La richesse de la FBM

13 septembre 2018

Tous les jours, nos chercheurs sont à la Une: une nouvelle découverte, une publication qui rend fier, une manifestation qui attire les foules. Des promesses de changements qu’ils soient cliniques ou conceptuels, réels ou imaginaires. Mais souvent, ces promesses restent dans le champ de l’espoir sans une transformation radicale des pratiques de soins, de prises en charge ou de la compréhension de la nature.

Les scientifiques de la FBM développent les connaissances qui sont comme les tentacules de quelque animal marin encore inconnu; l’UNIL et le CHUV foisonnent de créativité; la jeunesse des professeurs apporte un sang qui se renouvelle et un dynamisme qui fait plaisir et nous rendent fiers.

Malgré ces forces, malgré ces engagements, malgré ces progrès, malgré les investissements consentis, la société académique de la FBM doit et devra évoluer. Elle devra évoluer vers une liberté académique accrue dans un carcan de contraintes qui sont souvent pressantes, voire oppressantes, qui ont pour noms: cahier des charges, rapports d’activité, encadrement, formation aux ressources humaines, mobbing, harcèlement, plan de carrière, contrôles, facturation, libres données, accès ouverts aux données, stockage, régulation, médiation, contrôles financiers…

En revanche, un terme est rarement utilisé dans le vocable de la gestion, du management: la responsabilité.

Le concept de responsabilité est une notion philosophique utile qui a été développée notamment par Hans Jonas. Dans son ouvrage Das Prinzip Verantwortung, l’auteur introduit le concept de responsabilité des générations présentes vis-à-vis des générations futures, concept qui est à la base des principes de développement durable. Lors de sa Leçon inaugurale, Jacques Gasser a montré l’importance de ce principe dans ses activités quotidiennes d’expert auprès des tribunaux.

Les structures de conduites se complexifient, trop d’organismes et organes s’occupent des mêmes objets; dès lors, le risque est grand de prendre en série des décisions stupides. Dans ses ouvrages, Christian Morel traite des décisions absurdes et analyse avec finesse et intelligence comment des personnes dotées d’une grande intelligence arrivent à prendre de décisions qui n’ont pas de sens. Dans son troisième ouvrage, il décrit l’enfer des règles, l’inflation normative et la mauvaise qualité des concepts qui décrivent ces normes.

Finalement, l’incompréhension du langage et l’usage abusif d’abréviations et d’acronymes nous placent dans une nouvelle tour de Babel qui est délétère et nous force à nous entourer de hordes de communicants qui ajoutent leur pierre à l’édifice et donc apportent un étage supplémentaire à la construction complexe de l’édifice des savoirs.

L’éthique peut être vue comme une morale en mouvement; je préfère penser qu’elle agit comme un possible catalyseur du combat des idées dans le respect des valeurs de l’autre si elles s’inscrivent dans le principe de responsabilité évoqué plus haut. La science, qu’elle soit fondamentale, transrationnelle ou appliquée (ces adjectifs sont inutiles à mon sens), la science doit se développer dans un univers académique et doit être développée par des académiciens responsables. Si ce principe est appliqué, alors on pourra peut-être alléger les normes, les carcans, les règles qui nous emprisonnent dans un monde qui de plus en plus, au lieu d’agir, réagit, et se complet dans un système normé et absurde.

Jean-Daniel Tissot, Doyen FBM

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