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Philologie française et provençale

| Définition proposée | Définition plus large (formulée par Auerbach) | Définition plus étroite (en vigueur en France)
 

La philologie française et provençale est une composante spécifique du cursus de français médiéval. Elle peut néanmoins faire l'objet d'un module d'option pour les étudiants du cursus de français moderne ou de toute autre discipline.

Qu'est-ce que la philologie?

Définition proposée

Il n'y a pas de barrière entre linguistique,
critique des textes et esthétique littéraire :
rétablissons ou maintenons l'unité de la Philologie.

Albert Henry, dans « Romania », t. 73 (1952), p. 407.

La philologie est une discipline qui se propose d'étudier une civilisation ancienne (par ex. gréco-romaine pour la philologie classique) ou médiévale (par ex. philologie romane, celtique, germanique, etc.) à travers les documents écrits, littéraires et administratifs, qui nous la font connaître. En particulier, la philologie gallo-romane (française et provençale) a pour objet l'étude de la civilisation de la France médiévale à travers les documents écrits.

Le philologue exerce son activité à trois niveaux : après avoir examiné les documents dans leur réalité matérielle (critique du support), il les étudie successivement sous l'aspect linguistique et littéraire.

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Les différents aspects de la philologie et ses rapports avec les sciences connexes

Niveau 1 : Critique du support

Les documents écrits, anciens et médiévaux, peuvent se présenter sous forme de rouleaux (rotuli) de papyrus [leur étude ressortit à la papyrologie], ou de livres (codices) en parchemin ou en papier [la science qui s'en occupe est la codicologie], ou encore d'inscriptions [qui relèvent de l'épigraphie] sur les matériaux les plus divers (pierre, bronze, bois, etc.). Le premier travail du philologue consiste à examiner ces documents d'un point de vue matériel, afin de relever tous les indices susceptibles d'éclairer leur histoire et de faciliter leur compréhension (détermination d'éventuelles lacunes, erreurs de reliure, etc.).

Du document en parchemin ... ... à l'édition diplomatique :
Manuscrit du Roman de la Rose

Si(com)me narcisus semira enlafont(aine)











    Arcisus fut . i . domaisiaus
    Quamors tindrent e(n) lour reisia(u)s
(Et) tant le sot amors dest(re)indre
(Et) tant le fist plourer plaindre
Quil liestut arendre lame
Car equo une bele dame
Lauoit plus ame q(ue) riens nee
Elfut par lui simal menee
Quelle lidist quil li donroit
Samor ou elle semourroit
Mais cil qui fut p(or) sabiaute
Plain de desdaing (et) defierte
Neli uoust pas samour do(n)ner
Nep(or)proier ne p(or)plourer

Manuscrit M 454 du Roman de la Rose
(Lausanne, BCU/Dorigny)
fol. 6 recto, col. a

Les résolutions des abréviations
figurent entre parenthèses.

 

D'autre part, pour comprendre un document, il faut auparavant savoir le lire [compétence en paléographie] : l'examen de l'écriture d'un document fournit au philologue des renseignements sur la date de son exécution et sur le nombre des copistes qui y ont travaillé ; il lui permet également de se familiariser avec les abréviations et de les résoudre conformément au système graphique d'un copiste. L'édition diplomatique constitue une première élaboration du document, dans laquelle la part d'interprétation se réduit à la transcription du texte (avec les fautes et les lacunes qu'il peut renfermer) et à la résolution des abréviations.

Enfin, après avoir entrepris l'étude linguistique du document, le philologue dispose d'une somme de renseignements qui l'aident à reconstituer l'histoire d'un texte. Si celui-ci n'est conservé que par un seul manuscrit, l'édition critique consiste à reproduire le document en le corrigeant dans le cas d'erreurs évidentes et en signalant les passages demeurant obscurs. Dans le cas où plusieurs manuscrits nous ont transmis la même oeuvre, il s'agit d'établir, par la critique des variantes, les relations existant entre les différents témoins et de choisir la méthode la plus appropriée pour tenter de remonter vers l'original, les variantes non retenues étant rejetées dans l'apparat critique.

