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Silvia Mancini - Directrice de l'IRCM

| Présentation | Vernissage de l'ouvrage "El Humanismo etnográfico" | Chaire C. Levi-Strauss dans l'Etat de São Paulo, Brésil | Descriptifs des projets | Congé scientifique : compte-rendu
 

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Professeure ordinaire

Historiographie et épistémologie de l'histoire des religions ;
Traditions religieuses transversales et marginalisées

Institut religions, cultures, modernité (IRCM)

Bureau : Anthropole 5016
Téléphone : +41 21 692 27 22
Email : Silvia.Mancini<at>unil.ch

Domaines de spécialisation:
Histoire comparée des religions
Traditions magico-religieuses marginalisées modernes et contemporaines
Esoterisme
Epistémologie et historiographie des sciences religieuses
Ritualité et états psychiques dissociés
Religiosité populaire en Amérique latine
Cuba
Mexique

> Publications de Silvia Mancini

> Liste des enseignements

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Présentation

Anthropologue et historienne des religions, Silvia Mancini a, tout au long de sa trajectoire académique, orienté sa production scientifique selon une double figure. D’une part, elle mène une réflexion systématique, de nature historico-critique, sur les enjeux culturels, institutionnels, historiques et politiques sous-jacents au discours émanant des sciences des religions européennes. Une telle réflexion interroge les raisons de la résistance de celles-ci à procéder, vis-à-vis de la catégorie de ‘religion’ et des problématiques y relatives, au même travail méthodique de mise en perspective historico-critique que, à partir de l’avènement de la modernité, les sciences humaines ont su réaliser vis-à-vis d’autres domaines de la vie culturelle. Du constat du ‘religionisme’ larvé qui persiste à l’œuvre dans les approches ‘scientifiques’ des religions, Silvia Mancini s’interroge depuis quelques années sur d’autres voies possibles susceptibles d’être pratiquées pour aborder l’étude, à la fois historique et comparée, des logiques et des artefacts symboliques appréhendés jusqu’ici à travers la catégorie de ‘religion’. Elle travaille d’autre part sur des productions culturelles (conceptions, institutions et pratiques), tant savantes que populaires, situées en marge, conflit, concurrence et tension vis-à-vis des productions discursives et symboliques savantes, relevant notamment des formes religieuses officielles dominantes en Europe. Après avoir étudié des phénomènes localisés dans l’aire méditerranéenne et aux Antilles françaises, elle mène actuellement des recherches au Mexique, à Cuba et au Brésil. Celles-ci portent d’une part sur les relations d’imbrication étroite entre logiques politiques et logiques symboliques, de nature mythico-rituelle notamment ; d’autre part sur les techniques du corps et de l’esprit engagées dans des pratiques mobilisant les états psychiques dissociés.

Ses champs d'enseignement sont l'Historiographie et épistémologie de l’histoire des religions et les Traditions marginalisées et transversales.

Page Unisciences

Curriculum vitae en castellano

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Vernissage de l'ouvrage "El Humanismo etnográfico"

Le 14 janvier 2016 a eu lieu la présentation officielle de l'ouvrage de la Prof. Silvia Mancini El Humanismo etnográfico. Ocho lecciones sobre la historia de la antropología y el debate sobre cultura popular à l'Instituto Cubano de Investigación cultural Juan Marinello, La Havane.

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Photo 1, de gauche à droite: Luis de la Traviesa, éditeur ; Silvia Mancini ; Jesús Guanche, anthropologue, Prix national 2013 des sciences sociales; Fernando Martínez Heredia, Directeur de l'ICICJM; Rodrigo Espina, vice-directeur de l'ICICJM.

