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Foire aux questions

Vous trouvez ci-dessous diverses questions liées aux mauvais traitements que nous ont posées des professionnels de l'enfance. Certaines ont été retranscrites telles qu'elles ont été posées par leur auteur. Lorsque plusieurs questions abordaient un même sujet, elles ont été reformulées en une seule question ou regroupées. Enfin, quelques-unes ont été remaniées dans leur forme afin qu'elles puissent intéresser le plus grand nombre d'entre vous.

A la suite des questions figurent des réponses, ou plutôt des pistes de réflexion : dans le domaine de la maltraitance, il est en effet peu courant de pouvoir obtenir une seule réponse ou d'imaginer une seule solution.
Le comité de l'Observatoire (voir organisation) propose des réponses aux questions lorsqu'il se sent qualifié pour le faire, d'autres sont données par des interlocuteurs experts du sujet abordé.

Nous ne répondons pas à des demandes d'aide ou de conseil pratique portant sur des situations auxquelles vous êtes confrontés : il existe en effet des structures explicitement chargées de cette mission.

Si les questions ou les propositions de réponse en suscitent d'autres de votre part, n'hésitez pas à nous en faire part (ome@unil.ch).  

 

 

 

  • Comment peut-on décrire le vécu traumatique de l'enfant maltraité?

    Il semble important de différencier deux aspects dans la maltraitance subie par l’enfant:

    • d’une part l’aspect de la maltraitance physique, qui s’exerce sur son corps en forme de coups portés ou d’atteinte sexuelle
    • d’autre part l’aspect de la maltraitance psychologique, qui s’exprime le plus souvent sous la forme d’humiliation, de harcèlement… ou de négligences.

    Il n’est pas sûr que les expressions physiques les plus explicites de la maltraitance soient nécessairement celles qui laissent les traces les plus délétères dans le développement psychoaffectif de l’enfant, certaines maltraitances insidieuses (on peut penser aux atteintes sexuelles exercées sans violence apparente, mais inscrites dans des formes de pactes pervers liés par le secret) ayant un impact extrêmement péjoratif sur la vie psychique de l’enfant.

    Qu’est-ce qui fait traumatisme pour l’enfant ? Dans la littérature d’orientation psychanalytique, on considère la nécessité de distinguer entre l’agir de maltraitance et le vécu psychique du traumatisme. C’est ce second niveau qui fait l’objet de l’intérêt des psychologues et des psychopathologues, dans la mesure où il renvoie au vécu subjectif du sujet pris dans des maltraitances (on peut d’ailleurs faire le constat que ce n’est pas tant l’événement traumatique qui est significatif que son retentissement singulier sur un individu : deux personnes qui ont eu la même « expérience traumatique » peuvent présenter des tableaux traumatiques forts différents…).

    Le traumatisme psychique est à appréhender comme une réalité à double inscription:

    • ce que l’on nomme (C. Janin, 1996) le « noyau froid » du traumatisme, qui correspond à un contexte d’environnement dans lequel l’enfant a fait l’expérience d’une absence de recours de la part de l’adulte maternant (on pourrait parler de vécu précoce d’abandon dans le lien maternel / maternant)
    • ce que l’on nomme le « noyau chaud » du traumatisme, qui correspond à la charge d’excitation liée à l’événement traumatique et que l’appareil psychique ne va pas pouvoir prendre en charge du fait du défaut de construction d’un système de sens permettant d’y faire face (débordement de l’excitation).

    A partir de là, on peut comprendre que le vécu traumatique de l’enfant est à considérer non seulement du point de vue de l’agir maltraitant auquel il est confronté, mais également du point de vue des potentialités, passées et actuelles, de l’environnement à accueillir les vécus de confusion, de désorganisation, d’effondrement… de l’enfant ; ce qui implique une réflexion sur les stratégies de prise en charge des enfants maltraités, particulièrement lorsque les maltraitances ont lieu au sein de la famille, dans la mesure du nouage complexe entre lien affectif et lien maltraitant.

