Militantismes partisans au Maroc

Recherche de Mounia Bennani-Chraïbi, professeure associée à l'Institut d'études politiques et internationales (IEPI) à l'Université de Lausanne

    Dès le mois de juin 2008, une enquête a été lancée sur les carrières militantes au sein de six partis politiques marocains. La libéralisation politique relative que le royaume a connue, la nouvelle loi sur les partis politiques (février 2006) qui oblige les formations à organiser leur congrès périodiquement, la profusion de congrès partisans qui se tiennent actuellement de manière rapprochée, après une longue période de latence, constituent une opportunité sans précédent : il est devenu envisageable d'expérimenter une approche quantitative, en parallèle avec une démarche qualitative, pour appréhender sous un angle comparatif les trajectoires militantes partisanes.

    A ce jour, plus de 3000 questionnaires ont été distribués aux congressistes de trois partis politiques : l'Union socialiste des forces populaire, appartenant à la « gauche gouvernementale » ; le Nahj addimocrati, d'extrême gauche ; et le Parti de la justice et du développement, à référent islamiste. Près de 1300 ont déjà été collectés, soit un taux de retour global de 43%. Trois autres congrès se tiendront entre l'automne 2008 et l'été 2010. Au total, 11500 délégués seront touchés par cette enquête ; en tout, entre 4000 et 5160 répondants sont envisagés. La sélection des partis s'est basée, d'une part, sur des critères historiques et idéologiques, d'autre part, sur les dynamiques de crise, de fragmentation ou d'unification que connaissent certaines formations dans une scène partisane marocaine en cours de recomposition. Par ailleurs, sont pris en compte aussi bien des partis anciens que plus récents, avec un grand ou un petit nombre de militants. Les données collectées portent sur les profils sociologiques des congressistes, leurs réseaux familiaux et politiques, les canaux et les vagues de recrutement, les dynamiques qui traversent les carrières militantes, le multipositionnement et, à un autre niveau, sur les clivages internes aux organisations partisanes, et sur ceux qui caractérisent la scène politique instituée marocaine.

    Cette recherche est sans précédent dans les pays de la région. Sur le plan scientifique, elle est destinée à combler une lacune de la sociologie politique portant sur le Maroc, et plus généralement sur la région du Moyen-Orient et de l'Afrique du Nord, caractérisée par une défaillance évidente en termes de travaux sur les partis politiques mais aussi sur les parcours militants, puisque les chercheurs se sont davantage focalisés sur les mobilisations (essentiellement islamistes et associatives) que sur les mobilisés. De même, la recherche vise à travers sa dimension comparatiste à renouveler les approches méthodologiques mises en oeuvre pour étudier le militantisme et le recrutement partisan dans les régimes à pluralisme limité. Il s'agit ainsi de contribuer à une double opération de décloisonnement : continuer à inscrire les « area studies » dans la science politique, et lancer des passerelles - très étroites à l'heure actuelle - entre sociologie du militantisme et sociologie des partis politiques.

Projet soutenu par le Bureau de l'égalité de l'Université de Lausanne, l'IEPI et le décanat des SSP. Cette recherche est financée par le FNRS.

 

Mounia Bennani-Chraïbi


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