Grec ancien

Le grec, à quoi ça sert ?

Certainement à rien si l'on mesure l'intérêt de cette discipline à l'aune de l'unique norme reconnue en cette fin de siècle : celle de l'investissement et du profit matériel immédiat. Le grec ancien n'est pas coté en bourse, il ne constitue pas non plus un thème d'intérêt des programmes politiques. En revanche, il représente une donnée fondamentale de l'histoire culturelle occidentale. Les oeuvres antiques ne sont pas seulement objets de musée, elles invitent à un dialogue à travers les siècles et à une confrontation avec un passé devenu autre mais néanmoins constitutif de notre identité culturelle. C'est un point de départ privilégié pour une réflexion sur l'évolution des formes du savoir et de la pensée. Relevons

  • le relief pris par les textes anciens lus dans la langue originale;
  • la nécessité de maintenir un contact "direct" avec une culture qui sert souvent de cadre de référence à la nôtre;
  • la qualité singulière de la "tournure d'esprit" que confère la confrontation avec la pensée antique;
  • l'ouverture à plusieurs des questions fondamentales qui se posent à toute société humaine;
  • l'intérêt épistémologique d'une recherche qui peut exploiter les technologies les plus récentes et sophistiquées pour perpétuer l'étude des plus anciens documents littéraires de notre histoire.

 


Le grec à l'Unil

Avec l'archéologie provinciale romaine, l'archéologie classique, l'histoire ancienne et le latin, le grec est l'une des parties intégrantes de l'Institut d'archéologie et des sciences de l'antiquité de l'Université de Lausanne.

Les études de grec explorent, à partir d'oeuvres choisies, l'ensemble de la littérature grecque en langue ancienne, depuis ses origines jusqu'au commencement du VIIe siècle apr. J.-C., touchant ainsi à la seconde sophistique, à l'épopée tardive, ou encore, par exemple, à la littérature patristique.

En marge du grec classique, une présentation du mycénien et des principaux dialectes grecs anciens est assurée, soit dans le cadre du cours de linguistique grecque, soit dans le cours de langue. Attentive aux différents courants qui ont marqué le développement des sciences humaines ces dernières décennies, l'approche de la littérature grecque antique se place sous le signe d'une anthropologie de la culture et de la littérature. L'existence moderne d'un texte antique suppose une histoire complexe dont la philologie traditionnelle ne peut révéler que certains aspects.

Les textes antiques n'ont pas été sauvés, conservés et transmis sans être soumis à différents remaniements significatifs d'enjeux culturels particuliers. Malgré ses exigences de rigueur, la philologie elle-même a toujours été subordonnée et influencée par des facteurs idéologiques qui l'ont sous-tendue. L'établissement d'un texte antique doit tenir compte des différents contextes, sociaux, religieux, politiques, qui ont marqué et influencé la transmission des textes. Notre rapport à la littérature grecque antique est aussi le fait d'une importante série de reconstructions dont il s'agira, à chaque fois, d'être conscients.

Ainsi réorientée l'analyse philologique devra permettre de revenir plus clairement aux conditions mêmes qui ont permis et favorisé le développement de la littérature antique. Comment les différents genres poétiques sont-ils apparus ? Comment la poésie et la prose se sont-elles démarquées l'une de l'autre ? Comment expliquer l'émergence et l'essor de la tragédie grecque au Ve siècle avant notre ère ? Perçues comme des faits de culture, les différentes formes de la littérature antique invitent à réfléchir sur la dimension relative du rapport que chaque forme de société entretient avec la culture.

Vieille, avec ses aléas, ses essoufflements et ses renaissances, de parfois plus de deux millénaires et demi, l'étude de la littérature grecque s'est aussi enrichie de l'histoire de ses commentaires qui témoigne de l'évolution capricieuse des sensibilités.


A qui s'adresse cette discipline ?

Le grec ancien s'adresse

1) à des étudiants qui possèdent une maturité avec mention grec

2) ou qui ont passé l'examen préalable demandé,

3) ou encore à des bacheliers qui n'ont pas fait de grec ancien dans leurs études antérieures dans la mesure où ces derniers auront acquis, soit par eux-mêmes, soit en suivant le complément obligatoire de formation en grec (non crédité) que nous organisons, un niveau de connaissance leur permettant de suivre avec profit les cours, séminaires et travaux pratiques prévus dans le programme d'étude du grec (Grec ancien : Grands débutants).

De nombreux cours de la section de grec peuvent être choisis comme option au sein d'une autre discipline.

