Archives Work in progress

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Journée d'études 2013

L'édition 2013 du Work in Progress en Etudes genre de l'UNIL a eu lieu les 24 et 25 avril à Géopolis.

pdf   Programme_WIP_Etudes_Genre_avril_2013.pdf  (1133 Kb)

  

Textes des communications

La plupart de communicant·e·s de cette édition ont préféré ne pas publier leur papier sur notre site. Vous trouverez ci-dessous les trois communications qui nous sont parvenues.

  

  • Daniele Lopes Wohnlich
    L’avènement du « gender mainstreaming » au Brésil

pdf   Lopes_Wohnlich_2013_WIP_LIEGE.pdf  (155 Kb)

       

  • Frédérique Leresche
    La perception des carrières de musicien·ne par les membres de l’entourage

pdf   Leresche_contribution_ecriteWiP2013.pdf  (138 Kb)

  • Jérôme Chapuis
    Invisibilité et invisibilisation des musiciennes instrumentistes : rapports sociaux de sexe et stratégies d'évitement

pdf   Chapuis_constributionWIP_05.2013.pdf  (121 Kb)

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Journée d'études 2012

L'édition 2012 du Work in Progress en Etudes Genre du CEG LIEGE de l'Unil, organisé conjointement avec le Programme doctoral CUSO en Etudes Genre dont il constituait une session, s'est déroulé le vendredi 20 avril sur le campus de l'Université de Lausanne.

pdf   Programme_WIP_LIEGE_2012.pdf  (175 Kb)

Textes des communications

  

  • Isabelle Zinn
    Faire et défaire le genre : enquêter sur les « masculinités » dans différents contextes professionnels

pdf   WIP2012_Isabelle_ZINN.pdf  (114 Kb)

  

  • Guillaume Vallet
    Identité de sexe masculine et travail du corps : le cas des pratiquants de bodybuilding

pdf   WiP2012_Guillaume_VALLET.pdf  (659 Kb)

       

  • Diego D’Ortenzio
    « Se créer une paternité de rêve ». Les hommes face au renouveau de la paternité

pdf   WiP2012_Diego_D_ORTENZIO.pdf  (196 Kb)

  

  • Elena Pont
    Des femmes paraplégiques si peu visibles dans le monde du travail : analyse, dans une perspective de genre, de la construction de leur trajectoire professionnelle en centre de réhabilitation ; quel soutien éducatif à leur puissance d’agir (empowerment) ?

pdf   WiP2012_Elena_PONT.pdf  (126 Kb)

    

  • Faten Khazaei
    Faire le genre, vivre le genre au Haut-Commissariat des Nations-Unies aux droits de l’homme

pdf   WiP2012_Faten_KHAZAEI.pdf  (103 Kb)

    

  • Laura Piccand
    Du syndrome prémenstruel au trouble dysphorique prémenstruel. Une reconfiguration des représentations sur la vulnérabilité des femmes

pdf   WiP2012_Laura_PICCAND.pdf  (217 Kb)

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Journée d'études 2011

L'édition 2011 du Work in Progress en Etudes genre de l'UNIL a eu lieu le 13 avril à l'Amphipôle.

pdf   programme_WIP_2011_1.pdf  (104 Kb)

Textes des communications

  • Rebecca Bendjama

pdf   WIP_Bendjama.pdf  (155 Kb)

  • Carolina Carvalho Arruda

pdf   WIP_CCA.pdf  (146 Kb)

  • Elettra Flamigni, Barbara Pfister Giauque

pdf   WIPFlamigni.pdf  (154 Kb)

  • Stéphanie Lachat

pdf   WIPlachat.pdf  (176 Kb)

  • Vanessa Monney

pdf   WiP_LIEGE_communicationVM.pdf  (152 Kb)

  • Lise-Emmanuelle Nobs

pdf   WIPNobs.pdf  (168 Kb)

  • Matthias Studer

pdf   WIPStuder.pdf  (470 Kb)

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Journées d'études 2009

Work in Progress en Etudes Genre
5 et 6 mars 2009

Université de Lausanne, Unithèque, salle de conférence de la BCU (511, niveau 5)

Jeudi 5 mars
14h15- 17h
Atelier 1 : Discours, récits, mises en mots

Grégory Quin, L'essor d'une gymnastique orthopédique et médicale (autour de 1830).
Gymnastique, Orthopédie et Corps sexués.
Cyrille François, Féminisme et socialisme: les femmes face aux inégalités sociales dans Kvinnor och äppelträd de Moa Martinson
Line Rochat, Comment « devenir femme » alors que l’on a « été homme » ? Produire sa transsexualité au travers du récit autobiographique.

Vendredi 6 mars
9h15-12h
Atelier 2 : Articulation des rapports sociaux de sexe, classe et race


Rose-Myrlie Joseph, L’articulation des rapports sociaux de sexe, de classe et de race dans la migration et le travail des femmes haïtiennes
Emmanuelle Anex, Les identités culturelles et de genre des « jeunes » musulman·e·s issu·e·s de l’immigration

Atelier 3 : Les rapports de genre et leur dynamique : entre changements et continuités.


Erika Iwami, Imaginaire géographique et discours sur les inégalités de genre : le cas des employées japonaises des entreprises françaises à Tokyo

12h00-13h45 : Repas de midi

13h45-16h
Suite de l’atelier 3
: Les rapports de genre et leur dynamique : entre changements et continuités.
Fabienne Stettler, Le taux de divortialité : disparités entre cantons et influence des représentations de genre

Ermira Danaj, Effets de la migration en Albanie sur les rapports de genre
Tatiana Khristova, Entre le contexte et les récits de vie : comment
comprendre l’évolution des rapports de genre en Russie?

Les ateliers sont ouverts à toute personne intéressée.

Organisation : Centre en Etudes Genre de l’Université de Lausanne
Contacts : Corinne Dallera (corinne.dallera @unil.ch) et Emmanuelle Lada (emmanuelle.lada@unil.ch)


Résumés contributions 2009 et notices biographiques des intervenant·e·s
Grégory Quin, « L'essor d'une gymnastique orthopédique et médicale (autour de 1830). Gymnastique, orthopédie et corps sexués »

Cette contribution envisage d’explorer le dimorphisme sexuel, tel qu'il existe parmi les victimes des difformités corporelles au cours de la première moitié du XIXe siècle. Les jeunes filles, plus que les garçons, sont alors l’objet d’une forte production discursive, et tout particulièrement pour leurs difformités de la colonne vertébrale. A partir des écrits des médecins-orthopédistes français des années 1820 et 1830, nous proposerons une lecture des démarches entreprises pour prendre compte de ces pathologies, pour ensuite scruter les démarches éducatives mises en oeuvre, notamment au sein d’établissements privés d’orthopédie et de gymnastique, très en vogue entre la fin des années 1820 et le début des années 1840. En effet, autour de 1830, il se produit un phénomène intéressant : de sexuées, les pathologies deviennent d’une certaine manière sexuelles.

Grégory Quin est assistant-diplômé auprès de Nicolas Bancel (Institut des Sciences du Sport et de l’Education Physique à l’Université de Lausanne, ISSEP-UNIL). Il est doctorant en Histoire de l’Education Physique (ISSEP-UNIL) et en Histoire de l’Education (Centre de Recherche sur les Liens Sociaux à l’Université Paris-Descartes, France). Il est spécialiste de l’histoire de l’éducation physique, des gymnastiques et des sports (XVIIe - XXe siècles), et rédige actuellement une thèse de doctorat dont le titre est : « Le mouvement peut-il guérir? (1741-1890). Essai d'histoire de l'engagement des médecins français dans l'éducation du physique ».
Publications récentes : Quin, Grégory (2008). « Football et 'Imaginaire national' helvétique (1920 - 1942). Les matchs Suisse-Allemagne au cours de l'entre-deux-guerres, vus par la presse suisse romande ». Revue Historique Vaudoise, n°116, numéro spécial « Histoire du sport dans le canton de Vaud », pp. 149-160.

Cyrille François, « Féminisme et socialisme : les femmes face aux inégalités sociales dans Kvinnor och äppelträd de Moa Martinson »

Cette contribution se base sur une recherche postgrade en littérature suédoise en vue de la publication d'un article. Elle se propose d'étudier, par une approche principalement thématique, la manière dont les femmes sont décrites dans le roman Kvinnor och äppelträd (« femmes et pommiers », non traduit en français) de Moa Martinson (1890-1964). Je montrerai que les héroïnes du livre sont confrontées à des inégalités sociales qui les touchent directement et affectent indirectement leurs relations de couple, car l'auteure explique en partie le comportement violent des hommes envers les femmes par le fait qu'ils sont eux-mêmes victimes de la société. Je mettrai ainsi en évidence que Kvinnor och äppelträd relève de problématiques genre tout autant que de critiques de la société capitaliste, le féminisme et le socialisme allant ici de pair dans un système économique qui crée des inégalités sociales altérant les rapports entre les sexes.

Doctorant en langues et littératures européennes comparées depuis 2005, Cyrille François entreprend une thèse à l'Université de Lausanne sur les voix narratives et les stratégies discursives dans des contes de Perrault, Grimm et Andersen. Dans le cadre de ses études et de ses recherches en langues et littératures nordiques, il s'est particulièrement intéressé aux écrivain·e·s suédoi·se·s dit·e·s prolétarien·ne·s.

Line Rochat, « Comment 'devenir femme' alors que l’on a 'été homme' ? Produire sa transsexualité au travers du récit autobiographique »

Cette présentation prend appui sur mon mémoire de licence en sciences sociales à l’Université de Lausanne (2008) dans lequel je me suis intéressée à la manière dont la figure des transsexuel∙le∙s remettait en question un phénomène qui structure l’ensemble de nos sociétés occidentales contemporaines : la division du monde en deux, et seulement deux catégories de sexe, les hommes et les femmes. De par son caractère « subversif », ou, tout du moins, perturbateur, elle questionne la fonction socialement assignée au sexe biologique, à savoir celui de définir un être humain en tant que « femme » ou « homme » ainsi que le prétendu « caractère naturel » qui est attribué à cette fonction. Dans quelle mesure la figure des transsexuel∙le∙s entraîne-elle une déconstruction de la naturalité des catégories de sexe ? C’est avec cette question en arrière-plan que je vais m’attacher à faire ici l’analyse de la mise en récit, par Nadia elle-même, de sa vie de transsexuelle male-to-female. Je me centrerai surtout sur les séquences liées au changement de sexe juste après l’opération. Les données analysées sont tirées de l’ouvrage autobiographique signé par Nadia et d’un documentaire la suivant tout au long de son processus de « changement de sexe ». Ces données sont mises en relation avec l’étude d’Agnès menée par Garfinkel (2007[1967]) et le travail produit par Butler (2004) sur David/Brenda. Il sera question de la façon dont un individu « anormalement sexué » élabore toutes sortes de stratégies narratives au quotidien afin d’être reconnu en tant qu’individu « normal » par les autres.

Line Rochat est licenciée en Sciences Sociales de l’Université de Lausanne. Son mémoire porte sur la manière dont les figures transsexuel∙le∙s, de par leur caractère « subversif », entrainaient une déconstruction de la naturalité des catégories de sexe. Aujourd’hui, elle entame un projet de thèse dans le domaine de l’anthropologie de la naissance.

Rose-Myrlie Joseph, « L’articulation des rapports sociaux de sexe, de classe, et de race dans la migration et le travail des femmes haïtiennes »

La mondialisation néolibérale repose sur un apartheid de sexe, de classe et de race (Masson, 2006). On assiste ainsi à l'oppression des femmes migrantes pauvres et racisées dans la division sexuelle, sociale, et internationale du travail (Falquet et al., 2008). Avec l'emploi des femmes du Nord, les migrantes du Sud les remplace dans le travail domestique. Des haitiennes sont ainsi déclassées dans le travail domestique en France, alors qu'en Haiti elles embauchaient des domestiques paysannes pauvres et racisées. D'où une chaîne de migration, de travail et de substitution, dans cette imbrication de rapports sociaux, au fondement de la réorganisation de la production et de la reproduction familiale, nationale et internationale. Dans cette thèse de doctorat, la sociologie clinique et la recherche féministe guideront nos choix théorique ou épistémologique et notre méthodologie centrée sur des récits de vie individuels ou en groupe, avec des femmes des deux pays.

Rose-Myrlie Joseph est doctorante à l’Unil en études genre sous la direction de Patricia Roux, et à l’Université Paris 7 en sociologie sous la direction de Vincent de Gaulejac. Elle travaille sur l’articulation des rapports sociaux de sexe, de classe et de race dans la migration et le travail des femmes haïtiennes. Ses principales recherches portent sur la sexualité des adolescentes de famille pauvre en Haïti (2006), le déclassement socio-professionnel des haïtiennes en France (2007), la domesticité des paysannes à Port-au-Prince face au travail des haïtiennes en France (2008), et sur les femmes dans les politiques de développement de la coopération canadienne en Haïti (2009). Elle détient une licence en travail social, des master I et II en sociologie et un Bac +5 en études genre. Elle a un parcours professionnel qui remonte à 2004, dans la recherche et l’intervention sur les femmes, la pauvreté, la jeunesse, la sexualité, et le développement ; avec des ONG et des institutions internationales.

Emmanuelle Anex, « Les identités culturelles et de genre des 'jeunes' musulman·e·s issu·e·s de l'immigration »

L’idée communément admise que les hommes musulmans importent des valeurs patriarcales incompatibles avec des principes démocratiques comme l’égalité pose la question de la construction des rapports entre les migrant·e·s musulman·e·s et la société d’accueil, soit, dans le cas présent, la Suisse. La compréhension des relations entre différentes catégories sociales semble essentielle, étant donné que l’appartenance à des groupes participe à la « création » identitaire des individus, leur confère des croyances et influence leurs comportements. L’univers social est traversé par des rapports de pouvoir inégaux qui assignent certaines places aux êtres humains. Parallèlement, les individus tendent à choisir une affiliation à certains groupes sociaux. Dans ce contexte, les processus identitaires expliquent le phénomène de l’appréhension des individus et des faits sociaux par le prisme de la culture et du genre. Mon travail vise à développer une analyse de l’articulation des ancrages culturel et de genre et ses conséquences en termes identitaires et sur les représentations sociales des groupes étudiés. Je vais m’intéresser plus particulièrement à la constitution des rapports entre des jeunes musulman·e·s et des jeunes non musulman·e·s, dominant·e·s sur la dimension culturelle. A ce titre mon terrain, consistant principalement à des entretiens, se déroulera dans divers quartiers de la région lausannoise.

Durant mon parcours académique, je me suis familiarisée aux questions liées au genre. Parallèlement, l’expérience universitaire, m’a permis d’approfondir la thématique du racisme culturel. Mon expérience de militante concerne principalement un engagement visant à lutter contre le racisme et à sensibiliser es adolescent·e·s à ce problème social. Je débute actuellement un travail de thèse portant sur « les identités culturelle et de genre des « jeunes » musulman·e·s issu·e·s de l’immigration ».

Erika Iwami, « Imaginaire géographique et discours sur les inégalités de genre – le cas des carrières de femmes japonaises en entreprises françaises à Tokyo »

Au Japon, les dirigeants des entreprises françaises ont de grandes difficultés pour attirer les jeunes candidat·e·s qui préférent les géants nationaux. Les hommes japonais sont les premiers à éviter les établissements français.
La littérature rend compte d’imaginaires géographiques associant l'Occident à l'égalité des sexes et, par opposition, les pays orientaux au sexisme et au patriarcat. Ceux-ci sont mobilisés par les entreprises françaises pour se positionner sur le marché du recrutement, et seraient repris par les femmes japonaises pour contester les inégalités de genre de leur société et légitimer leur attrait pour l'Occident. Ce mémoire s'intéresse aux parcours et aux motivations exprimées par les femmes japonaises travaillant en entreprise française : quelle place accordent-elles à la volonté de s’émanciper de leur pays qu’elles qualifient de sexiste et arriéré? Dans quelle mesure leurs discours et pratiques contribuent au maintien de ces imaginaires géographiques ? L’analyse se base sur la quinzaine d’entretiens menés à Tokyo auprès de ces femmes et de professionnel·le·s du placement en entreprises européennes.

Erika Iwami est étudiante en master en études genre à l’université de Genève (faculté de sciences économiques et sociales). Elle s’intéresse à la dimension genrée des imaginaires géographiques (tel que l’orientalisme), plus particulièrement à ceux associés à la France et au Japon.

Fabienne Stettler, « Le taux de divortialité : disparités entre cantons et influence des représentations de genre »

Dans un contexte où le taux de divorce augmente de manière relativement constante depuis des décennies, je m’intéresse particulièrement aux facteurs explicatifs de ce phénomène. Changement des représentations des rôles genrés, société individualisante, plus grande visibilité,… Si pour expliquer le phénomène au niveau de la Suisse entière les interprétations semblent ne pas manquer, il est plus ardu et original de s’attaquer à l’explication des différences, parfois immenses, entre cantons. En effet, comment expliquer les disparités au sein d’un même pays, donc d’une même législation ? Est-ce qu’une histoire, une religion, une langue propres à une région peuvent suffire à l’explication ? Dans quelle mesure les représentations sociales du couple influencent-elles, oui ou non, le taux de divortialité ? Ce sont des éléments de réponse à cette dernière question que cette communication se propose de présenter. L’analyse de la variabilité des taux de divorce s’enrichit d’une lecture en termes de représentations de genre.
Ce sujet est celui de mon doctorat en sociologie et c’est celui que je me propose de vous présenter à travers cette communication, grâce notamment aux données BEVNAT de l’office fédéral de la statistique, ainsi qu’à une recherche dans la littérature existante.

