Exotismes

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L'exotisme, pour toutes les époques mélancoliques, est une tentation. Les romantiques voyageaient (parfois en imagination) pour fuir la rigueur des temps post-révolutionnaires et renaître dans une nature sauvage que l'histoire n'aurait point encore tourmentée. Les Paradis perdus et les Ages d'Or furent d'ailleurs souvent décevants. A la fin du XIXe siècle, l'imaginaire de la crise s'aggrave encore, domine le champ culturel et politique. Le voyage apparaît une fois de plus comme un cordial. Il s'agit de fortifier une civilisation qui se croit en décadence et un peuple qui se croit frappé de dégénérescence. L'entreprise coloniale ou l'exploration scientifique offrent alors à toute une génération le moyen de renouer avec l'aventure. Les romans de Jules Verne, puis ceux de Kipling, Stevenson et Conrad permettent à une littérature de l'énergie et de la volonté de s'affirmer contre les délices délétères du symbolisme et du décadentisme. Jacques Rivière, dans une série d'articles publiés en 1913, saluera la fin de la crise du roman (commencée vers 1880) et la victoire du "roman d'aventure". Parallèlement, l'Europe artistique, grâce aux grandes Expositions du dernier quart du XIXe siècle et à celles du début du XXe siècle, rénove son inspiration au contact de productions picturales, musicales, chorégraphiques et théâtrales lointaines (la Chine, le Japon, la Russie, Bali, Java, Tahiti, bientôt l'Afrique).

Mais l'exotisme n'est pas toujours restaurateur. Parfois il entretient la névrose, l'ennui, le dégoût qu'il devait combattre. De Chine, de Turquie, d'Egypte, les personnages peuvent revenir plus las et plus pervers que jamais. Souvent encore, le voyage extérieur n'est que le masque d'une exploration intérieure: ce sont bien souvent les désirs et les violences du sujet occidental que l'imagerie exotique transpose (que l'on pense à la cruauté inouïe du Jardin des supplices de Mirbeau, aux morbidités nécrophiles de l'oeuvre de Loti, aux troublantes punitions des Impressions d'Afrique de Roussel).

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Bibliographie

  • Buisine, Alain, Tombeau de Loti, Atelier de reproduction des thèses/Aux amateurs de livres, Lille/Paris, 1988.
  • Claudon, Francis, Le Voyage romantique, P. Lebaud, 1986.
  • Couprie, Alain, Voyage et exotisme au XIXe siècle, Hatier, 1986.
  • Lombard, Denys (dir.), Rêver l'Asie, exotisme et littérature coloniale aux Indes, en Indochine et en Insulinde, Ed. de l'EHESS, 1992.
  • Moura, Jean-Marc, Lire l'exotisme, Dunod, 1992.
  • Moura, Jean-Marc, La Littérature des lointains, Puf, 1998.
  • Raimond, Michel, La Crise du roman des lendemains du naturalisme aux années vingt, José Corti, 1966.
  • Tadié, Jean-Yves, Le Roman d'aventures, Puf, 1982.

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Sources

  • Adam, Paul, Lettres de Malaisie [1898].
  • Huysmans, Joris-Karl, «Rococo japonais», «L'émailleuse» dans Le Drageoir aux épices [1874]; A Rebours [1884].
  • Lorrain, Jean, Monsieur de Phocas [1901].
  • Loti, Pierre, Aziyadé [1879]; Madame Chrysanthème [1887]; Fantôme d'Orient [1891].
  • Mirbeau, Octave, Le Jardin des supplices [1898].
  • Rivière, Jacques, Le Roman d'aventure [1913].
  • Roussel, Raymond, Impressions d'Afrique [1910].
  • Segalen, Victor, Essai sur l'exotisme [resté inachevé à la mort de l'auteur en 1919, publié en 1955].

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Claude Monet, Japonnerie,

dite aussi La Japonaise, 1876

Museum of Fine Arts, Boston

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