    Prof. Pascal Roman

    Lectures possibles :
    Janin C. (1996), Figures et destins du traumatisme, Paris: P.U.F.

    Gabel M. M.R Ed. (2004), Les enfants victimes d’abus sexuels, Paris: P.U.F.

    Février 2010

     



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  • Que dire de la maltraitance indirecte subie par l'enfant témoin de violences conjugales dans sa famille?

    Les enfants qui vivent dans un contexte de violences conjugales sont dans tous les cas victimes. Qu’ils subissent eux-mêmes les coups, insultes ou négligences ou qu’ils soient témoins visuels ou auditifs des violences infligées à un des parents, ils restent prisonniers d’un contexte qui nuit à leur développement physique, relationnel et psychosocial.

    En Suisse, une femme sur dix a déclaré avoir déjà subi de la violence physique et/ou sexuelle de la part d’un partenaire (ancien ou actuel) au mois une fois au cours de sa vie. De nombreux enfants sont donc potentiellement touchés par la problématique. Il a été montré que les enfants témoins de la violence commise à l’encontre d’un des parents, montrent plus d’agressivité, d’hyperactivité, et de comportements délinquants que les enfants non exposés à ce type de violence. Ils manifestent également plus de troubles de l’humeur, tels que de l’anxiété et de la dépression. En outre, ils présentent moins de compétences sociales, une plus faible estime d’eux-mêmes et davantage de difficultés d’apprentissage et de concentration que les enfants non exposés.

    Pour toutes ces raisons, il est impératif qu’ils bénéficient d’une prise en charge adéquate par des professionnels spécialisés, au même titre que les enfants qui subissent directement les violences parentales.

    Références :
    Margairaz, C., Girard, J. Halpérin, D.S. (2006). Violence au sein du couple et de la famille: Implications pour le professionnel. Forum med suisse, 6, 367-373.

    Fortin, A, Trabelsi, M. et Dupuis, F. (2002). Les enfants témoins de violence conjugale: analyse des facteurs de protection. Montréal: Centre de liaison sur l’intervention et la prévention psychosociales (CLIPP).

    Février 2010

     



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  • De quoi parle-t-on lorsqu'on parle de maltraitance? Quelles sont les limites du concept?

    Il y a maltraitance lorsqu’une atteinte à l’intégrité physique, psychique, sexuelle, culturelle d’un mineur est imputable à une action humaine directe ou indirecte. On distingue 4 types de maltraitances : les maltraitances physiques, psychologiques, sexuelles, ainsi que la négligence.

    La maltraitance est directe quand elle a pour auteur un individu identifiable (adulte ou pair) et qu’elle sert à réaliser des fins personnelles telles que : rechercher ou affirmer sa domination, rétablir une autorité ressentie comme menacée, satisfaire un besoin de gratification sexuelle ou une certaine complaisance à la cruauté, sans égard pour le ressenti de l’enfant.

    La maltraitance est indirecte lorsqu’elle découle du fonctionnement d’un dispositif social dont les règles, auxquelles il convient de se conformer, génèrent une atteinte à l’intégrité au sens ci-dessus. Ce dispositif social peut être : une école, un hôpital, un centre de détention pour mineurs, une institution qui accueille des enfants, une communauté religieuse ou culturelle, un Etat totalitaire, une démarche judiciaire (enquête, procès), etc. On parle alors, dans de tels cas, de maltraitance institutionnelle.

    On parle aussi de maltraitance indirecte quand un enfant est atteint par une violence dont il n’est pas la cible. Ceci concerne principalement les violences conjugales dont l’enfant est témoin.

    Il est difficile de tracer des limites claires quand on parle de maltraitance. Par exemple, les besoins de base d’un enfant peuvent ne pas être satisfaits si cet enfant grandit dans une famille frappée par la pauvreté. Si, néanmoins, les adultes autour de lui font ce qu’ils peuvent, on ne peut les accuser de négligence (qui est une des 4 formes de la maltraitance). Il vaut mieux parler de carences, auxquelles la société se doit, en principe, de réagir par des aides appropriées. Cet exemple illustre le fait que la maltraitance est une action répréhensible, dont l’auteur (personne physique ou morale) porte une certaine responsabilité, et, de ce fait, peut être interpellé et sanctionné. Dans l’exemple donné, si l’on a de bonnes raisons de penser qu’une telle situation de carences est entretenue par une communuté (Etat, etc) qui pourrait améliorer la situation mais ne fait rien pour cela, on peut y voir un exemple de maltraitance institutionnelle, la communauté étant l’institution maltraitante. En revanche, on ne peut accuser de maltraitance les parents de cet enfant.