Tatiana Khristova, « Entre le contexte et les récits de vie : comment comprendre l'évolution des rapports de genre en Russie? »

Pour ce Work in Progress, je présente les premiers résultats de travail sur ma thèse de doctorat qui a comme but d’étudier, par l’intermédiaire des biographies féminines, les changements dans la construction des relations de genre en Russie. L’objectif de la thèse vise la compréhension des changements qui touchent aux relations de genre, que ce soit dans un passé proche ou actuellement. Pour cela, il est nécessaire d’analyser les différents niveaux, macro et micro, en replaçant les histoires de vie des femmes dans leur contexte socio-politique. Dans ce texte, à travers un petit exemple tiré d’un entretien, je voudrais montrer que la compréhension des histoires recueillies est impossible sans l’analyse du contexte. Il permet non seulement mieux les comprendre mais aussi de développer des hypothèses sur les éventuels vecteurs de changements actuels dans les relations de genre. Cependant, ce texte ne contient pas des conclusions définitives mais plutôt quelques pistes pour une nouvelle étape de questionnement.

Tatiana Khristova est titulaire d’un DEA en Études du Développement réalisé à l’Institut Universitaire d’Etudes du Développement à Genève. Aujourd’hui, doctorante dans ce même institut qui s’est transformé en Institut de Hautes Etudes Internationales et du Développement, sous la direction de Fenneke Reysoo. Le thème du doctorat « Transitions et contradictions : l’évolution des relations de genre en Russie ». Les domaines d'intérêt : les représentations sociales, les identités, le système de genre.

Ermira Danaj, « Effets de la migration en Albanie sur les rapports de genre »

Cette communication est basée sur mon projet de thèse qui porte sur la migration dans l’Albanie d’après 1990 et son influence sur les rapports de genre. Cette communication propose de présenter brièvement la migration interne et internationale en Albanie et certains de ses effets sur l’ensemble de la société albanaise, comme l’éducation, l’emploi, la pauvreté, la violence domestique, etc. Cette présentation se base sur l’analyse de différentes bases de données et études existantes et sur une brève analyse de contenu des journaux. Les deux principales bases de données sont les Recensements de la Population en Albanie de 1989 et 2001, et l’Enquête de la Mesure des Standards de Vie 2002-2005. Les sources susmentionnées montrent que la migration influence la vie des femmes/filles différemment que celle des hommes/garçons. Sur la base de cette première analyse de situation, j’ai débuté mon projet de thèse, qui sera une analyse plus profonde de l’influence de la migration sur les rapports de genre, et dont les questions principales seront présentées comme conclusion de cette communication.

Ermira Danaj, doctorante à l’Ecole romande en Etudes Genre et à l'Université de Neuchatel, est licenciée en sciences sociales à l'Université de Lausanne. Apres avoir fait sa licence en 2002, elle retourne dans son pays d’origine en Albanie ou vit et travaille toujours. Elle a participée à plusieurs recherches et rapports d'organisations internationales sur la situation des femmes en Albanie. Depuis 2006, elle est engagée comme chargée de cours de Sociologie générale à l’Université Catholique de Tirana.
Son projet de doctorat cherche à analyser l’effet de la migration interne et internationale en Albanie sur les rapports de genre.  

Journées d'études 2008

La publication des contributions peut être téléchargée en format pdf ou commandée à info-liege(at)unil.ch

PROGRAMME · Vendredi 4 avril 2008


MATIN : 9H À 12H30, PAUSE DE 10H30 À 10H45

Atelier A : Bâtiment Amphimax salle 414, 9h00 à 12h30


Lorraine Odier Da Cruz : Des injonctions normatives sexuées à l'égard des parents soupçonnés de maltraitance
Olivier Walser : Mobilités, rôles sociaux et bien-être des mères de famille
Jasmine Lorenzini : L'impact du genre sur la gestion du temps politique
Françoise Stichelbaut : Les obstacles à la reconnaissance du statut de réfugiée des demandeuses d'asile lesbiennes

PAUSE REPAS : 12H30- 14H15

APRES-MIDI : 2 ATELIERS parallèles - 14h15 À 17H00, PAUSE 15H45 À 16H

Atelier B : Bâtiment Amphimax, salle 414, 14h15 à 17h00

Leili Yahr : Obstétrique du philosopher ou la pensée en mouvement. Investigation autour du Théétète et du Banquet de Platon
Oriane Sarrasin : Le générique masculin: grammaticalement neutre, mais interprété comme masculin? Influence de la grammaire et des stéréotypes sur la représentation mentale du genre
Jan Blanc : Être un peintre ou une femme ? Judith Leyster (1609-1660) - une mobilité sociale impossible

Atelier C (Histoire) : Bâtiment Amphimax, salle 412, 14h15 à 17h00

Raphaëlle Ruppen : L'Association valaisanne pour le suffrage féminin, un acteur clé de la conquête du suffrage féminin en Valais (1959-1971)
Sarah Kiani : La collaboration nationale entre les mouvements néo féministes en Suisse (1970-1980) : Modalités, stratégies et difficultés d'un travail commun
Sylvie Burgnard : Deuxième vague féministe et sexualité en Suisse romande

17h00 - APERITIF

Les ateliers sont ouverts à toute personne intéressée.

Organisation : LIEGE - Centre Etudes Genre de l'Université de Lausanne
Fabienne Malbois (maître-assistante en Etudes Genre), Gaël Pannatier (coordinatrice du LIEGE), Corinne Dallera (coordinatrice du LIEGE/GenderCampus).
Contact : Info-liege(at)unil.ch

Tous les résumés sont disponibles ci-dessous. Vous pouvez aussi les imprimer en format pdf.


Les résumés des contributions 2008

Présentés dans l'ordre de passage des intervenant·e·s

Atelier A :

Lorraine Odier Da Cruz.
Des injonctions normatives sexuées à l'égard des parents soupçonnés de maltraitance.


Cette communication présentera les résultats d'une recherche exploratoire qui a porté sur les pratiques d'un service de santé publique du canton de Genève chargé de repérer les situations de maltraitance infantile. Cherchant à saisir les attentes normatives à l'égard des mères et des pères, notre analyse sociologique a examiné, sous le prisme du genre, les pratiques de repérages de maltraitances, puis plus spécifiquement les interventions sur les mères. Ainsi, il ressort qu'un regard institutionnel sexué opère sur les parents soupçonnés de maltraitance. Par ailleurs, l'analyse des interventions permet de poser l'hypothèse de la co-présence de trois référentiels normatifs qui sous-tendent l'encadrement des mères. Se reconnaissent des interventions de type « émancipation des individus », de type « familialiste traditionnel » et de type « néo-familialiste ». Chacun de ces types se différenciant quant à l'idéal familial et à la position de la femme vis-à-vis de la famille qu'ils préconisent.

Olivier Walser.
Mobilités, rôles sociaux et bien-être des mères de famille.


L'environnement construit est aujourd'hui un espace parcouru en tout sens, à toute heure, pour des motifs de plus en plus variés (Ascher, 1995). Incontestablement, la mobilité est dans l'aire du temps (Vodoz et al., 2004). Pour autant, cet accroissement généralisé des flux et des mouvements urbains (Kaufmann, 2001; Rémy, 2004) affecte-il avec la même intensité, sans inégalités qui tiendraient au genre, le bien-être de chaque citadin·e ? Les diverses aptitudes à se mouvoir en ville (ainsi que les nombreuses manières d'en supporter les effets) sont-elles suffisamment considérées, dans leurs particularités, par les politiques publiques en vigueur?
C'est en confrontant les besoins et les pratiques actuelles des mères de famille professionnellement actives aux instruments de planification et de régulation de la mobilité à l'échelle locale (résultats de nos études de cas), que nous proposons d'apporter ici un éclairage à ce questionnement.

Jasmine Lorenzini.
L'impact du genre sur la gestion du temps politique.


Dans le cadre de mon mémoire de licence, je cherche à comprendre la faible présence de femmes dans les exécutifs communaux en Suisse au travers d'une analyse des rôles sociaux de sexe. Je reprends les résultats de cette recherche pour étudier l'impact temporel des rôles sociaux de sexe sur l'entrée des femmes en politique, la politique étant analysée comme un champ masculin, tant dans sa composition que dans son mode de fonctionnement. A cet effet, je m'intéresserai en particulier à deux indicateurs, à savoir la gestion du temps et l'implication dans la famille, afin de voir leurs influences respectives sur la fonction de municipale. Le temps est ici entendu comme un élément qui rend visible l'impact des rôles sociaux de sexe, car il permet de voir l'importance que chaque femme politique accorde à son engagement dans les sphères publique et privée.

Françoise Stichelbaut.
Les obstacles à la reconnaissance du statut de réfugiée des demandeuses d'asile lesbiennes.

Cette communication est basée sur mon mémoire de DEA en études genre et présente quelques-uns des obstacles rencontrés par les demandeuses d'asile lesbiennes lors de leur demande de reconnaissance du statut de réfugiée en Europe. Il existe un certain nombre de décalages entre le vécu des demandeuses d'asile lesbiennes et les exigences du processus de détermination du statut de réfugié. Cela concerne notamment la prise en compte des questions de genre lors de l'audition de ces requérantes; les problèmes de crédibilité; l'écart entre les agressions subies ou redoutées et ce qui est considéré comme de la persécution. Enfin, on peut se demander si les motivations des décisions en matière d'asile sont exemptes de lesbophobie. En traitant ces questions, je propose de définir quelques-uns des problèmes auxquels doivent faire face les lesbiennes quand elles demandent la reconnaissance du statut de réfugiée.
Atelier B


Leili Yahr.
Obstétrique du philosopher ou la pensée en mouvement. Investigation autour du Théétète et du Banquet de Platon.


L'enquête en cours fait état du constat suivant : la banalisation et la naturalisation de la description de toute activité de l'esprit au moyen du registre sémantique de l'obstétrique. Ainsi déclare-t-on d'un projet qu'il est d'abord « conçu », ensuite qu'il est en « gestation » ou « en travail », puis en phase ultime il sera « accouché ». Nous nous proposons d'aborder ce phénomène avec étonnement, distance et singularité par le biais d'une analyse comparative de deux passages du Théétète et du Banquet de Platon dans lesquels philosopher ou penser sont décrits en termes obstétriques, en suivant les opérations de fécondation, gestation et d'accouchement.
Trois questions guident notre recherche : 1. Quelle est la fonction du recours au registre de l'obstétrique ? 2. Qu'est-ce que philosopher ? 3. Quel est le statut du féminin ?
Ce projet propose d'explorer la spécificité platonicienne des liens entre ces différentes questions.

Oriane Sarrasin.
Le générique masculin: grammaticalement neutre, mais interprété comme masculin?


Influence de la grammaire et des stéréotypes sur la représentation mentale du genre
Certaines langues, dont le français, possèdent un genre grammatical. Dans ce type de langues, une forme masculine est utilisée pour décrire un groupe dont la composition est mixte ou inconnue et est appelée « générique masculin ». Ainsi, le mot « vendeurs » peut tout autant décrire un groupe composé uniquement d'hommes qu'un groupe de composition mixte. L'emploi d'un masculin peut donc mener à une ambiguïté concernant la composition d'un groupe.
Dans le cadre de ma thèse (FNS), plusieurs expériences ont été menées afin de tester l'hypothèse que l'utilisation d'une forme masculine comme générique mène à une représentation masculine, et non neutre, discriminant ainsi les femmes. Je m'intéresse à une deuxième variable, les stéréotypes, car ces derniers influencent également la représentation de genre provoquée par la lecture d'un mot. Je décrirai dans ma présentation une expérience de psycholinguistique dont le but est de comprendre les influences respectives de la grammaire (le générique masculin) et des stéréotypes sur la représentation mentale du genre.

Jan Blanc.
Être un peintre ou une femme ? Judith Leyster (1609-1660) - une mobilité sociale impossible.


La peintre Judith Leyster (1609-1660) s'est progressivement affirmée comme l'une des figures importantes du Siècle d'or hollandais. Le statut de cette artiste dans les textes et les discours artistiques est toutefois équivoque. Si ses peintures ont pu mériter d'être étudiées par les historiens d'art parce qu'elle a été une femme active dans une société et un monde professionnel masculin, il est possible de montrer, à partir des témoignages des contemporains et de l'analyse de ces oeuvres, qu'elle a certainement été regardée comme un peintre plutôt que comme une femme. Mais les études historiques ont également prouvé qu'après son mariage avec le peintre de genre et le portraitiste de Haarlem Jan Miense Molenaer, Leyster a soudainement sa carrière, jusqu'à sa mort en 1668. Devenue la mère de cinq enfants, elle a considérablement réduit et a pratiquement abandonné ses activités artistiques. Cet événement a peut-être été une décision personnelle mais, surtout, le produit des tensions sexuelles et professionnelles induites par une société et un métier où dominent les artistes masculins.
En soulignant les problèmes de mobilité et d'immobilité sociale que Judith Leyster a pu rencontrer au cours de sa carrière, je voudrais souligner les interactions entre les espaces publics et privés dans le Siècle d'or hollandais du dix-septième siècle, en prenant en compte des apports récents des lectures féministes de la peinture hollandaise du XVIIe siècle (Vergara, Honig).

Atelier C


Raphaëlle Ruppen.
L'Association valaisanne pour le suffrage féminin, un acteur clé de la conquête du suffrage féminin en Valais (1959-1971)


Sévèrement refusé aux femmes le 1er février 1959, le droit de vote et d'éligibilité sur le plan cantonal est octroyé aux Valaisannes le 12 avril 1970, quelque dix mois avant qu'il ne devienne réellement universel au niveau fédéral, le 7 février 1971. Grâce notamment aux archives de l'Association valaisanne pour le suffrage féminin (AVPSF), à un dépouillement systématique des articles du Nouvelliste, des Bulletins de l'Assemblée fédérale et de ceux des séances du Grand Conseil du Canton du Valais, nous avons pu étudier pour le cas valaisan la progression des rapports de force, les interactions et les interdépendances entre les différents intervenants clés (AVPSF, Parti conservateur, Nouvelliste, Eglise catholique). Nous avons choisi de concentrer notre présentation sur les caractéristiques de l'Association valaisanne pour le suffrage féminin, un des facteurs endogènes qui a fortement favorisé l'avancée de la question du suffrage féminin en Valais.

Sarah Kiani.
La collaboration nationale entre les mouvements néo féministes en Suisse (1970-1980) : Modalités, stratégies et difficultés d'un travail commun.


L'histoire du nouveau mouvement des femmes en Suisse intéresse de plus en plus de chercheuses comme en témoignent les récents travaux de licence sur ce thème (Villiger, 2005 ; de Dardel, 2005 ; Kunz, 2006 ; Schär, 2006). Ces travaux analysent divers groupes féministes radicaux fondés au début des années 1970 (MLF/FBB), suisses spécifiquement. Mon mémoire, basé sur des archives tant romandes qu'alémaniques se propose d'esquisser une perspective globale du mouvement helvétique en s'intéressant aux liens entre les différents groupes. Il s'articule sur deux axes : définir le fonctionnement d'une éventuelle collaboration nationale et illustrer par des études de cas quelques moments forts de ce travail. Ainsi, il sera discuté par exemple des actions des militantes sur l'avortement, cheval de bataille des féministes de la deuxième vague.

Sylvie Burgnard.
Deuxième vague féministe et sexualité en Suisse romande.


Après un pic de mobilisation intense dans les années 1970, le mouvement féministe romand connaît une phase de repli politique décrite par la littérature comme une période de spécialisation et de professionnalisation des militantes. Elle se traduit à Genève par la création de diverses structures, associatives ou autre, entre 1978 et 1985 (comme Viol-secours par exemple). Ces structures reflètent la multiplicité d'intérêts inhérente au MLF. Elles font également écho aux nouveaux thèmes qui émergent au sein du féminisme francophone après sa mobilisation massive autour de l'avortement : le viol et la violence envers les femmes, la prostitution et la pornographie.
Déjà au coeur des réflexions du MLF au cours des années 1970, la question de la sexualité transparaît en filigrane des analyses et des débats qui se développent autour de ces nouvelles thématiques. L'évolution des regards et des discours féministes sur la sexualité au cours des décennies qui suivent 1968 constitue ainsi le coeur de cette recherche.


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Journée d'études 2007

La publication papier des contributions peut être commandée par email. Elle est aussi disponible en format Pdf.


Jeudi 29 Mars 2007


MATIN : 2 ATELIERS parallèles - 9H À 12H30, PAUSE DE 10H30 À 10H45

Atelier A : Bâtiment Unithèque, salle 4201, 9h00 à 12h30
Anaïs Bohuon (Paris XI). La régénération des procréatrices. Analyse des discours biomédicaux au sujet de la pratique physique et sportive des femmes de 1880 à 1922.
Grégory Quin (UNIL). Un projet biopolitique : les discours gymniques médicaux de Jean-Baptiste Fonssagrives et des dictionnaires médicaux 1830 - 1880.
Nadine Boucherin (UNIFR). Les usages politiques de la médecine : La tentative d'introduction du suffrage féminin en 1957.
Isabelle Probst (UNIL). Maladie féminine et maladie professionnelle, des catégories mutuellement exclusives ? L'exemple du syndrome du canal carpien.

Atelier B : Bâtiment Amphimax, salle 414, 9h00 à 12h30
Farinaz Fassa, Sabine Kradolfer, Stéphanie Paroz (UNIL).
Université de Lausanne : de quoi est fait le plafond de verre ?
Carine Carvalho (UNIL). Justifications des inégalités dans la nomination des professeur-e-s à l'université.
Céline Camus (Université de Tours et Frankfurt). La marginalisation des femmes au sein des professions scientifiques : le cas des jeunes chercheures en France et en Allemagne.
Thierry Amrein (UNIL). Le parcours Arianna, une possibilité de concilier famille et formation pour les femmes du val d'Anniviers ?

