Florilège bibliographique
Critique littéraire | Linguistique française | Histoire littéraire | Littérature romande | Littérature comparée | Littérature médiévale | Poésie | Roman, récit, fiction | Théâtre | Epistémologie et méthodes critiques | Littérature et sciences humaines
Critique littéraire
"L'Ecole de Genève":
Georges Poulet, Etudes sur le temps humain, Paris: Pocket, 1989-1990 [1949], 4 vol.
Recueil d'études diverses, où la critique vise au-delà des oeuvres la conscience des écrivains, qu'il s'agit de reproduire en soi-même.
Marcel Raymond, De Baudelaire au surréalisme, Paris: José Corti, 1978 [1933].
Considéré comme le fondateur de la critique de la conscience, il interroge ici ceux qui ont forgé "le mythe moderne de la poésie".
Jean Rousset, Forme et signification: essais sur les structures littéraires de Corneille à Claudel, Paris: José Corti, 1962.
Comprendre une oeuvre, c'est ressaisir "l'épanouissement simultané d'une structure et d'une pensée".
Jean Starobinski, Jean-Jacques Rousseau, la transparence et l'obstacle, Paris: Gallimard (Tel; 6), 1998 [1957].
"La plus belle thèse de doctorat en littérature." (André Wyss)
Autres grands noms français:
Roland Barthes, Le Degré zéro de l'écriture, Paris: Ed. du Seuil (Points; 35), 1972 [1953].
Au croisement de la langue et du style, l'écriture oblige depuis 1850 l'écrivain à assumer sa responsabilité sociale - et sa solitude.
Georges Blin, Stendhal et les problèmes du roman, Paris: José Corti, 1983 [1953].
Approche de l'esthétique de Stendhal et des grands problèmes du roman moderne (refus du narrateur omniscient, technique du point de vue), sous l'influence de la phénoménologie et du cinéma.
Gérard Genette, Palimpsestes: la littérature au second degré, Paris: Ed. du Seuil (Points; 257), 1992 [1982].
Premier défrichage d'un immense champ de recherche. Tableau des oeuvres qui transforment ou imitent une oeuvre antérieure.
L'Ecole allemande:
Erich Auerbach, Mimesis: la représentation de la réalité dans la littérature occidentale, trad. par C. Heim, Paris: Gallimard (Tel; 14), 1998 [éd. orig. Bern: A. Francke, 1946].
Le chef d'oeuvre de celui qui est considéré par beaucoup comme le plus grand critique allemand du XXe siècle.
Hans Robert Jauss, Pour une esthétique de la réception, trad. par Cl. Maillard, Paris: Gallimard (Tel; 169), 2001 [éd. orig. fr. 1978].
En centrant son attention sur les horizons d'attente du lecteur, ce livre montre quelles sont les implications éthiques et sensibles de l'innovation esthétique.
Leo Spitzer, Etudes de style, trad. par E. Kaufholz, A. Coulon, M. Foucault, Paris: Gallimard (Tel; 54), 1993 [éd. orig. fr. 1970].
Grand maître du va-et-vient entre la partie et le tout, ou comment remonter d'un fait de style à une vision du monde.
Chez les Anglo-saxons:
Meyer Howard Abrams, The Mirror and the lamp: romantic theory and the critical tradition, Oxford: Oxford University Press, 1971 [1953].
Excellente introduction sur les grands types de critique. L'impact du tournant romantique sur notre conception de la littérature.
Northrop Frye, Anatomie de la critique, trad. par G. Durand, Paris Gallimard, 1969 [éd. orig. Princeton University Press, 1957].
Ouvrage considérable qui propose notamment une "théorie des symboles" et une "critique des archétypes", et qui distingue différents "modes dans l'oeuvre d'imagination" - du mythique au mimétique - grâce auxquels est retracée l'évolution de la littérature européenne.
En Italie:
Umberto Eco, Lector in fabula: le rôle du lecteur ou la coopération interprétative dans les textes narratifs, trad. par M. Bouzaher, Paris: Grasset & Fasquelle (Le Livre de poche; 4098), 2001 [éd. orig. Milano: Bompiani, 1979].
Modalités de la coopération du lecteur avec le texte, "organisme paresseux" : anticipations discursives, narratives, "promenades inférentielles".
Linguistique française
Austin J. L. (2002): Quand dire, c'est faire, Seuil, coll. "Points-Essais", n° 235.
Fruit de la réflexion d'un représentant de la philosophie analytique anglo-saxonne, ce petit livre, paru pour la première fois en 1962, a connu une postérité remarquable dans le domaine des sciences du langage en général et dans la linguistique du discours en particulier. En développant l'idée centrale selon laquelle l'énonciation d'une phrase peut constituer "l'exécution d'une action", Austin met en place la notion de performatif et lance ainsi l'étude de la dimension pragmatique du langage.
Bakhtine M. (1984): Esthétique de la création verbale, Gallimard.
Parmi les nombreux ouvrages de Bakhtine (1895-1975) - entre autres sur Rabelais et sur Dostoïevski -, à côté de sa théorie générale du roman et en particulier du roman d'apprentissage, cet ouvrage comporte deux chapitres importants pour la linguistique textuelle et pour l'analyse des discours : "Les genres du discours" (pages 263-308) et "Le problème du texte" (pages 309-348). Lecture indispensable d'un auteur russe dont la théorie de l'énonciation et du dialogisme est encore très influente dans les champs aussi bien littéraire que linguistique.
POUR ACCOMPAGNER CETTE LECTURE, un petit livre conseillé: Mikhaïl Bakhtine. Dialogisme et analyse du discours de Jean Peytard (Paris, Bertrand-Lacoste, 1995).
Bally C. (1977): Le Langage et la vie, Genève: Droz.
