La décroissance comme politique de l'Anthropocène

Conférence du 11 mai 2016

Questions - réponses

 

Agnès Sinaï, fondatrice de l'Institut Momentum, journaliste environnementale

L'histoire suggère qu'il est hautement improbable que les nations dotées d'une économie capitaliste puissent choisir volontairement de ne pas croître. Néanmoins, on peut s'adonner à un exercice d'étirement de l'imaginaire. Les propositions, les projets et les mesures politiques qui révèlent un imaginaire de la décroissance sont essentiellement non capitalistes : ils réduisent l'importance des institutions clés du capitalisme que sont la propriété, l'argent, l'accumulation du profit, en les remplaçant par des institutions empreintes de valeurs et de logiques différentes.

En particulier, il ne faudra pas confondre décroissance et austérité. La décroissance, elle, propose de ralentir la croissance du capital et de réaliser la dépense sociale. Il s'agit d'une dépense réellement collective (festin/ réparation de la nature/art/philosophie).  Toutes formes de dépenses improductives.

Maintenant il nous faut réfléchir aux institutions qui seront responsables de la socialisation de la dépense improductive. Dans la société de décroissance, la dépense est ramenée dans la sphère sociale tandis que l'individu se caractérise par sa sobriété.

Ainsi on peut imaginer qu'après la croissance vertigineuse de la Grande Accélération et des Soixante-dix Glorieuses (1950-2020), la descente matérielle du monde sera le deuxième versant de l’Anthropocène, cette "ère de l'Homme" caractérisée par les énergies fossiles et l'industrialisme.

La décroissance en tant que choix politique et éthique désignera alors l'ensemble des politiques de répartition juste de la rareté. Les modes d’allocation des ressources en diminution fonderont les clivages politiques de demain.

Si, durant les Trente Glorieuses, il s’est agi de redistribuer les fruits de la croissance par des politiques keynésiennes, dans une optique de consommation illimitée de matière et d’espace, dans la seconde partie de l'Anthropocène, il s’agira de refonder les politiques à l’intérieur des limites écologiques.

Bibliographie

  • Agnès Sinaï dir., 2013, Penser la décroissance. Politiques de l’Anthropocène, Paris, Presses de Sciences Po.
     
  • Agnès Sinaï dir., 2015, Economie de l'après croissance. Politiques de l'Anthropocène II, Paris, Presses de Sciences Po.
     
  • Hugo Carton, Pablo Servigne, Agnès Sinaï, Raphaël Stevens, 2015, Petit traité de résilience locale, Charles Léopold Mayer.
     
  • Giacomo d'Alisa, Federico Demaria, Giorgos Kallis dir., 2015, Décroissance. Vocabulaire pour une nouvelle ère, Le Passager clandestin.
Partagez:
Géopolis - CH-1015 Lausanne
Suisse
Tél. +41 21 692 35 00