PAUSE REPAS : 12H30- 14H15

APRES-MIDI : 2 ATELIERS parallèles - 14h15 À 17H30, PAUSE 15H45 À 16H

Atelier C : Bâtiment Unithèque, salle 4201, 14h15 à 17h30
Agnese Fidecaro (UNIGE). L'atelier ou l'entreprise ? Rapports de genre et conflit travail-création dans L'argent, l'urgence de Louise Desbrusses.
Jelena Ristic (UNIL). Topographies lesbiennes: espaces du désir et figures lesbiennes
dans la littérature féminine du XXème siècle.
Florence Pasche (UNIL). Représentations des corps féminins dans la littérature religieuse.
Exemples de l'Inde médiévale et de la Grèce antique.
Oriane Sarrasin (UNIBE). L'utilisation d'un générique masculin mène-t-elle réellement à une représentation mentale du genre neutre ? Liens avec différentes formes de sexisme et les attitudes envers l'utilisation d'un langage non-sexiste.

Atelier D : Bâtiment Amphimax, salle 414, 14h15 à 17h30
Hélène Dufournet (Cachan et Paris IV). Le « droit des femmes » à l'épreuve du droit : l'exemple de la loi française du 4 avril 2006 relative aux violences au sein du couple.
Lea Biason (UNIGE). La protection des droits des femmes : les lacunes dans le droit international contre la traite des personnes.
Aline Schreck (UNIFR). Comment peut-on être un homme et être escort ? Analyse de l'expérience des escorts à clientèle féminine.
Géraldine Bugnon (UNIGE). L'identité travesti face aux structures binaires du genre. Une étude dans le milieu prostitutionnel genevois.

APERITIF

Vendredi 30 Mars 2007

MATIN : 9H À 12H30, PAUSE DE 10H30 À 10H45

Atelier E : Bâtiment Amphimax, salle 414
Leana Ebel, Aline Burki (UNIL). Genre, migration et politique d'embauche : l'exemple de l'horlogerie, 1946-1962 .
Irene Maffi (UNIL). Savoir c'est pouvoir : observations sur les relations d'autorité dans les maternités en Jordanie.
Laurence Bachmann (UNIGE). Les préoccupations éthiques des femmes dans leurs usages de l'argent.
Elise Saudou (UNIL). "Le physique de l'emploi": Analyse du capital esthétique dans le monde professionnel.

PAUSE REPAS : 12H30- 14H15

APRES-MIDI : 14h15 À 17H00, PAUSE DE 15H45 À 16H00

Atelier F : Bâtiment Amphimax, salle 414
Sylvie Jean (UNIL). Comprendre le féminisme d'après guerre à travers sa presse. Etude de « Femmes suisses et le Mouvement féministe », 1948-1971.
Magali Delaloye (UNIBE). Pour une approche intersectionnelle des rapports de pouvoir au sein du Kremlin sous Staline.
Iliana Tufo (UNIGE). Henrique Codato (UNIL). Genre et Média : Un dialogue entre « Queer as folk » et « The L Word ».


Les ateliers sont ouverts à toute personne intéressée.

Organisation : Laboratoire interuniversitaire en Etudes Genre.
Gaël Pannatier (coordinatrice du LIEGE), Magdalena Rosende (Maître-assistante en
Sociologie du travail), Géraldine Roh-Merolle (collaboratrice scientifique au LIEGE),
Joëlle Rochat (assistante-étudiante)
Contact : Info-liege(at)unil.ch

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Les résumés des contributions 2007 (Présentés dans l'ordre de passage des intervenant·e·s)

Ateier A :

Anaïs Bohuon (Paris XI).
Les discours biomédicaux et la pratique physique et sportive des femmes de 1880 à 1922. La régénération des procréatrices ?


La capacité unique de procréation détenue par les femmes a constitué un événement majeur dans l'histoire des femmes (Thébaud, 1982 ; Knibiehler, 2000, etc.). Forts de leur légitimité scientifique universelle, les médecins se présentent dans l'histoire comme les garants de la fréquente association des femmes à leurs organes de reproduction. La prise en compte de l'importance de ce corps féminin avant tout « procréateur » peut se révéler heuristique pour analyser l'histoire des femmes dans leur accession aux activités physiques et sportives.
Cette communication vise à étudier les contradictions sur lesquelles se fonde un discours savant sur l'éducation physique et le sport des femmes, à partir des années 1880 jusqu'en 1922. Les années 1880 représentent une période pendant laquelle les sciences de la vie se manifestent par leurs résultats, la puissance et la fiabilité de la méthode expérimentale. Fortes de leurs succès, elles prétendent expliquer physiologiquement les problèmes sociopolitiques, à commencer par celui de la « nature » des femmes et du rôle qui en découle. 1922 est la date du premier congrès médical de l'éducation physique enfantine et féminine, qui révèle la pratique physique féminine comme un domaine d'étude significatif. Nous montrerons que l'utilisation des sciences de la vie dans les discours savants sur l'éducation physique féminine se structure essentiellement autour de la procréation, fonction biologique et sociale.
Notre étude se fonde sur un corpus de plus de deux cents ouvrages médicaux ayant pour objet l'éducation physique et le sport. Ces écrits donnent à voir régulièrement une femme conçue exclusivement dans sa fonction procréatrice, le discours scientifique qualifiant ainsi physiologiquement les propriétés socialement construites de la féminité. Cependant, dès les prémices de la pratique physique féminine, des contradictions ressortent : à la nécessité de préserver les organes reproducteurs des sportives s'oppose une volonté de renforcer leurs organes par cette pratique.

Grégory Quin (UNIL).
Les femmes dans les discours médicaux concernant l'éducation physique, 1741 - 1880.


Incluse dans un lent processus d'évolution du rapport au corps, et concomitamment des rapports sociaux de sexe, l'éducation physique aux XVIIIe et XIXe siècles va progressivement connaître un élargissement du nombre de ses modalités pratiques et théoriques. Investie par des médecins, par des militaires, ainsi que par des pédagogues civils, la gymnastique va progressivement se transformer en systèmes rationnels de pratiques d'exercices corporels (Defrance, 1978).
Chronologiquement, trois « temps » semblent se succéder, s'appuyant sur les bouillonnements intellectuels issus des révolutions que la France va connaître en 1789, puis en 1848. Cette respiration historique vaut, tant pour l'évolution des rapports sociaux de sexe, pour l'évolution de la pensée médicale, que pour la rationalisation progressive d'une éducation corporelle.
Les médecins, de par leur rôle social (« au carrefour de tout », selon Montaigne) et leur formation aux diverses sciences (anatomie, biologie, physiologie ou anthropologie, etc. en construction au cours du 19ème siècle), sont parmi les principaux producteurs de discours gymniques (Defrance, 1978) et hygiéniques. Ce sont tout particulièrement ces discours gymniques médicaux qui vont retenir mon attention, dans la mesure où il s'agit de discours situés à l'une des articulations épistémologiques les plus fécondes des XVIIIe et XIXe siècles, les questions d'hygiène se trouvant en plein coeur du débat entre sciences de la nature et sciences de l'esprit.
L'hygiénisme peut être entendu à la fois comme une idéologie et un pouvoir sur les corps, il est un système de représentations et un système d'action. Prenant fait et corps pour cet hygiénisme, les médecins se lancent dans une véritable croisade contre les maux de la société, anticipant largement des thèmes du darwinisme social. Pour réaliser ce projet, les médecins construisent plusieurs modalités de pratiques corporelles (orthopédie, hydrothérapie, gymnastique) correspondant à autant d'états pathologiques des femmes (hystérie, nymphomanie) (Dorlin, 2006).

Nadine Boucherin (UNIFR).
Les usages politiques de la médecine : La tentative d'introduction du suffrage féminin en 1957.


Que le politique entretienne un faisceau de relations avec les sciences, et la médecine en particulier, paraît aujourd'hui évident. Ce partenariat ne s'instaure cependant, de façon efficace, qu'au cours du XXe siècle, grâce aux développements techniques et scientifiques de la médecine. Dans sa prétention d'investir tous les aspects de la vie, les femmes en représentent une partie primordiale. Le politique perçoit les indéniables avantages qu'il peut tirer de son encouragement aux sciences de la vie, et des retombées médiatiques dont il peut profiter. Un exemple saisissant des usages politiques de la médecine paraît dans le Message du Conseil fédéral concernant l'introduction du suffrage féminin de 1957. Pour étayer sa propre position, il se réfère à l'ouvrage subversif du neurologue allemand Paul Julius Möbius, Ueber den physiologischen Schwachsinn des Weibes. Dans sa volonté de parer sa démonstration du sceau de scientificité, le Conseil fédéral ne semble pas s'apercevoir du caractère ambivalent tant du choix de la référence scientifique que de sa propre prise de position face à cet objet hautement émotionnel.

Isabelle Probst (UNIL).
Maladie féminine et maladie professionnelle, des catégories mutuellement exclusives ? L'exemple du syndrome du canal carpien.


Le syndrome du canal carpien est un trouble musculo-squelettique très fréquent qui touche en majorité des femmes. Son étiologie fait l'objet d'une vive controverse sur le plan scientifique. Une partie des études souligne le rôle des mouvements répétitifs accomplis dans le cadre du travail alors que d'autres mettent en évidence des facteurs personnels comme l'âge, des maladies associées ou des changements hormonaux. En Suisse, le syndrome du canal carpien n'est que très rarement reconnu comme maladie professionnelle. Analysant les pratiques de prise en charge par les assurances, je montrerai que les rapports sociaux de sexe interviennent à différents niveaux dans cette absence de reconnaissance. Très peu de cas sont ainsi reconnus comme maladies professionnelles et parmi ceux-ci il y a plus d'hommes que de femmes. Le nombre plus élevé de femmes atteintes est de ce fait ramené à une différence d'ordre biologique, masquant les effets de la division sexuelle du travail qui assigne plus fréquemment les femmes à des tâches répétitives. Des entretiens réalisés avec treize ouvrières et un ouvrier souffrant du syndrome du canal carpien mettent en évidence les conséquences défavorables de cette catégorisation comme un problème de santé d'ordre « privé » et non professionnel. De plus, les ouvrières interviewées soulignent la pénibilité non reconnue du travail des femmes et ses conséquences sur la santé.
Atelier B :


Farinaz Fassa, Sabine Kradolfer, Sophie Paroz (UNIL).
Université de Lausanne : de quoi est fait le plafond de verre ?


C'est à partir de données issues d'une recherche en cours sur la relève à l'Université de Lausanne que nous tenterons de répondre à cette question qui concerne le plafond que les femmes rencontrent lorsqu'elles tentent d'accéder aux postes professoraux stables.
Notre présentation sera l'occasion d'interroger d'un point de vue de genre les parcours professionnels des femmes et des hommes et les éléments qui permettent de « faire carrière » dans le monde académique. Si les politiques de relève telles qu'elles sont appliquées au sein des universités suisses ont pour objectif de promouvoir l'excellence, force est de constater que l'excellence est de genre masculin comme le montrent les chiffres disponibles à l'Université de Lausanne (Unil) en 2005 : 43,7% d'étudiants, 53.3% d'assistants et 88,7% de professeurs hommes.
L'analyse que nous avons effectuée des entretiens avec les membres des décanats des facultés de l'Unil met en évidence les références faites au genre des personnes et les modèles spécifiques auxquels elles renvoient. Ces acteurs produisent un récit qui lie le succès dans ce type de carrière à la quantité et la qualité des recherches et des travaux publiés, à la mobilité régionale et internationale des acteurs et actrices de la relève et à son insertion dans des réseaux de recherche reconnus. Ces critères d'excellence sont tous articulés à des modèles normatifs qui renvoient à des représentations sociales relevant d'un modèle sexué, les exigences de la carrière professorale étant présentées comme difficilement conciliables avec d'autres investissements. Des notions telles la performance et l'efficacité ne sont ainsi rarement mises en causes.

Carine Carvalho (UNIL).
Justifications des inégalités dans la nomination des professeur·e·s à l'université.


La présente étude analyse les rapports produits par les commissions de nomination des professeur·e·s à l'Université de Lausanne. Ces rapports ont ceci en particulier qu'ils décrivent le déroulement d'une procédure de sélection d'un·e professeur·e en même temps qu'ils justifient les décisions qui y sont prises. Au-delà de leur apparente neutralité, il s'agit de percevoir comment les représentations du féminin et du masculin interviennent dans le jugement de la qualité du dossier d'un·e candidat·e. L'analyse des termes utilisés permet de mettre en évidence des stéréotypes de genre en attribuant à chaque groupe, femmes et hommes, des qualifications et compétences différentes.
Les critères de sélection des candidat·e·s ont aussi été étudiés afin de faire apparaître ce qu'ils reflètent l'inégalité à l'Université. Des critères tels l'âge, la disponibilité, l'expérience pédagogique, les publications ou l'intégration aux réseaux scientifiques sont mouvants et utilisés différemment en fonction de la variable « genre ». Nous assistons à un phénomène de maximisation/minimisation des qualités d'un·e candidat·e. Certains critères sont mis en avant pour valoriser une candidature et sont, en même temps, utilisés pour justifier la mise à l'écart d'une autre. Le plus souvent, cette manoeuvre est préjudiciable aux candidatures féminines.
Ceci revient à réaffirmer l'existence de pratiques discriminatoires lors de l'attribution des postes académiques, pratiques qui découlent d'un ensemble de représentations, d'un schéma de genre. La science est construite sur la base de normes de masculinité qui écartent les femmes. La figure du scientifique n'est pensée qu'au masculin.

Céline Camus (Université de Tours et Frankfurt).
La marginalisation des femmes au sein des professions scientifiques : le cas des jeunes chercheures en France et en Allemagne.


Depuis que la science s'est institutionnalisée et fait partie du domaine public, les femmes ont été maintenues à la périphérie (Rang 1992) et sont encore aujourd'hui sous-représentées dans les universités et autres centres de recherches publics. A l'échelle de l'Union Européenne, les disparités entre les perspectives de carrière des femmes et des hommes restent considérables. Ainsi lorsque les diplômées francaises de troisième cycle sont majoritaires dans 4 composantes sur 7 en 2001, leurs homologues allemandes ne le sont que dans une seule. On observe également au niveau européen que la part des femmes diminue à mesure qu'elles progressent dans la hiérarchie universitaire. En l'an 2000, les hommes avaient deux fois et demi plus de chance, comparé aux femmes, d'obtenir un poste de Professeur d'Université en France et 4 fois et demi en Allemagne (She Figures 2003).
De nombreux facteurs organisationnels et sociétaux contribuent à l'exclusion des femmes au sein de ces professions mais l'influence du domaine privé nous semble sous-estimé. La distinction entre les questions d'ordre privé et public a souvent été associée à d'autres systèmes binaires et renforce l'idée que ces éléments ne sont pas pertinents à questionner puisqu'ils relèvent a priori de l'intime, du domestique et de l'individuel (Warner 2002). Cette étude propose par conséquent d'investir la sphère privée des femmes scientifiques à travers le récit de leur trajectoire et de comprendre dans quelle mesure elle interfère avec leur projet professionnel. Notre contribution consistera à présenter les aspects théoriques relatifs à la place des femmes au sein des professions scientifiques et à développer quelques pistes de réflexion au regard de nos premiers résultats.

Thierry Amrein (UNIL).
Le parcoursArianna, une possibilité de concilier famille et formation pour les femmes du val d'Anniviers ?


Le "parcoursArianna" est un programme de formation de deux ans destiné aux femmes et actuellement en cours dans le val d'Anniviers (VS) qui se définit comme " un projet innovateur et expérimental visant à :
. améliorer la position de la femme dans les régions de l'arc alpin Suisse considérées comme périphériques
. faciliter l'apprentissage des technologies de l'information et de la communication (TIC)
. promouvoir et renforcer des projets de microentreprises innovateurs mis sur pied par des femmes
. soutenir la présence active de la femme ayant une famille dans le développement régional. "
La recherche anthropologique de terrain au sujet de laquelle je me propose de présenter quelques premières réflexions a pour but d'analyser selon une perspective de genre dans quelle mesure cette expérience peut s'accommoder du modèle familial hétérosexuel majoritaire et des contraintes que, de fait, celui-ci impose encore le plus souvent aux femmes sous couvert de leurs qualités et aptitudes "naturelles".
Mon objectif est d'étudier prioritairement les changements qui pourraient découler de cette initiative pour les participantes dans le cadre de leur sphère domestique. Je tente donc de percevoir quels sont les représentations, résistances ou blocages liés aux rapports sociaux de sexe qui risquent de nuire à cette formation ou, à l'inverse, quels types de soutiens sont mis en oeuvre par les partenaires masculins des participantes et les institutions locales afin de favoriser leur accès à cet apprentissage.
Quel que soit l'intérêt du parcoursArianna, qui a rencontré sur place un écho étonnant dès son lancement au printemps 2006, ce n'est en effet probablement qu'en partie de sa valeur didactique - qui reste par ailleurs à démontrer - et des concepts qui en sont à l'origine que dépendra son succès. L'accueil réservé au sein des familles et de la communauté locale en réponse à ce désir des femmes de se réinsérer socialement et professionnellement, les "arrangements" trouvés pour suivre ce projet et en bénéficier pleinement, seront sans nul doute prépondérants pour la réussite de chacune.
Atelier C :


Agnese Fidecaro (UNIGE).
L'atelier ou l'entreprise ? Rapports de genre et conflit travail-création dans L'argent, l'urgence de Louise Desbrusses.