D'une grande lisibilité, cet ouvrage offre un excellent aperçu de la pensée novatrice de celui qui fut disciple et successeur de Saussure à l'Université de Genève. On y trouve une réflexion sur la crise de l'enseignement du français, un plaidoyer pour l'étude de la dimension affective de la langue, quelques esquisses d'une sociologie du langage, ainsi qu'une réflexion décisive sur les rapports entre la "langue de tous" et la langue littéraire.
Benveniste E. (1976-): Problèmes de linguistique générale, Gallimard, coll. "Tel", n° 7 et 47, 2 vol.
Recueil d'articles et de conférences (1946-1972) rassemblés autour de quelques grands thèmes: l'évolution de la linguistique, le lexique et la culture, la syntaxe, la communication, l'homme dans la langue, etc. A la fois érudits et accessibles, les exposés illustrent parfaitement la démarche idéale d'une étude linguistique: observation précise d'un fait de langue, éclairage historique et comparé du phénomène, mise en évidence de sa signification dans le système. De par sa contribution décisive à la théorie de l'énonciation, l'oeuvre de Benveniste est une référence constante et majeure dans nos programmes de linguistique française.
Bourdieu P. (2001): Langage et pouvoir symbolique, Seuil, coll. "Points-Essais", n° 461.
Version remaniée de Ce que parler veut dire (1982), cet ouvrage réunit les articles dans lesquels le grand sociologue développe sa sociologie du langage. Ses positions, relatives au pouvoir inséparable de toute utilisation du langage (envisagé comme un "marché linguistique") et à la question des normes, illustrent le fait que la langue est un fait social et la linguistique une science sociale, n'en déplaise à la philosophie du langage et à la linguistique classique.
POUR EN SAVOIR PLUS sur ce sociologue important, il faut lire le numéro spécial de la revue Sciences humaines qui lui a été consacré juste après son décès, le 24 janvier 2002: "L'oeuvre de Pierre Bourdieu" (2002).
Ducrot O. (1980): Les Mots du discours, Minuit.
La théorie de l'énonciation et de l'argumentation dans la langue développée par Ducrot est très influente dans le champ général de la pragmatique linguistique contemporaine. Ce livre est une bonne introduction aux travaux sur les connecteurs (MAIS, D'AILLEURS, EH BIEN et quelques autres) et à une théorie de la polyphonie linguistique complémentaire de celle de Bakhtine.
Grize J.-B. (1996): Logique naturelle et communication, PUF, coll. "Psychologie sociale".
Fondateur du Centre de Recherches Sémiologiques de l'Université de Neuchâtel, qui fut, en Europe, sous sa direction, un des plus grands centres de recherche sur l'argumentation, J.-B. Grize a, avec la logique naturelle, engagé le dialogue avec l'ensemble des disciplines du discours. Cet ouvrage, d'une écriture limpide, introduit les concepts principaux de la logique naturelle: le signe et la sémiologie, la communication, la schématisation. Un livre capital, introduisant à une théorie de l'argumentation dans le discours qui rompt avec les limites de la logique classique.
Jakobson R. (1973): Questions de poétique, Seuil.
Jakobson (1896-1982) est, après Saussure, un des plus grands linguistes du XXe siècle. Il l'est, en particulier, en raison de l'ouverture de ses travaux en direction de la pathologie du langage, du folklore, de la musique, de la peinture, du cinéma et surtout de la littérature, en particulier de la poésie. Recueil d'articles écrits entre 1919 et 1972, cet ouvrage comprend ses plus grandes analyses de la poésie, de Du Bellay, Dante et Shakespeare à Baudelaire et aux futuristes russes, en passant par Brecht et Pessoa. Il existe une version réduite de ce livre, dans la collection "Points" du Seuil (n° 85, 1977), sous le titre: Huit questions de poétique.
POUR ACCOMPAGNER CETTE LECTURE, un petit livre conseillé: Roman Jakobson de Daniel Delas (Paris, Bertrand-Lacoste, 2003).
Meschonnic H. (1999): Poétique du traduire, Verdier.
Ce livre majeur d'un linguiste, traducteur et poète présente une théorie de la traduction fondée sur le fait que "Traduire ne peut pas éviter d'impliquer une théorie du discours". Meschonnic défend l'idée que l'unité de la traduction n'est ni le mot, ni la phrase, mais le texte et, au-delà, la poétique d'un auteur (celui du texte source, ou celle du traducteur lui-même). Son examen critique de grandes traductions (de Hamlet, de Kafka, de Humboldt, de Tchékov, de Claudel lui-même et de la Bible) permet d'entrer, par le biais d'exemples très concrets, dans une analyse linguistique fine des textes. Un livre exigeant qui constitue une introduction magistrale à une théorie de la langue et des textes.
Müller B. (1975): Das Französische der Gegenwart. Varietäten; Strukturen; Tendenzen, Heidelberg: Carl Winter. = Müller B. (1985): Le Français d'aujourd'hui, Klincksieck (éd. révisée et augmentée).
Les langues varient dans le temps, dans l'espace, selon les situations de communication, selon le sexe des sujets parlants, etc. Ce livre passe donc en revue les différents facteurs de variation présents dans le français. Il s'agit d'une approche systématique, certes un peu ancienne, mais très aisée d'accès et bien documentée. Les étudiants y trouveront de nombreux outils de compréhension, de classification et de description de la variation linguistique.
Rastier F. (2001): Arts et sciences du texte, PUF.
Ce livre polémique présente un ambitieux mais stimulant programme de remembrement des disciplines du texte. Redéfinissant les perspectives de la philologie, de la poétique, de la rhétorique, de l'herméneutique et de la stylistique, Rastier développe une "sémantique des textes" qui doit, selon lui, servir de base à une "sémiotique des cultures" en construction.
