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Nature, environnement, écologie : l’émergence de la Political ecology dans un contexte de crise écologique

humanites-env.jpgA partir de quand la géographie s’est-elle intéressée à la Nature ? Celle-ci est-elle un objet géographique à part entière et à partir de quand ? Comment a-t-on fait le pont entre la géographie humaine et les sciences de l’environnement ?

L’ouvrage Humanités environnementales : Enquêtes et contre-enquêtes (Publications de la Sorbonne, 2017) présente une série de réflexions sur l’histoire de la pensée environnementale dans le cadre de différentes disciplines des sciences humaines, de l’émergence de ce courant jusqu’à aujourd’hui.

On s’arrêtera notamment sur le chapitre 5, cosigné par Christian A. Kull (Prof. de géographie (IGD, UNIL) et Simon P.J. Batterbury (Prof. d’écologie politique, Université de Lancaster) et consacré à l’émergence de l’environnement dans les géographies anglophone et française1. C’est aux questions ci-dessus que les auteurs apportent des explications épistémologiques truffées d’anecdotes éclairantes et qui en rendent la lecture stimulante.

Dans l’Antiquité, le géographe Eratosthène, premier à établir le calcul de la circonférence de la Terre au 3e siècle avant J.-C., s’est intéressé à l’impact de la construction navale en Crète sur l’agriculture et l’état de ses forêts. Bien plus tard, au temps des Lumières, Alexander von Humboldt a travaillé sur les interactions entre l’homme et l’environnement. Au 19e siècle, Georges Perkins Marsh poursuivait cette entreprise en considérant la nature comme « objet d’étude ». Henry David Thoreau, l’un des pionniers de l’environnementalisme, a énoncé quant à lui que la nature « doit être considérée humainement ou pas du tout (…) » et qu’ « aimer la nature, c’est éminemment aimer l’homme » (1852). On distingue donc une évolution progressive de la pensée environnementale, mais celle-ci reste avant tout descriptive dans cette période.

Si c’est principalement la géographie physique qui est identifiable en tant que discipline vouée à l’étude de l’environnement dès ses débuts, force est de constater que l’on y a déconsidéré les interactions « homme-milieu-environnement » jusqu’à récemment, alors même qu’émergaient les problématiques de la pollution, de la déforestation, de la raréfaction des ressources ou plus récemment du changement climatique.

C’est en effet au tournant des années 70-80 et dans le monde anglophone que des champs de la géographie humaine et de la géographie physique se sont rapprochés pour aboutir à la political ecology, et ainsi établir une nouvelle discipline. Son équation tient selon le Prof. Kull à la jonction de la géographie, des sciences de l’environnement et de la justice sociale : elle résulte donc d’une approche militante issue elle-même de la dégradation de l’écoumène depuis la fin des années 1960. C’est d’ailleurs en 1967 que l’Université d’East Anglia crée la première Faculté des sciences de l’environnement, alors que des phénomènes tels que la surpopulation, la dégradation de l’eau, des forêts, de l’air et des ressources commencent à s’imposer comme des évidences au monde scientifique.

Les questions d’environnement et d’écologie sont aujourd’hui entrées dans le débat public comme de véritables problèmes sociétaux et elles y occupent une place désormais importante; mais l’épistémologie de la political ecology démontre que le cheminement aura été bien long entre un monde naturel considéré initialement per se comme simple objet d’étude, et sa perception actuelle où il est désormais perçu comme inséparable de l’homme qui vivrait et dépendrait dans son entièreté d’un rapport équilibré avec lui.

1 Kull Christian A., Batterbury Simon P. J., L’environnement dans les géographies anglophone et française : émergence, transformations et circulations de la political ecology, in Humanités environnementales, Publications de la Sorbonne, Paris, 2017.

Colloque

En avril 2017, l'ouvrage Humanités environnementales : Enquêtes et contre-enquêtes a fait l'objet d'une présentation par la Plateforme Société, Nature de la faculté. L'intervention filmée de l'anthropologue Elise Demeulenaere (CNRS, Paris) est visionnable en ligne ici :

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