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Issue 2006, number 30: summaries

 


Jean-Marie Roulin
«Florestan, ou le Siège de Soissons: le tyran, la fée et le nain»


Benjamin Constant a consacré une quinzaine d’années de sa vie à un poème que la critique a jusqu’ici considéré de piètre qualité. Florestan, ou le Siège de Soissons est pourtant une œuvre d’un grand intérêt, à plusieurs titres. Formellement, la construction surprenante de l’intrigue s’inscrit dans le renouvellement des formes narratives qui se fait jour dans la littérature européenne au début du XIXe siècle; il s’agit de repenser le récit, en s’inspirant de nouveaux modèles, empruntés notamment à la littérature médiévale; de même, la grande diversité des formes métriques répond à la variété des tons qui passent de l’héroïque au comique, de l’élégiaque à l’érotique, avec quelques vers de belle venue. Dans une forme hybride et surprenante, Constant traite par la fiction et de manière ludique trois grandes thématiques qui ont des résonances existentielles: la tyrannie est dépeinte comme une marque de la présence du diable; l’amour est représenté entre autres par une fée, c’est-à-dire une figure de l’illusion, ouvrant le versant négatif du désenchantement et la séparation; enfin, Florestan transformé en nain éprouve physiquement l’impuissance et la petitesse de l’homme.

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Kurt Kloocke
«Le projet d’édition de Florestan de Gustave Rudler»


Nous savons que Rudler avait projeté pendant de longues années une édition critique de Florestan. Ce travail, commencé lorsqu’il a pu consulter les documents des Archives Monamy-Valin, n’a jamais abouti à l’édition critique de ce roman en vers, bien que Rudler eût des idées très claires sur ce projet et une opinion très précise sur le texte de Constant. Il était convaincu que Florestan était une œuvre achevée, il avait choisi sans hésitation le texte de base à suivre et il avait une théorie élaborée sur la présentation critique des témoignages réunis au cours de ses recherches. Enfin, il avait un projet très précis pour l’introduction qui devait figurer en tête de son volume. Nous essayerons dans cette étude de retracer la genèse et d’analyser les principes de ce projet d’édition en donnant une large place à des documents tirés des archives de Rudler.

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Antonio Trampus
«Filangieri et Constant: constitutionnalisme des Lumières et constitutionnalisme libéral»

L’étude de la genèse et du contenu du Commentaire sur l’ouvrage de Filangieri de Constant (1822) permet de comprendre le développement du débat constitutionnel au début du XIXe siècle, ainsi que l’importance de la Science de la législation de Gaetano Filangieri comme exemple significatif du processus de constitutionnalisation des droits dans la culture européenne des Lumières. Le premier livre de la Science de la législation, publié à Naples en 1780 et traduit en 1786 en français, peut être considéré comme un véritable traité de philosophie constitutionnelle, élaboré sur le modèle de De l’esprit des lois et pour une large part consacré à une critique systématique de l’ouvrage de Montesquieu et de l’ancienne constitution anglaise. La critique de Constant sur Filangieri permet donc d’enregistrer une sorte de dialogue entre le constitutionnalisme des Lumières, marqué par la naissance d’un nouveau langage politique propre aux constitutions écrites de la fin du XVIIIe siècle, et le constitutionnalisme libéral de Constant.

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Denis Thouard
«Subjectivité et sentiment religieux: Constant et Schleiermacher»

L’article compare les réflexions sur la religion de Benjamin Constant et de Friedrich Schleiermacher (1768-1834). Constant, qui avait lu les Discours sur la religion (1799), rapporte ses impressions dans son Journal de 1804, puis indirectement à Göttingen, à travers l’Introduction systématique à la philosophie de la religion de Johann Josua Stutzmann (1804). On constate plus profondément une grande proximité de leur conception de la subjectivité, celle-ci étant pensée avant tout comme sentiment. On suggère que cette proximité a pu être favorisée par la reprise d’une tradition spirituelle commune, piétiste et quiétiste. Cette insistance sur le sentiment introduit une distance entre la subjectivité d’un côté, les formes religieuses, les dogmes et les institutions de l’autre. Or les deux réponses visant à articuler l’expérience subjective aux formes extérieures diffèrent: chez Constant, la distance mène au conflit et à l’invention de formes nouvelles; chez Schleiermacher, elle est négociée par une réinterprétation des formes et par l’actualisation herméneutique.