POUR ACCOMPAGNER CETTE LECTURE et avoir une idée des nombreuses théories linguistiques auxquelles Rastier fait allusion, on peut lire Les Grandes théories de la linguistique. De la grammaire comparée à la pragmatique, de Marie-Anne Paveau et Georges-Elia Sarfati (Paris: A. Colin, 2003).
Saussure F. (2002): Ecrits de linguistique générale, Gallimard.
Le Genevois F. de Saussure (1857-1913) a tout simplement révolutionné la linguistique et, à travers elle, les sciences humaines, de l'anthropologie de Lévi-Strauss à la psychanalyse de Lacan, en passant par la sémiologie de Barthes. On ne connaissait guère, jusqu'à présent, que le livre apocryphe du Cours de linguistique générale (Lausanne-Paris: Payot, 1916) édité par ses élèves, à partir de leurs notes de cours. En réunissant des notes manuscrites et un projet de livre sur la linguistique générale découvert seulement en 1996, les Ecrits permettent de suivre une pensée majeure de la linguistique du XXe siècle et l'élaboration progressive des grands concepts de la linguistique moderne.
POUR ACCOMPAGNER CETTE LECTURE DIFFICILE, il faut lire le petit Saussure de Claudine Normand (Paris: Les Belles-Lettres, 2000).
Histoire littéraire
Les ouvrages sont proposés ici dans l'ordre chronologique de l'histoire littéraire.
Claude-Gilbert Dubois, L'Imaginaire de la Renaissance, Paris: PUF, 1985.
Les grandes variations imaginaires de la Renaissance autour du corps, de l'amour, du cosmos, de la mythologie, de l'héroïsme..., étudiées principalement chez les écrivains.
Hugo Friedrich, Montaigne, trad. par R. Rovini, Paris: Gallimard (Tel; 87), 1993 [2e éd. all., Berne et Munich, 1967].
Analyse fondamentale des Essais dans le contexte historique et religieux de la seconde moitié du XVIe siècle.
Alain Viala, Naissance de l'écrivain, Paris: Minuit, 1985.
Le XVIIe siècle a vu émerger la figure de l'écrivain, liée à un statut social indépendant du clientélisme et du mécénat, et se constituer lentement une activité nouvelle qu'on nommera la littérature.
Thomas Pavel, L'Art de l'éloignement: essai sur l'imagination classique, Paris: Gallimard (Folio essais; 296), 1996.
Etude fine et informée des rapports, souvent distants, des oeuvres littéraires avec la réalité empirique à l'époque classique, à travers des analyses du recueillement chrétien, de la maîtrise de soi selon les modèles antiques, des types romanesques et du rôle de la Providence.
Michèle Duchet, Anthropologie et histoire au siècle des Lumières, Paris: Albin Michel, 1995 [1971].
Ce livre fait apparaître l'envers de l'humanisme des Lumières en montrant la naissance des idées coloniales et la relégation des peuples dits "sauvages" chez les grands philosophes penseurs du XVIIIe siècle (Buffon, Voltaire, Rousseau, Helvetius, Diderot).
Michel Delon, L'Idée d'énergie au tournant des Lumières (1770-1820), Paris: PUF, 1988.
"Idée-force, elle participe à la constitution d'une linguistique de l'effet, d'une esthétique de la création, à une représentation du monde et de l'individu comme devenir."
Pierre Citron, La Poésie de Paris dans la littérature française, de Rousseau à Baudelaire, Paris: Ed. de Minuit, 1961, 2 vol.
Les formes de la réalité urbaine au seuil de la modernité. "La poésie de Paris selon l'optique romantique."
Le plus grand représentant français de l'histoire littéraire est Paul Bénichou:
Le Sacre de l'écrivain (1750-1830): essai sur l'avènement d'un pouvoir spirituel laïque dans la France moderne, Paris: Gallimard, 1996 [1973].
"Je me suis attaché à ce qui visait à investir la littérature d'une fonction sociale éminente."
L'Ecole du désenchantement: Sainte-Beuve, Nodier, Musset, Nerval, Gautier, Paris: Gallimard, 1992.
Yves Vadé, L'Enchantement littéraire: écriture et magie de Chateaubriand à Rimbaud, Paris: Gallimard, 1990.
Le sous-titre de l'ouvrage présente explicitement le projet de l'auteur: faire l'archéologie du réseau métaphorique qui associe au XIXe siècle poésie et magie; c'est à cette époque en effet que le poète est à la fois alchimiste, magicien, sorcier, enchanteur, magnétiseur, voyant, médium. Ces comparaisons prennent leur source dans une image de l'écrivain; qui perdurera jusqu'au surréalisme au moins; dont il est bon d'interroger les bornes et de parcourir l'éventail des variations successives.
Jean-Yves Tadié, Marcel Proust: biographie, Paris: Gallimard, 1996.
Biographie très érudite de l'auteur de La Recherche du temps perdu, soucieuse d'inscrire Proust dans la vie littéraire et sociale de son temps.
Littérature romande
Alfred Berchtold, La Suisse romande au cap du XXe siècle: portrait littéraire et moral, Lausanne: Payot, 1980 [1963].
Un grand classique de l'historiographie romande: la perspective et les analyses sont certes orientées par les convictions de l'auteur, mais l'enquête historique et culturelle demeure précieuse.
Jacques Chessex, Les Saintes Ecritures, Lausanne: L'Age d'homme (Poche Suisse; 41), 1985 [1972].
Jean-Pierre Monnier, Ecrire en Suisse romande entre le ciel et la nuit, Vevey: Galland, 1979.
Jean Vuilleumier, Le Complexe d'Amiel, Lausanne: L'Age d'homme, 1985.
Des essais où trois écrivains proposent des éclairages subjectifs sur l'univers littéraire dans lequel ils s'inscrivent.
