Quelle mission pour la Filière de Formation Postgrade en Psychothérapie Comportementale et Cognitive ?

La philosophie, les principes de base et les objectifs de l’organisation responsable, à savoir l’Université de Lausanne, sont décrites dans la charte de l’UNIL ainsi que dans la Loi sur l’Université de Lausanne.

La charte mentionne notamment que « l’UNIL contribue à la formation de citoyennes et de citoyens humanistes, critiques et responsables, autonomes et solidaires, désireux de développer constamment leurs compétences et animés par la volonté du dépassement des acquis, tout au long de la vie » (Charte de l’UNIL, p.2, c’est nous qui soulignons). Elle exprime aussi de façon tout à fait claire la volonté de l’UNIL de développer et de transmettre des « savoirs validés par des mécanismes collectifs de vérification qui impliquent à la fois honnêteté, indépendance, interdisciplinarité, débat et transparence » (ibid.), admettant que « la construction des savoirs est en perpétuel mouvement » (ibid.) et que « leur transmission prend acte de leur développement historique, de leur état actuel, des questions émergentes et des voies de recherche futures » (ibid.).

Concernant en premier lieu la validation scientifique collective des savoirs, il est probablement superflu de rappeler que les TCC sont basées sur des modèles théoriques s’appuyant sur des connaissances empiriques issues de diverses disciplines de la psychologie et de la psychiatrie. Elles offrent un ensemble de méthodes codifiées et validées d’interventions utilisables dans une large variété de contextes. L’efficacité de la TCC a été largement documentée, comme en témoigne la division 12 (psychologie clinique) de l’Association américaine de psychologie qui permet de retrouver pour la majorité des traitements TCC leur niveau d’efficacité. En proposant une formation postgrade en TCC, nous satisfaisons à cette prémisse de dispenser une formation qui conduise des psychologues psychothérapeutes à être des cliniciens scientifiques et pas uniquement des praticiens.

En deuxième lieu, on sait que le périmètre de la TCC est en constante évolution et qu’une troisième génération de traitements a émergé au cours des deux dernières décennies. Cette troisième génération alimente aujourd’hui un large champ de recherches et des voies tout à fait stimulantes pour l’élaboration de nouvelles formes d’intervention, notamment face aux patients souffrant de troubles récurrents ou chroniques. Bien que la diversité et la richesse des approches de la troisième génération suffirait à nourrir à elle seule un programme complet de formation postgrade en psychothérapie, nous avons opté pour le principe de fournir d’abord une formation de base dans les concepts éprouvés des deux premières générations de TCC, tout en ouvrant ensuite les candidats aux perspectives nouvelles décrites dans les modèles de troisième génération, qu’ils soient déjà validés ou encore en période d’étude. Le choix de ces nouvelles méthodes est soumis à la discrétion du comité scientifique qui peut proposer ainsi au fil des ans des enseignements orientés sur les développements les plus actuels, tout en demeurant soucieux que le programme reste concentré sur l’enseignement de méthodes et concepts éprouvés sur le plan scientifique, et ne consacre qu’une part modeste aux approches prometteuses mais encore insuffisamment validées.

Au deux points mentionnés ci-dessus, nous souhaitons ajouter quelques autres éléments qui permettent de mieux saisir la façon dont nous envisageons la mission et la philosophie de notre formation. Premièrement, notre formation doit répondre pleinement aux objectifs de la formation postgrade figurant dans la LPsy pour l’obtention d’un titre fédéral postgrade de spécialisation en psychothérapie. Elle doit aussi : (a) tenir compte des enjeux et des besoins de différents milieux où se pratique la TCC (institutions, cabinets), (b) soutenir le développement de compétences interpersonnelles, communicationnelles et scientifiques (et non pas uniquement des compétences spécialisées dans l’utilisation des techniques comportementales et cognitive d’intervention), (e) favoriser le dialogue interprofessionnel et intergénérationnel (c’est-à-dire entre thérapeutes en formation et thérapeutes expérimentés) en demeurant ouverte à la pluridisciplinarité.

