Sport colonial et post-colonial

Responsable: Nicolas Bancel

Plusieurs chercheur·euses du Centre d'études olympiques & de la globalisation du sport (CEO&GS) travaillent sur la diffusion mondiale des pratiques physiques – sports, gymnastiques, activités physiques des mouvements de jeunesse, que ces pratiques soient d’origine européenne ou extra-européenne – en s’intéressant plus particulièrement aux conditions historiques créées par les impérialismes européens et américains, puis au développement de ces pratiques en contexte postcolonial. Les perspectives adoptées sont à dominantes historiques mais engagent des perspectives pluridisciplinaires, en anthropologie et sociologie notamment. Ces recherches s’inspirent notamment des Postcolonial studies, des Globalization studies et des Diasporas studies.

Concernant les pratiques d’origine européenne exportées durant les périodes coloniale et postcoloniale, ces recherches visent à comprendre simultanément leurs acclimatations locales par les fractions sociales qui s’en emparent mais aussi les effets de ces pratiques tant sur les modifications/déstructurations des cultures locales que sur les acteurs se les appropriant, déterminant des processus complexes d’acculturation, qualifié ici d’hybridation asymétrique. Il est à noter que les fractions sociales colonisées s’appropriant les sports européens constituent également le fer de lance des oppositions anticoloniales, dessinant un processus à double articulation : un rapprochement culturel avec les colonisateurs et une opposition politique à ces derniers.

Durant la période postcoloniale, on observe que ces pratiques physiques contribuent – avec d’autres pratiques culturelles telles la consommation de biens, l’école ou l’appropriation de la langue du colonisateur – à poursuivre ce processus d’hybridation culturelle, qui remet en question le récit des décolonisations et des indépendances postcoloniales, fondé sur la lutte victorieuse des peuples colonisés et leur autonomisation post-indépendance. Les recherches entreprises traitent également des circulations Sud-Sud des pratiques sportives, à travers l’exemple des migrations de combattants africains de Mixed Martial Arts (MMA) vers l’Afrique du Sud, dessinant une nouvelle cartographie des diasporas congolaise et zimbabwéenne dans ce pays et permettant de comprendre les processus de socialisation de ces combattants exilés et leurs conditions d’existence dans un système sportif ultra-concurrentiel favorisant la précarisation.

Ces recherches visent également à comprendre les trajectoires historiques de certaines pratiques extra-européennes au contact de l’Occident via la domination coloniale : comment celles-ci se transforment-elles ? Dans quelle mesure permettent-elles une socialisation – et parfois une socialisation politique – des colonisés à travers l’insertion dans des sociétés et clubs locaux ? Nous nous interrogeons également sur le destin postcolonial de ces pratiques, et notamment leur exportation vers l’Europe, inversant le processus d’exportation coloniale des pratiques européennes : comment celles-ci s’insèrent-elles dans un premier temps aux diasporas coloniale et postcoloniale ? Traduisent-elles la volonté de créer un conservatoire culturel propre à l’identification réciproque au sein de ces diasporas ? Sont-elles mobilisées dans le cadre de l’action politique de ces dernières ?

En lien direct avec le CEO&GS, nous cherchons également à comprendre comment l’olympisme intervient dans les rapports entre ex-puissances coloniales et ex-territoires colonisés et comment les Jeux olympiques constituent un espace d’affrontements géopolitiques. Nous nous intéressons également, dans ce cadre, aux migrations internationales dont les Jeux témoignent.

 

Chercheur·euses UNIL Fonction
Pr. Nicolas Bancel Professeur ordinaire, responsable du domaine
Herrade Boistelle Doctorante
Pr. Thomas David Professeur ordinaire
Mickaël Langlois Assistant diplômé
Dr Claire Nicolas Chercheuse post-doctorante FNS
Kevin Rosianu Assistant diplômé
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