Roger Francillon, Claire Jaquier, Adrien Pasquali, Filiations et filatures: littérature et critique en Suisse romande, Genève: Zoé, 1991.
Au croisement de l'histoire littéraire, de la critique de la réception et de la lecture interne des oeuvres, trois approches complémentaires.
Daniel Maggetti, L'Invention de la littérature romande (1830-1910), Lausanne: Payot, 1995.
Enquête sociologique et historique sur la naissance et le développement d'une "littérature nationale".
Dominique Combe, Poétiques francophones, Paris: Hachette, 1995.
Pour élargir le débat à d'autres littératures "périphériques".
Jérôme Meizoz, Ramuz, Un passager clandestin des lettres françaises, Genève: Zoé, 1997.
Une étude monographique passionnante sur un auteur à bien des égards représentatif de la condition de l'écrivain romand - et une démonstration de la pertinence de l'approche sociologique.
Littérature comparée
Jorge Luis Borges, Livre de préfaces, suivi de Essai d'autobiographie, trad. par Françoise-Marie Rosset et Michel Seymour Tripier, Paris: Gallimard (Folio; 1794), 1987 [éd. orig. Buenos Aires: T. Agüero, 1975].
La préface est ici une "forme latérale de la critique". Le recueil réunit des textes écrits entre 1923 et 1974 portant sur des oeuvres de Lewis Carroll, Marcel Schwob, Cervantès, Henry James, Kafka, Paul Valéry, Shakespeare et d'autres. Il montre, tout comme l'essai d'autobiographie qui les suit, que l'écrivain Borges fut aussi un très grand lecteur et comparatiste.
Marcel Detienne, Comparer l'incomparable, Paris: Ed. du Seuil, 2000.
"Un pamphlet ? Oui, et théorique. Pour dénoncer les mensonges et les dangers mortels de l'incommensurable, de l'incomparable des nationaux de tout poil. Pour montrer ensuite comment construire des comparables [...]." M. D.
Sylviane Dupuis, A quoi sert le théâtre?, Genève: Zoé (Minizoé; 31), 1998.
Poète, essayiste, dramaturge et écrivain de théâtre genevoise, Sylviane Dupuis évoque dans sept chroniques effervescentes le vécu du théâtre.
Yves Hersant, Fabienne Durand-Bogaert (éd.), Europes: de l'Antiquité au XXe siècle: anthologie critique et commentée, Paris: R. Laffont, 2000.
Anthologie qui fait découvrir des textes étonnants décrivant les traits de nos "Europes" culturelles.
Edouard Glissant, Introduction à une poétique du divers, Paris: Gallimard, 1996.
Recueil de conférences et d'entretiens de l'écrivain et critique antillais sur la littérature, les questions identitaires, le drame des langues, l'imaginaire, les relations entre les cultures...
John E. Jackson, Mémoire et création poétique, Paris: Mercure de France, 1992.
"De du Bellay à Shakespeare, de Ronsard à Chénier, de Racine à Nerval, Baudelaire ou Mallarmé, de Wordsworth à Hölderlin ou, plus près de nous, de Kafka à Celan et de Bonnefoy ou à Claude Simon, les dix chapitres de ce livre tentent de dégager les formes toujours nouvelles par lesquelles l'acte remémoratif rencontre l'acte imaginatif dans une coalescence fondatrice de la création poétique." J. E. J.
Henri Meschonnic, Poétique du traduire, Lagrasse: Verdier, 1999.
Ce livre propose une critique, c'est-à-dire une fondation, des principes qui relient l'acte de traduire à la littérature. Il commence par l'examen des idées reçues, et l'histoire de la traduction en Europe, continent culturel bâti sur des traductions. Il met des traductions à l'épreuve d'une poétique des textes. La théorie et la pratique sont inséparables. Les textes traduits vont du sacré à la poésie, au roman, au théâtre et à la philosophie. Ils passent par l'hébreu classique, l'italien, l'anglais, l'allemand et le russe.
Tzvetan Todorov, La Notion de littérature, Paris: Ed. du Seuil (Points; 188), 2000 [1987].
Recueil d'essais importants sur les types de discours, l'origine des genres, la notion de littérature, qui ont pour objet, outre les textes français, de grandes oeuvres des littératures européennes.
Tzvetan Todorov, L'Homme dépaysé, Paris: Ed. du Seuil, 1996.
"L'homme dépaysé pour peu qu'il sache surmonter le ressentiment né du mépris ou de l'hostilité, découvrira la curiosité et pratiquera la tolérance. Sa présence parmi les "autochtones" exerce à son tour un effet dépaysant: en troublant les habitudes mentales, en déconcertant par sa conduite et ses jugements, il favorise l'étonnement, premier pas obligé dans la découverte de soi." T. T. Un livre passionnant sur la richesse du regard "en biais" que peut apporter l'homme dépaysé à la vie intellectuelle d'un autre pays, comme le Bulgare Todorov lui-même en France.
Jean-Pierre Vernant, L'Univers, les Dieux, les Hommes. Vernant raconte les mythes, Paris: Seuil, 1999.
"J'ai essayé de raconter comme si la tradition de ces mythes pouvait se perpétuer encore. La voix qui autrefois, pendant des siècles, s'adressait directement aux auditeurs grecs, et qui s'est tue, je voulais qu'elle se fasse entendre de nouveau aux lecteurs d'aujourd'hui, et que, dans certaines pages de ce livre, si j'y suis parvenu, ce soit elle, en écho, qui continue à résonner." (J.-P. V.)
Harald Weinrich, Conscience linguistique et lectures littéraires, Paris: Ed. de la Maison des sciences de l'homme, 1989.
