Philippe Bacchetta

La curiosité intellectuelle comme moteur

En mars 2011, Philippe Bacchetta, spécialiste des dynamiques internationales sur les marchés financiers et professeur d’économie à l’Université de Lausanne, a reçu la Bourse du Conseil européen de la recherche pour son projet – intitulé LIQRISK – visant à expliquer les dynamiques de la liquidité et du risque dans les marchés financier. Portrait

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Dans son austère bureau de l’Extranef, sur le campus de l’Université de Lausanne, avec ses rangées de livres bien ordonnés, sa table soigneusement rangée et sa vue sur les arbres tout autour, Philippe Bacchetta parle de sa passion pour l’économie. D’où lui vient-elle ? « Après ma maturité, je me suis d’abord inscris à l’EPFL, parce que j’étais en voie scientifique, raconte-t-il. Mais je n’y suis pas allé.» En effet, durant la journée « portes ouvertes » destinée aux futurs étudiants, pour démontrer aux étudiants présents la dynamique des matériaux, un professeur en construction a cassé une brique: « Cette brique, sous mes yeux, a été le déclic. L’ingénierie, c’était trop concret pour moi. La journée «portes ouvertes» m’a été utile, mais à l’envers», sourit-il. Son intérêt pour les idées abstraites trouve finalement un débouché. C’est l’économie. «Cette discipline m’intriguait. Je sentais qu’elle était fondamentale pour la société tout entière et pourtant, au gymnase, elle était totalement absente des programmes.»

Après avoir obtenu son diplôme de master en économie à l’Université de Lausanne, il s’envole pour les États-Unis, où il effectue son doctorat à l’Université de Harvard en analysant les restrictions sur les mouvements des capitaux dans les crises de change. Son doctorat en poche, il va enseigner à Barcelone, d’abord à l’ESADE, puis à l’Instituto de Análisis Económico. Ensuite, il officie pendant dix ans comme directeur du Centre d’études de Gerzensee, une fondation de la BNS.

A cette époque, il hésite : rejoindre la banque, où les perspectives de carrière et de salaire sont alléchantes, ou retrouver le monde académique? «Les tentations étaient gigantesques du côté des entreprises, mais ma curiosité intellectuelle et mon besoin constant d’activité cérébrale ont été plus fortes, se souvient-il. Quand je travaille au jour le jour, comme c’était le cas à Gerzensee, cela ne me comble pas.» C’est ainsi qu’il entre à l’Université de Lausanne, d’abord comme professeur invité, puis comme professeur titulaire d’une chaire. «Quand je ne faisais pas de recherche, je me sentais mal. C’est presque une addiction, ce besoin, comme un sportif qui est malheureux quand il ne peut faire d’exercice. » Un autre facteur l’attire dans la recherche académique : « Nous avons une grande liberté. Pas de contraintes hiérarchiques, pas d’horaires, à part les cours, dit-il. Aujourd’hui, j’utilise cette liberté pour la recherche.»

Notamment au profit de son projet financé par l’Union européenne, visant à mieux comprendre les dynamiques de la liquidité et du risque dans les marchés. «J’étudie l’impact de la panique et de l’incertitude sur les marchés, sur l’économie et sur la société tout entière.», explique-t-il. Ce subside a un effet secondaire important sur son travail, comme il le précise: «Grâce à lui, HEC Lausanne obtient une reconnaissance internationale et se positionne à nouveau au centre de la carte de l’Europe; en outre, notre département de macroéconomie a retrouvé ses lettres de noblesse auprès de l’institution et du public.»

Son conseil aux jeunes chercheurs: «Avant de se lancer, il faut s’assurer que l’on possède les capacités intellectuelles nécessaires, ainsi qu’une motivation intérieure très forte, sinon, cela ne sert à rien, car le chercheur fait beaucoup de sacrifices, financiers notamment. Une fois ces deux conditions réunies, c’est le plus beau métier du monde! »

Fabienne Bogadi


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Projet de recherche
LIQRISK 


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