Considéré comme représentatif de la condition des « intellos précaires », le roman de Louise Desbrusses (P.O.L., 2005) décrit le passage aliénant d'une artiste désargentée au sein d'une entreprise. Desbrusses souligne les continuités qui existent entre cette dernière et ces espaces alternatifs contigus que seraient le couple et l'atelier. L'espace est dans tous ces lieux un enjeu des rapports de pouvoir entre les sexes, de sorte que l'atelier/la sphère privée deviennent le terrain d'un impossible repli face à un monde du travail dans lequel la narratrice, intérimaire prolongée, ne trouve pas sa place.
Bien que soucieuse de préserver son extériorité vis-à-vis de l'entreprise, la narratrice souffre d'une suradaptation au travail faite de volonté d'assumer et de perfectionnisme. N'ayant rien à prouver, son partenaire se fait entretenir, et profite de l'absence de sa compagne pour s'approprier l'atelier. L'équilibre du pouvoir au sein de ce couple « alternatif », en apparence atypique, reste donc défavorable à la narratrice, d'autant que la « chambre à soi » qu'est l'atelier ne semble pas ouvrir sur un espace social propre: comme souvent dans les représentations de la « bohème », le couple reste la référence centrale. La narratrice quittera ainsi l'entreprise et son partenaire à l'occasion d'une romance douteuse mais « inspirante » et « libératrice », qui laisse perplexe quant aux alternatives envisagées.
La narratrice fait dans la souffrance l'épreuve de l'interdépendance entre travail et création, mais en conclut à leur incompatibilité. Desbrusses dévoile ainsi les contradictions inhérentes aux liens entre "bohème" et marché du travail, ainsi que le caractère identiquement opprimant des rapports de genre dans les deux sphères. Ces paradoxes ne semblent pourtant pas la conduire à une remise en question des valeurs de liberté associées à l'atelier...

Jelena Ristic (UNIL).
Topographies lesbiennes: espaces du désir et figures lesbiennes dans la littérature féminine du XXème siècle.


Cette recherche vise à ouvrir un espace de réflexion autour de la figure lesbienne et de son inscription dans le champ littéraire féminin anglophone et francophone du XXème siècle. Vu l'ampleur de la production textuelle, le fil d'Ariane, hormis le contenu lesbien des oeuvres, sera celui du développement de la réflexion féministe dans le courant du XXème siècle, tant anglo-américaine que francophone, les deux ayant profité de leur influence réciproque.
Pour aborder mon corpus, je propose une approche « topographique » en tant qu'étude et écriture du topos, du lieu commun, mais aussi comme une mise en relief de la multitude de significations qui fabriquent et défont la figure lesbienne au fil des textes et qui en se recoupant créent une grille de lecture non pas linéaire, mais spatiale et en profondeur, ce qui permettrait de décrypter les zones-limites de cette figure flottante et métamorphe entre les deux extrêmes concepts du déterminisme biologique et de la prégnance du socio-culturel. J'emploierai la figure lesbienne au singulier comme lieu de la réflexion ouverte sur les rapports sociaux de sexe et le langage, d'autre part je parlerai des figures lesbiennes au pluriel dès qu'il s'agira de considérer des préoccupations diverses (tant sur le plan de l'écriture que sur le plan du discours véhiculé par celle-ci) qui s'expriment à travers cette figure.
Le livre sera compris comme un « espace libre » où un discours sur les modalités de la figure lesbienne pourra se développer. Pour appuyer la notion de « topographie », mon étude sera articulée autour des concepts spatiaux, tels le locus amoenus ou la diaspora, par exemple. Les oeuvres étudiées seront, entre autres, The Well of Loneliness (1928) de Radclyffe Hall, Thérèse et Isabelle (1955) de Violette Leduc, Le corps lesbien (1973) de Monique Wittig ou encore Written on the Body (1992) de Jeanette Winterson.

Florence Pasche (UNIL).
Représentations des corps féminins dans la littérature religieuse. Exemples de l'Inde médiévale et de la Grèce antique.

Cette recherche de thèse en histoire comparée des religions traite des représentations des corps féminins de figures mythologiques et hagiographiques dans la littérature religieuse grecque et indienne (tragédies, poésie dévotionnelle). Le corpus sélectionné comprend les hymnes de Mîrâbâî, les mythes sur les gopîs, et Les Bacchantes, une tragédie grecque d'Euripide. Les textes retenus donnent ces entités féminines comme des modèles de dévotion envers un dieu masculin (Krishna, Dionysos), mais en même temps témoignent de réprobation et de persécution à l'égard de ces figures féminines qui transgressent les normes. Parmi les thèmes recherchés se trouvent : descriptions du corps féminin (et masculin), ornements et parures, attirail de séduction, équipement rituel, danse, chant, musique, états modifiés de conscience et états « maladifs ». Plutôt qu'un détachement par rapport au corps, la sensualité devient le support de la dévotion dont le modèle par excellence est féminin, quand bien même les formes historiques attestées comprennent une pratique mixte.
Cette communication portera avant tout sur les difficultés méthodologiques et les enjeux liés au genre comme les questions d'accès au texte, de norme, de représentativité et de prestige d'un sujet d'étude au sein d'une discipline académique.

Oriane Sarrasin (UNIBE).
L'utilisation d'un générique masculin mène-t-elle réellement à une représentation mentale du genre neutre ? Liens avec différentes formes de sexisme et les attitudes envers l'utilisation d'un langage non-sexiste.


Certaines langues, dont le français ou l'allemand, possèdent un genre grammatical, à savoir des formes différenciées notamment pour le masculin (« chanteur », « Sänger ») et le féminin (« chanteuse », « Sängerin »). Dans ce type de langues, une forme masculine est utilisée pour décrire un groupe dont la composition est mixte ou inconnue et est appelée « Générique masculin » (GM).
Une étude de Gygax et al. (2006) a investigué l'effet du GM sur la représentation mentale du genre. Dans cette étude, des noms de rôle (tout mot servant à décrire un groupe de personnes, professionnel ou non) étaient écrits au GM. Les résultats obtenus par cette expérience ont montré que l'utilisation du GM en français et en allemand mène à une représentation masculine, et non générique.
Une étude est actuellement en cours afin d'investiguer si les effets obtenus par Gygax et al. (2006) varient en fonction de caractéristiques personnelles telles que différentes formes de sexisme ou les attitudes envers l'utilisation du GM.
Le sexisme est défini traditionnellement par une antipathie envers les femmes. Cependant, il existe actuellement une forte pression normative à ne pas exprimer des remarques discriminatoires flagrantes, ce qui a pour conséquence des formes plus subtiles de discrimination. En outre, il s'avère que le sexisme n'est pas constitué exclusivement d'antipathie, ouverte ou subtile, mais également de bienveillance. Selon ces pensées bienveillantes, la femme, perçue comme plus faible, doit être protégée, et si elle est différente de l'homme, ces différences sont complémentaires.
Les attitudes envers un langage non-sexiste (impliquant le remplacement du GM par des formes épicènes) sont également étudiées.
Il est émis comme hypothèse que des formes hostiles de sexisme (ouvertes ou subtiles) soient liées à des attitudes négatives envers l'utilisation d'un langage non-sexiste. De plus, on peut s'interroger sur les liens entre ces attitudes et des formes plus bienveillantes de sexisme. Par exemple, on pourrait s'imaginer que le désir de vouloir protéger les femmes pourrait mener à des attitudes positives envers l'utilisation d'une langue non-sexiste. Finalement, des questions concernant le lien entre ces diverses attitudes et les réactions automatiques à la lecture d'un GM sont posées.
Atelier D :


Hélène Dufournet (Cachan et Paris IV).
Le « droit des femmes » à l'épreuve du droit : l'exemple de la loi française sur les violences au sein du couple.


Le processus français récent d'élaboration des dispositifs juridiques sur la question des violences au sein du couple constitue un révélateur privilégié du phénomène plus général du « droit des femmes » et de son statut politique. En effet, les débats autour de cette question laissent apparaître une conception du « droit des femmes » fondée sur l'idée d'un droit spécifique, par opposition à l'universalisme des Droits de l'Homme. Il en résulte ainsi une confrontation fondamentale sur le statut politique du « droit des femmes », entre une inscription dans un droit spécifique, ouvrant la possibilité de mesures de discrimination positive, et une dilution dans les principes plus généraux et les valeurs des Droits de l'Homme.
Je m'attache ici à l'analyse des débats parlementaires à propos de la loi française du 4 avril 2006 sur les violences au sein du couple. Cette loi met à jour une opposition entre une conception répressive et une conception préventive de la lutte contre les violences conjugales. La réticence de la majorité des parlementaires et notamment celle de la commission des lois opère un glissement de la loi vers le volet répressif, alors que les propositions de loi prévoyaient de tenir ensemble ces deux facettes de l'action législative. Les débats sont dès lors structurés autour de ce partage des territoires qui engendre un « jeu » sur les frontières de la loi et sur les différentes ressources juridiques. En référence à la question du « droit des femmes », quelle signification peut-on accorder à cette tension entre deux logiques, préventive et répressive, contenue dans l'action législative, qui aboutit systématiquement au rejet des mesures préventives dans la sphère réglementaire c'est-à-dire en-dehors du domaine législatif ?

Lea Biason (UNIGE).
La protection des droits des femmes : les lacunes dans le droit international contre la traite des personnes.


La recherche intitulée 'Les droits des femmes : Les lacunes dans le droit international contre la traite des êtres humains' est une recherche interdisciplinaire qui pose la question de l'adéquation du droit international actuel dans la protection des droits des femmes victimes de la traite des êtres humains. Le sujet de la traite des êtres humains est d'actualité particulièrement dans le cadre des débats féministes sur la prostitution et dans les études sur la sécurité internationale telle la criminalité transnationale. Malgré les graves abus des droits fondamentaux des personnes tout au long du processus de la traite, le cadre juridique international comporte de sérieuses lacunes dans la garantie de ces droits et dans leur réparation en cas de violation. L'originalité de cette recherche s'articule sur une étude légale et sociale menée sous un angle de genre, particulièrement le rapport entre les droits socio-économiques et l'empowerment.

Aline Schreck (UNIFR).
Comment peut-on être un homme et être escort ? Analyse de l'expérience des escorts à clientèle féminine.


Encore inconnu, l'escorting masculin destiné aux femmes surprend car il semble transformer les rapports sociaux « traditionnels » entre l'homme et la femme. En effet, si l'homme est perçu d'ordinaire comme le « sexe fort », actif de sa sexualité, tandis que la femme est considérée comme passive et subordonnée à l'homme qu'elle a en face de lui (Pierre Bourdieu parle même de domination à ce sujet), le rapport marchand semble induire une toute autre logique : la femme, par le fait qu'elle paie, exercerait une domination symbolique sur l'homme alors que celui-ci, étant le pourvoyeur de services sexuels ou non, serait renvoyé au statut d'objet. Un tel renversement interroge : Comment peut-on être un homme et être escort ? Ce travail tente d'apporter quelques réponses en s'appuyant sur des entretiens. Plus précisément, il cherche à reconstituer la trajectoire menant l'individu à adhérer professionnellement à l'escorting, saisir la façon dont le genre s'exprime lors d'interactions entre un escort et sa cliente, appréhender la logique d'appartenance sociale au monde de l'escorting, ainsi que saisir la façon dont l'individu gère son identité d'escort. Cette recherche n'étant pas terminée, ma contribution présentera de premiers résultats concernant la nature de la relation entre l'homme et la femme dans ce contexte et les logiques qui en découlent, ainsi que sur l'articulation entre genre et stratégies identitaires.

Géraldine Bugnon (UNIGE).
L'identité travesti face aux structures binaires du genre. Une étude dans le milieu prostitutionnel genevois.

Cette étude s'est donné comme principal objectif de penser le phénomène transgenre en termes d'identité, en s'intéressant à une configuration empirique particulière : les travestis brésiliens immigrés à Genève et qui travaillent au sein du milieu prostitutionnel.
Notre réflexion se structure autour de deux axes. Premièrement, peut-on parler d'une identité collective travesti et si oui, quels sont les facteurs socioculturels qui la rendent possible, en particulier au sein du milieu prostitutionnel ? Deuxièmement, et partant de l'idée que la structure binaire de genre exerce une effet contraignant auquel personne ne peut se soustraire, comment un individu travesti gère-t-il l'ambivalence intrinsèquement liée à son identité ?
Notre hypothèse principale est qu'une identité collective travesti est rendue possible par le contexte particulier de l'espace prostitutionnel mais qu'elle est continuellement fragilisée par les normes binaires de genre en vigueur dans le monde social dominant.
Ainsi, nous exposerons dans un premier temps les indicateurs de l'existence de cette identité collective, tels que la présence de valeurs partagées et le travail de différentiation par rapport aux autres catégories identitaires (femme, homme homosexuel, transformiste, etc.). Puis, nous établirons les liens matériels et symboliques entre le « monde travesti » et l'espace prostitutionnel, qui permettent d'expliquer le grand nombre de travestis brésiliens également travailleurs du sexe. Finalement, nous montrerons comment la force de la matrice binaire du genre empêche la consolidation de la construction identitaire travesti, et entraîne chez ces individus le besoin permanent de réduire l'ambivalence, besoin qui se traduit par l'aspiration à appartenir de manière irrévocable au genre féminin.

Atelier E :


Leana Ebel, Aline Burki (UNIL).
Genre, migration et politique d'embauche : l'exemple de l'horlogerie, 1946-1962.


Deux constats surprenants motivent notre recherche: l'immigration en Suisse au sortir de la Deuxième guerre mondiale est majoritairement féminine jusqu'en 1958. Et ces travailleuses ne sont pas seulement embauchées dans des secteurs dits « féminins » comme le textile, l'hôtellerie ou le service de maison, mais sont nombreuses dans la métallurgie et l'horlogerie par exemple et bénéficient le plus souvent d'un permis B (annuel). Ces deux constats prouvent la pertinence d'une remise en cause de l'idée largement répandue selon laquelle l'immigration est principalement masculine et saisonnière.
Nous privilégions deux axes de recherche pour aborder ce sujet : Aline Burki traite de l'élaboration de la politique d'embauche de femmes immigrées dans l'horlogerie, au niveau fédéral. Leana Ebel s'intéresse à l'application de cette politique au niveau des entreprises horlogères dans le canton de Neuchâtel. Notre analyse aborde le triple enjeu que représentent le genre, l'origine et la classe. Trois paradigmes profondément imbriqués, dont les résonances mutuelles permettent de mettre en évidence les logiques sociales et économiques développées à cette époque par les trois acteurs institutionnels que sont le syndicat, le patronat et l'Etat.
Dans le cadre de notre contribution au Work in Progress nous présenterons un des aspects de notre recherche à savoir une réflexion sur l'hypothèse d'un remplacement de la main-d'oeuvre féminine suisse par des immigrées. Nous analyserons la problématique d'un éventuel frein mis à l'activité des femmes suisses dans les fabriques horlogères et les enjeux que représente l'embauche d'immigrées.

Irene Maffi (UNIL).
Savoir c'est pouvoir : observations sur les relations d'autorité dans les maternités en Jordanie.

Dans les maternités en Jordanie, il y a deux systèmes de gestion du travail médical : dans le premier, les médecins spécialistes sont les détenteurs du savoir et du pouvoir de décision qui en découle ; dans le second, les sages-femmes jouent un rôle crucial qui limite la fonction des médecins. La coexistence de ces deux systèmes correspond à la division entre secteur privé et secteur public. Dans ce papier, je me propose d'une part d'explorer la nature et l'origine de ces deux systèmes de pratiques et leurs effets sur les relations de pouvoir au sein du personnel des hôpitaux, d'autre part j'entends dégager les conséquences psychologiques, sociales et médicales de chacun de ces deux systèmes pour les femmes qui accouchent. Le but est de montrer que le modèle médical de gestion de l'accouchement est intimement lié aux formes de savoir et aux pratiques de pouvoir au sein du personnel et que les relations de genre y jouent un rôle incontournable. L'importance des rapports de genre dans les attitudes médicales durant l'accouchement devient évidente, si l'on considère qu'elle est le reflet d'un double système de domination sur les femmes au sein de la société. D'abord, jusqu'au début des années 1990, la très grande majorité des gynécologues étaient des hommes, les femmes ayant commencé à exercer cette profession seulement depuis une quinzaine d'années. En d'autres termes, le pouvoir de décision, l'organisation de l'espace, les comportements du personnel étaient et sont encore aujourd'hui entre les mains de médecins hommes. Le second aspect du système de soumission concerne le modèle de savoir médical adopté dans le pays. Ce paradigme a été imposé par les anciens colonisateurs et consolidé par les organisations internationales et les agences d'aide pour le développement des pays occidentaux. L'adoption du modèle médical anglo-saxon a non seulement provoqué la médicalisation de l'accouchement, mais a également causé la disparition définitive des pratiques de l'accouchement d'époque pré-coloniale qui étaient une affaire exclusivement des femmes. Un savoir-faire, des notions, des attitudes, un modèle de sociabilité ont ainsi été effacés. Le nouveau paradigme médical a fini par disqualifier les sages-femmes traditionnelles ainsi que l'univers culturel et social dont elles faisaient partie.

