Littérature et société

Bibliographie | Sources
 

La société française du XVIIe siècle est extrêmement diversifiée, avec des contrastes immenses de statut, de richesse, de comportement. C'est d'abord une société d'ordres: la noblesse, le clergé et le tiers-état (qui comporte la bourgeoisie et le peuple) forment des ordres séparés, ayant des "cultures" différentes. Chaque ordre (et chaque composante à l'intérieur d'un ordre) jouit de privilèges et de devoirs particuliers. La vie pratique, la conscience de l'identité, les possibilités de réalisation personnelle sont déterminées par l'appartenance sociale. Certaines parties de cet édifice social commencent pourtant à bouger: la noblesse, obligée de fréquenter la Cour, devient plus policée, alors que la bourgeoisie la plus riche occupe certaines fonctions jusqu'alors réservées.

Autre caractéristique: la différence immense entre les villes et les campagnes. La ville, qui est encore ceinte de remparts, est le domaine des bourgeois (artisans et commerçants); la campagne, celui de la noblesse occupant ses châteaux et vivant du produit de ses terres, et bien entendu celui des paysans, qui composent la majorité de la population, exploitée et maintenue dans le servage. On doit se représenter que les campagnes ne sont pas sûres, que parfois des armées passent et pillent (le royaume mène plusieurs guerres durant le siècle), que l'alimentation n'est pas toujours assurée, que la mortalité est très élevée, que de grandes épidémies dévastent la population... On doit comprendre la place importante tenue par la religion: dans les villes, les nombreuses églises sont des lieux de grande sociabilité; les couvents, nombreux eux aussi, sont riches et actifs; prêtres, moines, nonnes constituent une part de la population, présents dans chaque famille, assurant les soins, l'instruction, l'administration et la ritualisation des étapes de la vie humaine. L'activité économique augmente lentement; dans les ports, les expéditions de pêche et l'armement de navires commerciaux créent de la richesse. Le commerce colonial s'intensifie: épices, soieries, fourrures, bois exotiques, traite des esclaves africains vers l'Amérique et les Antilles (c'est par exemple la source majeure de la richesse d'une ville comme La Rochelle)...

La littérature classique telle qu'on l'enseigne habituellement ne dit presque rien de tout cela. Pourtant, en faisant la part du schématisme, notamment de l'importance des genres et des styles qui créent des représentations convenues (les paysans de Molière, les héros de Corneille), il est  possible de montrer que la production littéraire de ce siècle, loin d'être étrangère à la société et de n'obéir qu'à des modèles intemporels, se développe en interaction avec le monde social. On ne donnera ici qu'un seul exemple, laissant aux textes présentés en extraits le soin de faire pressentir d'autres points de contact. Cet exemple, c'est celui du statut des hommes et des femmes qu'on appellera des "écrivains", et de l'activité même à laquelle ils se livrent: produire de la "littérature". Durant la première moitié du siècle, les poètes et les littérateurs dépendaient pour vivre de la protection des grands seigneurs, qui les employaient à des tâches domestiques et souvent à rédiger des textes d'éloges ou des pamphlets contre leurs ennemis. Les littérateurs s'efforçaient aussi d'être acceptés dans des milieux mi-mondains mi-lettrés, ceux des salons et des académies qui se créaient à Paris comme en province. Peu à peu le pouvoir s'intéressa aux académies (Richelieu crée l'académie française en 1635: c'est un symptôme de ce mouvement), et tenta d'influencer la production des textes qui circulaient, imprimés ou non. Un mécénat d'Etat fut institué, des pensions données à certains, un prestige particulier fut attaché à la faveur royale. Le système prit toute son importance sous Louis XIV, et détermina la carrière d'hommes comme Racine ou Molière. Une "profession" était née, avec un statut social et économique nouveau. Un "milieu" se développa, qui allait devenir celui des philosophes au XVIIIe siècle, puis celui des gens de lettres au XIXe, de la bohème au tournant du siècle, des écrivains pour nous. Le sociologue Pierre Bourdieu a proposé de nommer "champ littéraire" cet ensemble fait d'acteurs sociaux voués aux activités spécifiques de l'écriture. On aurait tort pourtant de penser que ce milieu n'a été créé et n'a pu se définir que par sa dépendance à l'égard de qui le fait vivre. Les idées d'autonomie, de liberté de la parole et d'exercice critique de l'intelligence lui furent tout autant attachées dès le XVIIe siècle et jusqu'à nous.

Le Nain, La réunion musicale, 1897.

Paris, Musée du Louvre.

Les Frères Le Nain, catalogue d'exposition, Paris,

Editions de la Réunion des musées nationaux, 1978, p. 229.

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Bibliographie

  • Bluche, François, Dictionnaire du Grand Siècle, Fayard, 1990.
  • Pillorget, René et Suzanne, France baroque, France classique, Paris, Robert Laffont, "Bouquins", 1995, vol I. "Récit", vol. II "Dictionnaire".
  • Viala, Alain, Naissance de l'écrivain, Paris, Minuit, 1985.

Essai de sociologie historique de la littérature.

  • Biet, Christian, Les Miroirs du Soleil. Littératures et classicisme au siècle de Louis XIV, Paris, Gallimard, "Découvertes", 1989.

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Sources

  • Sorel, Charles, "Histoire comique de Francion" [1626], in Romanciers du XVIIe siècle, Paris, Gallimard, La Pléiade, 1958, p. 59-527.
  • Furetière, Antoine, "Le Roman bourgeois" [1666], in Romanciers du XVIIe siècle, Paris, Gallimard, La Pléiade, 1958,  p. 899-1104.

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