    Pour ce qui est des limites au-delà desquelles un acte, une attitude ou une parole deviennent maltraitants, nous renvoyons à la question qui traite de ce sujet

    Décembre 2009

     



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  • Où commence la maltraitance? Quelles sont les limites au-delà desquelles un acte, une parole, etc, relèvent de la maltraitance?

    La maltraitance ne se mesure pas à l’aide d’une échelle universelle comme une longueur ou une température. Il est banal de dire que son évaluation change dans le temps (d’une époque à l’autre) et dans l’espace (d’une culture à l’autre). Pour cette raison, il nous semble essentiel de la définir de manière générale comme une atteinte à l’intégrité de l’enfant, ressentie par lui comme telle. Cette atteinte peut être ressentie au moment même où est posée l’action ou la parole en cause. Le professionnel averti peut aussi estimer qu’elle sera ressentie comme telle seulement plus tard ; cependant, par cela même, elle est préjudiciable au développement de l’enfant, et relève donc, également, de la maltraitance.

    Certains actes sont jugés assez graves pour être considérés comme maltraitants même s’ils n’ont lieu qu’une seule fois (par ex. coups ayant entraîné des blessures, abus sexuels avec contact physique, menaces graves). Dans d’autres cas (corrections physiques, paroles dévalorisantes) on parle de maltraitance si les actes se répètent au point de devenir le mode de relation et d’éducation habituel entretenu par l’adulte envers l’enfant.

    Des actes graves sont de toute façon des atteintes à l’intégrité (brûlures, fractures, viols), et la loi les sanctionne comme tels. Dans d’autres cas (les plus courants), c’est leur inadéquation aux valeurs véhiculées, et souvent respectées, dans la famille ou à l’extérieur de celle-ci, qui fera sentir à l’enfant qu’il subit un traitement dégradant et hors norme. On voit par là qu’un acte, une attitude ou une parole seront considérés comme maltraitants s’ils transgressent certains codes explicites ou implicites de la culture au sein de laquelle ils ont lieu, et si cette transgression a des effets négatifs sur l’enfant.

    Ce relativisme culturel complique la tâche des professionnels, comme on peut le voir lorsqu’on est confronté à des cultures issues de l’immigration. Il ne faut cependant pas oublier qu’au sein même de notre société, il existe une grande diversité culturelle liée aux classes sociales, et même aux coutumes transmises d’une génération à l’autre au sein de chaque famille. Il n’est donc pas toujours facile, en deça d’un certain degré de gravité, de taxer un acte ou une parole de maltraitant ; et pour en juger, la référence à la culture personnelle et familiale de l’intervenant n’est pas toujours suffisante à elle seule. Plusieurs personnes doivent donc évaluer ensemble de telles situations, et, le cas échéant, une connaissance de la culture d’origine peut être souhaitée.

    Décembre 2009

     



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  • Comment s'effectuent la prise en charge et le suivi des parents violents?

    En préambule, il importe de préciser qu’il existe deux grands ensembles de parents qui ont recours à la violence :

    • dans la grande majorité des cas, il s’agit de travailler avec des parents qui se trouvent confrontés à des déficits de compétences parentales et qui ont recours à des comportements violents dans certaines circonstances et contextes. Cela signifie que ces parents peuvent aussi se montrer aimants et adéquats. Les expériences positives passées avec ces parents peuvent expliquer - entre autres - la force du lien d’attachement entre ces parents et leurs enfants.
    • Il existe aussi une minorité de parents atteints de graves troubles qui utilisent systématiquement la violence. Ce n’est pas de cette minorité dont il sera question ici. Dans ces cas, la prise en charge vise le contrôle social des parents pour assurer la sécurité des enfants, plus que la réhabilitation des compétences parentales. La présence de tiers lors de contacts entre ces parents et leurs enfants est nécessaire en vue d’assurer la sécurité tant psychique que physique des enfants.