Photo 2: Silvia Mancini et Rodrigo Espina
 

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Chaire C. Levi-Strauss dans l'Etat de São Paulo, Brésil

Le Comité franco-brésilien de pilotage du programme « Chaires Françaises dans l’Etat de São Paulo », lors de sa réunion du 20 décembre 2013, a octroyé l’une des Chaires C. Lévi-Strauss à la prof. Silvia Mancini pour le projet intitulé : Techniques du corps et de l’esprit. Approche historico-comparative des dispositifs psycho-corporels de construction, transformation et réparation en Amérique latine. L’activité de la lauréate a débuté en juillet 2015 au Département d’Histoire de l’Université de Sao Paulo, Faculdade de Filosofia, Letras e Ciências Humanas, où elle a dispensé le cours de Postgrade intitulé : « Religião como técnica : Tradições Marginalizadas e Transversais ».

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Descriptifs des projets

Urban, rural and indigenous ritual practices in Mexico: between symbolism and political strategies, financé dans le cadre du Seed Money Grants for Latin America 2015, CODEV/EPFL - Confédération Suisse.

Responsable scientifique :

NOM, Prénom :  MANCINI Silvia
Statut :    Professeure Ordinaire d’Histoire comparée des religions
Laboratoires de rattachement : Institut Religions Cultures Modernité (IRCM) – UNIL  
Centro de Estudios Mexicanos y Centro-americanos (CEMCA) UMIFRE 16 du CNRS, rattaché à l’Ambassade de France de Mexico).
Adresse : Faculté de théologie et des sciences des Religions (FTSR)
Université de Lausanne, Anthropole, Dorigny, 1015 Lausanne - Suisse
Téléphone :   +41 21 646.46.04 +41 78 734.22.55
Mel :    silvia.mancini@unil.ch
Discipline : Histoire comparée des religions ; anthropologie culturelle et sociale, anthropologie visuelle.

Description du projet

Conçu en collaboration avec la Université Iberoamericana, Mexico et le COLSAN (Colegio de San Luis Potosí), ce projet de recherche aspire à procéder à une nouvelle appréciation de l’institution rituelle, considérée dans ses relations avec la pratique de l’exercice du pouvoir.  En nous détournant d’une lecture qui  fait du rite une pure ‘représentation’, relevant du domaine magique-religieux et symbolique, et partant simple expression de l’ ’idéologie’ ou ’cosmovision’ de certains cultures traditionnelles, nous étudierons le rituel comme un instrument d’action et comme un mode d’action politique à part entière. Une telle approche se justifie par l’existence, au Mexique, de diverses institutions rituelles (cultes, formes dévotionnelles, cycles festifs, pèlerinages, danses cérémonielles, etc.) qui sont les supports et le véhicule de stratégies politiques bien concrètes, destinées à opérer des changements dans les rapports de force entre les groupes en présence. La recherche prévoit deux phases : 1) Réalisation de divers recherches de terrain effectuées par une équipe suisse-mexicaine dans des régions situées dans le Mexique central. L’unité de l’enquête menée sur des institutions et régions géographiques diverses repose sur le choix d’une méthodologie commune (l’observation participante,  méthodes qualitatives de l’entretien et de  l’histoire de vie ;  recours méthodique à l’outil audiovisuel). 2) Les matériaux collectés seront  confrontés lors d’une rencontre commune, destinée à évaluer l’adéquation entre les documents recueillis, la méthodologie adoptée et les hypothèses de recherche préliminaires. Et cela,  en vue de valider ou invalider les présupposés de départ. Les pistes les plus probantes seront privilégiées et feront ensuite l’objet de recherches approfondies de longue haleine. Notre projet aspire à présenter à la communauté scientifique internationale et à la classe dirigeante nationale et internationale une vision des processus socio-politiques tels qu’ils fonctionnent concrètement, dans mes milieux socio-culturels considérés comme marginaux. Nous espérons par cela sensibiliser les décideurs politiques à une vision davantage inclusive et respectueuse des particularités socio-culturelles des minorités.