"Une conscience linguistique évoluée, celle qui génère le 'bon usage' de la langue, est formée de beaucoup de lectures littéraires et ne saurait se former autrement. De même, une lecture approfondie des oeuvres littéraires , [...], me semble présupposer une sensibilité linguistique qui dépasse de loin l'attention distraite que nous accordons normalement au langage de tous les jours. Ainsi, la langue et la littérature ne sont que deux faces d'une même médaille frappée pour nous servir et polie pour nous plaire." H. W. Ce recueil d'essais passionnants introduit de façon exemplaire à une approche interdisciplinaire entre linguistique textuelle et littérature comparée. Grand spécialiste de ces deux disciplines, H. W. élabore et exemplifie cette approche à une large gamme de textes des littératures européennes.
Littérature médiévale
Mikhaïl Bakhtine, L'Oeuvre de François Rabelais et la culture populaire au Moyen Age et sous la Renaissance, trad. par A. Robel, Paris: Gallimard (Tel; 70), 2001 [1965].
Selon le grand critique russe, les oeuvres populaires, les rites carnavalesques médiévaux et l'univers de Rabelais gravitaient autour du ventre et se donnent à déchiffrer en fonction d'un système d'opposition haut/bas. Ils se soustraient ainsi à la hiérarchie traditionnelle, orientée vers le sublime, et se modèlent sur la vision comique du réalisme grotesque.
Joël Blanchard, Jean-Claude Mühlethaler, Ecriture et pouvoir à l'aube des temps modernes, Paris: PUF, 2002.
Réflexion sur l'entrée du Poète dans le champ politique et sur les voies de cet engagement.
Ernst Robert Curtius, La Littérature européenne et le Moyen Age latin, trad. par J.Bréjoux, Paris: PUF (Agora; 14), 1991 [éd. orig. Bern: A. Francke, 1948], 2 vol.
Un livre essentiel pour comprendre la littérature latine du Moyen Age et son influence sur la culture occidentale, par l'intermédiaire du topos, notion qui est elle-même devenue un poncif des études littéraires.
Roger Dragonetti, La Technique poétique des trouvères dans la chanson courtoise: contribution à l'étude de la rhétorique médiévale, Brugge: De Tempel, 1960.
Inventaire et analyse formelle des procédés de composition du grand chant courtois, poésie codée, aux topiques précis et atteignant un haut degré de formalisation, tout comme l'écriture musicale qui sous-tend le vers.
Francis Dubost, Aspects fantastiques de la littérature médiévale (XIIe-XIIIe siècles), Paris: Champion, 1991, 2 vol.
Essai de définition d'un "fantastique des temps théologiques" qui prend en compte la dualité de pensée caractérisant l'époque médiévale.
Johan Huizinga, L'Automne du Moyen Age, trad. par J. Bastin, Paris: Payot, 2002 [1919].
Etude fondamentale sur les formes de la vie, la pensée et l'art en France et en Hollande aux quatorzième et quinzième siècles.
Jacques Le Goff, L'Imaginaire médiéval: essais, Paris: Gallimard, 1985.
Lorsque l'histoire rencontre la littérature: dans une langue admirable, le grand historien du Moyen Age fait dialoguer les approches, à travers une série d'articles, en montrant que la saisie d'une mentalité passe par l'étude des productions de l'imaginaire autant que par la recherche proprement historique.
Hervé Martin, Mentalités médiévales: XIe-XVe siècle, Paris: PUF, 1996 et 2001, 2 vol.
Vaste étude des représentations collectives médiévales, à partir d'approches s'appuyant sur le quantitatif, la linguistique appliquée et la sémiologie de l'image. Le second volume prolonge la réflexion autour de cinq thèmes: les lieux, le corps, le travail, les représentations socio-politiques et le discours apocalyptique.
Daniel Poirion, Le Poète et le Prince: l'évolution du lyrisme courtois de Guillaume de Machaut à Charles d'Orléans, Genève: Slatkine Reprints, 1978 [1965].
Thèse monumentale qui fait du dialogue entre le poète et le prince l'emblème du processus de la création poétique dans les derniers siècles du Moyen Age.
Michel Zink, La Subjectivité littéraire. Autour du siècle de Saint Louis, Paris: PUF, 1985.
Ce livre a renouvelé notre vision de l'«âge d'or» de la littérature médiévale, en posant les questions essentielles de la littérarité et de l'écriture du moi dans des oeuvres allant de la fin du XIIe au début du XIVe siècle.
Paul Zumthor, Essai de poétique médiévale, Paris: Ed. du Seuil (Points; 433), 2000 [1972].
Description systématique de la poésie médiévale en vue de l'intégrer à une Poétique générale, autour de cette proposition qui allait marquer les études médiévales: "l'objet essentiel du discours poétique médiéval n'est rien d'autre que ce discours lui-même, qui se fascine et se réjouit de son propre jeu". C'est ce que Zumthor appelle "la circularité du Chant".
Poésie
Michel Collot, La Poésie moderne et la structure d'horizon, Paris: PUF, 1989.
Pour une nouvelle approche de la poésie, où la phénoménologie et la psychanalyse collaborent avec la poétique.
Gérard Genette, Mimologiques: voyage en Cratylie, Paris, Ed. du Seuil (Points; 386), 1999 [1976].
Ne traite pas de la poésie, mais d'une idée chère aux poètes: celle d'une analogie "naturelle" entre les mots et les choses. Voir en particulier le dernier chapitre sur le symbolisme des sons.
Philippe Jaccottet, L'Entretien des Muses: chroniques de poésie, Paris: Gallimard, 1968.
Philippe Jaccottet, Une Transaction secrète: lectures de poésie, Paris: Gallimard, 1987.
Jaccottet critique.
Laurent Jenny, La Parole singulière, Paris: Belin, 1990.
