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Recherche

À partir du riche héritage de la linguistique structurale, de la linguistique de l’énonciation, de l’analyse du discours et de la linguistique textuelle, les recherches en linguistique française menées à l’Université de Lausanne s’attachent à décrire et à interpréter les caractéristiques de l’énonciation écrite, en particulier littéraire. À cette fin, les travaux s’engagent dans trois directions principales :

Textualité des genres écrits

À l’intersection de la fonction sociale et de la structure verbale des discours, la notion de genre organise les recherches de l’équipe de linguistique française. C’est en partant des genres qu’il est possible d’expliquer les principes d’organisation globale des textes, les niveaux intermédiaires de leur composition (narratif, descriptif, argumentatif…) et la configuration morphosyntaxique des phrases, entendues comme unité textuelle minimale de l’écrit.

Les chercheurs de l’équipe sont particulièrement sensibles au fait que l’analyse linguistique des textes ne saurait se réduire à la description des faits linguistiques qui les composent ; ils proposent au contraire de contribuer à la théorie des unités en situant leur description au point de rencontre entre les déterminations des systèmes, au sein des normes historiques d’usage, et relativement aux enjeux caractéristiques des genres du discours où ces formes font sens. Dans ce contexte, se trouvent placées au cœur des réflexions les spécificités de l’énonciation écrite : sa substance intrinsèque, les faits linguistiques que celle-ci sollicite et les systèmes propres qui la régulent (comme la ponctuation).


Stylistique historique

L’étude stylistique des textes littéraires développée à Lausanne a pour ambition de réfléchir sur le développement et le fonctionnement des formes langagières attestées, en tant que celles-ci s’organisent en des microsystèmes soumis à la variation historique. Isolé des autres faits stylistiques observables, et sans prise en considération large des règles d’évolution des textes littéraires, un trait de langue reste en effet sans lisibilité. Les collaborateurs de l’équipe s’efforcent dès lors de dégager, à travers l’histoire de la littérature, des faisceaux qui rendent prévisible et interprétable la présence de tel ou tel fait langagier dans tel ou tel texte.

Si un fait de langue n’appelle donc pas la même description selon le faisceau de traits dans lequel il s’inscrit, sa visée et son effet varient également selon le moment auquel un patron est produit ou sollicité. En effet, la description proprement linguistique n’est qu’un aspect de l’analyse stylistique ; celle-ci n’a de pertinence que si elle engage une réflexion sur les imaginaires langagiers qui conditionnent le texte et sa réception. Par « imaginaire », on entend un ensemble mouvant de représentations, d’interrogations et de valeurs préconstruites, peu ou pas interrogées, le plus souvent collectives et toujours efficaces. L’histoire de la sensibilité à la langue et à la littérature, notamment dans sa dimension communicationnelle, peut dès lors se penser de façon synchronique et diachronique, c’est-à-dire en termes de moments et en termes d’évolution ; la stylistique gagne ainsi à s’enrichir des catégories et des problématiques de l’analyse du discours et à se libérer d’une définition « individualisante » de ses objets.

Aussi la stylistique développée à Lausanne n’envisage-t-elle pas le fait de style comme la signature de l’auteur, mais comme un événement dans l’histoire des pratiques langagières. Le style ici, ce n’est pas l’homme, mais la société des interprètes. La stylistique historique est une histoire du matériau dont la littérature est faite, histoire du sens prêté à ce matériau langagier et à la littérature et, enfin aussi, histoire de la langue par ce que la littérature en fait.

Génétique textuelle

L’une des spécificités de l’énonciation écrite réside dans ses conditions de production. L’écrit dispose – sans y contraindre – à une énonciation préalable, pour soi, d’essais et de préparation du discours futur, écrit ou oral, qu’elle a dans le viseur. Ces phases préparatoires de l’énonciation, où un texte est en cours de production et est mis en variation, sont un formidable terrain d’exploration pour la stylistique et la linguistique du texte : dans le contraste des formes qui se succèdent au fil de l’élaboration du discours préparé, s’apprécient particulièrement bien les enjeux sémantiques des formes et le travail des normes esthétiques et génériques du scripteur. Mais ces phases ont également un intérêt pour elles-mêmes, en tant que pratiques langagières de préparation écrite du discours, avec leurs propriétés énonciatives, leurs formes linguistiques et textuelles propres, leur sémiotique graphique, leurs technologies et leurs techniques d’écriture influant sur les parcours de la création et les qualités de son résultat.

Dans les champs de la génétique textuelle, les chercheurs de l’équipe s’intéressent particulièrement au cas de la préparation écrite des genres oraux (tels que les cours, les conférences, les allocutions officielles, plaidoiries, etc.), aux genres de la préparation du discours (liste, plan, scénario, etc.), ainsi qu’aux dernières phases de l’élaboration des œuvres : phases pré-éditoriale, où se rencontrent la poétique de l’auteur et la poétique de l’éditeur, et post-éditoriale, au cours de laquelle l’œuvre, bien que déjà publiée, est réécrite au gré de circonstances historiques, linguistiques ou esthétiques nouvelles, ou de l’évolution du projet poétique de l’écrivain.

Forte de ses trois principaux axes de recherches (texte, style, genèse), l’équipe de linguistique française participe à de nombreux chantiers éditoriaux (Balzac, Ramuz, Cingria, Genet, Duras…). Depuis peu, elle s’implique également dans le développement d’instruments de lecture computationnelle permettant d’explorer de vastes corpus, d’en mettre au jour des propriétés ou des évolutions historiques peu visibles à l’œil (parce que trop massives ou trop fines).

Ces axes n’épuisent pas toute l’activité scientifique des collaborateurs, dont les travaux individuels peuvent porter sur d’autres objets, comme on le verra en se reportant aux pages personnelles des membres de l’Unité.

       
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