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Dernière parution | Christine Delphy et Patricia Roux: " 'Nouvelles Questions Féministes': Féminisme radical, antinaturaliste et matérialiste: un projet politique et scientifique " | Appel à contributions | A venir : Thèmes des prochains numéros
 

Dernière parution

Octobre 2011: Sortie du No 30/2 : "Amies", pour les 30 ans de NQF.
Le communiqué de presse, l'éditorial (en pdf), le sommaire et les résumés sont en ligne.

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Christine Delphy et Patricia Roux: " 'Nouvelles Questions Féministes': Féminisme radical, antinaturaliste et matérialiste: un projet politique et scientifique "

pdf   art.NQF-ExAequo-on-line-09.pdf  (72 Kb)

Appel à contributions

Appel à contribution du numéro de NQF 31/2 

Amies


Groupe de coordination :
Christine Delphy, Helen Fueger, Ellen Hertz, Hélène Martin, Françoise Messant, Alice Sala

 

Dans un ouvrage classique de la littérature féministe anglophone – A Passion for Friends : Toward Philosophy of Female Affection (1986) de Janice Raymond –, l’auteure analyse l’invisibilisation des amitiés entre femmes et dévoile la force de ce qu’elle nomme l’« hétéro-réalité ». Dans l’hétéro-réalité, des femmes ensemble deviennent des « femmes seules » ; ainsi est-ce sans ironie que, dans un bar, un homme s’approchant de quatre femmes assises autour d’une table ose demander : « que faitesvous là toutes seules ? ». L’historiographie féministe qui s’est interrogée sur les relations d’amitié entre femmes a montré combien elles furent importantes et intenses au 18ème et 19ème siècles en Europe et aux États-Unis, en particulier pour les femmes issues des nouvelles classes moyennes et supérieures. La période allant de 1890 à 1920, durant laquelle les femmes acquièrent une certaine autonomie financière (développement du secteur tertiaire et du salariat féminin), est particulièrement favorable à ces amitiés. C’est à cette époque également qu’a lieu la première vague du féminisme et l’on peut se demander si l’amitié entre femmes, que ce soit dans ses formes institutionnalisées (« sororities ») ou intimes (l’amour passionnel ou érotique) serait essentielle à l’émergence d’une pensée et d’une pratique féministe.


Depuis lors, la littérature anglo-saxonne féministe a continué à réfléchir sur ce qu’on appelle la « friendship research ». Ce champ de recherches va de travaux populaires comme Just Friends : The Role of Friendship in Our Lives (1985) ou Women and Friendship (1985) à des travaux plus spécialisés comme Woman to Woman: Female Friendship in Victorian Fiction (1989), Between Friends: Writing Women Celebrate Friendship (1994) ou Celebrating Women’s Friendship : Past, Present and Future (2003). Le rôle de l’amitié dans la constitution de soi des femmes, son utilité dans les luttes – individuelles et collectives – contre la domination masculine, ainsi que la pertinence du continuum amitié-amour mis en évidence par Adrienne Rich dans Compulsory Heterosexuality and Lesbian Existence (1980 ; paru en français dans le 1er numéro de NQF), y sont problématisés de manière militante et théorique. Force est de constater qu’il n’existe aucun corpus comparable dans la littérature francophone, ce qui s’explique probablement par la relative nouveauté des études genre dans ces pays. Aussi, ce numéro a-t-il pour première ambition d’ouvrir ce champ de recherche encore mal ou peu constitué. Réfléchir sur les amitiés féminines, c’est s’interroger sur les dispositions qu’elles convoquent, les habitus sur lesquels elles reposent et les implications qu’elles entraînent : constituent-elles des espaces de  liberté, d’entraide pour les femmes, conduisent-elles à des remises en question, de transformation ou de reconduction de normes sociales, etc. ?

