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Nouvelles Questions Féministes

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A contresens de l'égalité

Volume 22 No 3 2003

Coordination :

Christine Michel, Gaël Pannatier,
Lorena Parini, Marta Roca, Patricia Roux

Sommaire

Edito
Patricia Roux, Gaël Pannatier, Lorena Parini, Marta Roca, Christine Michel
Politiques publiques : détournements et retournements du principe d'égalité

Grand Angle
Détournements politiques de l'égalité
Laure Bereni, Eléonore Lépinard
La parité, contresens de l'égalité ? Cadrage discursif et pratiques d'une réforme

Bruno Perreau
L'égalité inavouable. Homosexualité et adoption en France : une politique publique jurisprudentielle

Christine Delphy
Par où attaquer le " partage inégal " du " travail ménager " ?

Retournements antiféministes

Equipe ENVEFF
Violences vécues, fantasmes et simulacres. Comment analyser les violences envers les femmes ?

Patrizia Romito
Les attaques contre les enquêtes sur les violences envers les femmes

Magdalena Rosende, Céline Perrin, Patricia Roux, Lucienne Gillioz
Sursaut antiféministe dans les salons parisiens

Champ libre
Sabine Masson
Féminisme et mouvement global

Parcours
Christine Michel et Gaël Pannatier
" La justice sociale se construit tous les jours ". Entretien avec Patricia Schulz, directrice du Bureau fédéral de l'égalité entre femmes et hommes.

Comptes rendus
Jules Falquet
Chahla Chafiq. Le nouvel homme islamiste. La prison politique en Iran.
Cynthia Kraus
Bard, Christine, Frédéric Chauvaud, Michelle Perrot et Jacques-Guy Petit (Eds). Femmes et justice pénale. XIX-XX siècles.
Françoise Armengaud
Catherine Écarnot. L'écriture de Monique Wittig à la couleur de Sappho.
Natalie Benelli
Pia Tschannen. Putzen in der sauberen Schweiz. Arbeitsverhältnisse in der Reinigungsbranche.

Collectif
Sabine Masson
Tzome Ixuk (femmes organisées). Femmes tojolabales en lutte au Chiapas.

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Résumés/Abstracts

Laure Bereni et Eléonore Lépinard. La parité, contresens de l'égalité ? Cadrage discursif et pratiques d'une réforme
Alors que la loi sur la parité a été mise en oeuvre pour plusieurs élections depuis son vote le 6 juin 2000, elle est source de nombreuses désillusions de la part des militantes qui l'ont soutenue. Les résultats concrets sont en effet loin d'être conformes aux espoirs que la réforme avait soulevés dans un premier temps. Cet article se donne pour objectif de comprendre cet écart entre la revendication et sa mise en pratique, en retraçant le processus d'élaboration de la réforme qui l'a transformée d'une revendication de discrimination positive en faveur des femmes pour faire advenir une égalité de fait en une demande d'une représentation symbolique de la différence des sexes dans les assemblées élues. Soumises à de nombreuses contraintes discursives, comme l'universalisme abstrait, et pratiques, comme le passage par l'arène parlementaire, la parité a subi de profondes transformations qui ont altéré son contenu et la conception de l'égalité dont elle était porteuse.

Parity: A Counterfeit Equality ? Discursive Framing and Practices of Reform
The new French gender parity law has been applied in several elections since it was voted on 6 June 2000. However, it is the source of serious disillusionment for activist supporters, as its concrete results fall far short of the hopes it initially raised. In this paper we investigate this discrepancy, sketching out a history of the reform and showing how it evolved from a claim for positive discrimination for women, with the aim of bringing about true equality, to a claim for the symbolic representation of gender difference in elected bodies. As a result of various constraints, both discursive (such as abstract individualism) and practical (such as its discussion in the parliament), parity underwent profound transformations altering its meaning and the conception of equality it embodied.