Sur la base de ces principes, cinq axes prioritaires ont pu être dessinés :

  1. la subdivision du cursus complet en une formation de base plutôt interprofessionnelle ciblée sur les méthodes de TCC des deux premières générations, et en une formation approfondie clairement réservée aux futurs psychothérapeutes, dont certains éléments peuvent être accessibles à des thérapeutes déjà expérimentés, et qui s’ouvre davantage aussi sur les méthodes de troisième génération ;
  2. le développement de deux sous-spécialisations au sein du cursus (TCC chez l’adulte et TCC chez l’enfant et l’adolescent) ;
  3. le renforcement des compétences scientifiques qui permettent aux futurs psychothérapeutes de s’approprier et de comprendre les développements de la recherche actuelle en psychothérapie ;
  4. l’inscription dans le cursus d’enseignements qui mettent en évidence les processus relationnels et interpersonnels à l’œuvre dans la thérapie et leur utilisation bénéfique pour le traitement des clients/patients ;
  5. l’offre d’une formation clé en main polyvalente soucieuse de développer à la fois une base commune de compétences mais aussi des profils davantage individualisés.

Aujourd’hui, une formation de base en TCC ciblant les première et deuxième générations de TCC pourrait paraître obsolète. Elle rappelle en tous cas aux candidats l’ancrage historique de l’approche et signale l’état actuel des connaissances considérées comme solidement acquises. Une maîtrise exemplaire des connaissances de base dans les approches des deux générations de TCC nous paraît indispensable, car les modèles et méthodes issus de la troisième génération ne peuvent être compris et utilisés de façon tout à fait adéquate qu’avec la maîtrise des principes de base issus des TCC « classiques ».

En outre, comme la plupart de ces nouveaux modèles sont habituellement proposés en tant que formations spécialisées pouvant s’étendre sur une à plusieurs années, ils ne peuvent pas être enseignés de manière approfondie dans un cursus complet polyvalent comme le nôtre. En limitant notre offre à une introduction sur plusieurs de ces modèles (plutôt que de proposer une formation plus approfondie sur un ou deux d’entre eux seulement), nous stimulons une ouverture critique et une vision élargie des TCC, qui devrait encourager nos candidats à enrichir ultérieurement leurs connaissances et compétences avec des formations continues qu’ils pourront poursuivre au-delà de notre cursus, et ce dans les modèles plus spécialisés qui les auront davantage séduits. De cette manière nous inscrivons également la formation postgrade débouchant sur le titre fédéral de psychothérapeute dans une carrière plus vaste où les perspectives de formation continue peuvent déjà y être amorcées.

L’accent particulier que nous avons souhaité mettre sur le dialogue interprofessionnel et interdisciplinaire, mais aussi intergénérationnel et interinstitutionnel, vient de la constatation que la pratique des TCC sur le terrain n’est pas réservée qu’aux seuls psychologues et que le dialogue entre thérapeutes en formation et thérapeutes déjà expérimentés ne peut être que favorable pour la coopération future entre ces professionnels. Dès lors organiser une formation de base en TCC donnée conjointement aux médecins psychiatres et aux psychologues nous est apparu non seulement comme une source de synergie mais aussi comme un outil servant ce dialogue pluridisciplinaire. En impliquant comme partenaires les universités romandes, les institutions psychiatriques publiques, et les thérapeutes en cabinet, nous cherchons toujours à tenir compte de ces différents angles de vue dans les réflexions qui guident notre construction du programme et les ajustements que nous y apportons.

Il n’est pas si simple de transposer les méthodes développées pour l’adulte dans une application auprès des plus jeunes. C’est pourquoi le MAS va proposer une spécialisation en TCC chez l’adulte et une spécialisation en TCC chez l’enfant et de l’adolescent, sans qu’il y ait pour autant deux cursus parfaitement distincts. Il nous a semblé au contraire opportun de pouvoir faire partager un certain nombre d’enseignements aux thérapeutes qui s’occupent de ces deux types de population, tout en leur délivrant par ailleurs des enseignements qui leur seront propres. C’est une manière aussi pour nous de répondre à un cahier des charges avec des compétences communes à tout thérapeute cognitivo-comportementaliste et certains profils plus individualisés, notamment dans la spécialisation en TCC E/A ou chez l’adulte.

