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Henrik Kaessmann

Au coeur de l'univers mystérieux des gènes

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Henrik Kaessmann, professeur associé en génomique évolutionnaire, a reçu en 2009 le subside de recherche de l’European Research Council (ERC) pour son travail sur l’évolution fonctionnelle des génomes chez les mammifères. Intitulée Sex–biased genome and transcriptome evolution in mammals, cette recherche vise à comprendre comment les changements génomiques ont affecté les différentes espèces, en explorant les implications de l’évolution des génomes pour l’évolution des espèces et de leurs caractéristiques. Bref, ce jeune scientifique cherche à comprendre pourquoi l’homme est l’homme, et l’ornithorynque, l’ornithorynque.

Le premier embryon de vocation scientifique de ce Suédois d’origine allemande installé depuis quelques années en Suisse, naît au Canada. “A l’âge de quinze ans, j’étudiais dans un internat à Ottawa, raconte-t-il. Je me suis beaucoup investi dans mes cours de science, et j’ai gagné le premier prix de l’année grâce à mes notes, les meilleures du collège.” De retour en Allemagne, juste avant sa maturité, Henrik Kaessmann rencontre un excellent professeur de biologie avec lequel il réalise un projet qui le passionne: “J’ai comparé le comportement du chien avec celui de son ancêtre, le loup, et j’ai regardé ce qu’ils avaient en commun, poursuit le jeune homme. Cela a été un moment décisif pour le choix de ma carrière scientifique.” Puis il rit: “J’ai mené mes observations sur le chien de ma copine, joignant ainsi l’utile à l’agréable.”

A l’université, Henrik Kaessmann souhaite s’inscrire en biologie, mais son entourage le décourage. La biologie ne servirait à rien. Il commence donc le droit. Une année déplaisante qui ne fait que renforcer son intérêt pour la science. “Quand on a une passion, dit-iI, il faut la suivre jusqu’au bout. C’est ça le message.” Alors, en 1992, il entre en Faculté de biologie à l’Université de Munich, puis après deux ans déménage en Suède, à Uppsala, pour y poursuivre son cursus. C’est là que ce polyglotte, aussi à l’aise en allemand qu’en anglais, en suédois et même en français, obtient son master. “C’était formidable. Les classes étaient petites, les cours se passaient en anglais et les liens étaient forts et chaleureux, poursuit-il. J’ai vraiment pu profiter de cette proximité avec les professeurs pour apprendre.”

Et c’est là, dans la petite ville d’Uppsala, que naît sa passion pour la génomique: “Observer les plantes et les animaux, c’était trop évident. J’étais attiré par ce qui se passait dans les cellules, plus caché, plus mystérieux. C’est un monde fascinant.” Pour son travail de master, il s’intéresse aux archaeas, des bactéries qui survivent dans des conditions extrêmes de chaleur, de saleté ou de pression très élevée. C’est à cette époque qu’une opportunité s’offre à lui. “Ma vie a toujours été comme cela, des twists inattendus que j’ai toujours su saisir.” Une amie lui demande pourquoi il ne rentrerait pas en Allemagne. Dans son cerveau, cela fait tilt: il y a à Munich un professeur suédois de réputation mondiale, Svante Pääbo. C’est lui qui a séquencé le génome entier de l’homme de Néanderthal et découvert l’existence d’une nouvelle espèce humaine, qui vivait à la même époque que l’homme moderne et le Néanderthal. “Je suis allé le voir et il m’a pris dans son équipe”, explique Henrik Kaessmann.

C’est sous la direction de Svante Pääbo que le jeune homme rédige sa thèse. Intitulée Human and great ape DNA sequence diversity, elle porte sur les différences génétiques entre l’homme et les grands singes. “Nous avons jeté une lumière nouvelle sur l’évolution de l’homme”, dit-il. Après sa thèse, il passera deux ans à Chicago pour son post-doc, dans le laboratoire du professeur Wen Hsiung-Li où il apprend toutes les techniques et les subtilités de la bio-informatique, une technologie qui lui est très utile dans ses recherches actuelles et qui lui permet de faire des simulations, d’analyser les milliards et les milliards de données génétiques qu’il génère ou qu’il trouve disponibles sur le Web.

Son engagement à l’Université de Lausanne est, une fois de plus, le fruit d’un concours de circonstances inattendues, un “twist” comme il dit: “C’était en 2001. J’avais déjà une bourse pour l’Allemagne, ma femme et moi étions prêts à déménager quand j’ai vu que Lausanne ouvrait un Centre de génomique et s’apprêtait à créer quinze nouveaux postes. J’ai postulé, et voilà.” En 2008, il postule pour le subside de l’ERC qu’il obtient l’année suivante pour pouvoir mener à bien une recherche sur l’évolution des organes sexuels: “En combinant l’expérimentation en laboratoire et la bioinformatique, nous séquençons l’ARN, qui est le messager portant l’information de l’ADN aux usines à protéines, ce qui nous permet de mesurer de manière très directe l’activité des gènes et de répondre aux questions concernant l’évolution des mammifères, en particulier l’évolution des organes sexuels.”

En octobre 2011, ses travaux ont eu un fort retentissement dans la presse. Des articles dans Le Temps et 24 Heures notamment, ont décrit comment il avait découvert que le cerveau des mammifères avait évolué plus lentement que les testicules, et comment les différentes espèces de mammifères se sont formées dans leurs particularités, en bref pourquoi l’homme est l’homme et l’ornithorynque, l’ornithorynque.“Il y a un véritable intérêt du grand public en ce qui concerne l’évolution de l’être humain et nous avons découvert les mutations génétiques qui ont contribué à la spécificité de notre cerveau, raconte-t-il. Nous avons aussi permis de lever le mystère de l’ornithorynque.” Henrik Kaessmann est ravi d’avoir obtenu le subside de l’ERC, en partie parce qu’il lui permet de mener ses travaux en toute sérénité, mais pas seulement: “Cette bourse européenne augmente l’activité scientifique en Europe par rapport aux Américains, et pas seulement d’un point de vue quantitatif, mais également qualitatif.”

Son conseil aux jeunes générations de chercheurs? “Pour progresser dans sa carrière scientifique, il faut soit travailler dans un labo très célèbre, soit rejoindre une équipe de jeunes leaders prometteurs, dont on va être très proche, à condition d’identifier un laboratoire avec un potentiel. Les deux alternatives offrent une grande stimulation intellectuelle et des recherches de qualité. Et aussi, les bons laboratoires bénéficient de plus d’argent pour réaliser de bons projets.” 

Fabienne Bogadi

 

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