Bruno Perreau. L'égalité inavouable. Homosexualité et adoption en France : une politique publique jurisprudentielle
La jurisprudence administrative française consacre le refus d'agrément, en vue de l'adoption d'un enfant, à toute personne se déclarant homosexuelle. Au nom de la "différence des sexes", les juridictions réduisent la filiation à sa dimension reproductive. Par un mécanisme paradoxal de qualification des comportements individuels légitimes, se joue dans l'arène juridique une justification des différences de traitement par le principe d'égalité. Ce travail fait, dans les silences de la loi, office de politique publique. Il conditionne l'exercice de la citoyenneté à une acceptation préalable des normes hétérocentrées. Le principe d'égalité demeure alors inavouable.

Unspeakable equality. Homosexuality, adoption and court-made public policy in France
In France, case law has consecrated the practice of administrative refusal of official accreditation for gays and lesbians seeking to adopt children. Invoking the notion of "sexual difference", courts reduce family ties to blood ties and assign citizens to social roles directly inherited from nature. Through the classification of legitimate behaviours, equality is paradoxically used in the legal arena to justify discrimination. In the silence of the law, this process functions as a public policy decision to prescribe heterosexual norms as the behavioural basis for full citizenship. In this way, equality itself is relegated to the closet.


Christine Delphy. Le rôle de l'Etat dans la persistance du travail domestique
Le travail domestique a été beaucoup étudié par les féministes depuis trente ans. Mais ce qu'il désigne : la prise en charge de tout le travail non-payé de la maison par les femmes, n'a pas changé. Le " non-partage " est dénoncé, mais peu de solutions concrètes sont proposées. Le caractère " privé " a été dénoncé en ce qui concerne les violences contre les femmes, mais pas l'appropriation de leur travail. La théorie matérialiste qui fait de cette appropriation l'un des socles du patriarcat est rappelée ; le rôle de l'Etat est examiné, et la conclusion est que nos sociétés, via le marché du travail, mais aussi via le système fiscal et de sécurité sociale, contribuent à rendre possible cette appropriation du travail des femmes et des concubines par les hommes. On suggère d'adopter comme revendication : la suppression des subventions d'Etat aux ménages où la femme ne travaille pas, en même temps que l'application du droit commun au travail domestique-i.e. le paiement par le bénéficiaire. L'hypothèse est que les hommes seront plus enclins à faire leur part quand ne pas la faire leur reviendra très cher.

The State's Role in the Maintenance of Unpaid Domestic Labour
Domestic labour has been much studied by feminists in the last thirty years, but the phenomenon it designates - the performance of virtually all "house"work by women - has not changed. While the "non-sharing" of this work is condemned, few concrete solutions have been proposed. In contrast to conceptions of "domestic" violence, housework's location in the "private" realm has not been called into question. This article re-emphasizes the materialist theory which sees in this work one of the bases of patriarchy. It examines the role of the modern state in the maintenance of this particular form of exploitation and concludes that our societies, through the tax and health insurance systems, encourage the appropriation of the women's work by their husbands and companions. Feminists should fight for a policy whereby the state stops subsidising households where the woman does not "work", while simultaneously applying common principles of labour law to domestic work, i.e., making all beneficiaries pay for work received. This position is based on the hypothesis that men will be more likely to do their share if not doing it turns out to be very costly.

Patrizia Romito. Les attaques aux enquêtes sur les violences envers les femmes, ou qui a peur des chiffres sur les violences commis par les hommes
L'article analyse les attaques contre les recherches sur les violences des hommes envers les femmes et les chercheuses et chercheurs qui les conduisent. Ces attaques font partie des stratégies d'occultation de la violence masculine, qui s'organisent à chaque fois que la violence devient socialement visible. Au contraire de ce qui est soutenu dans ces critiques, le vrai problème de ces recherches est la sous-estimation et non pas la surestimation de la fréquence des violences. Le concept de " féminisme victimiste " représente un autre instrument utilisé pour essayer de nier la violence des hommes et pour réduire les victimes au silence.

