Zinn Isabelle

Projets en cours

Dans le cadre de ma thèse, j’explore une question au croisement de la sociologie du genre et des groupes professionnels : comment un métier peut-il avoir un sexe ou, autrement dit, comment est-il genré, c’est-à-dire pensé et présenté au public comme tel ?
C’est dans ce sens que cette enquête souhaite investiguer si, quand et comment le genre devient une référence pertinente et ainsi un élément constitutif                                                                                                                                                                                       de l’organisation du travail de certaines professions.

J’aborde les métiers sexués en me focalisant sur la manière dont les individus gèrent le genre au travail. Pour ce faire, il avait tout d’abord paru judicieux de choisir un terrain d’enquête qui permet d’explorer le phénomène qui sous-tend la question susmentionnée, à savoir la mise en pratique du genre en situation, et plus précisément sur les lieux de travail. C’est dans cette optique que j’ai choisi d’enquêter sur deux métiers qui attestent tous les deux d’une composition sexuée particulière : le métier de fleuriste et de boucher. Le premier est statistiquement « féminin », tandis que le second est « masculin ».
Il s’agit alors d’explorer la manière dont les contextes professionnels propres à ces métiers sont « genrés » de sorte qu’être un fleuriste homme pourrait « poser problème », tandis qu’être homme et boucher correspondrait tout à fait à une conception de ce qui est « normal » ; autrement dit : que veut dire être « femme » ou « homme » dans un contexte donné, où une appartenance sexuée est un élément a priori perturbateur, et comment ces catégorisations se manifestent-elles dans le processus concret des activités au travail ? L’idée qui sous-tend ces questions est la suivante : différents contextes professionnels définissent une série de comportements « légitimes » en leur sein, et le genre y joue un rôle.
L’apport original de l’enquête est de ne pas d’emblée poser une pertinence du genre et de l’appartenance mais de reconnaître que cette forme d’activité – la mise en pratique du genre – est susceptible de se décliner de manière diverse selon le contexte et la situation donnée. J’ai donc voulu éviter une affirmation de principe, a priori, selon laquelle le genre serait toujours et partout une variable pertinente pour décrire et comprendre les pratiques sociales. Cependant, dans une perspective ethnographique, si le genre compte et s’il fait sens, ce fait doit être observable et descriptible. Je suis donc partie sur le terrain en étant sensibilisée à cette question et en me donnant pour feuille de route de rendre compte aussi bien des situations dans lesquelles le genre joue que de celles où il ne joue pas de rôle particulier.
L’analyse développée dans la partie empirique démontre que ce ne sont pas les mêmes scènes professionnelles sur lesquelles le genre devient une référence pertinente pour les professionnel·le·s et qu’il existe de fortes variations de pertinence selon les situations de travail. Plusieurs scènes professionnelles, telles que par exemple l’organisation du travail en boucherie, l’abattage de bétail, la division des tâches professionnelles en magasin de fleur et la conception du travail bien fait des fleuristes  -  seront abordées et analysées pour voir où, quand et comment le genre opère comme un élément constitutif. Plus concrètement, si pour les bouchers et bouchères avoir le même métier ne revient pas à effectuer les mêmes activités et que le « bon boucher » reste une figure masculine, nous n’avons pas identifié le genre comme un élément constitutif de l’organisation des tâches des fleuristes. Les activités professionnelles ne semblent ainsi pas être organisées en fonction de l’appartenance sexuée des personnes qui les mettent en œuvre. En effet, d’autres critères jouent un rôle plus important. L’idée qui sous-tend l’ensemble de ces critères d’allocation est avant tout d’ordre stratégique : comment maximiser la satisfaction des client·e·s et ainsi les fidéliser afin de garantir de bonnes chiffres d’affaires ?

Mots clés

Sociologie des groupes professionnels | sociologie du travail | sociologie du genre | déploiement situé de catégories de genre | masculinités | ethnographie

Publications récentes

  • Zinn, Isabelle. V., La formation professionnelle au service de la division sexuelle du travail. L'exemple du métier de la viande en Suisse. Formation Emploi, 133 pp., pp 199-214, URL :
  • Perrot A., Zinn Isabelle. V. (2015), Du tâtonnement ethnographique au discernement de sens : enquêtes participatives en boucherie et dans la zone d'attente des mineurs isolés étrangers. Approches inductives 2(2), pp. 129-154, http://formationemploi.revues.org/4689.
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