Laurent Jenny propose une poétique du "figural" qui, dans le sillage du dernier Merleau-Ponty, met en avant le pouvoir fondateur de la parole. Aussi bien à l'écoute des acteurs de la modernité qu'attentif aux apports des sciences du langage, il rappelle "l'intimité de la parole avec le silence" et défend la cause d'une "parole taciturne".
Dominique Rabaté (dir.), Figures du sujet lyrique, Paris: PUF (Perspectives littéraires), 2001 [1996].
Ouvrage collectif qui a relancé le débat sur la question de la subjectivité et des enjeux du lyrisme dans l'énonciation, la thématique et l'histoire.
Jean-Pierre Richard, Onze études sur la poésie moderne, Paris: Ed. du Seuil (Points; 131), 1981 [1964].
Reverdy, Saint-John Perse, Char, Eluard, Schéhadé, Ponge, Guillevic, Bonnefoy, Du Bouchet, Jaccottet, Dupin. "Tous ces poètes ont été saisis au niveau d'un contact originel avec les choses."
Paul Ricoeur, La Métaphore vive, Paris: Ed. du Seuil (Points; 347), 1997 [1975].
La métaphore n'est pas un ornement; elle participe du "pouvoir de redescription du langage poétique" ; élaboration du concept de "référence dédoublée".
Enfin, deux approches historiques complémentaires:
Gustavo Guerrero, Poétique et poésie lyrique, Paris: Ed. du Seuil (Poétique), 2000.
Cet ouvrage se concentre sur l'histoire des poétiques de la poésie lyrique, de l'Antiquité au XVIIIe siècle.
Dominique Combe, Poésie et récit: une rhétorique des genres, Paris: José Corti, 1989.
Cet ouvrage traite plus spécifiquement de la poésie moderne et de ce qu'elle a impliqué comme exclusion théorique de la narration ou de la description pour viser une "pureté".
Roman, récit, fiction
Roland Barthes [et al.], Littérature et réalité, Paris: Ed. du Seuil (Points; 142), 1982.
Recueil d'articles essentiels, dont le fameux "effet de réel" de Barthes.
Roland Barthes, Wolfgang Kayser [et al.], Poétique du récit, Paris: Ed. du Seuil (Points; 78), 1977.
Quelques textes-clés de la narratologie à l'ère structuraliste.
Mikhaïl Bakhtine, Esthétique et théorie du roman, trad. par D. Olivier, Paris: Gallimard (Tel; 120), 2001 [éd. orig. Moskva: Chudoïestvennaja literatura, 1975].
La grande littérature narrative comme espace où les discours ne sont pas donnés à croire, mais à voir, dans leur dynamisme complexe et polyphonique.
Dorrit Cohn, Le Propre de la fiction, trad. par Cl. Hary-Schaeffer, Paris: Ed. du Seuil, 2001 [éd. orig. Baltimore/London: John Hopkins Univ. Press, 1999].
La fiction se reconnaît à des marques spécifiques, en particulier l'usage de la focalisation interne dans les récits à la troisième personne. Examen de fictions-limite, aux frontières de l'Histoire ou de l'autobiographie.
Philippe Hamon, Texte et idéologie, Paris: PUF (Quadrige; 230), 1997 [1984].
L'idéologie lue et analysée au niveau des grands systèmes axiologiques (linguistiques, techniques, éthiques, esthétiques, etc.) qui se croisent et parfois se contrarient dans la littérature représentative.
Vincent Jouve, Poétique des valeurs, Paris: PUF, 2001.
Comment les textes constituent et hiérarchisent des "points-valeurs" et programment leur lecture, soit participative, soit critique.
Brian McHale, Postmodernist fiction, New York/London: Methuen, 1987.
Avec le roman postmoderne, on passe d'une dominante "épistémologique" à une dominante "ontologique". Il n'en va plus de la (mé)connaissance du monde, mais de l'être même du (des) monde(s).
Thomas Pavel, Univers de la fiction, Paris: Ed. du Seuil, 1988 [éd. orig. Cambridge/London: Harvard Univ. Press, 1986].
Approche sémantique de la fiction. Frontières, dimension et structure des mondes fictionnels.
Paul Ricoeur, Temps et récit, Paris: Ed. du Seuil (Points; 227-229), 1991 [1983-1985], 3 vol.
Dans un effort de synthèse hors du commun, le philosophe repense la notion de mimesis pour décrire, entre autres, la relation entre le "monde du texte" et le "monde du lecteur". Avec une étude comparatiste exemplaire de Mrs. Dalloway de Virginia Woolf, Der Zauberberg de Thomas Mann et A la recherche du temps perdu de Marcel Proust.
Marthe Robert, Roman des origines et origines du roman, Paris: Gallimard (Tel; 13), 2000 [1972].
Les grands représentants du genre envisagés à partir de la théorie freudienne du "roman familial".
Jean-Marie Schaeffer, Pourquoi la fiction?, Paris: Ed. du Seuil, 1999.
Dynamique de l'imagination et rôle de l'affectivité dans notre rapport aux mondes fictionnels. La fiction comme "feintise ludique partagée".
Théâtre
Georges Forestier, Essai de génétique théâtrale: Corneille à l'oeuvre, Paris: Klincksieck, 1996.
Un ouvrage passionnant, écrit par l'éditeur de la nouvelle édition du théâtre de Corneille et de Molière dans la Pléiade, dont les enjeux et l'intérêt dépassent le cadre de la monographie. En effet, ce livre proprement révolutionnaire permet de comprendre la composition d'une oeuvre dramatique du point de vue de son auteur. Et ce point de vue, là est la nouveauté, est essentiellement technique. Par quoi commence-t-il? Quelles questions se pose-t-il? Quelles sont les grandes étapes de l'écriture? Quelles sont les contraintes qui lui sont imposées? De quelle manière pourra-t-il ruser avec elles?
