Vous êtes ici: UNIL > Actualités
Publié le:  05.01.10
Modifié le:  08.01.10
Par:  Nadine Richon / UNICOM
 
• Culture

Soigner l'esprit, soigner le corps

Professeur à l'UNIL, chef du Service de psychiatrie communautaire du CHUV, Jacques Besson propose, au nom de la Commission des sciences humaines, une série de conférences publiques pour réfléchir à l'intégration de la spiritualité dans le monde des soins et de la médecine scientifique.

Que faire face à la question du malheur et des souffrances ? Comment répondre aux besoins spirituels exprimés par des patients qui peinent à trouver un écho à ces interrogations dans le cadre de la médecine scientifique, d'une façon complémentaire aux aumôneries qui font déjà ce travail ? Au sein de l'UNIL et du CHUV, plusieurs équipes s'intéressent à ce beau sujet, si bien que la Commission des sciences humaines de la Faculté de biologie et de médecine a décidé d'organiser un large débat interdisciplinaire, sous la forme d'un cycle de conférences publiques dont la première plongera le 26 janvier 2010 dans l'histoire des relations entre médecine et spiritualité.

En effet, à l'aube de l'humanité, les chamans étaient à la fois prêtres et médecins. Mais depuis la naissance de la médecine moderne chez les Grecs, et jusqu'à nos jours, en passant par le Siècle des Lumières, on assiste à un net clivage entre médecine et religion. Selon le professeur Jacques Besson, organisateur de ce cycle de conférences, c'est un problème: «Quand on fait sortir la religion par la porte, elle revient par la fenêtre et c'est souvent sous la forme du fondamentalisme. Au fond, réinscrire dans notre modernité des spiritualités qui présentent un caractère universel nous permettrait peut-être de dépasser les heurts idéologiques et les fanatismes. Tous les mystiques se ressemblent par-delà leurs religions. C'est un défi pour le 21ème siècle qui doit réinventer une forme d'humanisme écologique, psychologique et interculturel. Mais parviendrons-nous à mettre l'esprit au-dessus de la matière, c'est toute la question...»

Sur le plan scientifique, ces dernières années, de nombreuses études sont venues prouver l'impact positif de la spiritualité sur la santé, note Jacques Besson. Jusqu'aux neurosciences qui permettent de visualiser dans le cerveau les régions activées par la méditation. Cette plasticité neuronale ainsi révélée met en relief le lien bien réel entre la nature (le cerveau) et la culture agissant sur l'esprit, ce que le professeur Besson appelle «la boucle cerveau-esprit-culture».

Un premier bloc de cinq conférences se tiendra «Au lit du malade» pour interroger sur ce thème historiens, médecins, infirmières et aumôniers (les mardis 26 janvier, 23 février, 9 mars, 27 avril et 1er juin à l'auditoire César Roux du CHUV, dès 18 heures). Chaque conférencier sera confronté au point de vue d'un second intervenant et le débat se prolongera avec la salle. Toute la démarche vise à co-produire en quelque sorte un savoir critique à partir de rencontres et de préoccupations communes, et à faire émerger des recherches interdisciplinaires.

De septembre à décembre 2010 un deuxième bloc abordera le sujet sous l'angle «Médecine, spiritualité et culture» avec un éclairage sociologique sur les pratiques religieuses, anthropologique sur la diversité des spiritualités en lien avec les migrations, en passant par la question philosophique du pardon, le vaste champ actuel de la bioéthique et enfin les médecines parallèles.

Enfin, de janvier à mai-juin 2011 il s'agira d'explorer les relations profondes et contrariées, complexes et constantes entre psychiatrie et spiritualité. «Nous allons par exemple explorer les différences fondamentales entre délires et expériences mystiques, deux états qui peuvent paraître proches à première vue, explique Jacques Besson. Dans le délire, le sujet est grandiose alors qu'il s'estime infime dans l'expérience mystique. Dans un cas, il se montre agité, tourmenté, et dans le rejet social, dans l'autre cas il est serein, apaisé et connecté aux autres, à la communauté...» Cette dernière série de conférences permettra de revisiter le point de vue plus traditionnel de la psychanalyse avec Freud qui voit la religion comme la névrose obsessionnelle de l'humanité, de considérer la perspective jungienne et d'aborder notamment le thème douloureux des addictions où l'on constate, là encore, que la pratique d'une spiritualité peut apporter un contrepoids parfois «miraculeux».

  • Cycle de conférences publiques «Médecine, santé et spiritualité 2010-2011», CHUV, Auditoire César Roux, dès mardi 26 janvier 2010 à 18 heures.

Les documents:
CH-1015 Lausanne - Suisse - Tél. +41 21 692 22 00 - Fax +41 21 692 22 05