle est nommée professeure associée au Département de microbiologie fondamentale.

A Lausanne, Sophie Martin établit son équipe et lance une recherche sur la division des cellules. Autour d’une question: à quel moment les cellules atteignent-elles la taille idéale pour se diviser? Elle explique: «Si elles sont trop petites, elles vont devenir de plus en plus petites en se divisant. Et vice-versa. Nous avons remarqué que les cellules disposaient d’un contrôle interne qui permettait à la cellule de mesurer sa propre taille et de se diviser au moment le plus opportun: des molécules à ses extrémités qui inhibent les molécules du centre. Tant que la cellule est petite leur proximité empêche la division, et la cellule grandit. Au bout d’un certain temps, les molécules des extrémités sont trop loin de celles du centre, elles ne les contrôlent plus, et la cellule peut alors se diviser.» D’enthousiasme, elle se lève pour dessiner au grand tableau blanc qui recouvre le mur de son bureau comment font les cellules pour se séparer.

Il s’agit d’une découverte originale, et Sophie Martin a envie d’aller plus loin, de comprendre comment ces molécules agissent, et ce qui se passe si la cellule change de forme. Elle postule alors auprès de l’ERC, et obtient le subside européen. Cette recherche pourrait avoir des répercussions dans d’autres domaines de la biologie: «Je suis prête à parier que des systèmes analogues existent dans la plupart des cellules.»

Ce financement européen est le bienvenu : «Il permet d’alimenter la réflexion et les idées. C’est l’un des rares subsides qui soutient un groupe de recherche sans imposer de conditions artificielles de collaboration entre pays», se réjouit-elle. Ce qu’elle aime dans son métier ? «Il maintient vivante la curiosité d’esprit, la capacité de s’extasier sur des choses simples, qui ne le sont pas vraiment.» Un perpétuel défi intellectuel. Mais pour réussir dans ce métier, le plus important, selon elle, est de ne pas se mettre de barrières, et surtout de prendre plaisir à ce que l’on fait. Sophie Martin a-t-elle envie de servir de modèle aux jeunes chercheuses? Pas forcément, même si elle reconnaît que c’est important. «Ce que j’aimerais, c’est que le fait d’être une femme à la tête d’un laboratoire soit tout simplement normal.»

Fabienne Bogadi

 

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