Laurence Bachmann (UNIGE).
Les soucis de soi des femmes dans leurs usages de l'argent. Des problèmes sociaux déguisés en préoccupations éthiques


L'entrée massive des mères de famille sur le marché du travail à partir des années 1960 et donc leur accès à un salaire, dans un contexte caractérisé par un idéal démocratique d'autonomie et d'égalité et de pratiques de dépendances et d'inégalités soulève de nouvelles questions concernant les rapports sociaux de sexe, dont l'argent en est un révélateur privilégié. Ma contribution traite des modes d'appropriation de l'idéal démocratique entre les sexes révélés à travers les usages de l'argent dans le couple. Elle vise à comprendre la manière dont les femmes investissent l'argent de sens et de signification dans le contexte actuel. Mon interrogation porte sur une population où l'idéal démocratique est tendanciellement le plus fort: les couples issus des classes moyennes à fort capital culturel. Les femmes de ces milieux ont, partiellement du moins, les conditions de leur émancipation: conditions matérielles par leur salaire et conditions idéologiques par la forte présence de l'idéal d'égalité et d'autonomie dans leur milieu. Ma présentation vise à montrer que, pour les femmes de ces milieux, l'idéal démocratique s'impose comme un souci de soi (Foucault). Leurs exigences éthiques, révélées dans les usages de l'argent, se réfèrent implicitement aux rapports de domination entre les sexes dont certains aspects ne sont plus tolérés. Nous verrons que si les femmes luttent, à travers leur travail de subjectivation, contre certains aspects de la domination masculine, leur lutte s'effectue de manière individuelle et silencieuse.

Elise Saudou (UNIL).
"Le physique de l'emploi": Analyse du capital esthétique dans le monde professionnel.


La photo sur un CV, la formule « bonne présentation souhaitée » ou les conseils pour soigner son apparence lors d'un entretien d'embauche sont autant d'exemples qui soulignent l'importance du paraître dans le domaine professionnel. Au même titre que la race, l'orientation sexuelle ou religieuse, une apparence désavantageuse peut être un critère discriminant. A l'inverse, un physique avantageux peut favoriser la carrière professionnelle. Atout ou handicap, l'apparence physique n'est jamais un paramètre neutre, mais agit toujours comme un critère de sélection (embauche, promotion, licenciement).
On pourrait donc véritablement parler de capital esthétique. Cette notion renvoie à la valeur marchande du corps, qu'il nous faut modeler, entretenir et faire fluctuer afin d'optimiser notre avenir professionnel.
Au-delà des critères esthétiques qui varient selon le genre, le rapport au corps entre hommes et femmes est, on le sait, fondamentalement inégal. Les femmes restent associées à leur corps : d'une part, elles travaillent sur leur corps, à travers toute une série de techniques corporelles typiquement féminines : cosmétiques, régimes, chirurgie esthétique. D'autre part, elles travaillent avec leur corps, dans des métiers typiquement féminins, comme les métiers du « care » (infirmière, éducatrice de la petite enfance, etc.), ou ceux dont le contact avec la clientèle exige un sens aigu de la représentation (secrétaire, réceptionniste, hôtesse, etc.)
Cette omniprésence du lien entre corps et femmes permet de comprendre que le capital esthétique doit être appréhendé dans une perspective de genre.
Les chercheuses féministes ont montré que le monde du travail était traversé par toutes sortes de hiérarchies de genre : inégalités salariales, plafond de verre, sexe des métiers, ségrégation professionnelle, etc. Qu'en est-il du capital esthétique? Fonctionne-t-il aussi sur la même logique de genre ? Dans quelle mesure serait-il utile d'analyser le capital esthétique en termes de compétence ou d'incompétence - paradoxalement « invisibles » car non reconnu comme tel ? C'est à travers ce questionnement que je me propose d'étudier les enjeux et les mécanismes différentiels du capital esthétique dans le monde professionnel.
Atelier F :

Sylvie Jean (UNIL).
Comprendre le féminisme d'après guerre à travers sa presse. Etude de « Femmes suisses et le Mouvement féministe », 1948-1971.


Au sortir de la Deuxième Guerre mondiale, une longue période de luttes, qui avaient comme objectif la conquête de différents droits légaux et de l'éternel suffrage féminin, s'est ouverte pour les féministes helvétiques. Cette période, souvent perçue comme creuse lorsque l'on aborde le mouvement féministe, est néanmoins importante si l'on veut comprendre son évolution générale, ainsi que la forte rupture générationnelle et idéologique qui s'opéra dans les années 70 avec l'émergence du néo-féminisme.
Mais comment rendre compte de l'histoire de ces femmes et de leurs luttes sans toutefois se cantonner à une vision purement évènementielle ?
L'analyse du journal « Le Mouvement féministe » entre 1948 et 1971, me semble tout à fait appropriée dans le cadre d'une mise en perspective globale du mouvement féministe helvétique mais plus particulièrement suisse romand.
En effet, fondé en 1912 par Emilie Gourd - figure emblématique du féminisme helvétique -et désigné organe officiel de publications de l'Alliance de Sociétés féminines suisses, ce journal se présente comme une véritable plateforme publique des associations féminines qui y rédigent des articles et y informent leurs lectrices de leurs activités.
En outre, la démarche qui consiste à prendre un journal et ses sources rédactionnelles comme point de départ d'une analyse historique, rend possible la distinction nécessaire entre sa face visible et quelque peu lisse du féminisme, et sa face interne bien plus stratégique et conflictuelle.

Magali Delaloye (UNIBE).
Pour une approche intersectionnelle des rapports de pouvoir au sein du Kremlin sous Staline.


Si l'on se penche, comme cela a été fait jusqu'alors, sur le fonctionnement politique traditionnel du cercle de Staline, on peut constater l'invisibilité des femmes. En voulant parer à cette lacune, j'ai choisi une approche davantage anthropologique, en prenant en compte les acteurs vivant dans le Kremlin. Cette démarche permet de rendre visible une catégorie particulière de femmes : les épouses. Ce choix d'approche amène à me concentrer en premier lieu sur l'étude des pratiques, notamment des pratiques de pouvoir.
En analysant les affaires qui secouent le monde fermé du Kremlin à partir de 1939, il apparaît que l'approche intersectionnelle devient un outil très utile pour saisir les rapports interindividuels dans les luttes de pouvoir. La prise de conscience que la catégorie « genre » ne suffit pas à elle seule à expliquer les mécanismes de luttes de pouvoir se fait au moment de l'analyse des cas où un acteur du cercle voit son appartenance au groupe remise en question. Pour ce faire, un instrument de pouvoir devient systématique : s'attaquer en premier lieu à l'épouse du membre visé. Or, il s'avère que toutes ces femmes mises en accusation sont juives et que leurs époux appartiennent au groupe des « anciens bolcheviques » dont la domination est en danger devant les nouveaux dirigeants. Ainsi, à côté du « genre », les catégories « ethnie » et « génération » viennent compléter l'outillage analytique dans l'étude des rapports de pouvoir et de domination dans le cercle stalinien. Dans cette optique intersectionnelle, la condamnation de Polina Jemtchoujina, épouse de Viatcheslav Molotov, premier lieutenant de Staline, en devient l'exemple le plus achevé.

Iliana Tufo (UNIGE). Henrique Codato (UNIL).
Genre et Média : Un dialogue entre « Queer as folk » et « The L Word ».

Cet article a comme objectif de développer une réflexion sur les stéréotypes liés au genre, construits dans les séries américaines contemporaines « Queer as folk » et « The L Word ».
L'intention sera de comprendre comment le binôme homme/femme est représenté par rapport aux pratiques sexuelles abordées et montrées dans les deux programmes, c'est-à-dire l'hétérosexualité, l'homosexualité et la bisexualité. Le choix de cet objet est dû à la popularité de ces deux séries qui abordent le sujet de manière explicite, perpétuant à notre avis, de façon implicite, ces représentations biaisées. Il s'agira tout au long de ce travail de maintenir notre analyse dans une perspective de genre, non seulement au sens de rôles sociaux construits liés au sexe biologique, mais aussi de voir comment la pratique sexuelle influe sur le genre et comment la représentation genrée détermine les rôles sexuels. Ceci nous permettra de repérer les mécanismes latents servant à maintenir une représentation négative ou caricaturale de certains groupes sociaux minoritaire mais aussi comment ceux-ci représentent les groupes sociaux dominants.
En utilisant des références bibliographies telles que Butler, Foucault et Lauretis entre autres, nous essaierons de décoder, à travers une analyse du discours filmique et en établissant un dialogue avec la psychanalyse et la sociologie, nous mettrons en relief les éléments utilisés pour stigmatiser des personnages (voir individus) qui assument une orientation sexuelle déterminée.



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Journée d'études 2006

Work in Progress Etudes Genre
jeudi 23 mars 2006 - Université de Lausanne

La publication des contributions "Work in Progress 06" est disponible en fichier PDF

Le programme


9H15 - 9H30 : ACCUEIL : Salle 414 Bâtiment Amphimax

MATINÉE : 2 ATELIERS
9H30 À 12H30, PAUSE DE 10H50 À 11H10

ATELIER A : Bâtiment Unithèque Salle 4202
. Céline Perrin
Normes de genre et hétéronormativité : analyse des expériences de jeunes gays et lesbiennes.
. Iulia Hasdeu
Ethnicité et genre dans les jupes de femmes. Le cas des Roms/Tsiganes kaldarari de Roumanie.
. Andrea Olivera
Développement et rapports de pouvoir : une étude de terrain avec des femmes indiennes dans la Sierra Norte de Puebla (Mexique).


ATELIER B : Bâtiment Amphimax Salle 414
. Irène Minder-Jeanneret
Musique en Suisse : une lacune peut en cacher une autre.
. Agnese Fidecaro
Une éthique féministe de la transmission: corps, maternité et écriture dans le Journal de la Création de Nancy Huston.
. Aurélia Troupel
Parité : les clefs de la réussite.
. Carole Villiger
Le Mouvement de Libération des Femmes suisse est-il condamné à disparaître dans les oubliettes de l'histoire ?

PAUSE DE MIDI : 12H30 - 14H15


APRÈS - MIDI : ATELIER COMMUN C: Bâtiment Amphimax Salle 414
14H15 À 17H30, PAUSE DE 15H40 À 16H00

. Pauline Marchand
La grossesse comme moment de construction de la différence entre les sexes.
. Céline Schnegg
L'avortement médicamenteux : lorsque l'expérience vient aux femmes.
. Carine Carvalho
A difícil vida fácil. Les prostituées brésiliennes dans le canton de Vaud.
. Alline Pedra Jorge
« Quand la femme victime de violence mérite l'agression ».


17h30 : Apéritif

le programme définitif imprimable en format affiche (pdf).

Les résumés des contributions 2006

Présentés dans l'ordre de passage des intervenantes

Atelier A

Céline Perrin
Normes de genre et hétéronormativité : analyse des expériences de jeunes gays et lesbiennes.


Ma recherche porte sur les représentations actuelles de l'homosexualité masculine et féminine, dans une démarche comparant les expériences vécues par de (relativement) jeunes gays et lesbiennes (16-28 ans). Leurs expériences donnent en effet notamment accès, à travers les réactions qu'ils et elles ont rencontrées dans différents cadres sociaux (famille, école secondaire ou apprentissage, travail, espace public) à certaines des représentations de l'homosexualité et aux rapports sociaux qui les structurent. La diversité d'âge de mes informateurs et informatrices m'a conduite à étayer l'hypothèse d'une visibilité sociale plus grande du lesbianisme actuellement, son invisibilité étant définie comme l'une des formes de la lesbophobie. En effet, d'impensable à l'adolescence chez les femmes les plus âgées, il devient connu et « représentable » déjà à cette période chez les interviewées de 16 - 20 ans, ainsi que dans leur entourage, scolaire notamment. Quelles en sont les conséquences ?
Welzer-Lang (1994), sur la base de ses recherches sur la construction du masculin, définissait l'homophobie comme « la discrimination envers les personnes qui montrent, ou à qui l'on prête, des qualités ou des défauts attribués à l'autre genre », une définition qui élargit la question aux normes sexuées, et non plus à la seule orientation sexuelle. Une telle définition qui paraît fructueuse dans le cas des expériences des gays, est-elle aussi pertinente pour analyser la lesbophobie et les représentations sociales du lesbianisme, dans un système qui hiérarchise le masculin et le féminin au détriment de ce dernier ? En me penchant en particulier sur les expériences de celles de mes informatrices qui se définissent comme « garçon manqué » ou de ceux de mes informateurs qui se perçoivent comme « peu virils » - à noter que ces derniers n'emploient jamais le terme de sens commun « efféminé », contrairement aux lesbiennes qui utilisent pour elles-mêmes celui de « garçon manqué »- j'examine comment les réactions à leur encontre sont structurées par le système de genre, et les conséquences contradictoires de la visibilité accrue du lesbianisme (apparition du terme « gouine » comme insulte à l'école mais en même temps, dans certains cas dont il faudra à terme cerner l'éventuelle particularité, « valorisation », elle aussi paradoxale comme je le montrerai, du lesbianisme ou du « garçon manqué »).


Iulia Hasdeu
Ethnicité et genre dans les jupes de femmes. Le cas des Roms/Tsiganes kaldarari de Roumanie.


Le costume féminin chez les Roms kaldarari de Roumanie, et en particulier les jupes, constitue l'objet privilégié pour observer le thème central de la vie sociale et culturelle rom, à savoir le domaine de la souillure sexuelle (vue comme provenant du rapport hétérosexuel). Les jupes sont ambivalentes du fait de protéger et/ou de propager, selon les pratiques, la souillure. L'idéologie de la souillure est un instrument de la domination envers les femmes vues comme porteuses de pollution, et par conséquent, dangereuses. En même temps, on peut observer des pratiques du pouvoir des femmes se servant d'un stigmate (souillées) et d'un objet "féminin" (les jupes) pour signifier leur appartenance ethnique et leur légitimité de femmes dans les rapports de genre. " Richesses " féminines, les jupes sont en même temps objets culturels qui incarnent les fondements symboliques rom, dont principalement, le jeu avec la frontière d'avec les Gadje.


Andrea Olivera
Développement et rapports de pouvoir : une étude de terrain avec des femmes indiennes de la Sierra Norte de Puebla (Mexique).


A travers l'analyse d'un programme d'écotourisme et la rencontre avec les femmes de la coopérative de la Maseualsiuamej Mosenyolchicauanij (en nahualt : femmes indiennes qui travaillent ensemble et se soutiennent), mon questionnement porte sur les relations de pouvoir qui s'instaurent autour d'un projet de développement, notamment entre les femmes blanches d'une ONG et les femmes indiennes de la coopérative.
La réflexion est menée sous l'angle des rapports sociaux de sexe, de race et de classe, définis comme des systèmes ayant un même type de fonctionnement - de différenciation, hiérarchisation, discrimination - et qui sont interdépendants. L'illustration de ces rapports se fait à travers l'étude des représentations et l'observation des pratiques (les attitudes, les comportements et le langage), en prenant comme point de départ un atelier d'empowerment.
Cependant, les relations de pouvoir entre les femmes, sont, selon mon hypothèse, intensifiés, si ce n'est créés par la domination masculine, le système de genre, le paradigme andro-centré, ou encore la civilisation patriarcale (selon les différentes autrices).
Par conséquent, pour essayer de comprendre comment s'articule la domination masculine, je me suis appuyée sur deux autrices (Labrecque et Guillaumin) pour en définir deux axes. D'une part, la domination institutionnalisée, ou système de genre, signifie que le développement est régi par un paradigme occidentalo-andro-centré qui influence le travail des ONG de femmes en Amérique du Sud (réduit leur caractère radical). D'autre part, la domination communautaire explique l'intensification des violences domestiques et collectives quand les femmes s'organisent. En ce qui concerne les femmes indiennes, toutes les dominations se rejoignent : Etat néolibéral raciste et machiste, structures communautaires machistes, et violence générale des hommes.

Atelier B

Irène Minder-Jeanneret
Musique en Suisse : une lacune peut en cacher une autre.


En cette année Mozart 2006, le recensement des compositrices suisses contemporaines de du célèbre Autrichien a révélé des lacunes graves dans l'historiographie helvétique. À lire les ouvrages sur la musique dans notre pays, les femmes suisses sont par définition dépourvues de génie créateur.
La musicienne suisse souffre d'un triple handicap lorsqu'il s'agit de faire reconnaître son travail créatif par l'historiographie : en tant que femme, en tant que ressortissante suisse et en tant que membre du corps musical. J'aimerais illustrer cette hypothèse à l'aide des descriptions dont nous disposons d'Isabelle de Charrière (1740-1805) musicienne.
L'approche genrée de l'historiographie musicale m'a non seulement permis de révéler des lacunes du côté de la représentation féminine, mais encore un manque d'intérêt général pour le passé culturel suisse, tout particulièrement pour le patrimoine musical. Et si l'instrument du gender mainstreaming permettait de jeter un regard entièrement nouveau sur le passé musical suisse ?

Agnese Fidecaro
Une éthique féministe de la transmission: corps, maternité et écriture dans le Journal de la création de Nancy Huston

Journal de la création (1990) est à la fois un journal de grossesse, une étude des impasses créatrices rencontrées par des femmes artistes, une analyse de la place des mères dans l'imaginaire occidental de la création, et la traversée d'une crise créatrice et existentielle qui confronte Nancy Huston à la folie. Alors que des féministes de la différence comme Annie Leclerc ont fait du rapport à la maternité, au corps et à la mère une source positive de créativité, Huston envisage ce que ce rapport peut avoir de délétère. Or l'écriture dite féminine niait paradoxalement les mères : elle partait du postulat d'une absence de tradition littéraire féminine, ne pouvait donc s'autoriser que du corps (féminin) et reproduisait ainsi un imaginaire de l'autoengendrement ou au contraire de la fusion aux conséquences mortifères.
Si Huston arrive par contraste à définir une éthique de la transmission qui accepte la mort, la discontinuité, et rend possible la maternité, c'est qu'elle réinvestit le «we think back through our mothers » de Virginia Woolf pour circuler du lien biologique à la mère aux affiliations littéraires complexes et médiatisées que permet l'inscription dans une tradition.
Cela passe chez elle par une écriture postmoderne et expérimentale qui remet en cause les oppositions du biologique et du culturel, du corps et de l'écriture, de la filiation et de l'invention de soi, et qui négocie aussi, à propos de figures comme l'hystérique ou la « femme électrique », la limite délicate entre performance et identification.

