Niger

Vaste pays sahélien enclavé, aux conditions agro-climatiques difficiles sur la majeure partie de son territoire, régulièrement classé aux derniers rangs selon l’Indice de développement humain (IDH) du PNUD, le Niger souffre d’une image peu reluisante au niveau international. Cette perception, justifiée sur certains aspects, fait abstraction de l’étonnante capacité de résilience et d’adaptation des sociétés locales aux modifications, dont elles sont certes en partie responsables, de leur environnement naturel et social. Si la durabilité du modèle traditionnel d’agriculture extensive sous pluie et d’élevage itinérant est aujourd’hui questionnée, ce dernier parvient globalement à faire face à la demande alimentaire d’une population dont le taux de croissance annuel (environ 3%) est parmi les plus élevés du monde. La dégradation régulière des conditions agro-écologiques à partir des années 70 a été jugée comme significative d’une tendance inéluctable et irréversible. Les initiatives de conservation et de restauration des sols appuyés par l’aide internationale, mais souvent d’origine endogène qui ont vu le jour sur l’axe Maradi-Zinder (le plus densément peuplé), ont démontré au contraire la possibilité de stopper, voire d’inverser les dynamiques en cours. Aussi, l’émergence d’initiatives individuelles de mobilisation de l’eau par l’irrigation, peu coûteuses et très intéressantes pour l’économie des ménages ruraux ont su offrir une réponse aux performances peu satisfaisantes des grands périmètres hydro-agricoles. La stratégie de développement rural et son plan d’action, élaborés au milieu des années 2000, ont réaffirmé la place de l’agriculture en tant que moteur du développement. Force est de constater que les orientations promues prennent peu ou prou en compte les alternatives paysannes, dont la juste valorisation et diffusion constituent l’une des pistes pour répondre à la demande alimentaire croissante des urbains et des ruraux.

La région de Gaya, dans laquelle l’IGUL a en priorité réalisé ses recherches, offre un concentré des enjeux actuels en matière de développement rural au Niger. Espace le plus arrosé du pays, il est relativement à l’abri des difficultés liées à une production céréalière déficitaire. Néanmoins, le croît démographique commence à peser sur les disponibilités foncières et les intérêts des producteurs commencent à se porter sur les espaces de bas-fonds, autrefois réservés à l’élevage et aujourd’hui objet de toutes les convoitises, en raison de leur potentiel pour le développement de l’irrigation. Cette dernière connaît un essor important dans la région en raison de la facilité de mobilisation de l’eau, et attire un nombre considérable d’acteurs externes au monde rural. Cette dynamique, susceptible de donner une impulsion conséquente au développement local et aux économies des ménages, pose tout de même la question de la répartition équitable des ses bénéfices auprès des populations (migrants, femmes, jeunes, éleveurs) pour qui l’accès à la terre et à l’eau en voie de précarisation.
 


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