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Nouvelles Questions Féministes

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Famille et travail : Une perspective radicale

Volume 23 No 3 (octobre 2004)

Coordination :

Laurence Bachmann, Dominique Golay, Françoise Messant,
Marianne Modak, Clothilde Palazzo, Magdalena Rosende




Sommaire

Edito
Laurence Bachmann, Dominique Golay, Françoise Messant, Marianne Modak, Clotilde Palazzo et Magadalena Rosende.
Famille - travail : une perspective radicale ?

Grand Angle
Pascale Molinier
La haine et l'amour, la boîte noire du féminisme ? Une critique de l'éthique du dévouement
Geneviève Cresson, Nicole Gadrey
Entre famille et métier : le travail du care
Nathalie Lapeyre, Nicky Le Feuvre
Concilier l'inconciliable ? Le rapport des femmes à la notion de « conciliation travail-famille » dans les professions libérales en France
Arlie Russell Hochschild
Le nouvel or du monde. Suivi d'un entretien de l'autrice, réalisé et traduit par Laurence Bachmann.

Champ libre
Denyse Côté
La garde partagée des enfants : nouvelles solidarités parentales ou renouveau patriarcal?

Parcours
Magdalena Rosende
De la servitude contemporaine : témoignage d'une femme sans-papiers

Comptes rendus
Dominique Golay
Betty Goguikian Ratcliff. Le développement de l'identité sexuée. Du lien familial au lien social Véronique Bourquin
Yannick le Quentrec et Annie Rieu. Femmes : Engagements publiques et vie privée
Jules Falquet
Madeleine Hersent et Claude Zaidman (Eds). Genre, travail et migrations en Europe
Céline Perrin
Sister Outsider d'Audre Lorde : La poésie et la colère
Lorena Parini
Equinoxe : Le genre de la voix
Françoise Armengaud
Anne et Marine Rambach. La culture gaie et lesbienne

Collectifs
Marie-Thé Sautebin-Pousse
effe ... chemin faisant ...

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Résumés/Abstracts

Pascale Molinier. La haine et l'amour, la boîte noire du féminisme ? Une critique de l'éthique du dévouement.
Les soins étant réalisés majoritairement par des femmes, on tend à considérer l'amour (des malades, des enfants) " naturel " et normal. Or, le travail de soin peut également générer de la haine envers les personnes dépendantes. Celle-ci n'est pas moins normale que l'amour et sa prise en compte modifie l'analyse des situations de soins. Pour l'heure, la haine est occultée dans les traditions savantes, en particulier dans les théories de l'éthique du dévouement, comme dans les témoignages des travailleuses, ainsi que le suggère une enquête réalisée auprès d'auxiliaires de puériculture. Il en résulte un déficit de visibilité du travail qui permet de conjurer la haine et la violence .

Love and hate, the black box of feminism? A critical view on the ethics of care.
Because care giving is performed mainly by women, loving (sick persons, children) tends to be regarded as a "natural" and normal reaction. The author suggests that care can also generate hate of the dependent persons. So far hate has remained invisible in scholarly studies, particularly in the various ethics of care theories as well as in the workers' own statements, which is suggested by a survey with child care auxiliaries. As a result the work actually performed is indeed invisible and the strategies that would enable one to contain hostility and hate and to avert violence remain unexplored.


Geneviève Cresson, Nicole Gadrey. Entre famille et métier : le travail du care.
Le travail du care, traditionnellement assigné aux femmes dans le cadre familial, occupe une place de plus en plus importante dans l'activité salariée. Comment analyser ce phénomène ? Représente-t-il une chance pour les femmes d'accéder à l'emploi salarié et de voir reconnaître les compétences acquises dans la sphère domestique, ou un risque d'enfermement dans des emplois dévalorisés, peu qualifiés et sous-payés ? Après un retour sur les origines de la situation actuelle dans le contexte français, les dimensions capitales des activités de care sont analysées, ainsi que leurs éventuelles transformations en passant du registre familial au registre professionnel. Enfin, les autrices soulèvent quelques-uns des aspects liés à la dimension genrée du développement des emplois de service aux personnes.

Between family and profession : caring as a job.
Caring, a traditionnally female activity within the family, takes an increasing place in paid work. How can we analyse this phenomenon? Is it an opportunity for women to enter the labour market and to get a recognition for the skills acquired in the domestic sphere? Or is there a risk for them to be trapped in unskilled and low paid jobs? In the French context, we first look at the origins of the present situation. Then we analyse the main aspects of care-related activities, especially their transformations when they shift from the sphere of the family to the professional world outside. Finally we interrogate the gender dimension of the development of "caring" into paid jobs.


Nathalie Lapeyre, Nicky Le Feuvre. Concilier l'inconciliable ? Le rapport des femmes à la notion de « conciliation travail-famille » dans les professions supérieures en France.
A partir de l'exemple des femmes médecins et avocates en France, cet article propose de prendre le discours de ces femmes très diplômées à propos de la « conciliation famille-travail » comme indicateur de leur positionnement - objectif et subjectif - vis-à-vis du système dominant des rapports sociaux de sexe dans la société française actuelle. L'article laisse penser que les tensions entre le développement d'une carrière professionnelle et la prise en charge du travail domestique et éducatif peuvent être résolues de manière différenciée au sein de ces professions. Les femmes diplômées sont ainsi en mesure d'adopter de multiples positionnements face à leur assignation prioritaire à la (re)production domestique.

Reconciling the irreconcilable? Women's relation to the notion of 'reconciling work and family life' in the liberal professions in France
Relying on statements by women doctors and lawyers in France, this paper focuses on the various kinds of discourse that highly qualified women develop on the theme of "work and family life ". It regards their words as an indicator of their objective and subjective positions vis-à-vis the dominant gender system in contemporary France. This article suggests that the tensions that exist between the development of a professional career, on the one hand, and domestic and care activities at home, on the other, are resolved in different ways. These highly qualified women are in a position to develop multiple strategies with regard to their socially assigned "domestic roles".


