Le pitre et le saltimbanque
L'une des causes majeures de la mélancolie des écrivains romantiques est sans doute le renoncement forcé aux ambitions politiques et sociales de leurs aînés. Deux révolutions manquées suffiront à périmer toute "utilité" de la littérature. Les philosophes et les prophètes s'éclipsent pour laisser place à leurs doubles déchus: saltimbanques, bohémiens, comédiens, jongleurs, clowns, fous du roi. Ces figures, malgré le désarroi dont elles témoignent, permettent d'animer autour d'elles tout un imaginaire pittoresque, exotique ou archaïque: ainsi en est-il des fous et acrobates médiévaux, des bouffons shakespeariens, des Arlequins et des Pierrots de la commedia dell'arte... Renonçant résolument à l'honorabilité bourgeoise, le poète maudit invente les haillons somptueux d'une nouvelle dignité - tout en se donnant l'illusion de renouer avec ses origines.

George Sand, Masques et bouffons.
Bibliographie
- Bénichou, Paul, Les Mages romantiques, Gallimard, 1988.
- Bénichou, L'Ecole du désenchantement, Sainte-Beuve, Nodier, Musset, Nerval, Gautier, Gallimard, 1992.
- Goulemot, Jean-Marie et Oster, Daniel, Gens de lettres, écrivains et bohèmes, L'imaginaire littéraire, 1630-1900.
- Mouchard, Claude, Un grand désert d'hommes, 1851-1885, Les équivoques de la modernité, Hatier (Brèves), 1991.
- Martin-Fugier, Anne, Les Romantiques, Figures de l'artiste, 1820-1848, Hachette (La vie quotidienne), 1998.
- Starobinski, Jean, Portrait de l'artiste en saltimbanque, Skira (Les sentiers de la création), 1970.
Sources
- Banville, Théodore de, Odes funambulesques [1857].
- Baudelaire, Les Fleurs du mal [1857].
- Baudelaire, Le Spleen de Paris [1869].
- Bertrand, Aloysius, Gaspard de la nuit [1842].
- Chateaubriand, René [1805].
- Gautier, Emaux et Camées [1852].
- Mallarmé, Poésies [1913].
- Musset, Fantasio [1834].
- Vigny, Les Destinées [1864].
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Baudelaire.pdf
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Aloysius_Bertrand.pdf
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Mallarme.pdf
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