Henri Gouhier, L'Essence du théâtre, Paris: Vrin, 2002 [1943].
Premier des nombreux ouvrages consacrés par le philosophe au théâtre. H. Gouhier repense l'héritage aristotélicien et souligne, contre les tenants d'une approche "exclusivement littéraire", l'importance de la représentation. Or, "représenter, c'est rendre présent par des présences". Ainsi, "l'oeuvre dramatique n'est pleinement elle-même qu'à la scène". On lira aussi avec profit Antonin Artaud et l'essence du théâtre, Paris: Vrin, 1974.
Jacqueline de Jomaron (dir.), Le Théâtre en France, Paris: A. Colin, 1992 [1988-1989], 2 vol.
Cet ouvrage collectif très riche en renseignements historiques et en iconographie a la particularité de mettre en avant l'histoire des conditions de représentation des oeuvres. Un texte dramatique est en effet, à de rares exceptions près, écrit pour être joué, et joué dans des salles, par des acteurs, devant des spectateurs, selon des codes sociaux et esthétiques définis. Connaître l'ensemble de ces circonstances matérielles et symboliques est indispensable à une bonne compréhension de nombreux aspects des textes - que l'on risque autrement de mal interpréter.
Jean-Jacques Roubine, Introduction aux grandes théories du théâtre, Paris: Dunod, 1998 [1990].
Cet ouvrage est très vite devenu un "classique" car il permet de traverser quatre siècles de création dramatique (du XVIIe au XXe siècle). Contrairement à de nombreux livres qui se sont voués à l'histoire du genre, Roubine ne s'attarde pas sur les pièces ou sur les auteurs, mais, comme l'annonce clairement le titre, aux grandes théories (esthétiques et politiques) qui ont soutenu l'écriture des oeuvres et l'engagement des écrivains.
Arnaud Rykner, L'Envers du théâtre: dramaturgie du silence de l'âge classique à Maeterlinck, Paris: José Corti, 1996.
Cet ouvrage, qui porte sur une large période (du XVIIe à la fin du XIXe siècle), semble s'attacher à un détail dramaturgique, le silence. Il se trouve que cet "objet" est formidablement éclairant par rapport à l'évolution du genre dramatique dont la principale fonction est de représenter des situations de communication, des dialogues. La dramaturgie classique, apprend-on grâce à Rykner, ne peut accueillir le moindre silence entre deux répliques, entre deux vers d'une même réplique. Il faudra un long processus pour aboutir aux personnages quasi mutiques des ouvrages symbolistes de Maurice Maeterlinck.
Alain Viala (dir.), Le Théâtre en France, des origines à nos jours, Paris: PUF, 1997.
Ouvrage très complet (dans la limite octroyée par ses quelque 500 pages) sur une histoire du genre dramatique inscrite dans une histoire plus globale (politique, intellectuelle, culturelle et littéraire). Il débute par un chapitre théorique, écrit par Viala lui-même, sur les spécificités du genre et se poursuit par deux chapitres importants sur le Moyen Age et la Renaissance, pages précieuses puisque de nombreuses histoires du théâtre commencent traditionnellement par le XVIIe siècle. Les chapitres sont ponctués de "stations" consacrées aux plus importants auteurs des périodes traitées. L'ouvrage ne tient en revanche pas tout à fait ses promesses quant au théâtre contemporain, puisqu'il s'arrête peu ou prou vers 1968.
Epistémologie et méthodes critiques
Sur l'interprétation:
Antoine Compagnon, Le Démon de la théorie: littérature et sens commun, Paris: Ed. du Seuil (Points; 352), 2001 [1998].
Bilan des années folles de la théorie littéraire. Retour en force de questions oubliées: l'auteur, la réalité, l'histoire.
Claude Reichler (dir.), L'Interprétation des textes, Paris: Ed. de Minuit, 1989.
Etat des lieux. Plusieurs contributions: points de vue de la sémiologie, de l'anthropologie, de la linguistique notamment.
Jean Starobinski, La Relation critique (L'OEil vivant II), Paris: Gallimard, 1970.
Un précis de méthode qui n'a pas pris une ride; et le fameux "Dîner de Turin", qui prouve que l'explication de texte peut être du grand art. Une nouvelle version du chapitre liminaire est proposée dans l'édition 2001 (Tel; 314).
Tzvetan Todorov, Théories du symbole, Paris: Ed. du Seuil (Points; 176), 1985 [1977].
Marque le passage, vers 1800, d'une esthétique classique de l'imitation à la conception romantique de l'oeuvre d'art comme un tout organique.
Deux méthodes "externes":
Pierre Bourdieu, Les Règles de l'art: genèse et structure du champ littéraire, Paris: Ed. du Seuil (Points; 370), 1998 [1992].
Plus stimulant peut-être: "L'invention de la vie d'artiste", in Actes de la recherche en sciences sociales, n° 2, 1975, pp. 67-93.
Max Milner, Freud et l'interprétation de la littérature, Paris: Sedes, 1997 [1980].
Etat de la question documenté et critique, par un spécialiste.
Littérature et sciences humaines
Quelques titres qui n'appartiennent pas au champ des études littéraires, mais qui permettent une ouverture sur celui-ci à partir de leur domaine propre.
Anthropologie:
Tzvetan Todorov, Nous et les autres: la réflexion française sur la diversité humaine, Paris: Ed. du Seuil (Points; 250), 1996 [1989].
Vaste enquête appartenant à ce que l'auteur appelle une "histoire de la pensée", ce livre étudie les manières dont les écrivains et philosophes français ont pensé l'altérité des autres. Il montre à la fois des évolutions historiques (de Montaigne à Lévi-Strauss) et la construction d'une typologie: ethnocentrisme, scientisme, relativisme, racialisme... Montesquieu apparaît comme une figure d'équilibre, celle d'un "humanisme bien tempéré".
