Actualité scientifique

Gros plan sur la thèse de Romina Seminario

Après un Master en sciences sociales à l’UNIL et une Licence en anthropologie à l’université PUCP au Pérou, Romina Seminario a soutenu sa thèse le 3 décembre 2018 sous la direction de la Professeure Nicky LeFeuvre (ISS). Ses principaux domaines de recherche portent sur les migrations, les parcours de vie et les études de genre.

Le titre de ta thèse est « Parcours migratoires et réseaux sociaux de Péruvien·ne·s en Suisse ». Peux-tu nous en dire plus sur ton objet ?

Cette thèse vise à relever quelques-uns des défis propres aux études sur la migration, notamment ceux qui concernent la pluralité des expériences migratoires en fonction des appartenances de genre, de classe et de citoyenneté.

Comment enquêtes-tu sur ce terrain ? Quelles données mobilises-tu ?

À partir d’un dispositif méthodologique inspiré par les analyses en termes de parcours de vie, de récits biographiques et de réseaux sociaux, la thèse s’attache à rendre compte de processus intersectionnels qui influencent la migration péruvienne en Suisse. Pour cela, j’ai contacté diverses associations de Péruvien·ne·s en Suisse romande et allemande. Au sein des associations, j’ai pris un rôle d’observatrice-participante dans plus de 30 événements. Entre 2013 et 2017, j’ai aussi réalisé 80 entretiens biographiques et de réseaux sociaux auprès de 27 femmes et 28 hommes d’origine péruvienne résidant en Suisse.  

Quel cadre théorique mobilises-tu ?

Pour dépasser les dichotomies souvent utilisées pour décrire les expériences migratoires (migration légale ou illégale, migrant·e·s hautement ou faiblement qualifié·e·s, etc.), la thèse s’intéresse aux effets de différents statuts de citoyenneté et de différents niveaux de qualification chez les Péruvien·ne·s en Suisse. Au lieu de mobiliser des catégories fondées principalement sur les spécificités nationales ou ethniques, la thèse adopte une approche intersectionnelle. Au lieu de penser la migration en termes de déplacement unique depuis un pays d’origine à une autre destination géographique, la thèse appréhende les migrations successives et les engagements transnationaux de Péruvien·ne·s en Suisse.

Peux-tu partager un résultat de recherche ?

Elle montre que les réseaux sociaux des migrant·e·s ne se limitent nullement aux pays d'origine et de destination. La pluralité de trajectoires professionnelles, familiales et légales des Péruvien·ne·s s’accompagne d’une grande diversité de pratiques d’intégration et de transnationalisme. Par exemple, en matière de difficultés d’accès au marché d’emploi, le régime de genre suisse produit un rapprochement des expériences de femmes migrantes et non migrantes. Par contre, le statut de citoyenneté influence les expériences de l’ensemble des migrant·e·s, indépendamment de leurs niveaux de qualification. Enfin, l’analyse de la composition et de la distribution géographique des réseaux sociaux des Péruvien·ne·s en Suisse montre que, au-delà de la distinction habituelle entre liens faibles ou forts, les liens aux compatriotes sont favorables à la mobilité économique ascendante et à l’entrepreneuriat dit « ethnique » dans le pays d’accueil.

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