Ci-dessous quelques autres pistes possibles qui, sans être exhaustives, semblent susceptibles de nourrir notre réflexion. L’amitié peut être étudiée en tant que mode de sociabilité. Dans quelle mesure certaines amitiés féminines suppléent-elles aux relations familiales, aux réseaux masculins, professionnels, etc. ? Quelles formes prennent les amitiés féminines dans différents groupes sociaux contemporains (groupes d’âge, sportifs, professionnels, milieux socioculturels, mouvements militants, amitiésadolescentes, rencontres autour de la maternité, etc.) ? Ou encore, par analogie avec les constats de l’historiographie anglo-saxonne, les transformations à l’oeuvre dans le monde du travail rémunéré ontelles occasionné un « renouveau » des amitiés entre femmes ? A contrario, on peut également étudier l’influence éventuelle qu’a, sur le type et la qualité des amitiés féminines, la double journée que les femmes assument toujours ainsi que leur assignation prioritaire au travail domestique ? Enfin, la récente visibilité et (relative) légitimité des relations homosexuelles a-t-elle une influence sur la forme des amitiés féminines, par exemple entre lesbiennes et hétérosexuelles ? L’amitié peut aussi être étudiée comme représentation, c’est-à-dire comme véhicule d’idéaux et de stéréotypes, bien sûr sexués. Notamment, nous nous demandons comment la culture populaire revisite des croyances, par exemple l’idée qu’une attirance sexuelle « instinctive » rend impossible l’amitié entre un homme et une femme. Les manières dont l’industrie culturelle se réapproprie le thème des amitiés féminines constituerait à cet égard un riche champ d’exploration. Deux exemples illustratifs : le premier est le traitement de l’amitié et de la solidarité entre femmes dans des films tels que Thelma and Louise de Ridley Scott ou encore Baise-Moi de Virginie Despentes. Ces films montrent des femmes amies et solidaires dans la vengeance contre la violence masculine et qui en paient le prix fort. Le second renvoie à la visibilité croissante du lesbianisme dans la culture grand public. La chanson I kissed a girl de Kate Perry, au top ten cette année, n’est qu’un des multiples exemples de la réappropriation du continuum amitié-amour de Rich dans un contexte où l’homosexualité, et d’ailleurs toutes les relations entre femmes, doivent respecter la priorité des rapports hétérosexuels : « hope my boyfriend don’t mind it ». Une certaine acceptation de l’homosexualité modifie-t-elle les amitiés féminines ? Ou assiste-t-on uniquement à de nouvelles formes de misogynie, s’emparant subtilement du thème des amitiés féminines pour restaurer une domination masculine ? D’autres questionnements pourraient permettre d’explorer cette thématique des représentations, et de leurs effets performatifs. Par exemple, on peut se demander comment l’idéologie de l’égalité, ou de la mixité, informe ces amitiés : tant de l’intérieur (telle que ces amitiés sont définies et valorisées par les femmes), que de l’extérieur (comment elles sont perçues par des groupes d’hommes, dans la littérature, dans les médias, etc.). On peut aussi étudier comment l’image qu’on se fait des amitiés féminines et masculines, et notamment de la manière dont elles sont différemment valorisées, influencent les façons de vivre ces amitiés.

Ces différentes questions pourront être abordées sous des angles disciplinaires multiples : sociologie, anthropologie, histoire, sciences politiques, littérature, psychologie, etc.

Les propositions d’articles, de deux pages environ, doivent être envoyées pour le 1er mars 2010, en format Word et par courriel à 

hmartin@eesp.ch.

Les articles acceptés sur proposition devront être fournis pour le 1er novembre 2010, accompagnés d’un résumé en français et en anglais et d’une notice biographique.

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A venir : Thèmes des prochains numéros

2011 No 2: Amies

Françoise Messant, Hélène Martin, Helen Fueger, Ellen Hertz, Alice Sala, Christine Delphy

2012 No 1: Homophobie

Céline Perrin, Marta Roca

2012 No 2: La dimension relationnelle des métiers de service: cache-sexe ou révélateur de genre?

Natalie Benelli, Nicky LeFeuvre, Séverine Rey

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