Alexandre Elsig

Post-doc au CIRM entre 2019 et 2020, l'historien Alexandre Elsig a étudié le phénomène de pollution industrielle dans la plaine du Rhône. Depuis le mois de septembre 2020, il a rejoint l'EPFL au bénéfice d’une bourse Ambizione du FNS pour continuer cette recherche.

 

Entretien du 8 juillet 2020

 

 

Coordinateur CIRM (CC) : Est-ce que le CIRM va te manquer ?

 

Alexandre Elsig (AE) : Oui, même si c'était une expérience relativement courte. Je suis arrivé en mai 2019, et avec le semi-confinement depuis mars 2020, on a travaillé ensemble, sur le site de Bramois, pendant moins d'une année.

 

CC : A ton début au CIRM tu relevais l'intérêt d'ouvrir ta méthodologie et de jeter un nouveau regard sur ta pratique scientifique à travers les autres disciplines présentes dans notre centre. Après ce temps, qu'est-ce que tu peux dire là-dessus ?

 

AE : J'ai particulièrement aimé les séances qu'on a fait avec les autres post-docs pour découvrir leurs projets sur le terrain. Et le principal apport a été de lancer une recherche commune à tous les post-docs en partant de zéro, grâce au projet seed funding du CIRM. Ce n'est pas évident de parler le même langage, mais on a réussi à définir un sujet de recherche interdisciplinaire qui croisait nos différents intérêts : les effets de la première loi forestière suisse (1876) sur les régimes hydrologiques des vallées de montagne.

 

CC : Qu'est-ce que tu as appris en travaillant avec les autres post-docs, qui ont une formation en sciences naturelles ? Parmi les quatre, tu étais le seul avec une formation en sciences humaines.

 

AE : J'ai pu me familiariser avec leurs méthodes quantitatives et de modélisation, mais le bilan reste assez mitigé parce que le semi-confinement nous a quelque peu isolés les uns des autres.

 

CC : Est-ce que tu as trouvé des barrières pour l’échange interdisciplinaire ?

 

AE : C'est plutôt lié à la structure de soutien aux post-docs avec des positions de recherche à court terme, avec une forte injonction à la mobilité. On doit préparer des candidatures, on a la pression de publier la recherche, etc. Dans cette situation provisoire, avancer dans le travail interdisciplinaire est compliqué. Notre projet seed funding est encore dans cette phase théorique mais il devrait nous permettre une candidature pour un financement plus important. Mais on ne sait pas où chercher un financement parce que personne n’a de poste fixe. En conclusion, pour les post-docs, les conditions structurelles freinent à mon sens l'interdisciplinarité.

 

CC : Dans le rapport annuel de l'UNIL 2019, le vice-recteur Recherche et Relations internationales en parlant de l'interdisciplinarité souligne le besoin de changer la manière d'évaluer les candidatures académiques. Je pense il va dans la même ligne que tu évoques : il faut changer les conditions académiques structurelles pour favoriser l'interdisciplinarité.

 

AE : Dans ces conditions-là, on ne peut pas vraiment se permettre le luxe de dédier du temps à des projets qui risquent de ne pas fonctionner. 

 

CC : Mais la possibilité d'échec existe aussi dans les projets disciplinaires.

 

AE : Oui, mais dans un projet disciplinaire, tu maîtrises mieux la littérature, la méthodologie, etc. Tandis que dans un projet interdisciplinaire, les besoins de coordination et d’apprentissage des autres enjeux disciplinaires sont beaucoup plus chronophages.

 

CC : Si on revient à ta recherche personnelle, une de tes motivations était de comprendre pourquoi la pollution industrielle en Valais est restée si longtemps invisible. Est-ce que tu as trouvé la réponse ?

 

AE : Il y a plusieurs facteurs : la gestion confinée de la toxicité entre industrie et Etat a contribué à rendre celle-ci invisible et lorsqu'il y avait une controverse scientifique, les industriels avaient la capacité de la nourrir et de la prolonger en activant leur réseau d’experts, freinant toute régulation de la part des autorités. De plus, les villes et villages de plaine étaient grandement dépendants des rendements des usines et le chantage à l’emploi a fonctionné à plein, empêchant un front commun entre agriculteurs et ouvriers pour dénoncer la pollution dans et hors de l’usine.

 

CC : A l'EPFL vas-tu continuer cette recherche ?

 

AE : Je vais l’étendre en me penchant sur les milieux qui édictent les normes acceptables d’exposition aux substances toxiques. Je chercherai à comprendre comment ces normes sont négociées entre intérêts industriels, politiques et sanitaires et comment elles sont appliquées ensuite concrètement sur le terrain.  Je vais donc continuer à travailler sur mes cas d'étude en Valais.

 

CC : Alors très bonne chance pour ta prochaine étape et nos meilleurs vœux !

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