Aurélia Troupel
Parité : les clefs de la réussite


La loi du 6 juin 2000, « tendant à favoriser l'égal accès des femmes et des hommes aux mandats électoraux et fonctions électives », constitue un tournant sans précédent dans la vie politique française. Après des années de débats, les parlementaires ont admis que pour mettre un terme à la résistance des partis politiques, il était nécessaire de légiférer. Cinq ans après son inauguration, la loi sur la parité livre pourtant un bilan contrasté. Si elle a obtenu d'excellents résultats dans les assemblées locales ainsi qu'au Parlement européen, la féminisation de l'Assemblée nationale et du Sénat reste, elle, médiocre. L'objet de cette communication dans un premier temps, sera d'identifier quelles sont les conditions nécessaires à l'avènement de la parité dans les assemblées. Pour atteindre qu'il y ait autant d'hommes que de femmes élu-e-s, il faut que le nombre de sièges à pourvoir soit élevé et que le mécanisme prévu par la loi soit simple et contraignant.
Le lien entre ces deux critères et la parité d'élu-e-s a été démontré à plusieurs reprises entre 2001 et 2004. Dès que ces deux éléments sont présents, comme cela a été le cas pour les élections municipales, régionales et européennes, les pourcentages d'élues explosent. Il suffit par contre qu'un de ces éléments fasse défaut pour que la féminisation reste dérisoire car, en l'absence de règle stricte, les anciennes pratiques ressurgissent. Dès qu'ils en ont l'opportunité, les partis politiques cherchent à échapper à la féminisation de la vie politique. Dès lors et compte tenu des écarts en matière de féminisation, il s'avère nécessaire de renforcer le dispositif législatif actuel. Dans ce second volet, plusieurs dispositifs pour compléter la loi seront proposés de manière à ouvrir sur une discussion avec les participant-e-s.

Carole Villiger
Le Mouvement de Libération des Femmes suisse est-il condamné à disparaître dans les oubliettes de l'histoire ?

Alors qu'il existe une multitude de travaux sur le MLF français, le Frauen Bewegung, et le Women's Lib, la Suisse romande fait office de parent pauvre. En effet, nous avons pu observer, lors de nos recherches sur le MLF suisse romand, dans le cadre d'un travail de licence en histoire suisse contemporaine, qu'il n'existait pratiquement pas de littérature secondaire sur ce sujet.
A partir de ce constat, nous nous interrogeons sur les raisons de cette lacune et du vide historiographique qu'elle entraîne. Nous tenterons d'y apporter quelques réponses, par le biais de plusieurs hypothèses.
Puis, nous aborderons, bien entendu, la question des sources : l'étude du Mouvement de Libération des Femmes, sujet historique récent, implique inévitablement un questionnement sur le type de sources disponibles; c'est-à-dire les documents écrits et les témoignages oraux. Nous insisterons, à ce propos, sur la richesse et la spécificité du fond d'archives constitué sur le MLF, à l'Espace Femmes International, de Carouge.
Notre réflexion articulera ainsi une dimension méthodologique, en nous interrogeant sur l'apport des sources orales et écrites du MLF, et historiographique, à travers l'analyse de différents motifs, qui pourraient expliquer l'espace vide laissé par un tel thème.

Atelier C

Pauline Marchand
La grossesse comme moment de construction de la différence entre les sexes


En Suisse, actuellement, l'arrivée d'un enfant dans le cadre d'un couple hétérosexuel engendre une reconfiguration des rapports sociaux de sexe, dans le sens où ce sont les femmes qui augmentent leur participation au travail domestique au sens large (soins à l'enfant et tâches en lien avec l'entretien de la maison), et qui diminuent leur taux d'activité professionnelle. Quant aux hommes, pour la plupart, la venue d'un enfant n'affecte que peu l'organisation de leur vie professionnelle ainsi que leur participation aux tâches domestiques. Il semblerait donc que la maternité agisse comme un puissant facteur de reproduction du genre, en tout cas là où elle apparaît dans le cadre d'un couple hétérosexuel.
Partant de ce constat, je cherche à comprendre de quelle manière le genre structure la construction sociale de la grossesse en tant que « réalité biologique », en m'intéressant plus particulièrement à la manière dont les ouvrages destinés aux femmes enceintes présentent la grossesse, ainsi que la maternité et la paternité.

Céline Schnegg
« L'avortement médicamenteux : lorsque l'expérience vient aux femmes »

Lors de sa mise sur le marché, la pilule abortive (RU-486) est décrite par une majorité de médecins, patientes et militantes féministes, comme une technologie d'émancipation pour les femmes. La plupart s'accorde pour dire que cette nouvelle technique abortive permet aux femmes de se soustraire du pouvoir des médecins puisque ce sont elles seules qui prennent le médicament. Ce consensus autour du RU-486 comme technologie porteuse d'autonomie doit nous interpeller, ceci d'autant plus qu'aujourd'hui, en Suisse, près de 50% des interruptions volontaires de grossesse se font par voie médicamenteuse. Une technologie entre les mains des femmes est-elle toujours déjà émancipatrice ? Qu'en est-il du lien entre genre et technologie ? Dans quelle mesure le RU-486 participe-t-il d'une sexuation des corps féminins ? Sur la base d'entretiens recueillis dans la littérature médicale, nous aborderons ces questions et observerons l'ambivalence qui caractérise l'expérience que font les femmes de l'avortement médicamenteux. D'un côté, les femmes décrivent leur avortement comme un évènement qu'elles maîtrisent. Grâce au RU, il n'y a plus d'intermédiaire (les médecins et leurs instruments) entre les femmes et leur corps. D'un autre côté, l'avortement avec RU individualise et privatise l'avortement : les femmes deviennent les seules responsables de leur avortement et par extension, de leur grossesse non désirée. Il tend ainsi à dépolitiser les grossesses produites par le système de genre hétérosexiste. En outre, les femmes insistent sur le fait que l'avortement chimique est naturel, comme une fausse-couche. Les femmes qui avortent ne sont plus des femmes car elles rompent leur assignation naturelle à la reproduction. Aussi, en re-naturalisant leur avortement contre-nature, les femmes se re-féminisent. Que conclure ? Le RU-486, une technologie d'émancipation ou d'oppression ? Et si cette question n'était pas la bonne ?

Carine Carvalho
A difícil vida fácil. Les prostituées brésiliennes dans le canton de Vaud. Une étude sur le travail, la migration et la prostitution dans une perspective de genre.


Mon travail traite des prostituées brésiliennes dans le Canton de Vaud. Plus précisément, je me suis intéressée à leur trajectoire migratoire vers la Suisse et à leur entrée dans la prostitution, en commençant par identifier quelles étaient leurs conditions de vie et de travail dans leur pays d'origine et quels manques ou attentes la migration et l'activité prostitutionnelle sont censés combler.
Ce travail est ainsi une tentative d'apporter des éclaircissements sur les relations entre le genre, la migration, le travail et la prostitution. Dans cette étude, la prostitution sera considérée comme un mode de travail, même si cette vision est loin de faire l'unanimité. En effet, l'étude du phénomène prostitutionnel, à l'exemple de celui des migrations internationales, ne peut pas être dissocié de la dimension du travail. Elle doit faire état des possibilités, pour les personnes qui exercent la prostitution, de trouver des conditions et compensations satisfaisantes dans d'autres activités rémunérées.
J'espère démontrer que la précarisation du travail, et surtout du travail féminin, constitue un facteur déterminant dans la décision d'entrer dans la prostitution, et antérieur à cela, la décision de migrer.


Alline Pedra Jorge
«Quand elle mérite l'agression»


L'attribution de responsabilité au comportement de la femme victime de violence et la conception du monde juste
Lorsque que quelqu'un est victime d'un délit ou d'un crime, la première chose que l'on cherche à comprendre est la raison pour laquelle la personne a subi l'agression. L'être humain a un besoin fondamental de rendre le monde prévisible, il cherche donc toujours les causes et les justifications des événements et des actes comme la violence.
À cet égard, la littérature et les recherches empiriques démontrent que les individus ont plutôt tendance à expliquer les événements en mettant la responsabilité sur la personne et ses caractéristiques personnelles.
La théorie du monde juste de Lerner (1980) explique ainsi ce processus d'attribution de la responsabilité : les gens méritent ce qu'ils ont et ont ce qu'ils méritent. Ainsi, si l'on reçoit ce que l'on mérite et inversement, on pourrait penser que les événements tragiques et indésirables de la vie n'affectent que ceux et celles qui les méritent. Autrement dit, les victimes de violences ont certainement fait quelque chose pour mériter leur sort.
Ainsi, s'établit-il un processus de dévalorisation des victimes, à la suite duquel la faute est attribuée au comportement de ces dernières. Elles ne sont plus "innocentes" puisqu'elles ont motivé leur propre victimisation.
Notre travail part de l'hypothèse que la conception du monde juste est très souvent appliquée aux femmes victimes de violences. Au final, elles sont non seulement victimes d'une infraction, mais elles doivent aussi se confronter à une discrimination provenant de la société et de la justice criminelle qui jugent leur comportement lors de l'agression et les rendent indirectement responsables de ce qui leur est arrivé. Par ailleurs, certaines femmes se culpabilisent d'elles-mêmes, surtout dans le cadre de la violence sexuelle ou conjugale.
Notre contribution consistera, d'une part, à développer les aspects théoriques sous-jacents à notre hypothèse de travail et, d'autre part, à présenter quelques résultats quant à sa vérification empirique au travers de témoignages de femmes victimes de violences, démontrant un traitement discriminatoire par rapport à ces dernières.



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Journée d'études 2005

Journées d'études 2005 (LIEGE + BEC)

Le programme peut être commandé à info-liege(at)unil.ch et les résumés des contributions sont disponibles en fichier PDF

Université de Lausanne


JEUDI 14 AVRIL 2005

9H15 - 9H30 : ACCUEIL Toute la journée : salle 413 bâtiment CP2

9H30 à 12H45, PAUSE DE 11H00 A 11H15

ATELIER A
Wyss, Malika: Genre et rapport subjectif au travail
Alvarez, Elvita: Le genre au regard de la statistique
Biétry, Valérie: Organisation domestique des couples lesbiens et gays : l'influence du système de genre
Jeanneret, Sylvie: La sororisation dans les romans de Rose-Marie Pagnard et de Monique Laederach

PAUSE DE MIDI : 12H45 - 14H00

14H00 -17H40, PAUSE DE 16H00 A 16H15

ATELIER B
Yazgi, Nicolas: Genre et pouvoir en Himalaya indien
Charlery, Hélène: Image sexuelle et Identité partielle. L'américanité et l'africanisme de l'image sexuelle des femmes noires américaines
Lausselet, Rosemarie: Des principes aux pratiques chez les professionnel·le·s de la coopération : une perspective genre
Amrein, Thierry: L'influence du tourisme sur les rapports sociaux de sexe dans un village turc
Lavanchy, Anne: Femmes mapuche et mobilité au Chili

VENDREDI 15 AVRIL 2005

9H15 - 9H30 : ACCUEIL Toute la journée : salle 126 bâtiment BFSH1
9H30 - 12h45, PAUSE DE 11H00 A 11H15 (Ateliers dédoublés)

ATELIER C (salle 126)
Piot-Ziegler, Chantal (et al): Un corps à re-construire : impact identitaire et corporel de la mastectomie
Cavaleri Pendino, Antonella: Comment sortir de l'impasse des troubles alimentaires ?
Sulstarova, Brikela: Communication genrée en milieu hospitalier vaudois
Carreras, Laetitia: Les femmes sans statut légal dans l'économie domestique

ATELIER D (salle 125)
Chaponnière, Corinne: De l'éloquence à la conversation, un changement de genre
Prikhodkine, Alexei et Singy, Pascal: Français régional et normes de prestige
Groneberg, Michael: L'approche trans-disciplinaire en Etudes Genre
Modoux, Valérie: Les Ecoles Charité de Lausanne : une filière de formation féminine ?

PAUSE DE MIDI : 12H45 - 14H00

14H00 à 17H00, PAUSE DE 15H30 A 15H45

ATELIER E (salle 126)
Rolle, Valérie: Le tatouage : pratique de résistance et/ou de subversion au genre ?
Carnal, Mathieu: La mixité dans le sport : fabrique d'égalité ou de différence ? L'exemple de la pratique de tchoukball en Suisse
Dafflon Novelle, Anne: Comment les adultes se représentent-ils l'origine des différences observables entre filles et garçons ?
Lamamra, Nadia et Fassa, Farinaz: Les nouvelles technologies à l'épreuve du genre. Présentation d'une enquête menée auprès des enseignant·e·s professionnel·le·s vaudois·e·s

17H00 : Bilan du Work in progress

Dès 17H30 : Apéritif et Echanges

Résumés de toutes les contributions 2005

pour vous aider à situer les ateliers et prendre connaissance des travaux... Les résumés complets ci-dessous.


Atelier A

Malika Wyss
Genre, inégalités de salaires et de carrières et rapport subjectif au travail.


Partant d'un postulat de base selon lequel la position des femmes relativement à celle des hommes (et réciproquement) dans le monde professionnel est une construction sociale à la fois « objective » (dans les faits) et « subjective » (dans les représentations), j'aimerais proposer une réflexion sur la contribution du « rapport subjectif » qu'entretiennent les hommes et les femmes avec le travail rémunéré à l'explication des inégalités de genre dans le travail et l'emploi. A la source de cette interrogation se trouve le « paradoxe de la satisfaction au travail des femmes » observé dans de nombreux travaux antérieurs : dans la sphère professionnelle, à conditions objectives très inégales entre les hommes et les femmes, ces dernières sont aussi (voire plus) satisfaites que les premiers. L'hypothèse retenue ici est que, même si la satisfaction au travail ne mesure que de façon imparfaite les attentes que les deux sexes ont du travail rémunéré et les significations qu'ils et elles lui donnent, elle les reflète au moins de façon partielle. Et ces attentes et significations sont socialement construites, reproduites et fortement structurées par l'intériorisation par chacun des deux sexes de la division sexuelle du travail et de l'emploi et de leurs positions et rôles respectifs dans la vie sociale, plus généralement. Ma proposition consistera d'une part, à développer les aspects théoriques sous-jacents à cette hypothèse et, d'autre part, à présenter quelques résultats de sa vérification empirique à travers un ensemble d'analyses de type statistique qui constituent, par ailleurs, une partie de mon travail de thèse. Les données analysées proviennent de deux bases de données : l'enquête du Panel Suisse de Ménages (PSM : 2002) et l'Enquête Suisse sur le Marché du Travail (ESMT : 1998).


Elvita Alvarez
Le genre au regard de la statistique


Une description des analyses différentielles suivant le sexe biologique participe à une vision implicitement biaisée des statuts sexués. Le simple ajout de la catégorie « femme » au raisonnement statistique n'est donc pas suffisant pour retranscrire la réalité sociale des femmes. Il n'est plus question seulement de dénoncer les différences de sexe mais bien de considérer que la relation entre les sexes est inscrite dans des relations sociales et que celles-ci produisent des inégalités. Le traitement différencié et discriminatoire des femmes est aussi dû à une somme de variables qui co-existe avec le statut de femmes et non pas seulement au sexe biologique. Ainsi, pour décrire des situations sociales des femmes, dénoncer des injustices faites aux femmes ou encore justifier des politiques de discrimination positive, le politique doit rendre compte de mesures capable d'évaluer les rapports sociaux de sexes. La statistique se charge de cette activité et devient ainsi créatrice et référence de catégories. C'est donc un outil qui peut s'avérer très efficace pour participer de la lutte contre les discriminations.
Pourtant, jusqu'à maintenant, les indicateurs qui permettent l'identification des systèmes de relations sociales entraînant des inégalités de répartition du pouvoir et d'accès aux ressources, restent discutables. Il faut repenser les instruments de recherche, les méthodes, et surtout les catégories couramment utilisées pour qu'elles deviennent adéquates à la perception et à l'appréhension des rapports de genre. De plus, les étapes nécessaires à la production de ces indicateurs ne sont pas neutres. Le système de catégorisation, unifié et largement accepté, régule en fait et impose les interprétations des résultats. La stigmatisation et l'effet d'assignation sont des risques qui peuvent s'avérer néfastes lors de la mise en oeuvre d'une politique publique. La production statistique amène à penser le monde social en terme de catégories mais le mode de construction de celle-ci doit être pensé. Après une réflexion autour du travail de catégorisation, je propose d'illustrer ces propos par un exemple : « Engagement politique et genre, la part du sexe ».

Valérie Biétry
Organisation domestique des couples lesbiens et gays : l'influence du système de genre


Le système de genre structure l'ensemble des relations sociales, y compris celles qui ont lieu entre deux personnes du même sexe. En partant de cette constatation, mon travail examine et compare l'organisation domestique des couples lesbiens et gays et les conditions dans lesquelles celle-ci est mise en place. Au moyen d'un questionnaire, 76 couples (43 de femmes et 33 d'hommes) qui partagent le même logement ont été interrogés. Les répondant·e·s vivent principalement en Suisse Romande et dans chaque couple, les deux partenaires ont répondu chacun de façon individuelle à un questionnaire.
Les résultats obtenus montrent que la majorité des couples n'ont pas une organisation clairement définie, ce qui favorise une répartition inégalitaire des tâches ménagères, où l'un·e des partenaires s'y investit davantage que l'autre. De même que chez les couples hétérosexuels, le système de genre influence la répartition du travail domestique. Ainsi, plus les rapports de pouvoir entre les partenaires sont marqués, plus l'organisation est inégalitaire. De plus, lorsque les tâches domestiques ne sont pas partagées, celle ou celui qui occupe la position dominée en accomplit davantage que sa ou son partenaire. Des variations peuvent également être observées entre les couples lesbiens et les couples gays. Les lesbiennes, de par leur position sociale de femmes, sont plus soucieuses d'adopter une organisation égalitaire que les gays. Le fait qu'elles aient vécu par le passé en couple hétérosexuel les incite également à partager davantage le travail domestique. Cette recherche, en intégrant la dimension du genre, apporte donc quelques éléments de réponse à une question qui a été peu étudiée jusqu'à présent.


