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Volume 28 No 3

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Théories anglophones du genre

Volume 28 No 3

Coordination

Marilène Vuille, Fabienne Malbois, Patricia Roux, Françoise Messant, Gaël Pannatier

Sommaire

Edito

Marilène Vuille, Fabienne Malbois, Patricia Roux, Françoise Messant et Gaël Pannatier
Comprendre le genre pour mieux le défaire

Grand angle

Stevi Jackson
Pourquoi un féminisme matérialiste est (encore) possible – et nécessaire

Candace West et Don H. Zimmerman
Faire le genre

Linda Nicholson
Comment interpréter le genre

Champ libre

Joyce MacCarl Nielsen, Glenda Walden et Charlotte A. Kunkel
L’hétéronormativité genrée : exemples de la vie quotidienne

Parcours

Gaël Pannatier et Magdalena Rosende
Entretien avec Isabelle Graesslé, une théologienne féministe du passage

Comptes rendus

Joan Scott
Pierre Tévanian : La mécanique raciste
Ismahane Chouder, Malika Latrèche et Pierre Tevanian: Les filles voilées parlent

Agnese Fidecaro
Eleni Varikas : Penser le sexe et le genre

Marylène Lieber
Laure Bereni, Sébastien Chauvin, Alexandre Jaunait et Anne Revillard : Introduction aux Gender Studies. Manuel des études sur le genre

Elisabeth Bäschlin
Michael Groneberg et Kathrin Zehnder (Eds) : « Intersex ». Geschlechtsanpassung zum Wohl des Kindes ? Erfahrungen und Analysen

Collectif

Sabine Masson
Mexique: pluralité des féminismes


 

Résumés/ Abstracts

Stevi Jackson. Pourquoi un féminisme matérialiste est (encore) possible – et nécessaire

Le titre de cet article est tiré de la réplique de Christine Delphy à ses critiques marxistes, formulée à une époque où les inégalités sociales étaient la préoccupation centrale de la théorie féministe. Depuis, nous avons été témoins de ce qu’on appelle le « tournant culturel », qui a eu pour effet la marginalisation des perspectives centrées sur les structures sociales ainsi que sur les relations et les pratiques sociales. Cependant, toutes les féministes n’ont pas emboîté le pas, et récemment, des indices sont apparus d’une reviviscence du féminisme matérialiste. En évaluant les effets de ces changements théoriques et en affirmant la persistante pertinence du féminisme matérialiste, je me concentre ici sur l’analyse du genre et de la sexualité. À ce propos, je soutiens qu’une approche matérialiste sociologiquement informée offre davantage de ressources au féminisme que les perspectives postmodernes et queer plus orientées vers le point de vue culturel.

Why a Materialist Feminism is (still) Possible – and Necessary

The title of this paper derives from Christine Delphy’s (1980) rejoinder to her Marxist critics, formulated at a time when feminist theory was centrally preoccupied with material social inequalities. Since then, we have witnessed the so-called “cultural turn” as a result of which perspectives that focus on social structures, relations, and practices have been sidelined. Not all feminists, however, took this turn, and there have recently been signs of a revival of materialist feminism. In assessing the effects of these theoretical shifts, and in making a case for the continued relevance of materialist feminism, I will focus on the analysis of gender and sexuality. Here, I will argue that a sociologically informed, materialist approach has more to offer feminism than more culturally oriented postmodern and queer perspectives.

Candace West et Don H. Zimmerman. Faire le genre

Cet article a pour ambition de proposer une nouvelle manière d’appréhender le genre, compris ici comme un accomplissement routinier, enchâssé dans les interactions de la vie courante. Avancer une telle conception du genre suppose une évaluation critique des perspectives actuelles sur le sexe et le genre, ainsi que l’introduction de distinctions importantes entre le sexe, la catégorie de sexe, et le genre. Selon nous, reconnaître que ces concepts sont, à un niveau analytique, indépendants, est essentiel à la compréhension du travail interactionnel qu’implique le fait d’être une personne genrée en société. Le sens de nos remarques tend vers la reconceptualisation théorique, mais nous estimons que cette reformulation du genre contient en creux des indications fructueuses en vue de la recherche empirique.