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Paul Delbouille
«Réflexions nouvelles sur la rédaction d’Adolphe et de Cécile»


Les lettres de Constant en 1809 éclairent les modifications apportées au texte d'Adolphe avant la copie de 1810. Ebauché à la campagne au début de l'année, le travail a dû être poursuivi, pour les derniers chapitres, à Coppet, après l'entrevue orageuse de Sécheron et la tentative de suicide de Charlotte à Lyon. La fin du roman porterait ainsi la marque d'une rupture inconcevable pour Germaine de Staël, où sont en jeu, non seulement l'amour ou le désamour des protagonistes, mais également leur vie même, et la mort entrevue.
Pourquoi Constant n'a-t-il pas achevé le texte de Cécile, dont le projet était clair? En 1810, aux Herbages, le couple Benjamin-Charlotte, réuni et rasséréné, vit sa lune de miel. Tandis qu'Audouin copie les Œuvres manuscrites, Benjamin a repris la plume pour faire le récit du bonheur enfin atteint. Il apprend l'interdiction de De l'Allemagne. Germaine, Charlotte et lui se voient à Briare. Il est très ému et, rentré à Paris, perd au jeu l'essentiel de sa fortune. Il vend ses biens et part pour l'Allemagne. Comment pourrait-il encore écrire le récit projeté?
La conclusion essaie de clarifier les témoignages rapportés sur les deux récits par les amis de l'auteur.

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Danièle Tosato-Rigo
«Isabelle de Charrière et le bonheur d’être suisse en 1797/1798: un “procès” à réviser»


L’article s’intéresse à un pamphlet d’Isabelle de Charrière généralement critiqué par les chercheurs pour son conservatisme et sa naïveté politique: sa Réponse à l’écrit du colonel de la Harpe, intitulé : De la neutralité des gouvernans de la Suisse depuis l’année 1789, publiée anonymement début 1798. A l’aube des révolutions en Suisse, l’auteure y réfute la thèse de l’asservissement du peuple helvétique par l’oligarchie dirigeante, diffusée par Frédéric-César de La Harpe, en affirmant que «la Suisse est un heureux pays!». Une lecture contextualisée du pamphlet vise à le rattacher à la guerre de plume qui précède la chute de l’Ancienne Confédération et à montrer, sur fond de création des Républiques-sœurs, les enjeux sous-jacents à la rhétorique du bonheur du peuple. Polémique entre émigrés, le duel pamphlétaire Charrière-La Harpe permet, en prenant des distances avec l’histoire des vainqueurs, de mettre en lumière l’éventail des positions sur le changement à l’ère des révolutions en Suisse et de commencer à réévaluer l’intérêt de la pensée politique de Mme de Charrière.

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Valérie Cossy
«Des romans pour un monde en mouvement. La Révolution et l’émigration dans l’œuvre d’Isabelle de Charrière»


Cet article porte sur les liens entre les bouleversements de la dernière décennie du XVIIIe siècle et les romans d’Isabelle de Charrière. Il évoque ce qui, à partir des Lettres neuchâteloises (1784), reste inchangé dans sa production romanesque: absence de fin, vraisemblance des lieux et des personnages, rapport étroit entre le temps du récit et le temps de l’auteur, appel à l’esprit critique des lecteurs et à leur sensibilité, refus de l’esthétique du drame, rejet du pathos et des héros. Ces constantes du roman charriériste nous permettent de rapprocher son œuvre de la démarche des progressistes britanniques tels que William Godwin, Mary Hays ou Mary Wollstonecraft qui s’opposent à Edmund Burke tant sur le plan du style que sur celui du contenu. Puis nous nous arrêtons sur une qualité distinctive de ses romans écrits après 1789: l’irruption de personnages d’abbés et d’émigrés dans son personnel romanesque. Les premiers lui permettent de définir une instance narrative à portée générale tout en instaurant un dialogue critique avec l’universalisme séculier répandu par la Révolution. Les seconds invitent les lecteurs à réfléchir aux nouvelles loyautés collectives qui traversent la société et les Etats européens après la Révolution. Abbés et émigrés négocient ainsi avec le scepticisme philosophique de leur auteur un idéal égalitaire: entre les nations, entre les conditions sociales et entre les sexes.

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Michèle Crogiez Labarthe
«Malesherbes et les Suisses: de la réflexion juridique au jugement sur l’émigration»


Malesherbes s’était fait, lors de voyages en Suisse, des amis et des relations, et même un admirateur, le pasteur Emanuel Salchli qui lui a dédié un long poème philosophique. Il comptait sur eux pour l’instruire de ce qu’il ne connaissait pas. Telle est l’occasion des deux lettres qu’il adresse en 1788 et 1789 à Albrecht von Mülinen, avoyer de Berne, pour obtenir de lui des précisions sur les lois applicables aux Juifs dans son canton.
Poussé par ses travaux préparatoires à un statut des Juifs de France, Malesherbes, qui vient de rédiger les textes qui ont abouti à l’Edit de Tolérance (1787), expose ses réflexions sur les lettres de cachet, entre réalisme judiciaire et droits de l’humanité.
Ces deux lettres inédites permettent de préciser un peu des principes de base du grand juriste et monarchiste fidèle que fut Malesherbes, sa méthode de travail – comparatiste –, sa conception de la notion de patrie, sa vision des limites de la rigueur juridique, sa sensibilité aux situations concrètes; elles invitent à des hypothèses sur les raisons de son refus d’émigrer.