Mots clés

Mexique
Rituel
Symbolismes et liturgies politico-religieux
Santa Muerte

Autres chercheurs participant au projet:

MOBIO Francis, doctorant-assistant diplômé à l’UNIL, chargé de cours d’Anthropologie visuelle, Institut Religions Cultures Modernité (IRCM), UNIL, SUISSE. 
ROBICHEAU David, Professeur Emérite, Université Iberoamericana, Mexico.
MORENO Manuel, Chercheur Université Iberoamericana, Mexico,
BENCIOLINI Maria Docteur en Anthropologie UNAM, mexico
GUTIERREZ DEL ANGEL Arturo Professeur COLSAN, San Luis Potosì

Les objectifs généraux du projet

Par ce projet, nous poursuivons quatre objectifs, d’ordre scientifique-cognitif, politique et éthique: A) Décoloniser le savoir anthropologique par le rétablissement, dans une perspective non-eurocentrée, d’une plus grande symétrie entre l’observateur occidental et les cultures locales observées. B) ‘Dé-religioniser’ le rituel, en l’étudiant comme un modus operandi spécifique, qui aboutit à des résultats factuels moyennant le recours à une ‘technique fictionnelle’ particulière.  C) Mettre à jour d’autres modalités de ‘faire la politique’, moins frontales mais tout aussi efficaces. D) Questionner les relations socio-politiques entre le centre et la périphérie, le local et global  dans certaines régions du Mexique.


Culture et symbolisme civils versus culture et symbolisme religieux dans la Cuba contemporaine

Responsable scientifique :

NOM, Prénom :  MANCINI Silvia
Statut :    Professeure Ordinaire d’Histoire comparée des religions
Laboratoire de rattachement : Institut Religions Cultures Modernité (IRCM) – UNIL ;  Chercheur associée au CEMCA (Centro de Estudios Mexicanos y Centro-americanos, UMIFRE 16 du CNRS, rattaché à l’Ambassade de France de Mexico).
Adresse : Faculté de théologie et des sciences des Religions (FTSR) Université de Lausanne, Anthropole, Dorigny, 1015 Lausanne - Suisse
Téléphone :   +41 21 646.46.04 +41 78 734.22.55
Mel :    silvia.mancini@unil.ch
Discipline : Histoire comparée des religions ; anthropologie culturelle, anthropologie visuelle.

Description du projet

Ce projet, financé par l’IRCM et le DIHSR de l’Université de Lausanne, suit deux lignes directrices. La première aspire à cartographier la situation politico-religieuse de la Cuba contemporaine, et ce à partir des années 90. A cette époque, une modification de la Constitution cubaine a lieu concernant le statut de l’État qui se transforme de « république socialiste athée » en une « république socialiste laïque ».  Depuis lors, un changement sensible de la position de l’État voit le jour, face aux diverses et multiples formes de culte et de pratiques religieuses répandues dans le pays. Ce changement touche aussi bien les Églises instituées que les diverses mouvances et organisations à vocation spirituelle non ecclésiales. La seconde explore les formes et le statut pratico-politique de la ‘religion civique’ (à savoir, les symboles; les commémorations collectives ;  les récits fondateurs ; les liturgies publiques et privées célébrant les valeurs et l’étique révolutionnaires, etc.). Toutes ces formes expressives de la ‘religion civile’ sont cultivées par le gouvernement révolutionnaire en place à travers des dispositifs institutionnels précis, tels que les universités, l’école, les comités de défense de la révolution (CDF), la muséographie,  la presse et les arts multiples florissant dans le pays.