Programme des études

Ces études peuvent être suivies en Faculté des lettres au niveau du baccalauréat universitaire (BA) et de la maîtrise universitaire (MA), en discipline principale ou secondaire.

Grec ancien pour grands débutants

Un rattrapage en grec ancien est proposé à titre facultatif à tous les étudiants de la faculté qui n'ont pas étudié cette langue au gymnase. Ce rattrapage fait en outre partie des plans d'études des branches suivantes : histoire ancienne et archéologie (comme complément de formation en langue classique en lieu et place du latin), histoire des religions, tradition classique et, naturellement, grec ancien. Il peut également être choisi comme module offert dans le cadre d'un programme à options.
Ce rattrapage se divise en deux cours de chacun une année, intitulés respectivement "Initiation au grec ancien" et "Approfondissement des compétences linguistiques et textuelles en grec ancien". Le premier cours a pour objectif premier l'acquisition des bases morphologiques et syntaxiques de la langue grecque. Le second cours, tout en conservant une approche systématique des phénomènes grammaticaux, privilégie un apprentissage à travers la lecture de textes suivis, choisis par l'enseignant ou proposés par les étudiants.


Langue et littérature

L'étude de la langue, de la littérature et de la pensée grecques anciennes constituent les trois lignes essentielles de l'enseignement du grec ancien à l'Université de Lausanne.

a) la langue

L'étude de la langue est abordée dans le cadre d'un cours de Connaissance pratique de la langue grecque. Il inclut des présentations de grammaire, des exercices de thème et version, des travaux de métrique et de stylistique et vise à une maîtrise des difficultés et des nuances de la langue grecque ancienne. L'enseignement de la linguistique historique apporte quant à lui une vue générale de l'évolution de cette langue au cours des siècles. Des cours de lecture cursive et des ateliers de travaux d'appui complètent l'apprentissage de la langue.

b) la littérature

L'étude de la littérature grecque suit une double direction : philologique et anthropologique. L'analyse philologique est sensible aux problèmes d'établissement du texte et à l'histoire de sa transmission, souvent révélatrice d'enjeux politiques et idéologiques déterminants. Il importe de comprendre comment et pourquoi on perpétue tel texte plutôt que tel autre.
L'approche anthropologique considère les faits littéraires en fonction de leur contexte de production. Le texte permet de reconstruire les aspects d'une vie culturelle et sociale dont il est, en retour, un produit. L'analyse textuelle est ainsi sensible aux références énonciatives qui ancrent le texte dans un contexte social, rituel, politique précis. Elle s'attache aussi à comprendre le texte en fonction des traditions littéraires et à mesurer l'importance des règles génériques situées à l'intersection entre régularités discursives (métrique, diction épique, langage formulaire, etc.) et conventions rituelles, et par conséquent sociales. L'étude de leur mise en discours relève autant de la linguistique textuelle que de l'anthropologie culturelle et sociale.

c) la pensée

Sensible au fait que la littérature grecque est indissociable du génie propre à la structure de la langue grecque, le dernier axe de l'enseignement privilégie l'approche de la spécificité de la pensée grecque une pensée qui est à l'oeuvre non seulement dans les textes et les différentes manifestations artistiques mais aussi dans les institutions qui règlent la vie religieuse et politique. L'étude des textes mythologiques, l'analyse des mythes et des rituels trouve ici toute sa pertinence pour aborder la question très discutée d'une "pensée mythique".

Philosophie

La philosophie est l'un des principaux apports de la pensée grecque à la civilisation occidentale, et l'enseignement du grec à l'Unil reconnaît son importance en l'inscrivant au programme que tous les étudiants doivent suivre.

Histoire de la religion grecque

Un cours d'introduction à la religion grecque apporte les bases indispensables à l'étude des textes poétiques qui s'inscrivent dans un contexte rituel et qui contribuent à définir la religion des Grecs anciens.


Collaborations internes à l'Unil

Les études grecques sont organisées dans un esprit de collaboration étroite avec les autres disciplines constituant l'Institut d'Archéologie et des Sciences de l'Antiquité, ainsi qu'avec celles dont les enseignements se fondent en grande partie sur la tradition classique. Des séminaires sont régulièrement organisés avec d'autres disciplines comme l'histoire ancienne, l'archéologie, le latin, la linguistique historique ou la littérature comparée, encourageant ainsi la rédaction de mémoires de licence interdisciplinaires.


Collaborations externes et internationales

Voir la présentation du groupe Parsa et du groupe CorHaLi sur la page des Associations.

