Thanatos

La perception de la mort est loin d'être constante pendant le Moyen Âge chrétien. A partir du XIIe siècle se met peu à peu en place une vision plus dramatique qui va s'exacerber à l'époque de la guerre de Cent Ans. "Quicunques meurt, meurt à douleur", dira Villon : face à la mort, le citadin se sent désormais seul. En réponse aux famines et aux épidémies les arts personnifient volontiers la Mort; les artes bene moriendi et les danses Macabré cherchent à provoquer une peur salutaire.

Au contraire du Moyen Âge finissant, le haut Moyen Âge s'est intéressé aux morts bien plus qu'à la mort. Les rites funéraires servent à constituer et renforcer les liens du groupe. Si les soins du corps, les lamentations pendant les funérailles ont longtemps été l'apanage des femmes, l'Eglise prend la relève à partir du XIIe siècle, époque à laquelle apparaissent aussi les premiers testaments. Le souci du salut individuel s'impose peu à peu au détriment de la célébration de la mémoire ancestrale, et le discours de la gloire s'affirme à côté de la consolation des vivants. Le tombeau (littéraire ou réel) est à la fois un rappel de la fragilité humaine et l'affirmation de la grandeur d'une dynastie. Mais, à la fin du Moyen Âge, le guerrier ne sera plus le seul à avoir droit à l'apothéose : le poète part lui aussi à la conquête du laurier, emblème d'un possible triomphe de la fama sur la mors.

Dictié des Trespassez :
"Quant je considere ces testes
Entassees en ces charniers"

Le grant kalendrier et compost des bergiers avecq leur astrologie,
Paris, Editions Siloe, 1981.

Bibliographie

  • Ariès (Philippe), Essais sur l'histoire de la mort en Occident : du Moyen Âge à nos jours, Paris : Seuil, 1977.
  • Braet (Herman) et Verleeke (Werner) éds., Death in the Middle Ages, Leuven : Leuven University Press (Mediaevalia Lovaniensia), 1983.
  • Delumeau (Jean), Le Péché et la peur. La culpabilisation en Occident, XIIIe-XVIIIe siècles, Paris : Fayard, 1983, première partie : "Macabre et pessimisme à la Renaissance".
  • Lauwers (Michel), "Mort(s)", dans : Dictionnaire raisonné de l'Occident médiéval, éd. par J. Le Goff et J.-C. Schmitt, Paris : Fayard, 1999, pp. 771-789 (avec bibliographie).
  • Martineau-Génieys (Christiane), Le thème de la mort dans la poésie française de 1450 à 1550, Paris : Droz, 1978.
  • Mühlethaler (Jean-Claude), "Un poète et son art face à la postérité : lecture des deux ballades de Deschamps pour la mort de Machaut", Studi Francesi 99 (1989) 387-409.
  • Oberhänsli-Widmer (Gabrielle), La complainte funèbre du haut Moyen Âge français et occitan, Berne : Francke, 1989.
  • Taylor (Jane H.) éd., Dies illa. Death in the Middle Ages, Liverpool : Francis Cairns, 1984.
  • Thiry (Claude), La plainte funèbre, Turnhout : Brepols, 1978.

Sources

Roman de Thèbes, éd. et trad. par F. Mora-Lebrun, Paris : Le Livre de Poche (Lettres gothiques), 1995.

Roman de Renart, branche I, éd. et trad. par J. Dufournet, Paris : GF, 1985.

Eustache Deschamps, ballade 124, dans : Œuvres complètes d'Eustache Deschamps, éd. par le marquis de Queux de Saint-Hilaire et G. Raynaud, New York : Johnson Reprint Corporation, 1966.

Pierre Michault, "La Dance aux Aveugles", dans : Œuvres poétiques, éd. par B. Folkart, Paris. 10/18, 1980.

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