Les langues indo-européennes
Aperçu des familles de langues indo-européennes
Rudolf Wachter
Classées peu ou prou d'après l'âge des textes les plus anciens.
La langue indo-européenne attestée le plus tôt est le hittite. Déjà auparavant, il y avait, en Asie Mineure, des civilisations évoluées (Çatal Hüyük à partir de 6500 av. J.-C., etc.). Par la suite, l'Anatolie restera toujours une région politique clef: Assyriens, Darius (Empire perse des Achéménides), Alexandre le Grand (Hellénisme: Pergame, etc.), l'Empire romain, l'Empire romain et byzantin de l'Est, l'Empire ottoman, la Turquie. C'est en 1915 que B. Hrozný démontra le statut indo-européen du hittite. L'on possède environ 30'000 tablettes d'argile cuite (fragmentaires) trouvées à Hattousa (près de Boğazköy), qui couvrent un laps de temps qui va d'env. 1650 au XIIIe s. av. J.-C. (pour la majorité). Ce sont des livres de lois, des annales, des prescriptions, de la correspondance et des traités, des textes religieux avec des rituels, des prières et des formules magiques, des mythes et des légendes, des parties de dictionnaires, de la littérature technique. L'Empire hittite disparut vers 1200. Sur les tablettes en cunéiforme, à part du hittite, l'on trouve également du louvite qui, après 1200 nous est connu aussi par des inscriptions en ce que l'on appelle le louvite hiéroglyphique. Plus tard, à l'époque alphabétique, apparaîtront le lycien, le lydien, le carien, etc. qui sont mal documentés.
Le grec est également déjà attesté au IIe millénaire av. J.-C. Michael Ventris déchiffra le linéaire B en 1952 (tablettes d'argile de Crète et de Grèce continentale): c'était un dialecte grec qui est aujourd'hui nommé mycénien. Il était utilisé par l'administration palatiale. Le Grec que l'on connaît ensuite (à l'époque alphabétique à partir d'env. 750 av. J.-C.) est représenté par différents dialectes (épichoriques et littéraires), puis par la koinè pendant la période hellénistique et sous l'Empire romain, et aujourd'hui par le néo-hellénique.
Vieil-indien. D'abord, le védique au plus tard à partir de 1000 av. J.-C., puis le sanskrit = vieil-indien classique, d'env. 400 av. J.-C. à 1500 après. À côté du sanskrit, les prâkrits jusqu'aux langues indiennes modernes (en dehors, entre autres, des langues dravidiennes). La littérature védique: éloges et prières adressées aux dieux, formules rituelles, formules magiques, première littérature de commentaires et oeuvres philosophiques. Sanskrit: épopées, livres de lois, poésie lyrique, drames, contes, oeuvres scientifiques, surtout littérature de commentaires. Écriture: devanâgarî. Vestiges en occident (dans la transmission hittite): Mitanni (IIe millénaire).
Vieil-iranien: avestique, langue de l'Avesta: Gâthâs de Zarathoustra (ou Zoroastre), au plus tard VIe s. av. J.-C.; il y a également certaines parties qui sont plus récentes. Vieux-perse, dans une écriture cunéiforme spécifique, inscriptions sur rocher et sur pierre surtout de Darius (règne: 522-486 av. J.-C.; trilingue de Bisoutoun) et Xerxès (486-465), déchiffrée par G. F. Grotefend en 1802 (en s'appuyant sur ce résultat, toute l'écriture cunéiforme fut déchiffrée, écriture qui était utilisée pour le sumérien, l'akkadien, l'assyrien, etc.; et aussi le hittite!). Moyen-iranien, iranien moderne (kurde, persan; pashto en Afghanistan, et beaucoup d'autres).
Durant l'Antiquité classique, beaucoup de langues de l'Asie occidentale nous sont connues au moins par leur nom. Par exemple, les langues des Scythes. Le phrygien et, en Grèce du nord, le macédonien sont étroitement apparentés au grec. La plupart sont mal attestées.
En Italie, l'on rencontre les langues italiques: sont connus surtout l'osque, l'ombrien, le latin (qui n'était originellement que le dialecte de Rome et du Latium; sont issues de lui les langues romanes, dont certaines sont répandues dans le monde entier). Les témoignages italiques les plus anciens datent du VIIe s. av. J.-C., mais jusqu'au IIIe s. ils sont très sporadiques. En Italie du Nord: le vénète (italique?), d'env. 600 av. J.-C. au Ier s. après.