The Backlash against Studies of Violence Against Women, or Who Is Afraid of Figures on Male Violence?
The aim of this article is to examine the criticism directed at studies of male violence against women and at the researchers who carry out these studies. These attacks represent part of a wider strategy to conceal male violence, a strategy which comes to the fore each time male violence becames socially visible. Contrary to what is claimed, these studies tend to under-estimate rather than over-estimate the frequency of violence. The concept of " victim feminism " is yet another device to deny male violence and to denigrate its victims.


Equipe ENVEFF. Violences vécues, fantasmes et simulacres. Comment analyser les violences envers les femmes ?
L'équipe Enveff (Enquête nationale sur les violences envers les femmes en France) a répondu aux attaques perpétrées par Marcela Iacub et Hervé Le Bras contre sa recherche dans le numéro 632 des Temps Modernes (2003). Une introduction montrant la portée politique de cette attaque du féminisme précède le texte publié dans le numéro 633 de la même revue. Le mode le plus courant de ces attaques est la réduction et l'amalgame, le refus de prendre en compte la diversité des positions et les multiples débats à l'intérieur du mouvement et des recherches féministes. L'autre mode, plus fondamental mais tout aussi commun, est la négation du fait que les relations entre les hommes et les femmes sont bien plus que des " interactions individuelles réversibles ", qu'elles constituent des rapports sociaux et que ces rapports sont inégalitaires. Plus de trente ans de travaux sur ces questions, pour ne considérer que la période récente, sont en quelque sorte renvoyés au néant.

The ENVEFF Research Project: Violence Lived and Anti-Feminist Fantasies. How to analyze violence against women?
In a recent volume of Les Temps Modernes, the researchers responsible for the National Survey of Violence Against Women in France respond to criticism of their survey by Marcela Iacub and Hervé Le Bras. In an introduction to volume n° 632, they discuss the political implications of this attack on feminism, while the research itself follows in volume n° 633. The most common techniques used in these attacks are over-simplification and stereotyping, and the refusal to take seriously the diversity of positions and the numerous debates within the feminist mouvement and feminist studies. In another more fundamental vein, anti-feminist critiques refuse to recognize that relations between women and men are not "interchangeable individual interactions" but rather socially constituted and socially constituted as unequal. In this way, more than thirty years of research on the question of violence against women is deliberately overlooked denigrated.

Magdalena Rosende, Céline Perrin, Patricia Roux, Lucienne Gillioz. Sursaut antiféministe dans les salons parisiens
Cet article se veut une réponse aux écrits de Elisabeth Badinter, Marcela Iacub et Hervé Le Bras qui ont récemment monopolisé la rubrique société des médias francophones. Leurs attaques contre la première enquête sur les violences faites aux femmes, ainsi que contre la posture victimiste qui en sous-tendrait la démarche, incriminent le féminisme dans son ensemble. Révélant une vision apolitique et essentialisante de la violence et de la sexualité qui conduit à légitimer les inégalités, leurs propos sont animés par un antiféminisme relativement subtil, d'autant plus dangereux qu'il conforte " scientifiquement " le sens commun.

The Antifeminist Excesses of Contemporary Parisian salons
This article takes up the recent writings of Elisabeth Badinter, Marcela Iacub and Hervé Le Bras which have monopolized the " society " page in the French-speaking media. Their criticism of the first large-scale survey of violence against women and of what they label the underlying victimist position of this study is an attack against feminism as a whole. The relatively subtle form of misogynie in their position is based on an apolitical and essentialist vision of violence and sexuality which tends to legitimate inequalities and is particularly dangerous as it "scientifically" reinforces taken-for-granted ideas.