Ces deux lignes directrices aboutissent à deux volets distincts de la recherche.
Le premier consiste en une enquête menée auprès des intellectuels et des personnalités connues de la scène culturelle cubaine – tous impliqués, de près ou de loin, dans la gestion politique et idéologique des relations entre la culture laïque officielle et la pratique religieuse. Dans ce volet, le travail effectué jusqu’ici a été detiné  : a)  connaître le positionnement du monde universitaire et des autorités académiques vis-à-vis de l’étude scientifique des phénomènes socio-religieux; b) interviewer et filmer, dans le cadre d’entretiens ciblés, divers acteurs de la culture officielle cubaine (aussi bien intellectuels laïques   que intellectuels ‘confessant’ ) ;  c) observer le phénomène de réinvestissement et valorisation de l’héritage afro-cubain auprès de divers intellectuels et de leaders afro-descendants. Un tel phénomène aboutit aujourd’hui à la formation progressive d’un appareil théologique inconnu jusqu’ici, qui place cet héritage en concurrence croissante avec les cultes d’origine chrétienne. 
Le second volet consiste en une observation prolongée et directe, faisant recours à l’outil audio-visuel, du mode de fonctionnement d’une institution civile précise, rattachée au Ministère de la Culture. Il s’agit du Centro Pablo de la Torriente Brau, dont la vocation est de valoriser certains secteurs artistiques et d’en promouvoir la créativité. Ce Centre, outre  le fait de coordonner divers types d’activité créative (art digital, photographie, poésie, cinéma, publications de textes de nature mémorielle et testimoniale), constitue aujourd’hui, à la Havane, le vecteur majeur de promotion et diffusion de la ‘Nueva trova’. Celle-ci consiste en un genre musical (correspondant vaguement à ce que, dans le monde francophone, on appelle ‘la chanson d’auteur’), dont les textes chantés, à haut contenu poétique, déclinent thématiques politiques, existentielles, de critique sociale et d’amour sur des mélodies jouées essentiellement sur la guitare. L’observation rapprochée, quasi ethnographique, des activités du Centro Pablo nous a confrontés à un dispositif institutionnel, promoteur de culture et de créativité individuelle, où l’engagement politique avec et dans les valeurs éthiques et politiques liées à la révolution va de pair avec la réflexion poétique sur les difficultés de l’existence quotidienne des citoyens. C’est précisément dans ce genre d’expression artistique que des jeunes intellectuels, auteurs de textes et de mélodies originales, expriment leur engagement civil dans une société  dont ils chantent les contradictions sans pour autant renier l’histoire de leur pays et leur choix  du socialisme. Les entretiens et le suivi de l’activité artistique des ‘trovadores’ du Centro Pablo constituent l’un des axes principaux de notre recherche sur la culture et le symbolisme civils cubains.

Mots clés

Cuba
Religion civile
Symbolismes et liturgies politico-religieux
Arts sacrés et arts profanes
‘Nueva trova’ 
Marxisme et religion

 


Instituto Juan Marinello, septembre 2013

Autres chercheurs participant au projet

MOBIO Francis, doctorant UNIL, chargé de cours d’Anthropologie visuelle, Institut Religions Cultures Modernité (IRCM), UNIL, SUISSE.
STUBY Amélie, doctorante UNIL. Histoire des religions et anthropologie visuelle.

Objectifs généraux du projet

Ce projet, actuellement en cours, se propose quatre objectifs.

A) Observer  et analyser, au niveau local, les articulations entre les domaines du politique et du religieux, en accordant toutefois une attention particulière aux langages et aux logiques symboliques à l’œuvre dans les discours et les pratiques des divers acteurs sociaux en présence.

B) Analyser les tensions, les rapprochements, les convergences et les incompatibilités entre ces même langages et logiques symboliques qui, souvent placés en position de concurrence, sont maniés par ces mêmes acteurs de manière hautement ‘stratégique’.

C) Fournir à la communauté académique et intellectuelle cubaine un autre regard sur elle-même, à partir d’une approche historico-religieuse et anthropologique des leurs « manières de faire », tant discursives que politico-institutionnelles. C’est précisément à travers ces « manière de faire » qu’aujourd’hui s’engage à Cuba la confrontation entre la culture civile et humaniste, issue de la révolution, et la culture religieuse qui prétend combler et corriger les dysfonctionnements de celle-ci .

D) Apporter une petite contribution à la formation d’une ‘conscience historico-religieuse cubaine’, dans un pays où l’absence d’une filière académique consacrée à l’histoire comparées des religions – et la présence réduite, dans les universités, de l’anthropologie culturelle appliquée à l’étude des institutions politiques et discursives – , rendent difficile le décryptage de certains conflits idéologiques et politiques ainsi que leur résolution.
 