    La prise en charge varie par ailleurs en fonction des formes de violences (physiques, psychologiques, sexuelles, économiques, etc.) et des modalités relationnelles. Le pronostic de réussite est généralement différent selon le type de violence :

    • Violence symétrique : parents et enfants sont conscients de l’inadéquation de leurs comportements mais ne parviennent pas à gérer les frustrations et conflits inhérents à la vie commune sans recourir à la violence. Ces interactions violentes sont bidirectionnelles, réciproques et publiques. Les protagonistes reconnaissent que la violence est problématique. Le pronostic est positif, les séquelles psychologiques peuvent être limitées : l’identité de chacun est préservée car l’autre est reconnu.
    • Violence complémentaire : la relation est ici inégalitaire, dans la mesure où l’autorité liée au statut de parent est utilisée de manière abusive, et pas pour assurer la sécurité et la socialisation des enfants. Cette violence est unidirectionnelle et intime. Le pronostic est sombre, les séquelles psychologiques plus profondes, car l’enfant intègre l’exposition à la violence comme la norme et n’a pas droit à l’altérité. Cette modalité relationnelle est liée à l’installation d’une forme d’emprise.

    En regard de ces modalités relationnelles de la violence, nous distinguons deux types de prises en charge : celles qui s’effectuent a) sur une base volontaire ou b) sur une base contrainte.

    • Base volontaire : il s’agit de parents conscients de l’inadéquation de leurs comportements (parfois suite à l’intervention de tiers : école, pédiatre, famille, etc.), et qui en souffrent. Ils souhaitent – malgré la honte qui les habite – trouver des solutions pour éviter que la violence se répète et s’aggrave. Sur la base de cette prise de conscience, l‘accompagnement va permettre à ces parents de s’approprier ou de se réapproprier progressivement des compétences permettant de trouver des alternatives au recours à la violence. Un suivi assurant la consolidation de la (re)construction des compétences parentales va être mis en place.
    • Base contrainte : il s’agit de parents dont les violences ont été repérées socialement et dont la gravité est telle qu’une mesure contraignante – civile ou pénale – leur est imposée. Dans un premier temps, la prise en charge vise à ce que les parents prennent conscience du caractère illégal et inadéquat de leurs comportements. En parallèle, une forme de contrôle social tend à assurer la sécurité des enfants, dans certains cas par leur placement. Pour autant que les parents s’approprient progressivement une demande personnelle de changement, un accompagnement proche de celui qui a été développé pour les parents « volontaires » est possible.

    Les notions de relations complémentaires ou symétriques sont développées notamment dans:
    R. Perrone et M. Nannini Violence et abus sexuels dans la famille, Paris : ESF, (1995) 2006.
    N.B. Cet ouvrage est disponible à la bibliothèque de l’Observatoire : pour davantage de détails, veuillez consulter le menu “documentation“ de ce site.

    Septembre 2009
     



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  • Comment soutenir les professionnels qui accompagnent les enfants victimes de mauvais traitements?

    Tout professionnel de l’enfance peut être confronté au phénomène de la maltraitance, mais il n'a pas forcément reçu de formation liée à cette problématique.
    Par rapport au dépistage des mauvais traitements, il est pourtant important que le professionnel reçoive une formation sur:
    - les symptômes fréquemment manifestés par l'enfant maltraité, ainsi que les caractéristiques de son fonctionnement psychologique et comportemental,
    - les indicateurs évocateurs de maltraitance qui sont liés au contexte familial.