Une pratique responsable, autonome et intégrée de la psychothérapie comportementale et cognitive (but de la formation postgrade) exige de la part du psychothérapeute les compétences suivantes (objectifs d’apprentissage) : (a) des savoir, savoir-faire et savoir-être spécifiques à la TCC, (b) des connaissances et des compétences génériques pouvant s’appliquer à la démarche générale de psychothérapie, quelle que soit l’école choisie, en particulier des connaissances sur les facteurs communs aux psychothérapies et sur la relation thérapeutique, des compétences analytiques et réflexives (savoir-faire critique), des compétences métacognitives et d’apprentissage, des compétences personnelles (savoir-être général), ainsi que des compétences communicationnelles et de coopération (savoir-faire et savoir-être interpersonnel). Ces compétences doivent permettre au thérapeute de s’adapter aux divers types de clients qu’il peut rencontrer, et aux divers milieux dans lequel il peut être amené à réaliser des interventions thérapeutiques. Il s’agit pour le futur psychothérapeute de pouvoir aussi communiquer avec des thérapeutes d’autres approches ou d’autres professions, avec le public et la patientèle. Il doit pouvoir collaborer dans divers settings en faisant preuve d’une connaissance des milieux de la santé, du système juridique et économique dans lequel s’inscrit son activité thérapeutique.

Les compétences spécifiques au niveau des savoirs correspondent à la maîtrise des connaissances théoriques de modèles cognitifs et comportementaux spécifiques aux psychopathologies, aux méthodes générales d’analyse et d’investigation en TCC (utilisables en toutes circonstances), qui aident le thérapeute à conceptualiser les problématiques de ses patients de façon rigoureuse et appropriée. Elles sont complétées par des compétences au niveau des savoir-faire. Les candidats doivent être en mesure d’appliquer ces connaissances et de les adapter à la particularité d’un cas clinique. Ils acquièrent également des stratégies et techniques d’intervention empiriquement fondées qu’ils sont capables de mettre en pratique en les ajustant aux spécificités et aux troubles du patient. Au niveau du savoir-être, les candidats peuvent adapter leur attitude et leurs réactions aux besoins et aux particularités de la situation clinique afin de favoriser et de maintenir l’alliance de travail.

Le savoir est travaillé au travers des enseignements théoriques, y compris les lectures recommandées par les formateurs et leur encadrement dans des travaux écrits. Ceux-ci couvrent les principaux troubles psychiques (troubles de l’humeur, troubles anxieux, troubles liés aux substances, troubles psychotiques, traumatismes et troubles dissociatifs, les troubles de la personnalité, etc.). Par ailleurs, des enseignements portent aussi sur des compétences génériques telles que l’alliance thérapeutique, l’efficacité et l’efficience de la psychothérapie, le système légal et social en Suisse, la déontologie, la psychométrie.

Le savoir-faire est essentiellement acquis avec la pratique clinique et l’activité psychothérapeutique individuelle contrôlée (sur le lieu de travail du candidat), la supervision et les ateliers pratiques (par ex., jeux de rôle). Dans les enseignements, un tiers du temps est dédié à la mise en pratique. Quant à la supervision, elle est un espace individuel ou de groupe dans lequel le candidat présente à des superviseurs expérimentés les interventions qu’il conduit. Il y apprend à piloter les traitements, à employer de façon correcte et ajustée les méthodes de conceptualisation et d’intervention enseignées, à repérer et corriger ses contre-attitudes ainsi qu’à développer un savoir-être adapté à la pratique de la TCC.

Le savoir-être et les compétences réflexives se développent principalement avec la supervision et l’expérience thérapeutique personnelle. En effet, l'expérience thérapeutique personnelle en psychothérapie comportementale et cognitive permet de stimuler les capacités de décentration et d’introspection indispensables à une pratique clinique de qualité.

Quant aux compétences communicationnelles et de coopération, elles sont régulièrement mises en œuvre dans les supervisions et la pratique clinique (par ex. colloques, travail interdisciplinaire, collaboration avec l’équipe pluridisciplinaire et le réseau du patient), lors de la participation active des candidats dans les ateliers de formation, ainsi que dans la rédaction des rapports de cas cliniques (mémoire de cas) encadrés par un formateur et lors des examens oraux.

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