Alain Corbin, Le Miasme et la jonquille: l'odorat et l'imaginaire social: XVIIIe-XIXe siècles, Paris: Flammarion (Champs; 165), 1997 [1982].
Nos sensations ont une histoire. Corbin fait ici celle de l'odorat, dont la forme sociale (valorisations, répulsions, conduites individuelles et sociales) se modifie considérablement à la fin du XVIIIe et au XIXe siècle. Corbin recourt à toutes sortes de sources, des archives urbaines à la littérature, offrant un exemple très convaincant d'histoire culturelle.
Histoire:
Roger Chartier, Au bord de la falaise: l'histoire entre certitudes et inquiétude, Paris: Albin Michel, 1998.
Réflexion sur le statut du discours historique, avec un chapitre sur la littérature. Pour une mise en pratique : "George Dandin, ou le social en représentation", in Annales, Histoire, Sciences sociales, n° 2, mars-avril 1994, pp. 277-309.
Roger Darnton, Le Grand massacre des chats: attitudes et croyance dans l'ancienne France, trad. par M.-A. Revellat, Paris: Laffont (Pluriel; 8468), 1986 [éd. orig. New York: Basic Books, 1984].
Recueil d'essais portant sur la culture de la France d'Ancien Régime, qui traite des contes paysans, de la ville au XVIIIe siècle, des intellectuels fichés par la police, de l'Encyclopédie... Les deux plus célèbres étudient, l'un des lettres reçues par Rousseau à la suite de la parution de La Nouvelle Héloïse, l'autre un massacre de chats perpétré par des ouvriers typographes de la rue Saint-Séverin. A chaque fois, Darnton fait surgir un monde d'un événement parfois minuscule.
Philosophie:
Ernst Cassirer, Essai sur l'homme, trad. par N. Massa, Paris: Ed. de Minuit, 1982 [éd. orig. New Haven: Yale Univ. Press, 1944].
Essai d'une "philosophie de la culture", qui réélabore les grandes thèses de la Philosophie des formes symboliques, mais "aussi brièvement et succinctement que possible".
Michel Foucault, Les Mots et les choses: une archéologie des sciences humaines, Paris: Gallimard (Tel; 166), 1993 [1966].
Même s'il est parfois contestable, ce livre a changé notre compréhension du savoir et des sciences humaines. Foucault montre que la connaissance est fondée sur des soubassements, des socles épistémiques qui délimitent ce qu'on peut savoir à telle ou telle période de l'histoire. Le livre étudie une configuration de savoir particulière, celle qui a caractérisé l'Age classique (XVIIe-XVIIIe), à travers l'analyse des conceptions du langage, de l'histoire naturelle, de la théorie des richesses. Les textes littéraires jouent un rôle phare dans la pensée de Foucault.
Psychologie:
Pierre-Henri Castel, La Querelle de l'hystérie: la formation du discours psychopathologique en France (1881-1913), Paris: PUF, 1998.
Le livre entier se propose de suivre l'évolution des débats qui firent fureur en France autour de la notion d'hystérie au cours du dernier tiers du XIXe siècle. Outre qu'il est rigoureusement documenté, et que sa lecture complète le parcours littéraire qu'a récemment proposé Juan Rigoli dans Lire le délire, cet ouvrage contient un chapitre qui nous intéresse très directement: "Naturalisme, hystérie et décadence" (ch. 6) détaille le chassé-croisé des emprunts entre des écrivains comme les Goncourt ou Huysmans et les psychopathologistes de l'époque, et met au jour la façon dont "la logique du drame" a pu anticiper sur "l'observabilité du fait". C'est une étude de cas qui renouvelle à bien des égards nos préjugés sur les relations entre Science et Littérature, et nous incite à reformuler certaines oppositions figées par la routine intellectuelle.
Sociologie:
Michel de Certeau, L'Invention du quotidien, 1. Arts de faire, Paris: Gallimard (Folio Essais; 146), 1990 [1980].
Philosophe, historien de la culture, psychanalyste, de Certeau repense dans ce livre ramifié, la question de la culture et de l'expression dites "populaires". Des jeux verbaux à la ville parcourue, à la citation, aux théories et aux croyances, il met en évidence l'invention quotidienne, la ruse active de l'usage, tout ce qui se résume dans une métaphore qui a fait fortune: le braconnage.
Norbert Elias, La Société de cour, trad. par P. Kamnitzer et J. Etoré, Paris: Flammarion (Champs; 144), 1985 [éd. orig. Neuwied/Berlin: Luchterhand Verlag, 1969].
Etude de la cour de Louis XIV, comprenant une lecture de l'Astrée où "Elias esquisse ce que pourrait être une mise en relation des formes esthétiques et des structures psychologiques" (R. Chartier).
Claude Grignon, Jean-Claude Passeron, Le Savant et le populaire: Misérabilisme et populisme en sociologie et en littérature, Paris: Gallimard/Le Seuil, 1989.
Cet ouvrage difficile interroge de front un "embarras" récurrent des sciences sociales: comment décrire les cultures populaires généralement désignées par défaut (pauvreté économique, pratiques culturelles décriées, etc.)? Deux articles terminent ce long débat entre les deux sociologues, et ouvrent la question de la représentation littéraire des couches populaires. Zola et Flaubert y sont discutés sous l'angle sociologique: quels biais ont-ils pu introduire dans leurs descriptions romanesques du fait de leur trajectoire sociale? et qu'est-ce qui distingue la "sociographie" littéraire de la "sociologie" savante? Si les réponses sont parfois elles-mêmes biaisées par le scientisme des auteurs, la formulation des questions, par contre, emprunte tous les chemins de la nuance et de la vigilance théorique. Un décentrement précieux pour la compréhension du réalisme littéraire.