... puis à l'édition critique ... ... et à la traduction :
Si comme Narcisus se mira en la
fontaine

[N]arcisus fut . i . domaisiaus
Qu'amors tindrent en lour reisiaus.
Et tant le sot Amors destreindre
Et tant le fist plourer [et] plaindre
Qu'il li estut a rendre l'ame,
Car Equo, une bele dame,
L'avoit plus amé que riens nee;
El fut par lui si mal menee
Qu'elle li dist qu'il li donroit
S'amor ou elle se mourroit.
Mais cil qui fut por sa biauté
Plain de desdaing et de fierté,
Ne li voust pas s'amor donner,
Ne por proier ne por plourer.

Comment Narcisse se mira dans la fontaine

Narcisse était un jeune homme
que les amours tenaient dans leurs filets.
Et Amour sut tant le faire souffrir
et le fit tant pleurer et se plaindre
qu'il dut rendre l'âme,
car Echo, une belle dame,
l'avait aimé plus que tout au monde;
mais elle fut si maltraitée par lui
qu'elle lui dit qu'ou bien il lui donnerait
son amour, ou elle mourrait.
Mais lui, qui était plein de dédain
et de mépris pour sa beauté,
ne voulut pas lui accorder son amour,
en dépit des ses prières et de ses larmes.

Les parties manquantes
figurent entre crochets carrés.

 
 
Réduite à sa fonction de critique du support, la philologie joue pour l'histoire littéraire un peu le même rôle que l'archéologie par rapport à l'histoire de l'art.

Niveau 2 : Etude linguistique

... un gouffre d'incompréhension s'ouvre généralement
entre les "philologues" et les "linguistes".

Göran Hammarström, dans « Studia neophilologica », t. 31 (1959), p. 6.

Le philologue s'intéresse à une langue, sous tous ses aspects (décrits dans le tableau ci-dessus), non pour elle-même (comme le fait le linguiste), mais dans la mesure où elle lui permet de comprendre les documents retenus comme objet d'étude : selon la formule de Jean Rychner, linguistica ancilla philologiae «la linguistique est au service de la philologie»!

Niveau 3 : Etude littéraire

L'antique et noble philologia se réduisait à l'inventaire de «faits objectifs»,
rejetant l'interprétation parmi les sciences auxiliaires :
l'«explication de texte»  ...

Paul Zumthor, Parler du Moyen Age (Paris, 1980), p. 54.

Tout en se souvenant que les textes qu'il se propose d'analyser ne sont que des «hypothèses de travail» (selon l'expression de Gianfranco Contini), le philologue s'en tient volontiers à une interprétation simple (mais non pour autant simpliste) des oeuvres littéraires et laisse aux critiques plus compétents le soin d'en révéler les sens cachés.

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Définition plus large (formulée par Auerbach)

« La philologie est l'ensemble des activités qui s'occupent méthodiquement du langage de l'homme, et des oeuvres d'art composées dans ce langage. Comme c'est une science très ancienne, et qu'on peut s'occuper du langage de beaucoup de façons différentes, le mot philologie a un sens très large, et comprend des activités fort différentes. »

Erich Auerbach, Introduction aux études de philologie romane
(Francfort-sur-le-Main, 1949; 2e éd. 1961), p. 9.

Les différents aspects de la philologie selon Auerbach :

  • A. L'édition critique des textes = notre niveau 1
  • B. La linguistique = notre niveau 2
  • C. Les recherches littéraires: = notre niveau 3 :

I. Bibliographie et biographie (C I + III = histoire littéraire)
II. La critique esthétique (C II + D = interprétation littéraire)
III. L'histoire de la littérature

  • D. L'explication des textes

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Définition plus étroite (en vigueur en France)

« ... philologie n'a pas le même sens en France que dans les pays étrangers. »

André Lanly, Fiches de philologie française (Paris, 1971), 4ème page de couverture.

« Le mot est appliqué d'ordinaire à la culture des lettres en général,

  • mais désigne plus expressément, à l'exclusion des disciplines proprement historiques (histoire, science des antiquités), l'étude des documents écrits et de la forme de langue qu'ils nous font connaître [= notre niveau 2],

  • et plus spécialement encore, l'étude des textes et de leur transmission [= notre niveau 1], à l'exclusion de l'étude de la langue, réservée à la linguistique. »

Jules Marouzeau, Lexique de la terminologie linguistique, 3e éd. (Paris, 1951), s. v. philologie.

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