Techniques du corps et de l’esprit. Approche historico-comparative et filmique des dispositifs psycho-corporels de construction, transformation et réparation en Amérique latine (Brésil, Mexique, Cuba).

Responsable scientifique :

NOM, Prénom : MANCINI Silvia
Statut : Professeure Ordinaire d’Histoire comparée des religions
Intitulé du laboratoire
de rattachement : Institut Religions Cultures Modernité (IRCM), UNIL; chercheur associé au CEMCA, Mexico
Adresse : Faculté de théologie et des sciences des Religions (FTSR) Université de Lausanne, Anthropole, Dorigny, 1015 Lausanne - Suisse
Téléphone : +41 21 646.46.04 +41 78 734.22.55
Mel : silvia.mancini@unil.ch
Discipline : Histoire comparée des religions ; anthropologie culturelle.

Description du projet

Malgré l’énorme littérature produite par les sciences historiques et sociales sur le rite, l’approche de celui-ci en tant que dispositif producteur de réalités factuelles et d’effets concrets, objectivables et mesurables n’a pas constitué une priorité de ces sciences. Notre projet se propose précisément de porter une attention particulière à ces effets relevant de l’ordre de la factualité (de nature tant historique et sociale que psychocorporelle). Afin de rouvrir le débat sur cette institution symbolique paradoxale, en partant du présupposé que le rite est d’abord un faire actif qui vise l’efficace, notre recherche revisitera un corpus historique de l’Âge moderne, émanant de la littérature missionnaire jésuite de trois continents, en le faisant dialoguer avec un corpus d’observations ethnographiques contemporaines récoltées dans deux grandes villes latino-américaines.
Ce projet a pour objectif principal de rouvrir la question de l’efficacité rituelle en faisant recours à des instruments méthodologiques communs à S. Mancini et A. Agnolin, les deux responsables principaux du projet, liés depuis plusieurs années par des rapports de collaboration institutionnelle dans le domaine de l’Histoire des religions et de l’anthropologie historique.
Le recours systématique à l’outil rituel – employé dès l’époque moderne dans les pratiques d’évangélisation, autant en Amérique latine coloniale qu’en Asie, mais qui de nos jours est courant aussi dans la vie des communautés rurales et urbaines marginalisées du Brésil et d’autres régions latino-américaines –, ne peut pas ne pas susciter des interrogations sur les raisons de son succès.
Quels sont les vecteurs de l’efficacité rituelle qui semble perdurer en pleine modernité, dans d’innombrables situations de l’existence individuelle et collective ? Quelles forces actives le rituel mobilise-t-il? Pourquoi cette modalité symbolique d’intervention sur les esprits et les corps entre-t-elle en jeu chaque fois qu’il s’agit d’opérer des changements, de reprogrammer les conduites, d’affronter un imprévu ou un passage critique, ou qu’une transformation culturelle profonde s’impose aux individus ou aux communautés ?
Pour tenter de répondre à ces questions dans une perspective qui allie histoire et anthropologie, les responsables du présent projet se proposent de questionner le rituel à partir de matériaux d’archive (témoignages et comptes rendus d’époque moderne et coloniale), ainsi que par l’observation ethnographique directe et le recours à l’outil audiovisuel.
En traitant le dispositif rituel comme un modus operandi à part entière, régi par ses règles et ses critères d’efficacité (et non pas comme une pratique qu’une idéologie naïve et crédule semblerait justifier), nous poursuivons un second objectif. Il s’agit de soumettre à vérification l’hypothèse que la conduite rituelle, contrairement à une idée reçue, constitue une véritable propédeutique à l’action. Le rite se présente de fait comme le lieu où les sujets singuliers et les communautés se préparent activement au processus de changement qu’entraînent les dynamiques enclenchées par les processus d’interculturalité à l’œuvre en Amérique latine depuis la Conquête. Loin de se présenter comme un ‘détour inutile’, un ‘facteur de retard social’ ou une ‘manœuvre de diversion’ par rapport à d’autres modalités d’action tenues pour plus réalistes et efficaces, dans le rite on apprend à se transformer.
A partir de cette hypothèse, le plan de notre projet suivra deux voies : l’une rétrospective, l’autre prospective. D’une part, il s’agira de questionner le recours à l’usage du rituel, en tant que dispositif de médiation et de mise en compatibilité de systèmes symboliques et d’ordres du monde hétérogènes dans des situations pratiques qui, par le passé, ont vu colons et missionnaires occidentaux se confronter aux populations autochtones d’Amérique et d’Asie. D’autre part, il s’agira d’étudier l’usage que de nos jours font du rituel non pas les agents occidentaux de la colonisation mais plutôt les populations urbaines les plus fragilisées d’Amérique latine (notamment du Brésil et du Mexique), dans leur tentative de médiation, de mise en compatibilité et d’adaptation à un milieu hostile.
Nous attendons de cette recherche qu’elle nous fournisse les éléments factuels de vérification qu’une autre approche du rituel est possible, lequel sait mettre en lumière, derrière un modus operandi apparemment superflu et archaïque, un savoir-faire précis qui illustre une connaissance et une maitrise fines des ressorts à l’œuvre dans les capacités auto-constructrices des humains.