Doing Gender

The purpose of this article is to advance a new understanding of gender as a routine accomplishment embedded in everyday interaction. To do so entails a critical assessment of existing perspectives on sex and gender and the introduction of important distinctions among sex, sex category, and gender. We argue that recognition of the analytical independence of these concepts is essential for understanding the interactional work involved in being a gendered person in society. The thrust of our remarks is toward theoretical reconceptualization, but we consider fruitful directions for empirical research that are indicated by our formulations.

Linda Nicholson. Comment interpréter le genre

Diverses conceptualisations du genre cohabitent au sein du féminisme. Plusieurs d'entre elles, quoique socioconstructionnistes, considèrent le corps comme un ensemble de données physiologiques de base sur lequel divers artéfacts culturels (notamment la personnalité et le comportement) sont déposés. L'auteure qualifie de fondationnalisme biologique cette «vision portemanteau» de l'identité permettant de maintenir une interprétation transculturelle et ahistorique de la distinction entre féminin et masculin. Elle préconise de rejeter cette vision et de considérer plutôt le corps comme une variable historique parmi d'autres dont les sociétés se servent pour produire cette distinction. Sa posture aboutit à renoncer à donner une signification unique et définitive à la catégorie «femme». La conséquence politique est que le féminisme doit admettre explicitement parler au nom d'une certaine conception des femmes, conception toujours provisoire et ouverte à l'objection d'autrui.

Interpreting Gender

There are different ways of thinking about gender within feminism. Within some of these usages, although they are based on some form or other of social constructionism, the body is viewed as the «given» of biology upon which various cultural artifacts (notably personality and behaviour) are superimposed. The author labels this «coat-rack» view of identity biological foundationalism, in which the body is used to ground cross-cultural and ahistorical claims about the male/female distinction. She advocates rejecting this idea and rather takes the body as a historically specific variable that societies use to generate the male/female distinction. Such a suggestion implies that the category «woman» cannot possess a singular and definite meaning. In such a view, feminist politics must explicitly acknowledge speaking on behalf of a situated undertanding of «woman» that is provisional and open to challenge.

Joyce MacCarl Nielsen, Glenda Walden and Charlotte A. Kunkel. L’hétéronormativité genrée : exemples de la vie quotidienne

Cet article est basé sur une analyse qualitative de travaux d’étudiant·e·s portant sur les transgressions de la norme de genre - lorsque par exemple des femmes fument le cigare, réparent des voitures ou portent la moustache ou que des hommes font le ménage, portent un sac à main, se vernissent les ongles ou pleurent en public - en lien avec la littérature scientifique sur l’hétérosexualité. Les auteures montrent comment dans l’arrière-plan culturel contemporain, des attentes et des interdits hétéronormatifs d’ordinaire incontestés ressurgissent au moment où une personne franchit les frontières de genre. Elles montrent que l’hétéronormativité elle-même est genrée, qu’elle « homosexualise » les hommes perturbateurs de la norme tandis qu’elle « hétérosexualise » les femmes perturbatrices de cette même norme. Cet article décrit et compare des situations dans lesquelles des étudiant.e.s et d’autres personnes sexualisent, y compris de manière non explicite, certaines attitudes ou certains actes sexuels. Ces procédés de sexualisation ont recours à des dénégations ou des étiquetages homophobes ainsi qu’à l’hétérosexualisation. Le concept d’ « hétérogenre » permet de cerner au mieux ces manières convenues d’interpréter les transgressions de la norme de genre
 

Gendered Heteronormativity, Empirical Illustrations in Everyday Life

This article presents a qualitative analysis of students’ written narratives of gender norm violations projects – for example, women smoking cigars, repairing cars, wearing moustaches ; men doing housework, carrying purses, wearing nail polish, crying in public – in terms relevant to theoretical literature that problematizes heterosexuality. The authors show that routinely unquestioned heteronormative expectations and proscriptions that exist as background context in contemporary culture come to the fore when traditional gender boundaries are crossed. Further, they show that heteronormativity itself is gendered via the homosexualization of disruptive men and heterosexualization of disruptive women. This article discusses and compares how compulsory heterosexuality operates differently for women and men. We describe and give examples of different ways in which students and others sexualize even unexplicitly sexual actions and appearances. These tactics of sexualization include homophobic disclaimers, homophobic labeling, and heterosexualization. The concept « heterogender » best captures these common ways of interpreting gender norm violations.
 