Arlie Russel Hochschild. Le nouvel or mondial.
Cet article analyse les enjeux économiques et culturels liés à la migration des femmes des pays pauvres aux pays riches. Arlie R. Hochschild décrit cette tendance mondiale comme une "fuite du care" (care drain) dans laquelle les femmes qui prennent habituellement soin des enfants, des personnes âgées et des malades dans leur propre pays transposent leurs compétences dans les hôpitaux, maisons de retraite et domiciles privés de leur pays d'accueil. Elle explore également différentes manières de conceptualiser le care et les problématiques qu'il soulève dans la vie quotidienne dans un contexte de capitalisme mondial.

Love and Gold.
This article originally called 'Love and Gold' combines an analysis of the economic and emotional issues associated with women's migration from poorer to richer countries. Arlie R. Hochschild describes this global trend as a "care drain" by which women who normally care for the young, old and sick in their own countries transfer their skills and expertise to the hospitals, residential and private homes of their host country. The author describes the economic and cultural forces bearing on the growing number of people at each end of this "heart transplant". She also explores various ways of conceptualising care and the issues it raises in everyday life under global capitalism.


Denyse Côté. La garde partagée des enfants : nouvelles solidarités parentales ou renouveau patriarcal ?
Au Québec et dans plusieurs pays nordiques et anglo-saxons, la montée d'un paradigme androgyne des rapports entre les sexes est mise à profit dans la modernisation du patriarcat. Ce paradigme relève en grande partie d'un désir d'égalité que ne reflète pas la réalité sociale du partage des tâches éducatives des enfants. Il permet par ailleurs d'absorber, au niveau symbolique, certaines revendications féministes. À ce titre, la garde partagée est érigée en nouveau modèle neutre qui masque la pérennité des rapports sociaux de sexe. Mais l'émergence de la garde partagée comme modèle prend aussi ancrage dans de nouvelles pratiques de partage, négociées par des mères qui souhaitaient et qui ont réussi à se dégager, du moins partiellement, de la contrainte à la prise en charge quotidienne de leurs enfants.

Joint Custody of Children : New Solidarities Between Parents or Modernization of Patriarchy ?
In Quebec as in other Nordic and English-speaking countries, androgyny as a main paradigm of gender relations is being put to use in the reconstruction of patriarchy. This paradigm emerges from a shared public desire for equality between the sexes. It does not, however, reflect the reality of perennial gender relations around the care of children, but makes it possible to absorb, albeit at a symbolic level, feminist discourse. Joint custody has been constructed in this way as a new model for the care and custody of children after divorce, but often does not take into account the burden of the primary caregiver. In analyzing this phenomenon, one must not forget, though, that joint physical custody is also in many cases a new way of sharing caregiving tasks and responsibilities and that it has been helpful to mothers who chose it.

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Communiqué de presse

Concilier famille et travail est un thème à la mode. Les politicien·ne·s et les employeurs y vont de leur couplet : il faut impérativement prendre des mesures pour permettre aux gens d'harmoniser vie professionnelle et vie privée. En réalité, on sait que les femmes et les mères notamment, paient le prix fort dans cette course d'un univers à l'autre et nous pressentons que les dispositions envisagées (qui au reste se matérialisent rarement, pensons par exemple à l'harmonisation des horaires scolaires ou à l'augmentation du nombre des crèches) visent avant tout à leur permettre de continuer à jouer leur rôle, remis au goût du jour. Autrement dit, tout change pour que rien ne bouge. C'est ce sentiment qui nous a motivées à consacrer un numéro de NQF sur la relation entre famille et travail et les autrices qui nous ont répondu ouvrent de nouvelles perspectives de réflexion et d'action.

C'est sur une dimension particulière du rôle traditionnellement attribué aux femmes que les articles du Grand Angle mettent l'accent : le care, mot qui ne trouve pas de réel équivalent en français (le soin), représente tout à la fois une activité et une émotion faite généralement de sollicitude mais aussi, ce qui est peut-être moins admis et peu visible, de dégoût ou de haine. Une mère qui s'occupe de son enfant accompagne généralement son geste d'amour, une infirmière qui donne des soins à une patiente éprouve habituellement de la sollicitude à son égard. Toutefois la congruence entre le geste et l'émotion dans le travail de care ne va pas de soi : la haine submerge parfois ces personnes, aux dépens de leur sollicitude, mais cela peut-il être dit (contribution de Pascale Molinier) ?

Les autrices mènent la réflexion sous différents angles : dévalorisation des métiers du care (Geneviève Cresson et Nicole Gadrey), modalités de la « conciliation » des rôles professionnels et familiaux chez les avocates et les femmes médecins (Nathalie Lapeyre et Nicky Le Feuvre), conséquences du transfert du care du Sud au Nord (Arlie Hochschild). En complément à ce dernier article, le témoignage d'une « sans papier » à Genève, recueilli par Magdalena Rosende est une illustration de la situation de nombreuses femmes immigrées s'occupant « illégalement » des jeunes enfants et des personnes âgées ou malades du Nord.
Face au discours convenu sur la conciliation, le risque est grand de faire l'apologie du care et de revaloriser une morale de la solidarité familiale, qui vise de facto la diminution des acquis sociaux, sans lutter pour qu'il obtienne une reconnaissance sociale et devienne l'affaire des hommes aussi. La voie est donc étroite, mais les articles de ce numéro indiquent qu'elle existe et qu'elle est intéressante à emprunter.


Contact concernant ce numéro : Francoise.MessantLaurent@unil.ch

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