Mots clés

Technologies du corps et de l’esprit
Efficacité rituelle
Hypnose
Histoire des religions 
Constructivisme

Autres chercheurs participant au projet:

AGNOLIN Adone, Professeur Associé d’Histoire moderne et d’Histoire des religions (Université de São Paulo (USP), BRESIL - Membre du Projet thématique Império Português et coordinateur de l’équipe Religion et Evangélisation, Département d’histoire FFLCH-USP, Cátedra 'Jaime Cortesão', Fundação de Amparo e Pesquisa do Estado de São Paulo – FAPESP.  Histoire moderne et histoire des religions.
MENENDEZ Lazara, Professeur titulaire à la Facultad de Artes y Letras, Universidad de La Havana, CUBA, Anthropologie-sociologie religieuse.
STUBY Amélie, doctorante UNIL. Histoire des religions et anthropologie visuelle.
TASSINARI Tomas, Master, USP.

Les objectifs généraux du projet

Notre projet propose six objectifs :

1) Identifier ponctuellement, à partir des cas empiriques précis, localisés dans l’espace et dans le temps, des illustrations du mode opératoire des mécanismes transformationnels activés par le rituel, en les replaçant dans leurs contextes historiques respectifs, tant modernes qu’actuels.
2) Mettre à l’épreuve un nouveau positionnement théorique et épistémologique dans l’étude du rituel et de ses propriétés efficaces. Pour ce faire, un dialogue interdisciplinaire entre, d’une part, l’approche historico-culturelle, et d’autre part, d’autres perspectives nourries par les apports de la pragmatique, du constructivisme et de l’hypnose de M. Erikson, se rendent nécessaires.
3) Tenter de traiter le rite comme savoir-faire efficace, doté d’une habilité appliquée qui, bien qu’éloignée des modes opératoires mis en place par l’institution médicale et religieuse officielles, est susceptible d’activer des puissantes capacités de programmation, reprogrammation et autocorrection des individus et des communautés.
4) Montrer comment le savoir-faire engagé dans le rite, qui sous-tend une connaissance fine et spontanée des dynamiques psychiques, met à contribution des facultés sensorielles et des ressorts qui, à différentes époques, ont fait l’objet d’attention et de récupération. Employées hier par les missionnaires, à des fins de conversion et de civilisation, elles se trouvent aujourd’hui mises à contribution pour réorienter des parcours individuels et collectifs en déroute.
5) ‘Dé-religioniser’ le rituel, habituellement confiné au domaine de la vie magico-religieuse, pour lui restituer le statut d’un dispositif auto-poïétique, capable d’activer un processus d’auto-construction et repositionnement des sujets.
6) Réhabiliter les pratiques de construction du soi qui, moyennant des instruments apparemment naïfs et artisanaux tels que les rites, replacent les acteurs sociaux au centre de l’action, en faisant d’eux des ’agents actifs de leur propre repositionnement.