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Communiqué de presse

Théories anglophones du genre

Ce numéro met à la disposition du lectorat francophone quatre articles importants issus de l’espace anglo-américain, publiés entre 1987 et 2001. Trois d'entre eux s'attachent à définir le genre et à mettre au jour ses implications pour la théorie et la pratique féministes, tandis que le quatrième décrypte son impact dans la vie quotidienne, dans des situations où les règles et les attentes régissant le comportement des femmes et des hommes sont enfreintes :

− Le plus ancien de ces textes, le très célèbre «Doing Gender» de Candace West et Don Zimmermann (1987), propose de considérer le genre comme un accomplissement routinier, qui se réalise dans les interactions de la vie courante. Comprendre ce processus nécessite d'établir une distinction analytique entre le sexe, la catégorie de sexe et le genre. Cette formulation théorique est capitale pour la compréhension de la construction des identités sexuées et le maintien de structures sociales reposant sur une bipolarisation entre «les hommes» et «les femmes».
− Linda Nicholson, dans un article de 1994 dont le retentissement a été important aux Etats-Unis et en Europe, montre que la distinction entre féminin et masculin, loin de reposer sur une perception immédiate (la vue des caractéristiques biologiques des êtres humains), découle de connaissances et de croyances sociales, donc variables selon les sociétés et les contextes historiques. L'auteure préconise alors de considérer le corps comme une variable parmi d'autres dont les sociétés se servent pour établir la distinction masculin/féminin. Il découle de cette posture une impossibilité à définir de façon unique et définitive les catégories de «femmes» et d'«hommes» : leur signification est toujours provisoire… et fondamentalement politique.
− Le plus récent article (2001) présenté ici, celui de Stevi Jackson, passe en revue les grands jalons de la pensée féministe des années 1970 à 2000. Ce bilan instructif et vivifiant plaide pour une approche théorique du genre et de la sexualité qui permet de relier la signification donnée par les individu·e·s à leur réalité quotidienne aux contextes sociaux et culturels plus vastes dans lesquels les pratiques sociales prennent place.
− Illustrant une partie de ces théories par l'analyse de mises en scène très originales de transgression des normes de genre, imaginées par des étudiant·e·s en sciences sociales, l'article de Joyce MacCarl Nielsen, Glenda Walden et Charlotte A. Kunkel (2000) dévoile le fonctionnement quotidien de l'hétéronormativité.

Bien que ces quatre articles poursuivent des objectifs précis et distincts, discutent d'auteur·e·s différent·e·s pour une large part et recourent chacun à une terminologie spécifique, ils se rejoignent sur plusieurs points, soulevant les mêmes questions fondamentales pour la théorie et la stratégie féministes. Qu'est-ce que le genre ? Comment intervient-il dans nos représentations et nos pratiques quotidiennes ? Quels sont ses liens avec la sexualité ? Comment les catégories «femmes» et «hommes» sont-elles produites par le système de genre ? Quel rôle cette construction sociale fait-elle jouer à la biologie ? Comment établir des alliances féministes sans qu'une définition forcément située mais néanmoins dominante des «femmes» n'opprime une part d'entre elles ? Lire ensemble et faire dialoguer ces textes nous permet d'avancer, sinon vers une réponse définitive à ces questions cruciales, du moins vers une compréhension approfondie des enjeux qu'elles charrient ainsi que des niveaux d'analyse et d'action auxquels elles nous confrontent.

Ce numéro présente en outre un parcours personnel, intellectuel et professionnel atypique, celui de la théologienne Isabelle Graesslé, directrice du Musée de la Réforme de Genève.

Contact pour ce numéro : nqf@unil.ch

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