Sylvie Jeanneret
La sororisation dans les romans de Rose-Marie Pagnard et de Monique Laederach


A partir du terme de « sororisation », nous aimerions mettre en évidence les réseaux parallèles (relations humaines, connaissances, etc.) créés par les figures féminines dans des romans écrits par des femmes. Notre corpus se base sur la littérature féminine de Suisse romande, en particulier les oeuvres de Rose-Marie Pagnard et de Monique Laederach. Deux aspects seront au centre de notre réflexion : 1. les personnages de femmes et leur place dans les réseaux vertical et horizontal des relations humaines. 2. le rôle spécifique joué par le roman de formation pour la littérature féminine. Dans les deux cas nous essaierons de suivre la piste de la sororisation et de réfléchir sur sa spécificité dans le cadre des textes romanesques abordés.
Atelier B


Nicolas Yazgi
Genre & Pouvoir en Himalaya Indien


Comme il est fréquent en Inde rurale, la région himalayenne de Jaunpur est caractérisée par une idéologie patriarcale qui définit une nature féminine à deux facettes : tout à la fois potentiellement positive (si confinée domestiquement) ou extrêmement dangereuse (si autonome). Cette vision normative côtoie celle d'une masculinité homogène garante de l'ordre social, et prescrit en principe les types de comportements appropriés pour les femmes comme pour les hommes.
Pourtant, lorsque l'on observe les rapports de genre en actes, une image tout à fait différente émerge. C'est ainsi que je propose de rendre compte de trois types de pratiques qui peuvent être vues comme des instances de contre-pouvoir féminin :
- la littérature orale qui travestit, dramatise, nie ou complexifie les rapports définis par l'idéologie.
- les possessions qui permettent aux femmes, en tant que véhicules d'esprits, de donner des ordres extrêmement directifs aux hommes (et d'être obéies).
- les redéfinitions, par des femmes mariées, des catégories de parenté dans certaines situations, ce qui leur permet d'échapper à des comportements contraignants.
Comparant ces trois formes de pratiques, je montrerai comment elles génèrent, pour certaines femmes dans certains contextes, des possibilités indéniables d'agir sur ce que peuvent faire ou dire les hommes (et font apparaître des rôles masculins différenciés que l'idéologie ignore). Je montrerai toutefois également en quoi ces pratiques sont limitées par une forme d'invisibilité sociale et par une applicabilité restreinte. Tout en ouvrant des possibilités d'autonomie pour les femmes, elles contribuent donc in fine à la reproduction d'un « système » de relations asymétriques généralement défini et contrôlé par les hommes.
Je terminerai en mentionnant comment les espaces, réseaux et flux qui se développent et se densifient en Himalaya indien rural aujourd'hui sont susceptibles d'être appropriés comme autant de ressources permettant aux femmes comme aux hommes d'agir stratégiquement sur leurs sphères d'indépendance relative.
En regard des données présentées, je m'efforcerai d'expliciter mes choix théoriques dans l'optique de nourrir la discussion critique.


Charlery Hélène
Image sexuelle et Identité partielle. L'américanité et l'africanisme de l'image sexuelle des femmes noires américaines

L'analyse des représentations des femmes noires, dans la presse américaine de la Reconstruction au 19e siècle, permet d'observer la façon dont l'identité américaine des Noir·e·s a été définie au moment où l'Amérique reconstruisait son identité nationale après la guerre de Sécession à partir de 1865. En travaillant sur divers articles de la presse américaine du 19e siècle, regroupés dans les archives de la collection Making of America, on constate que les deux amendements votés après la Guerre de Sécession qui modifièrent le statut social des Noir·e·s (la libération des esclaves en 1865 et l'accès des Noir·e·s à la citoyenneté américaine en 1868), menèrent également à une construction particulière de l'identité de Noir·e·s Américain·e·s. En effet, bien que Américain·e·s sur le plan légal, les Noir·e·s, dans la presse, étaient fréquemment éloigné·e·s de la culture américaine, et par conséquent écarté·e·s de la population blanche. Cet éloignement culturel était favorisé par une manipulation de l'image des femmes noires américaines. Ce sont les représentations sexuelles de ces dernières, telles qu'elles furent édifiées par les divers auteur·e·s dans la presse, qui illustraient l'incapacité de la population noire à pleinement adopter les valeurs de la culture américaine. Les femmes noires étaient tantôt désexualisées : elles n'étaient alors pas considérées comme des femmes, mais comme des servantes, dont les valeurs morales les rendaient aptes à intégrer la société américaine avec succès. Leur image désexualisée était américanisée ou rapprochée des valeurs culturelles américaines. Elles étaient également sexualisées : elles étaient alors décrites comme des femmes amorales, incapables de s'occuper d'un foyer ou de leur propre famille. Placées à l'opposé de la femme blanche américaine, elles devenaient représentatives de l'inaptitude de la totalité de la population noire à se conformer à l'identité américaine. Leur image était alors africanisée ou assimilée à la culture africaine. Il est intéressant de constater que plus les Noir·e·s étaient américanisé·e·s sur le plan légal, plus les représentations des femmes noires américaines étaient sexualisées dans la presse. Ces diverses observations montrent que les notions d'identité et de citoyenneté peuvent être modelées sur le plan culturel de manière à intégrer ou écarter certaines minorités. Ces analyses démontrent également que l'image des femmes peut être déterminée par la majorité de manière à représenter les caractéristiques des minorités ethniques ou raciales auxquelles elles appartiennent. Enfin cette étude permet de déterminer l'origine et d'expliquer la popularité de certains stéréotypes portant sur les femmes noires, que l'on trouve toujours de nos jours dans la culture américaine, notamment au cinéma.


Rosemarie Lausselet
Des principes aux pratiques chez les professionnel·le·s de la coopération : Une perspective genre


Dès les années 90, la nécessité d'introduire une perspective de genre dans les programmes de coopération au développement a été mieux reconnue, la pertinence de cette approche étant mieux comprise et acceptée. Mais aussi bien les constats d'expert·e·s en la matière que les résultats d'évaluation mettent en évidence que la mise en oeuvre des principes - pour autant qu'ils existent - est encore insuffisante. Non seulement le but d'égalité est loin d'être atteint mais le manque d'intégration de la perspective genre nuit à l'efficacité et à la durabilité des projets/programmes de développement. A partir de ce constat, la démarche de ce travail a consisté à se pencher sur ce qui peut être considéré comme le prescrit en matière de genre dans les organismes de coopération d'une part et sur la manière dont les professionnel·le·s s'y prennent pour le mettre en oeuvre dans leur travail. Il a pour but de chercher à mieux comprendre les causes du manque d'intégration de la perspective genre dans les projets et les programmes de coopération au développement et à trouver des pistes pour y remédier. Il cherche également à savoir si un plus grand professionnalisme, c'est-à-dire un accroissement de la compétence genre, pourrait contribuer à plus d'égalité entre hommes et femmes dans ce domaine. Il met en évidence un certain nombre de bonnes pratiques qui ont permis d'institutionnaliser le genre et favorisé la promotion de l'égalité, à l'intérieur des organisations comme dans les projets/programmes, mais aussi les faiblesses qui entravent l'atteinte des objectifs d'égalité fixés.


Thierry Amrein
L'influence du tourisme sur les rapports sociaux de sexe dans un village turc

L'objet de cette recherche, menée sous forme de "terrain anthropologique" durant l'année 2004, était d'observer dans quelle mesure et sous quelles formes les rapports sociaux de sexe, et plus particulièrement la division sexuelle des activités, ont été modifiés, réarticulés, depuis l'apparition relativement récente du tourisme dans le village de Kaleköy, situé sur la côte Méditerranéenne Turque. Un village dans lequel, il faut le noter, le système patriarcal apparaît au visiteur, qu'il soit touriste ou chercheur, comme moins oppressif, plus lâche, que ne le décrit généralement la littérature anthropologique sur les sociétés rurales Turques.
Il s'agissait de percevoir dans ce lieu si, d'un indéniable développement des conditions matérielles et du niveau de vie général, a découlé, en parallèle, une amélioration du rôle et statut des femmes.
Le tourisme est considéré dans cette étude comme le facteur exogène principal, comme l'accélérateur d'un processus de mutation qui est évidemment permanent dans toute société, mais qui, dans ce village, est particulièrement repérable. Repérable d'une part en contraste avec les villages environnants qui n'ont pas été directement touché par le tourisme et, d'autre part, par la visibilité des changements. Il a en effet suffi d'une vingtaine d'années pour que la quasi-totalité des habitant·e·s soit affectée par deux bouleversements profonds : premièrement, la transformation de la source prédominante de revenus de l'agriculture/pêche au tourisme et, deuxièmement, le passage d'une économique de "subsistance "à une économie d'accumulation. Ce phénomène de rapide mutation m'a permis, si ce n'est d'être témoin du processus de changement dans sa continuité, du moins d'en observer les conséquences et d'en discuter avec une population qui en fut et reste aujourd'hui, l'acteur et le témoin. Ma proposition d'analyse de ce processus de changement social accéléré de la communauté villageoise tend à mettre en avant une pérennisation des rapports sociaux de sexe "traditionnels" et une tendance à la confiscation par les hommes des bénéfices de cette "modernisation".


Anne Lavanchy
Femmes mapuche et mobilité au Chili

Cette communication présente des pratiques féminines de mobilité qui questionnent les relations entre appartenance culturelle et localité dans le contexte des Mapuche, peuple autochtone du Chili.
L'exemple qui constitue le point de départ de ma réflexion est tiré de ma recherche doctorale. C'est celui d'une jeune femme mapuche enceinte, contrainte de quitter le domicile paternel et dont j'ai suivi le parcours la menant d'une comunidad rurale à un grand centre urbain. L'approche choisie mettra en évidence le rôle des femmes dans la constitution discursive de deux catégories présentées comme « naturellement exclusives », à savoir « les comunidades mapuche rurales » et « les Mapuche urbains ». En effet, les femmes mapuche sont présentées comme intrinsèquement liées aux catégories identitaires construites autour des notions de localité, de tradition, d'authenticité et de transmission culturelle, qui jouent également un rôle central dans les définitions du « rural » et de « l'urbain » au sein des discours sur l'appartenance autochtone.
Finalement, l'analyse de la mobilité visibilise certaines stratégies féminines. Pourtant il ne faut pas perdre de vue que ces dernières se développent dans un contexte particulier de relations de pouvoir asymétriques : les Mapuche en général et les femmes en particulier se trouvent dans une situation de déficit de pouvoir au Chili. Dans cette situation, la mobilité géographique n'implique pas de mobilité sociale.
Atelier C


Catherine Piot-Ziegler,
En collaboration avec M-L. Ben Sassi, J.-F. Delaloye, M. Demierre et E. Castelao
Un corps à re-construire : impact identitaire et corporel de la mastectomie

Le diagnostic du cancer du sein est ressenti de manière intense et son impact est alourdi lorsque la nécessité de recourir à une mastectomie est annoncée. Une étude qualitative longitudinale suit le parcours de 21 femmes à travers la maladie, les traitements et la reconstruction. Les résultats d'entretiens semi-structurés avant la reconstruction ont été analysés: les thèmes touchant à la transformation corporelle ont été relevés.
La mastectomie provoque une déconstruction de l'entité corporelle par le vide, l'asymétrie causée par l'ablation du sein. Elle induit une déstructuration, une remise en question existentielle, sociale et identitaire. Les femmes doivent faire le deuil d'une partie de leur corps qui symboliquement, dans leur parcours de vie, dans la construction de leur identité sociale et personnelle les a « faites femmes »: l'image du corps désirable véhiculé par la société, la sexualité, la maternité, l'allaitement. Les relations de « soi à soi » et aux «autres » sont modifiées. Elles montrent de la pudeur à parler de la douleur ressentie, comme si l'importance accordée au sein pouvait être assimilée à de la provocation ou à une certaine futilité. Le regard des autres est craint. Elles expriment la peur de ne plus être reconnues, désirables, d'être « autre ».
La problématique du silence occupe une place importante dans les entretiens: le silence de la femme, le silence médical, le silence du conjoint et des proches, le silence face au vide et le vide face au silence. On n'en parle pas, on ne montre pas, on ne regarde pas, on ne touche pas. Pourtant elles aimeraient savoir, parler, toucher, regarder, se montrer. Le dialogue se perd, un espace se creuse autour de la perte. Un langage doit être ré-appris, re-découvert. Le sein peut être reconstruit. Ce nouveau sein et ce nouveau corps seront à re-connaître.


Antonella Cavaleri Pendino
Comment sortir de l'impasse des troubles alimentaires ?


Bien qu'il y ait une lente évolution, la Suisse reste basée sur le modèle de la division sexuelle du travail, dans lequel l'homme est socialisé pour être pourvoyeur de sa famille et la femme pour prendre en charge les travaux domestiques et l'éducation des enfants. Afin d'être potentiellement « mariables», les femmes apprennent à se regarder et être regardées par les hommes comme des « objets » sexuels et tentent de correspondre aux normes de beauté en vigueur, dont la minceur en est une constante depuis les années soixante. Pour répondre à cette pression, beaucoup de femmes contrôlent leur appétit, or cette pratique peut déclancher des troubles pathologiques. Un des signes visibles de cette aliénation sont les récits produits par des femmes souffrant de troubles alimentaires.
Cette présentation a pour objectif de montrer la spécificité de récits produits par des femmes souffrant de troubles alimentaires et de présenter une piste thérapeutique possible pour les aider à sortir de leur impasse. Dans ce but, je vais prendre appuis sur mon travail de thèse en psychologie portant sur la modification des habitudes alimentaires par la participation à une communauté de pratique dans la perspective de la psychologie culturelle.
Dans le cadre d'une consultation spécialisée, dans laquelle se pratiquent des thérapies d'inspiration cognitivo-comportementales, a été filmée une thérapie de groupe destinée à des patientes souffrant d'hyperphagie boulimique. Une analyse des récits produits par les participantes montre qu'en début de thérapie, toutes les participantes réalisent des récits semblables, cristallisés sur l'alimentation. Elles rapportent leur expérience en extériorité par rapport à elle-même et cherchent à résoudre leur mal-être par des solutions extérieures telle qu'une opération chirurgicale. Au fil des séances, les participantes relient leur expérience à leur ressenti, évoquent des champs de plus en plus vastes de leur existence et choisissent de modifier des éléments de leur propre vie.
Ainsi, par un processus de re-narration collectif dans un groupe de pairs et grâce au soutien de thérapeutes, des femmes souffrant de troubles alimentaires peuvent sortir de leur impasse, apprendre à vivre pour elles-mêmes et développer de nouvelles possibilités de penser, de ressentir et d'agir.


Brikela Sulstarova
Aspects genrés de la communication entre les professionnel·le·s de la santé en milieu hospitalier vaudois


Les activités communicatives dans le milieu hospitalier sont de plus en plus reconnues comme jouant un rôle déterminant. La recherche, centrée plutôt vers la communication médecin/patient, ne s'est intéressée que récemment à la communication au sein d'une équipe médicale et moins encore aux échanges nuancés selon le sexe des locuteurs/trices.
Ma recherche portant sur la communication en milieu hospitalier met en perspective et de façon centrale la question du genre. Elle s'interroge d'une part sur les différences et les similitudes entre les pratiques interactionnelles des soignants femmes et hommes en milieu hospitalier vaudois et d'autre part sur les représentations relatives à ces pratiques. Le corpus d'analyse repose sur des enregistrements vidéo d'une douzaine de colloques réalisés au service de psychiatrie de liaison au CHUV et sur les entretiens avec les membres de ce service.
Mon intention dans cette présentation est de montrer la manière dont les rapports de genre sont produits et maintenus dans les interactions verbales en milieu de travail. Dans un premier temps, je présenterai un aspect quantitatif des échanges formels relatif au temps de parole des participant·e·s aux colloques et dans un deuxième temps, seront décrits quelques traits pertinents d'un point de vue de genre aux interactions formelles en milieu hospitalier vaudois: l'emploi des tabous, le choix des termes relatifs à la sexualité, le recours aux formes autodépréciatives, etc.


Laetitia Carreras
Femmes sans statut légal et économie domestique: invisibilités multiples et formes de résistance


Cette étude porte sur la manière dont les femmes sans statut légal construisent leur rapport au travail domestique, ainsi que les stratégies qu'elles développent pour y faire face. Les formes d'invisibilité - la « nature » du travail domestique et l'absence de statut légal - sont à mettre en lien avec les parcelles d'autonomie qui se développent, malgré, ou à cause de, ce contexte. De plus, l'absence de reconnaissance et de définition précise de ce travail a une incidence sur la manière dont celui ci est délégué. Dans le cadre de cette présentation, je souhaite discuter de certaines tendances qui émergent des entretiens. Un des points centraux qui se dégage est celui de l'élaboration de leur marge de manoeuvre. En effet, l'organisation du travail, les horaires et une certaine alternative envers les travaux proposés, ainsi que les liens qu'elles établissent avec les personnes employeuses (distance versus proximité) sont des éléments constitutifs de fragments d'autonomie et de résistance. En outre l'ancienneté professionnelle, comme la circularité, entre employées, de services, d'informations ou encore de travail, sont également des composantes qui permettent une possibilité d'action. Enfin, de manière plus large, le processus d'externalisation du travail domestique est à mettre en lien avec la division sexuelle, sociale et internationale du travail. Division qui va de paire avec des politiques étatiques qui assignent les femmes migrantes aux places spécifiques des femmes.

