Wüthrich Clotilde

Artistas de Tránsito. Une ethnographie des fabriques alternatives de l’Histoire dans les arts visuels contemporains de La Havane, Cuba.

Doctorante : Clotilde Wüthrich

Sous la direction de la Professeure Irène Maffi

Ma recherche de thèse se propose d’aborder les pratiques d’une sélection d’artistes résidant à Cuba et qui sont nés aux alentours de la Révolution de 1959. Son objectif est de rendre compte des particularités de ces pratiques dans le contexte de La Havane contemporaine dite postcoloniale et postsocialiste, relativement à la question de la construction de l’Histoire et aux formes de réélaboration visuelle de celle-ci.
Pour traiter de ces questions, je me base sur une recherche de terrain effectuée en 2010 et en 2011 durant laquelle je réalisais des entretiens avec divers acteurs de la scène des arts visuels dont principalement des artistes peintres, photographes, sculpteurs, graveur, céramiste, performeuse. Ma démarche est fondée de manière pragmatique sur mes observations et expériences in situ ; sur mes interactions et ma participation aux pratiques (actes et paroles) de mes interlocuteurs. Le terrain et ma réflexion à son propos furent enrichis par mon expérience parallèle de curatoriat pratiquée depuis sept ans dans une galerie d’art en Suisse, et qui m’a permis de confronter ces réflexions à l’expertise des artistes avec lesquels je collabore.
Mon attention s’est portée dans cette recherche sur les processus d’invention et d’élaboration des formes et des projets d’artistes ; sur leurs choix techniques ; sur leur inscription ou leur engagement dans leur contexte de vie à travers leur travail ; sur les autres acteurs –locaux et internationaux- impliqués et nécessaires à la mise au monde et à la vie sociale des œuvres ; sur les relations que ces objets (ou non-objets dans le cas de performances) fabriquent ou visibilisent entre les acteurs impliqués (producteurs, promoteurs ou récepteurs des œuvres).
Cette approche et les expériences faites sur mon terrain m’ont amenée à m’intéresser en particulier d’une part aux espaces alternatifs que constituent pour les artistes la fabrique d’œuvres d’art –et les œuvres d’art elles-mêmes- dans un contexte de liberté d’action restreinte et d’autre part aux relations entre eux et leurs spectateurs qui se sont révélées être placées au centre de leurs dispositifs visuels, et ceci de manière spécifique. Les pratiques visuelles et les objets d’art me sont ainsi apparus comme des formes d’espaces agonistiques et de transgression des règles spatio-temporelles, sociales et esthétiques, dans un recours constant à l’humour et aux tropes.
Cette recherche constitue également une contribution au renouvellement de la définition anthropologique de l’art, considéré ici dans une perspective globale comme mode autonome d’expression des relations qui lient l’artiste à ses semblables et à son monde ainsi que comme mode d’action. J’apporte également ma contribution au renouvellement de la définition d’une anthropologie de l’art contemporain ainsi que des méthodes ethnographiques à même de décrire des pratiques en arts visuels dans un contexte postcolonial et globalisé et dont les outils sont également applicables dans d’autres contextes.
En termes d’écriture, mon manuscrit est principalement organisé autour de chapitres thématiques relatifs aux principaux recours iconographiques des artistes rencontrés. Chaque sous-section part soit d’une œuvre ou d’un ensemble d’œuvres d’un artiste soit d’une exposition dont la restitution de la description et de la contextualisation par les artistes et/ou curateurs me permet de faire émerger des discussions théoriques plus larges. Afin d’en saisir les spécificités, les pratiques qui y sont décrites sont ponctuellement confrontées à celles d’artistes d’autres générations et d’autres régions (Santiago de Cuba), ainsi qu’à d’autres types de productions culturelles, littéraires et musicales, historiques et contemporaines.

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