Domaines de recherche

  • Anthropologie culturelle et sociale (notamment de la Grèce ancienne)
  • Anthropologie de la littérature et de la religion grecques
  • Etude de la langue grecque ancienne
  • Etude de la poésie orale
  • Etude des mythes et des pratiques rituelles
  • Etude discursive et énonciative des genres littéraires (Grèce antique)
  • Formes de la mémoire en Grèce ancienne
  • Histoire de la religion grecque
  • Littérature et civilisation grecques


Historique des études grecques à l'Université de Lausanne

L'histoire d'un enseignement officiel du grec ancien sur les terres vaudoises remonte à l'époque de la Réforme, lorsque Berne, soucieuse d'imposer la religion réformée à la cité assujettie, fonda en 1537 la Schola Lausannensis pour assurer la formation des pasteurs et des enseignants. Si le titre d'Université apparaît dans certains documents du XVIe siècle, c'est le terme d'Académie qui va s'imposer progressivement et dès 1549 pour désigner la Schola, tandis que l'établissement similaire de Berne est appelé Gymnase. Les matières enseignées se limitent, d'après le règlement de 1547, à la théologie, au grec, à l'hébreu et aux arts (qui incluent la rhétorique). Les premiers professeurs de grec ont des noms devenus prestigieux. Le premier titulaire de la chaire fut le zurichois Conrad Gessner qui allait devenir le célèbre médecin et naturaliste que l'on sait. Mais surtout, après Jean Ribit, François de Saint-Paul et Quintin le Boiteux, on voit Théodore de Bèze, convaincu par Calvin et Viret, accepter le 6 novembre 1549 sa nomination comme professeur de grec. Il serait faux de croire qu'on ne lisait que le Nouveau Testament. L'horaire des cours prévoyait chaque matin, de 6h à 7h (l'hiver une heure plus tard), l'enseignement des auteurs classiques, à savoir alternativement un orateur, Démosthène ou Isocrate, et un poète, Homère, Pindare, Sophocle ou Euripide. Une deuxième heure d'enseignement, consacrée à Platon, était donnée à midi. Le salaire était fixé à 200 florins, 2 muids de froment et 2 chars de vin. La classe de rhétorique où l'on lisait Aristote ou Cicéron était enseignée par le lecteur ès-arts1. On voit aussi Bèze s'attaquer à la traduction de Diodore de Sicile et de Dion Cassius, à une époque où il écrit par ailleurs, en plus de sa tragédie, Abraham sacrifiant, plusieurs de ses ouvrages les plus significatifs.

Mais la période faste des brillants débuts ne va guère durer. En 1558, une crise éclate entre l'Académie, proche de Calvin, et Berne, jalouse de cet essor et attachée à la théologie de Zwingli. Bèze et les meilleurs professeurs de l'Académie choisissent alors de s'en aller à Genève, accompagnés de plusieurs étudiants. Il faut attendre la mort de Calvin et l'adoption générale de la Confession helvétique pour voir l'Académie échapper aux contradictions de son écartèlement entre la domination bernoise et l'influence genevoise. Parmi les professeurs de grec de la fin du siècle, on peut citer le philosophe espagnol Pierre Núñez Vela, Jean Espaulaz, Aemilius Portus (qui édita Aristophane) et Jean de Serres à qui l'on doit un Platon en latin imprimé en regard du texte grec2. À la fin du siècle, Henri Estienne devint à son tour titulaire d'une chaire dont il ne prit jamais pleinement possession.

Au XVIIe siècle, la vocation ecclésiastique de l'Académie va s'accentuer fortement et le caractère théologique de l'enseignement se développer au détriment de la visée humaniste des débuts. La lecture des classiques grecs cède toujours plus de terrain à celle de la Septante, des Pères de l'Église et du Nouveau Testament ; parmi les oeuvres païennes, la préférence va à des oeuvres inattendues mais qui font écho à l'histoire du christianisme : à Homère on préfère, pour leur paraphrases des Psaumes ou de l'Évangile selon Saint-Jean, des versificateurs chrétiens de la fin de l'Antiquité comme Apollinaire de Laodicée ou Nonnos de Panopolis. Malgré l'introduction de chaires nouvelles, la vocation première de l'Académie restera longtemps la formation des pasteurs. Ce n'est qu'en 1827, après des mois de délibération, que la lecture et l'interprétation philologique du Nouveau Testament sont détachées de la chaire de grec qui trouve ainsi son autonomie et la possibilité d'exister en tant que telle3.