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Fabrice Brandli
«Diplomatie, Révolution, Emigration: la question des émigrés français dans la correspondance politique de la résidence de France à Genève (1789-1794)»


Dès 1679, la République de Genève abrite une légation française permanente attribuée à un résident qui entretient une importante correspondance avec le ministère des Affaires étrangères. De 1789 à 1794, alors que les événements révolutionnaires s’enchaînent dans une accélération inédite et que les vagues d’émigration se succèdent, notamment en direction de l’espace helvétique, la correspondance politique des résidents de France à Genève permet de distinguer les représentations contrastées de l’émigré. Elles reflètent les positions politiques et idéologiques des titulaires successifs de la résidence. Jusqu’en 1792, le relatif silence du résident Castelnau et de son chargé d’affaires Maligny – fidèles du comte d’Artois avant même les débuts de la Révolution – dissimule le dysfonctionnement d’une diplomatie à double vitesse, officiellement au service du roi constitutionnel, mais en réalité détournée au profit des princes émigrés, préoccupée d’offrir à la première émigration un relais discret pour son départ de France. En avril 1792, dès la nomination du «girondin» Châteauneuf à la résidence de France, la catégorie de l’émigré apparaît enfin de façon explicite dans la correspondance politique. Elle est toutefois définie avec un souci de légalité selon le principe libéral de la distinction entre l’intention et l’acte. La conduite du résident répond à la volonté d’individualiser le contrôle et la «répression» des émigrés en tenant la balance entre tolérance et application stricte de la loi. Il revient finalement au résident montagnard Soulavie, en l’an II, de rompre avec cette fragile distinction. L’émigré est instauré comme représentation fantasmatique du Mal politique, amalgamé aux aristocrates et aux prêtres réfractaires. Catégorie désincarnée au sein d’une vision du monde manichéenne élaborée selon une perspective cosmopolitique de l’affrontement entre Révolution et Contre-Révolution, il est finalement rejeté hors de l’humanité.

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Claire Jaquier
«Romans suisses de l’émigration, au croisement de l’histoire et de l’utopie sociale»

Alors que le roman suisse francophone prend son essor, dès les années 1780, en s’inspirant de la veine sentimentale issue du succès européen de Richardson et de Rousseau, quelle représentation les romanciers et romancières donnent-ils des événements historiques liés à la Révolution et à l’émigration? Quelques romans suisses parus entre 1796 et 1806 – notamment de Jeanne Françoise Polier de Bottens et de Constance de Cazenove d’Arlens – exposent de manière significative les conséquences de l’événement révolutionnaire: on se demande, à leur sujet, si l’Histoire en marche a été susceptible de faire évoluer le genre romanesque, caractérisé jusque-là par des intrigues sentimentales closes et des fins réconciliatrices.
L’analyse de quelques romans suisses illustrant la réalité de l’émigration fait apparaître deux traits constants: les faits historiques, d’une part, servent l’action romanesque en offrant de multiples occasions de la faire rebondir – voyages, séparations, retrouvailles, etc. La représentation de l’émigration permet d’autre part de construire un espace imaginaire de retraite, un refuge à l’abri des aléas de l’Histoire: sur le modèle du domaine de Clarens, les romans dessinent les contours d’un espace utopique, paré des couleurs helvétiques – valeurs conservatrices, mœurs simples et républicaines, paysages agrestes –, et susceptible de se recomposer en une patrie idéale, dans quelque lieu d’exil que ce soit.

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Jean-Daniel Candaux
«Pour une géographie des imprimeurs de l’émigration et de la Contre-Révolution»

La Révolution française a bouleversé dès 1789 la géographie des impressions clandestines. Sous l'Ancien Régime, les principaux ateliers de cette production se trouvaient 1) à Londres; 2) à Amsterdam et dans les autres grandes villes des Provinces-Unies; 3) dans les villes protestantes de la Suisse francophone (Genève, Lausanne, Neuchâtel et Yverdon); 4) dans l'enclave papale d'Avignon; 5) à Francfort-sur-le-Main. Une évaluation rapide de la production des écrivains que l'on peut rattacher à l'émigration ou à la Contre-Révolution permet d'affirmer que les principaux centres d'impression de leurs ouvrages sont Londres, Hambourg et Neuchâtel. Comment expliquer cette nouvelle géographie? Pour Londres, trois raisons: il s'agit d'une tradition qui se perpétue, la ville attire durablement et de bonne heure la crème de l'émigration, les métiers de l'imprimerie y sont en plein essor. Hambourg, grand port et grande ville, jouit d'un solide renom d'autonomie politique et de confort sécuritaire et possède d'autre part, en la personne de Pierre-François Fauche, un imprimeur francophone dynamique et tout dévoué à la cause monarchique. Quant à Neuchâtel, qui conserve jusqu'en 1806 son statut de principauté prussienne, elle avait été dans les dernières décennies de l'Ancien Régime l'un des foyers les plus actifs de la librairie clandestine hors de France. Sur cette lancée, et jusqu'en 1798, l'imprimeur Louis Fauche-Borel (le frère de Pierre-François), monarchiste inconditionnel, n'hésite pas à prendre tous les risques pour produire et distribuer les grands traités des théoriciens de la Contre-Révolution (Joseph de Maistre en tête) aussi bien que les pamphlets du comte d'Antraigues et de nombreux autres émigrés revanchards.

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