Déla Golshayan

Néphrologue, privat-docent et maître d’enseignement et de recherche clinique à l’UNIL, médecin associée au Centre de transplantation d’organes (CTO) du CHUV et responsable du Laboratoire d’immunopathologie de transplantation.

Déla Golshayan, pouvez-vous résumer votre parcours?
J’ai fait mes études de médecine à l’UNIL, puis des spécialisations en médecine interne et en néphrologie à l’Hôpital de Sion et au CHUV. Après un parcours assez classique de clinicienne et une thèse en médecine, j’avais envie d’aller plus loin, de mieux comprendre les mécanismes des maladies. J’ai donc entamé un PhD avec le professeur Robert Lechler, à l’Imperial College de Londres, dans le domaine de l’immunologie de transplantation. Quatre ans de recherche pure, après quoi je suis revenue en Suisse avec la double casquette de médecin chercheur. Avec le soutien du FNS, de la FBM et du professeur Manuel Pascual, j’ai pu fonder le Laboratoire d’immunopathologie de transplantation en 2006.

Vous partagez donc votre temps entre la clinique et la recherche?
Tout à fait. J’aime la clinique, je veux rester en contact avec les patients. Poser un diagnostic et voir concrètement les effets d’un traitement, c’est un moteur. Le bémol, c’est qu’il peut y avoir un côté routinier en clinique, induit notamment par la lourdeur administrative. A l’inverse, en recherche, je peux explorer et je bénéficie d’une certaine indépendance, j’ai la liberté de poser les questions que je souhaite. Bref, je trouve un certain équilibre avec d’un côté un travail très intellectuel, de l’autre un travail plus ancré dans le quotidien. Cela me plaît, mais c’est difficile: cela demande des sacrifices, ce sont de longues semaines! Il faut être passionné pour faire ce double métier.

Sur quoi portent vos recherches?
Nous travaillons sur les mécanismes qui conduisent au rejet d’une greffe et sur le rôle des différentes composantes du système immunitaire qui participent à la reconnaissance et à la réponse contre des antigènes étrangers. En parallèle, nous nous penchons aussi sur les mécanismes de régulation et de tolérance immune. Notre objectif est en quelque sorte de parvenir à modifier le système immunitaire, visant à induire un état de tolérance immune contre le «corps étranger» qu’est une allogreffe. Je travaille sur des modèles murins, mais avec une visée translationnelle. C’est la grande spécificité du médecin chercheur: nous sommes idéalement placés pour effectuer cette «translation» entre les deux mondes de la clinique et de la recherche de base. La FBM, qui met ces deux types de compétence sous le même toit, est un cadre optimal. Pour nos travaux, le fait d’avoir réuni tous les labos d’immunologie sur le même site, à Epalinges, facilite les collaborations.

Et pourquoi la transplantation?
C’est un domaine spécial. Avec une greffe, vous améliorez la survie mais surtout la qualité de vie de vos patients. Cela apporte une satisfaction particulière: les patients dialysés n’ont pas beaucoup de perspectives, alors qu’avec une greffe, certains peuvent retravailler, voyager librement, les femmes peuvent envisager une grossesse. J’avais hésité avec l’obstétrique au début de ma carrière, et je pense qu’il y a un lien entre les deux: avec une greffe, nous pouvons «redonner» une vie à nos patients. Du coup, cela ne me dérange pas d’être appelée pour une greffe à 3 heures du matin ! Il y a aussi un côté innovateur dans la transplantation: cela ne fait que 60 ans qu’on a tenté les premières greffes de rein, et donc les premières greffes tout court. C’est un domaine qui bouge.

Quand on parle de greffe, on pense chirurgie, on n’imagine pas toute la prise en charge médicale qu’il y a en amont et en aval. Un peu frustrant?
Entendons-nous bien: s’il n’y avait pas de chirurgiens, il n’y aurait pas de greffe! Nous autres médecins spécialistes en transplantation assumons toute la préparation et le suivi du patient transplanté dès la sortie du bloc opératoire. Il faut bien comprendre qu’une greffe signifie un suivi médical à vie. Les médicaments immunosuppresseurs doivent être savamment ajustés pour prévenir un rejet tout en limitant leur toxicité. Cette dernière fait que la durée de vie d’un rein transplanté est limitée, 25-30 ans dans le meilleur des cas, parfois quelques années seulement. C’est alors un retour à la case départ pour le patient, la dialyse, l’attente d’une nouvelle greffe… D’où l’importance des recherches en immunologie, pour trouver des alternatives aux traitements immunosuppresseurs actuels. Les choses ont déjà énormément progressé: il y a 50 ans, il y avait près de 50% de rejet aigu dans la 1ère année post-greffe, aujourd’hui, c’est 10-15%.

Recommanderiez-vous la filière MD-PhD, la carrière de médecin chercheur?
Sans doute, mais il faut avoir conscience des limites: après un MD-PhD, l’insertion dans la clinique, dans une clinique exigeante, est parfois délicate. Il est difficile de conserver du temps pour sa recherche. Il faut de la passion, certes, mais ce n’est pas suffisant, les structures doivent aussi être adaptées, il faut un environnement facilitant. Personnellement, j’ai eu de la chance, du soutien, mais on peut encore améliorer l’organisation au sein du CHUV et de la FBM. Je pense aussi qu’il est important d’avoir des intérêts en dehors de notre métier pour garder l’équilibre. En ce qui me concerne, je fais beaucoup de montagne, en haute altitude, et surtout sans téléphone. Je le fais pour le challenge et les paysages, somptueux. C’est d’avoir ce genre de boussole externe qui fait qu’on ne se perd pas.

Par Nicolas Berlie - Communication FBM, novembre 2017

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