L’interdisciplinarité (histoire culturelle, ethnologie, histoire des religions, sociologie des techniques, psychologie, anthropologie visuelle), le comparatisme, et le recours à l’outil audio-visuel constituent les trois points forts de ce projet. L’angle d’approche adopté par celui-ci est nouveau, en ce sens que, du fait de sa démarche ‘constructiviste’, il se démarque des perspectives adoptées habituellement en sciences humaines pour interroger les objets placés au cœur de notre recherche.
L’orientation constructiviste qui est la nôtre, en se posant moins la question du 'sens' ou de la 'signification' des techniques et des dispositifs symboliques à vocation transformationnelle que celle de leur ‘mode opératoire’ et de leur efficace factuelle, aspire en effet à susciter l’intérêt de chercheurs opérant en dehors du cadre des sciences humaines classiques, désireux de s’ouvrir à des questions touchant au domaine de l’écologie culturelle, de la psychologie historique, de l’anthropologie des techniques. Notre projet, en outre, revêt une signification politique spécifique, en ce sens qu’il restitue aux compétences et aux connaissances spontanées des groupes et des sociétés marginalisés leur portée positive.

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Congé scientifique : compte-rendu

Du 1er août 2010 au 31 juillet 2011

Les recherches réalisées pendant son congé scientifique par la Prof. Silvia Mancini, de retour à l’UNIL après une année d’absence, portent sur deux terrains distincts, effectués respectivement au premier et au second semestre de l’année académique 2010-2011. Durant le semestre d’automne, elle a été accueillie comme pensionnaire et chercheuse associée auprès du CEMCA (Centro de Estudios Mexicanos y Centroamericanos), rattaché, en France, au MAEE et au CNRS. A Mexico, grâce à un financement du Fond National Suisse, et sous le patronage de l’Instituto de Investigaciones Antropologicas de la UNAM (Universidad Nacional Autonóma de Mexico), elle a réalisé une recherche intitulée Parure et ‘efficace’ rituel. Recherche sur le statut et la fonction du vêtement dans les pratiques thaumaturgiques et transformationnelles de la religiosité populaire du Mexique central, dont les résultats sont en cours d’élaboration.

Au semestre de printemps, invitée par la Faculté des lettres de l’Université de La Havane, elle s’est rendue à Cuba pour y réaliser une recherche intitulée Culture et symbolisme civils versus culture et symbolisme religieux dans la Cuba contemporaine. Cette recherche, rendue possible grâce aux contacts établis avec la Facultad de Filosofia y Historia de la ULH, la Casa de las Américas, l’Instituto cubano de investigación cultural Juan Marinello, visait deux objectifs principaux. D’abord, cartographier la situation politico-religieuse de la Cuba d’aujourd’hui. Ensuite, interroger les formes et le statut pratico-politique de la ‘religion civique’. A savoir, les symboles, les commémorations collectives, les récits fondateurs, les liturgies publiques et privées célébrant les valeurs et l’éthique issus du processus révolutionnaire – mais aussi d’autres vecteurs institutionnels et d’autres dispositifs culturels, de nature moins explicite, fonctionnant comme des ‘relais’ de ce même processus. De ce programme-cadre, un des volets a consisté en une observation directe du mode de fonctionnement d’une institution rattachée au Ministère de la Culture, le Centro Pablo de la Torriente Brau.

Enfin, durant l’année académique 2010-2011, le projet intitulé Techniques du corps et de l’esprit. Approche historico-comparative et filmique des dispositifs psycho-corporels de construction, transformation et réparation en Amérique latine (Brésil, Mexique, Cuba), a reçu la labellisation de l’Institut des Amériques. Ce projet a en effet été retenu dans le cadre de l’appel à projets pour les années 2011-2013.

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