    Selon les cas, le professionnel doit faire un signalement au SPJ, lui-même ou en passant par sa hiérarchie. Il est donc important que l'intervenant connaisse les lois et les procédures auxquelles il est astreint. Il convient que les directions d’institutions (privées et publiques) donnent des informations complètes à leurs collaborateurs afin que ceux-ci ne se trouvent pas sans ressources en cas de besoin. Le recours aux collègues permet aussi de ne pas rester seul et d’obtenir davantage d’informations. Certaines institutions ont prévu des protocoles à suivre en cas de suspicion de mauvais traitements. Cela peut constituer une forme de soutien pour le professionnel confronté à une telle situation. Reste que dans un tel cas, l’important est de ne pas rester seul.

    Concernant les professionnels qui ont un rôle thérapeutique ou socio-éducatif avec des familles maltraitantes, on peut évoquer quelques aspects importants à prendre en compte pour être soutenu:
    - La prise en charge de ces familles implique souvent une approche tri-focale: d'une part la prise en charge individuelle de l'enfant ; d'autre part la prise en charge de la famille. En troisième lieu, il y a le contrôle social effectué par le SPJ qui est garant de la protection de l'enfant.
    Il est indispensable que ces trois instances puissent constamment collaborer, dans la transparence totale afin que le système encadrant (composé des divers professionnels impliqués dans la situation) puisse à tout moment s'ajuster au système encadré (famille et enfant). On évite ainsi les triangulations typiques de ce type de situation.
    - Le professionnel doit connaître les mécanismes de défense présents chez l'enfant comme dans la famille de ce dernier ; il doit aussi savoir reconnaître ses propres mécanismes de défense qui sont généralement puissants dans ce type de situation (ex: suractivité, attitude à la Zorro ou, au contraire, banalisation voire déni).
    - Il est important que l'intervenant qui travaille en institution en réfère à sa hiérarchie lorsqu’il est confronté à un enfant victime de mauvais traitements. Il est également nécessaire que cet intervenant bénéficie régulièrement de séances de supervision : en effet, les mécanismes à l’oeuvre dans ce genre de famille sont très spécifiques et il faut pouvoir les comprendre pour les identifier et s’en protéger. Par ailleurs, les entretiens de réseau sont indispensables pour ne pas rester seul et pour s’accorder entre intervenants confrontés à une même situation.
     

    Septembre 2009



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  • Comment intervenir auprès de jeunes violents, qu'ils soient seuls ou en bande (agressions, racket)?

    En préambule, il convient de rappeler que la majorité des jeunes n’ont pas de comportements violents. Il ne faut pas oublier non plus que si quelques jeunes souffrent de troubles qui les amenent à la violence, la majorité des jeunes qui utilisent la violence en ont eux-mêmes été victimes, souvent à l’intérieur de la famille.
    La violence subie est donc un élément essentiel à prendre en compte au moment où le jeune bascule de son vécu de victime à ses passages à l’acte.

    La réponse face à un jeune qui a recours à des comportements violents doit donc être double:

    une réponse normative qui le ramène à la Loi (autant au niveau légal que dans une compréhension plus psychodynamique de la loi du père) ; cette réponse doit être une conséquence directe et immédiate à son acte.

    une réponse éducative qui permette au jeune de réfléchir à ses comportements et au sens qu’il y donne, en favorisant le recours à des alternatives à la violence. Une approche plus compréhensive (notamment dans un groupe thérapeutique) est alors adéquate.

    Cette articulation entre la sanction et le soin est complexe, notamment en raison du rapport que chacun entretient avec la violence et du danger auquel se confrontent potentiellement les intervenants. Cette double réponse comporte le risque de se voir prise dans les pièges de l’urgence, de l’émotionnel et de la simplification.