Sabine Masson. Féminisme et mouvement global
Cet article propose une réflexion critique et engagée sur l'articulation des luttes féministes et des mouvements anti-mondialisation. Il revient sur l'analyse trop souvent éludée du lien structurel entre patriarcat et mondialisation, pour ensuite suivre la genèse des récents mouvements contre la mondialisation, mettant en évidence l'invisibilisation de l'apport du féminisme dans l'interprétation qui est faite de ces nouvelles pratiques contestataires comme la reproduction du sexisme au sein des mouvements. Enfin, l'article interroge le féminisme lui-même, en particulier sa relative absence dans le mouvement global, son éloignement d'une critique radicale du pouvoir et les effets de son institutionnalisation.

Feminism and (anti-)global movements
This article puts forth a critical and engaged reflection about the articulation of feminist struggles and anti-globalization movements. It first reviews the analysis - too often forgotten - of the structural link between patriarchy and globalization. It then follows the genesis of the recent movements against globalization, focusing on the invisibilization of the feminist contribution in the interpretation of these new practices of protest, and the reproduction of sexism within these movements. Finally, the article questions feminism itself and the effects of its institutionalization, examining its relative absence within the global movement and its tendency to shy away from radical critiques of power.

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Communiqué de presse

Deux thèmes au centre de débats politiques et médiatiques actuels font l'objet du dossier présenté par ce nouveau numéro de Nouvelles Questions Féministes. La première partie du Grand Angle met en évidence l'ambiguïté, du point de vue du genre, des politiques publiques : bien des décisions politiques sont prises aujourd'hui " au nom de l'égalité des sexes " (par exemple en Suisse, le relèvement de l'âge de la retraite des femmes), alors que, de fait, elles détournent le principe d'égalité de ses objectifs féministes. Ces détournements sont analysés dans trois articles consacrés à la parité, à l'adoption et au travail domestique. Examinant les tenants et les aboutissants de la récente loi française sur la parité, Laure Bereni et Eléonore Lépinard font valoir que si la revendication de parité avait pour objectif initial d'être une mesure de " discrimination positive ", devant garantir, par des moyens concrets, la représentation des femmes dans les parlements, elle s'est transformée en un principe d'égalité formelle donnant des résultats pour le moins mitigés. L'article de Bruno Perreau dévoile pour sa part les mécanismes juridiques par lesquels le principe d'égalité entre femmes et hommes est utilisé pour justifier le non-accès des personnes homosexuelles au droit à l'adoption. Enfin, Christine Delphy analyse diverses politiques sociales censées être mises en place " pour les femmes " mais qui, quand on y regarde de plus près, encouragent les hommes à ne pas faire leur part de travail domestique : dégrèvement fiscal des couples, couvertures sociales en matière de sécurité sociale (santé et retraite) que les hommes mariés obtiennent " pour " leur épouse qui ne travaille pas, crèches subventionnées.

La deuxième partie du Grand Angle se concentre sur les retournements du principe d'égalité. A force de dire que l'égalité est désormais atteinte, les féministes se retrouvent accusées par certain·e·s de mener un combat d'arrière-garde, ou pire encore, d'avoir poussé notre société à discriminer les hommes, au bénéfice des femmes pour lesquelles on en aurait trop fait. Les récents écrits d'Elisabeth Badinter, de Marcela Iacub et Hervé Le Bras, largement relayés par les médias, entrent de plein pied dans cette phase de backlash antiféministe. NQF publie trois articles qui y répondent, démontrant le manque de rigueur scientifique de ces intellectuel×le×s, mis au service d'une entreprise de déqualification de la recherche et de l'action féministes. Il en ressort notamment que leur argumentation dépolitise la violence et la sexualité, légitime les inégalités sexuelles, nie les rapports de pouvoir qui traversent la société et prône une vision libérale de cette société où seul l'individu serait l'artisan de sa destinée.

Un constat traverse l'ensemble du numéro : le féminisme associatif, académique ou institutionnel doit demeurer une force de dénonciation des inégalités et de proposition pour éradiquer tous les systèmes de domination (genre, classe, race, hétéronormativité) qui organisent les rapports sociaux.

Contact : nqf(at)unil.ch ou Patricia.Roux(at)unil.ch

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