Ars amandi

Le Moyen Âge a copié, lu et commenté Ovide. L'influence de l'Ars amandi ne suffit toutefois pas à expliquer l'essor, dans la seconde moitié du XIIe siècle, de la fin'amor, de cet amour affiné, épuré, qui se coule dans le moule de la canso (chanson) des troubadours et des trouvères, avant que le dolce stil nuovo en Italie, puis le pétrarquisme en Europe ne prennent la relève pour célébrer le désir toujours inassouvi.

Dès le XIIe siècle, la société a éprouvé le besoin de codifier son nouvel idéal, de l'ériger en norme et en art de vivre. Quand André le Chapelain en fixe les règles, il soumet le comportement amoureux à l'approbation d'une élite "courtoise", emblématiquement représentée par Marie de Champagne, fille d'Aliénor d'Aquitaine : c'est à elle que le De amore attribue plusieurs jugements d'amour. Au XIIIe siècle, le dieu d'Amour édicte à son tour des lois dans le Roman de la Rose, et différents poètes se souviendront de sa leçon à la fin du Moyen Âge : mais l'idéal peut-il échapper à l'usure du temps, le code ne pas se dégrader et finir par être une convention ou un jeu de société ?

Le château d'amour et la fontaine de jouvence.
Coffret à miroir en ivoire, Walters Art Gallery, Baltimore.

Michaël Camille, Image on the Edge : The Margins of Medieval Art,
Londres, Reaktion Books, 1992, p.98.

Bibliographie

  • Allen (Peter L.), The Art of Love : Amatory Fiction from Ovid to the Romance of the Rose, Philadelphia : University of Pennsylvania Press, 1992.
  • Baladier (Charles), Erôs au Moyen Âge. Amour, désir et « délectation morose », Paris : Cerf, 1999.
  • Cazenave (Michel), Poirion (Daniel), Strubel (Armand) et Zink (Michel), L'Art d'aimer au Moyen Age, Paris : Philippe Lebaud, 1997.
  • De Rougemont (Denis), L'Amour et l'Occident, Paris : 10/18, 1977 (1939, éd. définitive 1972).
  • Fox (John), The Poetry of Fifteenth-Century France, I : Authors and Themes, London : Grant & Cutler, 1994, chap.1 : "The True Price of Love".
  • Frappier (Jean), "Vues sur les conceptions courtoises dans les littératures d'oc et d'oïl au XIIe siècle", Cahiers de Civilisation Médiévale 2 (1959) 135-156.
  • Jaeger (Stephen C.), The Origins of Courtliness : Civilizing Trends and the Formation of Courtly Ideals, 939-1210, Philadelphia : University of Pennsylvania Press, 1985.
  • Paris (Gaston), "Etudes sur les romans de la Table Ronde : Lancelot du Lac», Romania 12 (1883) 459-534, chap.IV : "L'Esprit du poème de Chrétien" (pp. 516-534).
  • Paz (Octavio), La Flamme double. Amour et érotisme, trad. par C. Esteban, Paris : Gallimard, 1994, chap. 4 : « La Dame et la sainte ».
  • Stendhal, De l'amour, livre II, éd. par M. Crouzet, Paris : GF, 1965 (1853).

Sources

André Le Chapelain, Andreae Capellani regii Francorum de Amore libri tres, éd. par E. Trojel, Copenhague 1892 ; Trattato d'amore, éd. du texte latin et traduction toscane du XIVe siècle par S. Battaglia, Roma 1947. – Traduction : André Le Chapelain, Traité de l'amour courtois, trad. par C. Buridant, Paris : Klincksieck, 1974.

Gace Brulé, "Biaus m'est estez, quand retentist la bruille" (MW885), dans : The Lyrics and Melodies of Gace Brulé, éd. par S.N. Rosenberg, S. Damon et H. van der Werf, New York and London : Garland, 1985.

Guillaume de Lorris, Le Roman de la Rose, éd. et trad. par A. Strubel, Paris : Le Livre de Poche (Lettres gothiques), 1992.

Charles d'Orléans, "La Retenue d'Amours", dans : Ballades et rondeaux, éd. et trad. par J.-C. Mühlethaler, Paris : Le Livre de Poche (Lettres gothiques), 1996.

Martin Le Franc, Le Champion des dames, vol. III, éd. par R. Deschaux, Paris: H. Champion (Classiques français du Moyen Age), 1999. 

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