Le celtique était très répandu dans l'Antiquité (Asie Mineure, une partie des Balkans, Italie du Nord, Espagne, France, Suisse, une partie de l'Allemagne, Benelux, Grande-Bretagne, Irlande); son importance a ensuite fortement diminué, surtout en faveur des langues romanes et germaniques. Celtique continental, aujourd'hui disparu: gaulois, celtibère, lépontique, etc., galate (Épître de Paul), toutes ces langues sont très mal attestées. Celtique insulaire: dès le début du Moyen Âge (diffusion nouvelle du Christianisme en Europe occidentale): gallois (depuis environ 800 apr. J.-C.), cornique (disparu en 1777), breton (amené en Bretagne depuis le Sud-Ouest de l'Angleterre, attesté depuis environ 800), et surtout goïdélique ou gaélique (depuis le IVe s., mieux attesté depuis environ 700 apr. J.-C.; langue standard: le vieil-irlandais).
Germanique (dont l'anglais qui est répandu dans le monde entier). Forte tendance à l'expansion vers le sud dans l'Antiquité: les Cimbres et les Teutons vers 100 av. J.-C.; également sous l'Empire romain, ce qui constituera une des causes de sa chute. Il y a trois groupes qui remontent au germanique commun qui lui n'est pas attesté: le germanique occidental ou sud-occidental avec l'allemand (bas-allemand avec le vieux-saxon, aujourd'hui le néerlandais; haut-allemand, aujourd'hui langue écrite et dialectes; à partir du VIIIe s.), le frison (à partir du Xe s.) et l'anglais (anglo-saxon, à partir de 700). Le germanique oriental avec le gotique, que l'on ne connaît pratiquement que par la traduction de la Bible de Wulfila vers 350 apr. J.-C. et par le gotique de Crimée décrit par Busbecq en 1560; les Ostrogoths en Italie et les Wisigoths en Gaule et en Espagne finirent pas être romanisés. Le germanique septentrional avec le suédois et le danois à l'est, le norvégien et l'islandais à l'ouest. Il y avait aussi des vikings en Angleterre. Le vieux-norrois occidental est connu par de la poésie lyrique et par les sagas depuis le IXe s.
La poussée expansionniste slave fut très forte à partir du Ve s. Le slave le plus anciennement attesté est le vieux-slavon d'Église (Cyrille et Méthode, en 863 apr. J.-C. en Moravie, plus tard en Macédoine). Écritures cyrillique et glagolitique, cette dernière fut rapidement abandonnée. Les catholiques-romains écrivent en alphabet latin, les orthodoxes en alphabet cyrillique. Le slave oriental avec le russe, le biélorusse et l'ukrainien. Le slave occidental avec le polonais, le tchèque, le slovaque, et encore quelques langues comme le sorabe (en Lusace à l'est de Dresde). Le slave méridional avec le slovène, le serbe, le croate, le macédonien et le bulgare. À l'écrit, jusqu'il y a quelques siècles, l'on utilisait seulement un slavon d'Église coloré régionalement (position similaire à celle du latin en occident).
Le balte avec le lituanien et le lette n'est attesté que depuis le début du XVIe s.; il faut y ajouter le vieux-prussien (entre la Vistule et le Niémen) qui pratiquement ne nous est parvenu que par deux catéchismes (milieu du XVIe s.) et qui a disparu sans doute vers 1700.
Il reste encore trois langues isolées importantes: l'arménien: l'ethnique se trouve déjà chez Hérodote et dans les inscriptions en vieux-perse; les témoignages linguistiques commencent au Ve s. apr. J.-C., dans une langue élevée et savante, ce sont surtout des textes chrétiens. Est-il parent avec le phrygien et le grec? Le tokharien: ce n'est qu'au début du XXe s. que des documents furent découverts dans les steppes du centre de l'Asie (bassin du Tarim, à l'est de Kachgar). Traductions de textes sanskrits utilisant une écriture du Nord de l'Inde, env. VIIe/VIIIe s. Deux dialectes très différents: A et B. L'albanais: en Albanie, au Kosovo et dans certaines parties de la Macédoine (et aussi, minorités en Grèce et dans l'Italie du Sud). Les premiers textes datent du XVe et du XVIe s. apr. J.-C. À quel groupe de langues connu dans l'Antiquité appartient-il? L'illyrien? (Incertain: il est possible que les Proto-Albanais se soient déplacés!)
Impressionnante activité migratoire des Indo-Européens en direction de civilisations évoluées (résultats: les hittites en Asie Mineure, les Grecs dans la région égéenne, les Aryens en Perse et en Inde). Génétiquement, ils furent absorbés par les populations antérieures ("autochtones"), mais linguistiquement, ils eurent étonnamment souvent du succès.
traduction: Albin Jaques