Au début du XXe siècle, l'histoire de l'enseignement du grec ancien à Lausanne est marquée par la personnalité d'André Bonnard, connu autant pour la qualité littéraire de ses écrits que pour ses courageuses activités politiques, d'ailleurs liées à ses convictions d'helléniste. Antifasciste convaincu, proche après la guerre du parti ouvrier et populaire, lucide sur les contradictions du statut de neutralité, il est en 1952 accusé d'espionnage politique pour avoir remis au président du Conseil mondial de la paix, Frédéric Joliot-Curie, des renseignements sur la partialité et les intérêts américains de certains membres du CICR appelés à témoigner sur l'utilisation d'armes bactériologiques dans la guerre de Corée. C'est la respectabilité du CICR contre l'honneur du vieux professeur de grec qui se joue. Alors que toute preuve manque, Bonnard est tout de même reconnu coupable, condamné à 15 jours de prison avec sursis, tandis que l'Université refuse de lui accorder l'honorariat. Il faut attendre l'année 2003 pour voir l'Université réhabiliter pleinement sa mémoire et son honneur en lui dédiant l'un de ses plus grands auditoires.

André Rivier (de 1957 à 1973) et François Lasserre (de 1973 à 1984) ont poursuivi un enseignement très largement ouvert à l'ensemble de la littérature classique. A. Rivier s'est fait notamment connaître pour ses travaux sur la tragédie (Essai sur le tragique d'Euripide, 1944) et sur la philosophie (Les horizons métaphysiques du «Gorgias» de Platon, 1948). Il a aussi ouvert la voie des recherches sur la médecine antique qu'exploitera son successeur. Auteur d'une thèse sur La figure d'Éros dans la poésie grecque (1946), F. Lasserre a poursuivi l'exigence d'un enseignement et d'une recherche recouvrant l'ensemble de la littérature grecque et unissant l'enquête philologique au commentaire littéraire ; il fut ainsi un prolifique éditeur de textes antiques : Plutarque (De la Musique, 1954), Archiloque (1958), Strabon (livres V, VI, VII, VIII, IX), Etymologicum Magnum Genuinum (1976).

Élève d'André Rivier et de François Lasserre, formé à leurs exigences de rigueur philologique et de cohérence critique, éditeur et traducteur à son tour d'Alcman (1983), Claude Calame est en droite ligne l'héritier d'une tradition lausannoise qu'il enrichit d'un intense réseau de relations, notamment avec le Gruppo di ricerca sulla lirica greca de l'Université d'Urbino (B. Gentili) et les écoles structuralistes parisiennes de sémiotique (A. J. Greimas) et d'anthropologie des sociétés antiques (J.-P. Vernant). Parallèlement à ses principaux travaux qui marquent un renouvellement décisif de l'interprétation de la littérature antique (Les choeurs de jeunes filles en Grèce archaïque ; Le récit en Grèce ancienne ; Thésée et l'imaginaire athénien ; Mythe et histoire dans l'Antiquité grecque ; L'Éros dans la Grèce antique ; Poétique des mythes), C. Calame s'est montré un acteur engagé de la politique universitaire de l'Université de Lausanne ; il a fondé ou participé à la création de plusieurs entités de recherches interdisciplinaires soucieuses d'ouvrir les études grecques au dialogue avec l'anthropologie, l'épistémologie, la linguistique, la littérature comparée, l'histoire et les sciences des religions. Sa nomination à l'École des Hautes Études en Sciences Sociales à Paris l'a conduit à quitter son poste en 2002.

1 Cf. H. Vuilleumier, L'Académie de Lausanne 1537-1890, Lausanne, 1891, p. 3-6 et P.-F. Geisendorf, Théodore de Bèze, Genève, 1949, p. 35-8.

2 Jean-Pierre Borle, Le latin à l'Académie de Lausanne du XVIe au XXe siècle, Lausanne, 1987, p. 38.

3 Henri Meylan, La Haute École de Lausanne 1537-1937, Lausanne, 19862 (1937), p. 77.


Doctorants et collaborateurs externes

Doctorants :

Sophie Bocksberger

Gaël Grobéty

Aurélie Matthey

Frank Müller

Matthieu Pellet

Camille Semenzato

Tanja Ruben

Yannick Diebold

 

 

Collaborateurs externes liés à l'unité de grec :

Carlamaria Lucci

Daria Bertolaso

Maria Vamvouri Ruffy

 

 

Publications des collaborateurs externes

 

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