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Fabio Martinon

La science en tant que discipline de pionniers

Professeur assistant au Département de biochimie de la Faculté de biologie et de médecine de l’Université de Lausanne, Fabio Martinon est spécialiste des mécanismes moléculaires responsables de l'inflammation et des voies de réponses cellulaires au stress.

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© Olga Cafiero

En 2011, Fabio Martinon reçoit une Starting grant de l’European Research Council (ERC) pour poursuivre son travail sur les mécanismes de base de l’activation des processus inflammatoires à travers une organelle appelée réticulum endoplasmique. Intitulée Inflammatory signals emerging from the endoplasmic reticulum, cette recherche fondamentale pourrait avoir des répercussions positives sur le traitement de diverses pathologies comme l’obésité, les maladies cardiovasculaires ou certains cancers.

Les événements se sont enchaînés, un maillon derrière l’autre, dans la carrière de Fabio Martinon, pour former une chaîne cohérente et solide. En août 1993, il obtient sa maturité et commence ses études universitaires immédiatement après. « Pour moi, il a toujours été clair que j’étudierais les sciences, mais le choix de la biologie est venu plus tard, raconte-t-il. Quand je me suis aperçu que l’étude des mathématiques ou de la physique ne m’apportaient pas la même satisfaction que la biologie. » Cette discipline lui semble plus créative. « La manière dont on pose les questions et dont on les résout ressemble à l’approche en vigueur dans les sciences humaines, dit-il. Et la biologie permet d’être en contact avec la nature et le vivant. » Même si aujourd’hui, il travaille essentiellement sur des systèmes de cellules en culture. « Nous essayons de limiter au strict minimum les expériences sur les animaux, souligne Fabio Martinon. In vitro, on peut appliquer un agent infectieux, un stress sur les cellules et obtenir un résultat qui ressemble à ce que l’on trouve dans l’organisme. Et cela nous permet de simplifier le système.»

Tout de suite après sa licence, obtenue en 1997, il est engagé par le laboratoire du professeur Jürg Tschopp au Département de biochimie de l’Université de Lausanne, où il effectue coup sur coup son master, sa thèse et un premier post-doc. Il y restera neuf ans. « C’était un laboratoire très dynamique, avec un projet de recherche enthousiasmant dans le domaine des mécanismes moléculaires de l’inflammation. » Un domaine sur lequel il travaille toujours actuellement. « A l’époque, c’était nouveau. Dans le cadre de ma thèse*, nous avons été les premiers à identifier une machinerie moléculaire impliquée dans les mécanismes de l’inflammation, que nous avons baptisée inflammasome et qui est repris aujourd’hui par des scientifiques du monde entier. » A cette époque-là, il mène des recherches sur l’immunité innée, « la plus ancienne, mise au point par la Nature au tout début de la vie », explique-t-il. Un domaine peu connu, mais célébré en 2011 par le prix Nobel, décerné à Jules Hoffmann et Bruce Beutler pour leur découverte sur les principales clés de l'activation de l'immunité innée.

En 2006, Fabio Martinon s’envole pour Harvard. Là, il quitte le domaine de l’immunité innée, pour travailler sur l’immunité adaptative, qui étudie les réponses immunologiques spécifiques à tel ou tel agent pathogène particulier. « Aux Etats-Unis, j’ai appris à travailler de manière différente, inverse presque, puisque nous partions d’une maladie, d’un phénotype, pour définir ensuite les mécanismes de l’inflammation, explique-t-il. C’était comme si je regardais la même chose depuis l’autre côté de la lorgnette. C’était très enrichissant. » A Harvard, il rencontre des spécialistes très pointus, chacun dans leur domaine, à qui il peut poser des questions. Il se crée un réseau fantastique. D’ailleurs il continue à collaborer avec Laurie Glimcher, qui dirigeait le laboratoire qui l’avait engagé. « Par rapport à Jürg Tschopp, qui possédait une créativité exceptionnelle, elle détenait des capacités en management et en organisation. Chez elle, j’ai appris comment on gère une équipe et un laboratoire, relate-t-il. Aujourd’hui, je suis entre les deux : dans un modèle créatif, mais structuré tout à la fois. »

Fabio Martinon lance son laboratoire en été 2010. La première étape, c’est de poser les questions sur lesquelles il veut travailler avec son équipe. La seconde étape, de trouver un financement. «Nous voulions rechercher les voies de signalisation présentes dans un type d’organelles, le réticulum endoplasmique, et qui pourraient jouer un rôle dans l’activation des processus inflammatoires, indique-t-il. Nous pensons qu’il existe quelque chose au niveau du réticulum qui détecte les perturbations et les transmet plus loin pour déclencher une inflammation plus importante. Nous cherchons donc ce qui provoque cette inflammation et comment elle se produit. » Fabio Martinon postule pour une bourse auprès de l’ERC, et obtient l’ERC Starting grant, destiné aux jeunes chercheurs souhaitant établir leur laboratoire et devenir indépendants.

Une vraie chance : « C’est un des programmes les plus généreux qui existent pour un chercheur débutant. Et il s’inscrit parfaitement dans notre démarche : faire de la recherche fondamentale dans un domaine inédit. En outre, du fait que le Conseil européen de la recherche veut des projets originaux, il accepte le risque qui y est lié.» Sa recherche, baptisée Inflammatory signals emerging from the endoplasmic reticulum, peut à terme déboucher sur des processus thérapeutiques : « Dans certains types de maladies, ces organelles jouent le rôle de marqueurs et permettent ainsi de détecter le type d’inflammation, de poser un diagnostic et d’apporter une réponse correcte.» Notamment dans le cadre de maladies liées au cancer ou à l’obésité.

Distingué en 2008 par le prix Pfizer en rhumatologie et en immunologie clinique, Fabio Martinon aime son métier de chercheur où il peut, jour après jour, explorer des territoires inconnus. « Comme pour beaucoup d’explorateurs, le chercheur est confronté à de nombreuses hésitations. Il doit accepter les frustrations, et l’échec parfois. Mais quand il trouve quelque chose, c’est fantastique », s’enthousiasme-t-il. Lorsque Fabio Martinon travaille sur de nouveaux gènes, il se sent comme un pionnier. Et puis, c’est aussi très beau, une beauté qui ne concerne pas seulement les images visibles au microscope, mais également la manière dont les éléments s’imbriquent les uns aux autres. « Je suis comme un passionné d’automobile qui ouvre le coffre d’une Ferrari, relate-t-il. Je ne sais pas combien il y a de pièces dans un moteur, mais dans un génome humain, il y a 30'000 pièces qui travaillent les unes avec les autres, certaines sont importantes pour les cellules nerveuses, d’autres pour détecter des intrus, un dysfonctionnement ou un virus : « la recherche a un côté mystique, mystérieux, élégant. »

Fabienne Bogadi

*Molecular Machines involved in Inflammation, 2003, Institut de biochimie de l’Université de Lausanne



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