    Il est essentiel que les intervenants soient assurés de leur propre sécurité pour qu’une réponse puisse porter ses fruits sans engendrer de nouvelles violences. Pour ce faire, il convient de tenir compte du contexte : selon que le jeune agit seul ou en bande, la réponse n’est pas la même:


    • avec un jeune seul, le positionnement de l’intervenant dépend du lien entretenu avec le jeune qui se montre violent. Une confrontation sans la création initiale d’un lien risque de mettre en danger l’intervenant. S’il est important de se positionner clairement face à la violence en condamnant les actes du jeune - et non sa personne -, cette démarche est le fruit d’un processus qui nécessite plusieurs conditions : temps, ouverture minimale du jeune, contexte favorable, etc. Afin de permettre ce processus, il convient de prendre toutes les mesures utiles pour assurer sa propre sécurité et celle d’éventuels tiers. Si ces conditions ne sont pas remplies, l’intervention portera prioritairement sur l’aspect normatif de la réponse, quitte à utiliser le levier de la contrainte (et des pertes qu’elle peut occasionner) pour développer dans un deuxième temps le volet éducatif de la réponse.

    • avec des jeunes en bande, les enjeux pour chacun se trouvent dans l’appartenance à un groupe de pairs, la reproduction de gestes connus à l’intérieur de la famille, la recherche d’une identité forte et du respect. L’identification et la loyauté au groupe rendent l’intervention plus complexe. Lors d’un racket ou d’une agression, l’intervention auprès d’une bande est perçue comme une attaque contre laquelle elle va tenter de se défendre. Il importe donc que les intervenants ne soient pas perçus comme des « étrangers » à la bande et/ou qu’ils en soient respectés. Si tel n’est pas le cas, la création du lien se fera après le rappel à la Loi et celui-ci est du ressort des forces de l’ordre.

    Dans tous les cas, il importe donc que l’intervention comporte d’abord le rappel à la Loi qui interdit la violence. Pour ne pas devenir dangereuse et inefficace, l’intervention – professionnelle ou citoyenne - ne doit pas être conduite par une personne isolée. L’intervention doit pouvoir être soutenue par une institution (service spécialisé, police, autres témoins, etc.) qui lui assure les conditions de sécurité et de soutien nécessaires.

    Juin 2009

     



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  • Quel accompagnement pour l'enseignant qui accueille dans sa classe un enfant victime de mauvais traitements ?

    En ce qui concerne le soutien et l’accompagnement d’un enseignant confronté à une situation de maltraitance, il n’existe pas de réponse unique. La réponse dépend bien souvent du lieu d’enseignement et du réseau existant.
    Les ressources à disposition des enseignants sont de plusieurs types. Quand il existe un service de santé, l’enseignant peut se référer à l’infirmière de l’école qui évaluera avec lui ses besoins et lui proposera diverses références et ressources à l’intérieur ou à l’extérieur de l’école.
    Dans certaines écoles, il existe des procédures d’accompagnement et/ou d’intervision en lien avec le service de psychologie scolaire et/ou le service de santé. Dans d’autres établissements, les demandes sont à adresser à un membre de la direction.
    Au sein de la HEP, il existe des groupes d’analyse de pratiques qui peuvent apporter leur soutien dans ce genre de situation.
    Un élément important à relever est la nécessité de ne pas rester seul avec son inconfort et ses soucis et de pouvoir partager ceux-ci. Parfois les collègues peuvent être de bonnes ressources dans un premier temps.

    Juin 2009

     



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  • Comment s'organise le suivi de la situation suite à un signalement au SPJ?

    Le SPJ doit tout d'abord apprécier la demande d'aide ou le signalement, c'est-à-dire rassembler les informations et les avis qui lui permettront d'évaluer le degré de danger encouru par le mineur, et la capacité des parents à y remédier. Cette démarche comprend au moins : un contact avec la personne qui a effectué le signalement, un entretien avec le mineur et ses parents (si possible à leur domicile), un contact avec un professionnel qui connaît bien l'enfant (médecin, enseignant, etc.), et, si nécessaire, un autre contact avec un professionnel ou une personne de l'entourage.

    L'appréciation porte sur les difficultés et les ressources de l'enfant et de sa famille. Elle dure de 4 à 6 semaines environ.

    A la fin de cette démarche, le SPJ peut en arriver à conclure que:
    - L'enfant ne court aucun danger, ou que ses parents ont montré qu'ils pouvaient remédier à la situation.
    - Il peut au contraire décider de mettre en place une action socio-éducative, autant que possible avec la collaboration des parents.
    - Sans celle-ci, un mandat judiciaire peut être requis pour mener à bien l'action socio-éducative. On parle alors non plus d'une appréciation, mais d'une évaluation. Le SPJ remet ses conclusions à l'autorité judiciaire, sous la forme d'un rapport argumenté et de propositions de suivi.

