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Rio+20: un bilan à nuancer

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Le sommet de Rio+20 commémorant la rencontre de 1992 qui avait abouti notamment sur la Convention Cadre des Nations Unies sur le changement climatique, la mise en place de l’Agenda 21 pour une action sur la durabilité au niveau des collectivités publiques et la Convention sur la diversité biologique, s’est achevé le 22 juin. La société civile, de plus en plus alerte sur les questions touchant à l’avenir de la biosphère, s’est largement mobilisée. Les gouvernements en charge de prendre des décisions ont en revanche à nouveau déçu, à l’image des précédentes réunions de Durban et Copenhague.

Parmi les objectifs que la société civile aurait souhaité voir abordé durant le sommet, on trouve notamment la demande d’un effort concerté des nations pour réduire de manière significative les émissions de gaz à effet de serre dus aux énergies fossiles, restaurer 150 millions d’hectares de zones déforestées ou dégradées d’ici 2020 ou encore enrayer la pollution massive des océans par des matières plastiques grâce à l’éducation et la collaboration au niveau local. L’objectif principal du sommet était cependant de promouvoir l’économie verte, un concept qui prône une croissance durable tout en réduisant fortement les impacts sur la biosphère dus à la pollution et au prélèvement effréné des ressources minérales, écosystémiques et fossiles.

Selon le Programme des Nations Unies pour l’environnement (PNUE), organisme tutélaire de la préservation de l’environnement au niveau mondial, bien que son pouvoir décisionnel soit faible, l’économie verte est "une économie qui entraîne une amélioration du bien-être humain et de l’équité sociale tout en réduisant de manière significative les risques environnementaux et la pénurie des ressources". On estime que la transition vers cette économie nécessiterait 2% du PIB mondial par an dans dix secteurs clés d’ici 2050. Et c’est là que le bât blesse. En effet, les pays peu industrialisés ou émergents ne souhaitent pas participer à un effort qui serait initié par le Nord au niveau symbolique et qui nécessiterait une refonte considérable du mode de prélèvement des ressources alors que les pays du Sud (si l’on peut s’autoriser ce raccourci), mettent tout en œuvre pour accéder à un niveau de vie meilleur, souvent au détriment de la biosphère. Selon les pays du Sud, le concept d’économie verte pourrait ouvrir la voie à l’adoption de positions protectionnistes.

Cependant, la volonté du PNUE, louable si elle en est, a été adoptée lors du document final du sommet le 22 juin 2012. Il est donc considéré que l’économie verte constitue un instrument essentiel pour la durabilité de nos sociétés sans surexploiter les ressources. Pas d’engagement contraignant donc, pas d’engagement chiffré, mais une tentative d’envoyer un signal symbolique à la société civile, soulignée par une « photo finish » où les dirigeants de ce monde se tiennent les mains en l’air en signe de victoire. Mais peut-on encore se contenter de signaux d’encouragement alors que la concentration en gaz à effet de serre dans l’atmosphère a atteint 392ppm, alors qu’une stabilisation du climat exige une concentration optimale de 350ppm ? Combien de temps continuera-t-on à réunir les nations sans objectifs contraignants à la clé quand on connaît les difficultés de mise en œuvre de Kyoto, quand on sait que le dépassement d’une augmentation de 4 degrés Celsius provoquerait un emballement irréversible de la biosphère?

Parmi les aspects positifs de cette conférence, on peut citer la candidature de Genève au siège du Fonds vert pour le climat, la mise à l’agenda international de la prévention des catastrophes et la mise en avant de l’importance des montagnes par la Suisse.

La décision la plus courageuse mais aussi concrète a probablement été prise par l’Etat maldivien, un pays parmi les plus menacés par l’élévation du niveau des mers due au réchauffement climatique, dont le scénario à l’horizon 2100 a été fortement revu à la hausse récemment, en considérant la réaction dynamique de la calotte polaire antarctique, pour une hausse de 60cm à 180cm ! En effet, le président des Maldives Mohamed Waheed a annoncé que son pays deviendrait la plus Aire Marine Protégée (AMP) au monde dans un horizon de 5 ans. Les AMP sont considérées à l’heure actuelle comme la mesure de conservation la plus efficace pour le repeuplement des stocks halieutiques des océans et l’épanouissement de la biodiversité. La pêche industrielle serait bannie et le secteur nord de l’Océan Indien deviendrait un havre de paix pour la vie marine de cette région du globe. De plus, ce serait un atout économique non négligeable grâce au tourisme vert que ce type de mesure peut générer : en bref, une mise en place du concept d’économie verte. Les Maldives, en 109ème position des Nations par rapport à l’Indice de développement humain, auraient-elles fait un pied de nez aux Etats les plus développés ?

S’il est un indubitable que des sommets tels que Rio+20 génèrent une émulation de prise de conscience par la société civile des enjeux liés à la préservation de la biosphère, on est en droit de pointer du doigt les décideurs qui, sous couvert de discours prônant la durabilité et le bien-être des générations futures, sont peut-être les générations que nos cadets blâmeront pour leur incapacité à réagir avec urgence et efficacité face aux défis majeurs que nous connaissons aujourd’hui sur terre.

 

Nicolas Bourquin, Chargé de recherche, FGSE

 


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