    Vous trouverez des informations plus complètes sur cette procédure en consultant le site du SPJ et, plus précisément, les pages consacrées à l'Intervention socio-éducative en vue de protéger un mineur et à l'appréciation de la demande d'aide ou du signalement, soit à l'adresse suivante:

    www.vd.ch/fr/themes/sante-social/protection-de-la-jeunesse/intervention-socio-educative/


    Avril 2009

     



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  • Dans l'optique de la prévention, comment dialoguer avec les enfants de la maltraitance?

    Le contenu des messages de prévention des mauvais traitements envers les enfants a évolué récemment.
    En ce qui concerne les abus sexuels, certains programmes de prévention qui tentaient d’amener les enfants à les dévoiler, ont montré leurs limites. On a constaté que les messages qui diminuent la confiance en l'adulte, surtout ceux qui le présentent comme un abuseur potentiel, ont des effets néfastes sur les enfants (par ex. peur et méfiance exagérées envers l’adulte). Actuellement, on s’oriente vers une prévention qui renforce le sentiment des enfants qu’ils peuvent être protégés par des adultes. L’idée est d’augmenter leurs capacités à être critiques, débrouillards, confiants en leurs ressources, et surtout de les inviter à communiquer avec les adultes au sujet de ce qu’ils vivent.
    De plus, étant donné que certains adolescents sont également des abuseurs, on devrait aussi concevoir des programmes de prévention de passage à l’acte pour cette population.

    En ce qui concerne les autres types de maltraitance, le message principal consiste à indiquer aux enfants, en termes clairs et adaptés à leur degré de compréhension, que certains actes ne sont ni normaux, ni tolérables, et qu'il faut en parler sans tarder, quel que soit l’auteur de ces actes.
    L'idée est de dire à l'enfant qu'il peut parler de ce qui lui arrive, qu'on ne gardera pas le secret s'il s'agit de le protéger, mais que l'on va aider ses parents à ne pas répéter les violences subies, ou à le protéger si les maltraitances ont eu lieu en dehors du milieu familial. On lui signale aussi l’existence du Service de Protection de la Jeunesse, qui peut intervenir si sa protection n'est plus assurée.

    De façon générale, la prévention tend à renforcer la confiance de l’enfant en lui-même, pour lui permettre de mobiliser ses ressources personnelles et externes (confiance en des adultes protecteurs). Pour cela, on lui indique quels adultes peuvent l'aider dans son entourage familial et scolaire, et on lui communique le numéro 147, ligne d'aide pour enfants. On s'assure aussi qu’il sait ce qu’il pourrait faire s'il lui arrivait quelque chose : peut-il nommer quelqu’un de son entourage qu'il pourrait contacter? Concernant les enfants de plus de 12 ans, on leur fait connaître le site généraliste www.ciao.ch où ils peuvent trouver de nombreuses informations sur la maltraitance, ainsi que sur la santé mentale, physique et psychologique.

    Idéalement, on devrait faire de la prévention plus générale, adressée aussi bien aux enfants concernant leur protection et leur bien-être, qu'aux parents, à la population générale et aux professionnels de l’enfance. Une éducation de qualité et des parents avertis et soutenants sont les premières ressources des enfants pour se protéger de la maltraitance. Dans cette optique, il serait bon de mettre en place des programmes de prévention et de soutien à l’usage des parents, qui peuvent se trouver submergés par une accumulation de difficultés ou par un excès de sollicitations de tous ordres.
    Une bonne prévention devrait se faire en favorisant activement les habiletés sociales des enfants et des jeunes. De plus, les mots, la façon de pouvoir exprimer ce qu’il ressent, ce qu’il veut ou non, constituent un garde-fou important pour éviter à l’enfant de subir certains passages à l’acte.

    Avril 2009

     



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