Atelier D


Corinne Chaponnière
De l'éloquence à la conversation, un changement de genre


Au tournant du XVIe et du XVIIIe siècle en France, on constate une perte de prestige de l'éloquence et de la rhétorique au profit de l'art de la conversation. Cette évolution des normes du langage parlé s'accompagne d'un changement de genre : la domination incontestée des hommes dans l'art oratoire fait place à un « tribunal des dames » en matière de conversation.
Ce passage est particulièrement intéressant à suivre dans l'oeuvre de Jean-Louis Guez de Balzac, auteur oublié aujourd'hui mais qui, au XVIIe siècle, a joué un rôle important dans la « féminisation » de l'art de la parole et de là, dans l'histoire de la langue et de la littérature françaises.
Cette étude s'inscrit dans une recherche plus vaste sur les mécanismes de sexuation des grands débats littéraires et esthétiques, soit le fait de qualifier tel style, pratique ou courant littéraire ou artistique en termes de « masculin » ou de « féminin ».


Alexei Prikhodkine, Pascal Singy
Français régional et normes de prestige


Une enquête extensive menée en Suisse romande a montré une tendance assez marquée au sein de la population locale au développement d'un certain sentiment d'insécurité linguistique à l'endroit de la variété régionale du français. Conséquence d'une conception inégalitaire de l'espace francophone, opposant un centre rayonnant à une périphérie plus ou moins dominée, ce sentiment se manifeste par une dépréciation et valorisation mêlées de l'idiome local. Cette même recherche révélait également une interaction particulière qui unit les variables genre et appartenance sociale.
L'étude intensive sur laquelle se base cette contribution avait pour but d'approcher les raisons expliquant pourquoi les représentations sociales à propos de l'idiome local de certaines catégories sociales varient en fonction du genre des individus. Dans ce papier nous présenterons la situation des membres d'une classe sociale, dite moyenne nouvelle (employé·e·s du tertiaire). Sur le plan sociolinguistique, ceux-ci témoignent globalement d'une attitude classique envers les formes vernaculaires. D'un côté, une partie notable d'entre eux s'en déprend clairement et son discours est moins empreint d'affirmations identitaires ou patrimoniales. De l'autre, les femmes de cette classe sont, au total, sensiblement plus enclines à la distance face au parler local, distance qui, en plusieurs occasions, se présente sous les traits d'une certaine dépréciation.
Nous allons particulièrement interroger les résultats qui montrent les hommes de cette classe sociale insister beaucoup plus fréquemment que les femmes sur certaines caractéristiques du français local, telle l'intensité sonore. Ce dernier constat nous invite à supposer l'existence d'un ensemble opposé de normes cachées qui attribuent une admiration latente et donc une valorisation latente elle aussi des pratiques du vernaculaire, dès lors qu'elles sont associées à la fraction masculine d'une classe sociale où le travail suppose avant tout un recours à la force physique.


Michael Groneberg
L'approche trans-disciplinaire en Etudes Genre

Aux problématiques de l'interdisciplinarité s'ajoute, à présent, une nouvelle dimension, à savoir celle de la transdisciplinarité dans le sens où la recherche transgresse les seules disciplines académiques et leur combinaison. Des exemples de recherches récentes en Etudes Genres serviront à illustrer la différence entre les approches inter- et transdisciplinaire et à proposer quelques stratégies d'implémentation. Par rapport à la dernière, je propose deux hypothèses concernant ses conditions de succès: il faut que le rapport entre les participant·e·s à la recherche soit dialogique et qu'on évite les réductionnismes disciplinaires.


Valérie Modoux
Les Ecoles de Charité de Lausanne : Une filière de formation féminine ?


Les Ecoles de Charité de Lausanne, fondées en 1726, sont une institution privée réservée en principe aux enfants pauvres et aux orphelin·e·s. Elles ont deux objectifs: Instruire les enfants pour en faire de bon·ne·s chrétien·ne·s ; leur fournir une occupation adaptée à leurs capacités et à leur condition. De par leur programme original et grâce au nombre de places disponibles, ces Ecoles ont joué un rôle important dans le paysage scolaire féminin lausannois.
Deux particularités de cette institution peuvent être mises en exergue. Premièrement, entre 1727 et 1770, elle donne la possibilité à de nombreuses filles d'acquérir une instruction de base ainsi qu'une formation pratique. Si au départ ce n'est qu'une seule classe pour les garçons qui est ouverte, les responsables des Ecoles décident rapidement de traiter garçons et filles sur un pied d'égalité et ouvrent une classe pour ces dernières. Le nombre de filles inscrites va même nécessiter l'ouverture d'une troisième classe (1739). Elles en bénéficieront jusqu'au choix des responsables de recentrer l'intérêt de l'institution sur les orphelin·e·s (1770).
La deuxième particularité des Ecoles touche aux programmes. En effet, l'instruction des filles est en constante discussion et évolution. Apprenant au départ des bases de lecture et les principes de la religion, elles vont progressivement être orientées vers une éducation les préparant à devenir de bonnes mères, épouses et/ou maîtresses de maison. Leur instruction s'oriente alors résolument vers une formation pratique.
Au XVIIIe siècle, ces Ecoles ont donc non seulement constitué une flilière de formation féminine, mais elles ont surtout joué un rôle précurseur pour l'instruction des filles à Lausanne. Ses responsables ont su habilement gérer la transmission de certaines connaissances de base, de valeurs morales et religieuses ainsi que l'apprentissage d'ouvrages propres aux filles. L'enseignement dispensé dans ces Ecoles ne visait pas le changement, mais devait avant tout jouer le rôle de ciment social; il allait surtout inculquer aux filles certaines valeurs traditionnelles.
Atelier E


Valérie Rolle
Le tatouage : pratique de résistance et/ou de subversion au genre ?

Dans le prolongement de réflexions entamées à l'occasion d'un mémoire de licence, nous souhaitons approfondir la question du genre dans la pratique du tatouage. Ce mémoire a été l'occasion d'explorer la pratique d'une nouvelle génération du tatouage, qui a émergé au cours des années 90. La majorité de ces pratiquant·e·s conforment leur projet d'encrage aux normes actuelles de définition identitaire impliquant une mise en scène de soi à travers le corps, mise en scène qui répond notamment aux exigences du genre. Les parures encrées des femmes doivent ainsi correspondre aux attributs et aux stéréotypes du féminin. L'esthétique du tatouage féminin rime avec tracés fins, ombrages légers, emplacement sur des parties du corps associées au féminin et à son pouvoir de séduction, harmonisation avec les courbes du corps, motifs d'où toute agressivité est proscrite.
Or, des auteur·e·s nord-américain·e·s (entre autres Michael Atkinson et Melissa Forbis) ont constaté qu'une partie minoritaire des tatouées remettent en cause l'appropriation qui est faite de leur corps et/ou les représentations du féminin (notamment les idéaux, ou devoirs de beauté et de séduction) grâce à leur pratique du tatouage. A travers leurs discours et leurs manières de pratiquer, elles considèrent ainsi résister, voire subvertir, certaines normes et valeurs liées au genre.
Nous proposons de présenter ces diverses formes de résistances pour ensuite tenter d'adopter une perspective critique vis-à-vis des revendications subjectives de cette minorité de pratiquantes. Notre objectif est ainsi de replacer leurs discours et leurs pratiques d'encrage dans la trame des rapports sociaux de sexe, pour voir si leurs revendications possèdent effectivement un potentiel de résistance ou de subversion du genre à un niveau social et collectif.
A cet égard, il nous semble que la portée sociale que peuvent endosser ces pratiques et les discours qui les accompagnent s'avère presque totalement étouffée, à la fois par les membres du 'milieu du tatouage' et par la société globale. Cette discussion - sur ce qui nous paraît être une impossible subversion du genre à travers une pratique revendicatrice et transgressive du tatouage - nous permet par ailleurs de repenser à la manière dont nous envisageons d'intégrer la dimension du genre dans nos recherches sur le tatouage.


Mathieu Carnal
La mixité dans la pratique sportive
Un exemple de la croyance commune en la différence biologique des sexes derrière un contrat égalitaire : La pratique du tchoukball en Suisse


Pratiquant ce sport depuis bientôt 5 ans et ayant été récemment appelé à prendre des responsabilités au niveau de la fédération suisse, j'y ai été frappé par les enjeux se dévoilant à l'orée de la mixité. Ce fût pour moi le point de départ d'une étude menée à compte personnel sur les questions soulevées par la mixité sportive dans ce contexte particulier.
Parcourant peu à peu la littérature des études genre et féministes à propos du sport, j'ai été frappé par plusieurs points qui me semblent intéressants et que j'aimerais approfondir à la lumière de ce que j'ai pu observer dans la pratique du tchoukball. Tout d'abord la pratique sportive est au coeur même de la dite « différence des sexes » et des supposées « différences biologiques ». Alors que la plupart des pratiques sportives semblent entériner la différence des sexes en séparant compétitions et souvent même les pratiques hors compétition, les pratiques mixtes semblent prendre un parti plus égalitaire et émancipateur. Mais qu'en est-il des pratiques et croyances des pratiquant·e·s ? La mixité n'ouvre t'elle pas parfois paradoxalement la porte à une nouvelle réaffirmation de la différence et donc de l'inégalité des sexes ? Telles sont les questions que je me propose de développer.


Anne Dafflon Novelle
Comment les adultes se représentent-ils l'origine des différences observables entre filles et garçons ? Résultat d'une étude effectuée auprès d'adultes parents et non parents.


Une recherche effectuée auprès d'adultes a mis en évidence que la représentation que l'on se fait de l'origine de la différence des sexes diffère selon que l'on ait des enfants ou non, et que ces enfants soient du même sexe ou non. Les adultes sans enfant placent l'origine de la différence des sexes sur un pôle socio-culturel : l'éducation, la famille, les médias, etc. seraient responsables des différences dans le comportement et l'attitude des garçons et des filles. Les adultes ayant des enfants, et encore plus particulièrement ceux ayant des enfants des deux sexes, pensent que l'origine de la différence des sexes est biologique et n'est pas due à ces facteurs socio-culturels. A mon sens, l'interprétation de ce résultat repose sur le phénomène suivant. Les parents sont convaincus d'avoir élevé leurs enfants de la même manière et d'être les personnes ayant la plus grande influence sur leurs enfants. Cependant, indépendamment de l'éducation reçue, tous les enfants passent par un stade durant lequel ils sont très rigides face au respect des stéréotypes de genre. Les parents sont très décontenancés face au comportement de leurs propres enfants qui, vers 5 ans, deviennent des prototypes du « vrai petit garçon » et de la « vraie petite fille ». Par conséquent, ils se représentent la différence des sexes comme ayant une origine plus biologique que socio-culturelle. Cette transformation dans leur représentation de l'origine de la différence des sexes après quelques années d'expérience de la parentalité pourrait avoir de multiples implications sur la manière dont les parents vont ensuite élever leurs enfants relativement aux domaines dans lesquels les stéréotypes de genre jouent un grand rôle : jouets, loisirs, activités sportives, habits, orientations scolaires et professionnelles. En effet, si les parents sont convaincus que l'origine de la différence entre garçons et filles est biologique, ils vont d'autant moins les encourager à faire des choix qui ne soient pas exclusivement typiques de leur propre sexe.

Farinaz Fassa, Nadia Lamamra
Les nouvelles technologies à l'épreuve du genre. Présentation d'une enquête menée auprès des enseignant·e·s professionnel·le·s vaudois·e·s


L'enquête que nous avons menée auprès des enseignant·e·s de la formation professionnelle du canton de Vaud sur Les Technologies de l'information et de la communication, la formation continue et l'enseignement professionnel avait pour but de mettre à jour des différences entre la façon dont les femmes et les hommes de cette population utilisent et perçoivent ces technologies. En 1999, une étude similaire a été réalisée auprès des enseignant·e·s du secondaire vaudois. Aussi, l'analyse comparative nous permet-elle d'avoir une perspective longitudinale des pratiques, des représentations et des connaissances en matière de TIC.
Outre des perceptions et des pratiques différenciées, cette enquête avait pour but d'observer si les technologies numériques participent de la construction des catégories de genre, notamment en figeant des représentations associant maîtrise des technologies et masculinité versus utilisation des technologies et féminité.
Les résultats de l'enquête vont bien dans ce sens, ils soulignent que malgré une évolution nette en matière d'accès et d'utilisation, femmes et hommes partagent des représentations communes. En effet, les répondant·e·s continuent à percevoir le monde des technologies numériques comme « masculin », où les unes seraient de « simples utilisatrices », alors que les autres seraient des « spécialistes ». Cette organisation homosexuée peut être attribuée - d'après nos résultats - à des facteurs structurels et exogènes (non reconnaissance et/ou disqualification des compétences acquises par les femmes) et à des facteurs endogènes (sous-évaluation de leurs compétences par les femmes, « autre » relation au savoir).
Cette réflexion est d'autant plus intéressante à mener que la catégorie professionnelle auprès de laquelle l'enquête a été menée est en charge de former des apprenti·e·s. Elle transmet donc, à travers le curriculum caché, des attitudes et des représentations qui touchent à ces technologies et aux savoirs qui y sont liés. L'enjeu est de taille dans un contexte où les pouvoirs publics font preuve d'un fort engagement pour la promotion des TIC dans la formation (PPP - Ecole sur le net), où le discours ambiant présente les technologies comme un passeport pour l'emploi et où les représentations des usagères et usagers intermédiaires restent largement stéréotypé.

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Journées d'études 2004-2003

19 mars 2004 : 3e Work in Progress Etudes Genre

Une publication a été réalisée, rassemblant les résumés détaillés des contributions. Elle peut être commandée gratuitement auprès du LIEGE. Elle est aussi téléchargeable (sans page de garde, en format pdf). Publication des contributions 2004.

Programme

ATELIER A. Thèmes variés.

Anne Dafflon Novelle : " Comment sais-tu que tu es une fille ? Parce que j'ai les cheveux longs ". Perception des stéréotypes de genre et construction de l'identité sexuée chez des enfants âgés de 3 à 7 ans
Huguette Junod : Le sexisme des manuels et documents scolaires utilisés au 20e siècle dans les cantons romands
Josianne Bodart Senn : Ambulancières et éducateurs du jeune enfant. Références et stratégies sexuées dans les carrières pionnières
Muriel Gilbert : Judith Butler, Antigone et la psychanalyse : quelques questions critiques
Ndeye Tening Niang : Mutilations génitales féminines en Europe : Abolitions et résistances. L'exemple des Sénégalaises et Maliennes de France

ATELIER THÉMATIQUE B.
L'ORDRE DES GENRES À TRAVERS LA DIVISION SEXUELLE DU TRAVAIL : LE TRAVAIL DES FEMMES EN SUISSE DES ANNÉES '30 À LA FIN DE LA DEUXIÈME GUERRE MONDIALE

Céline Schoeni : Politique de l'emploi et division sexuelle du travail. La délégitimation du droit au travail des femmes durant la crise des années trente en Suisse, en France et en Grande-Bretagne
Manon Schick : Les ouvrières chez Paillard SA pendant la Seconde Guerre mondiale. Un cas d'entreprise du secteur des machines
Nora Natchkova : Marché du travail, ordre intérieur et rapports sociaux de sexes dans la Suisse de la Deuxième Guerre mondiale : la gestion des mobilisations
Sabine Christe : Politique syndicale et travail féminin : l'exemple du conflit du cadran métal (1946)

ATELIER COMMUN

Anne-Line Rodriguez : Domination masculine et changement social : la migration, une opportunité de re-négocier les relations de genre ? Le cas des femmes pakistanaises à Londres
Valérie Jaccard : La représentation des figures féminines et masculines dans trois films du Nouveau Cinéma Suisse.
Céline Perrin : L'homophobie comme facteur de production du système de genre
Elvita Alvarez : " Pourquoi le sexe donnerait-il lieu à une classification quelconque ? "

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10 avril 2003 : 2e Work in Progress Etudes Genre

Aperçu du programme définitif :

9H15 - 9H30 : INTRODUCTION
MATINÉE : ATELIER COMMUN (CHATEAU)
9H30 À 12H30, PAUSE DE 11H-11H15
Marta Roca : Métamorphoses de la famille contemporaine. L'exemple des couples homosexuels
Sandor Czellar : Genre et monitorage de soi
Lorena Parini : Quels liens entre les dichotomies Egalité / Différence et Universalisme / Différentialisme
Fabienne Malbois et Magdalena Rosende : " Rapport social de sexe " et femmes dans les métiers " masculins ".

PAUSE DE MIDI : 12H30 - 13H50

APRÈS - MIDI : 2 ATELIERS EN PARALLÈLE
14H À 17H, PAUSE DE 15H20 - 15H35
A : CHATEAU DE DORIGNY
Anne-Françoise Praz : Genre et transition démographique
Kristina Schulz : "Les années 70": Le mouvement des femmes en France et en Allemagne
Thierry Delessert : L'homosexuel·le, un révélateur et un masque de la " normalité " ?
Céline Perrin : Homophobie et rapports sociaux de sexe

B : BATIMENT CENTRAL, cav - salle 4202
Jacqueline De Puy : Sortir ensemble et se respecter: Etude de faisabilité et adaptation d'un programme de prévention des violences/ promotion de la santé auprès de jeunes filles et garçons en Suisse romande
Caroline Hut : Les congés parentaux : politique publique d'égalité ?
Irène Minder-Jeanneret : De la nécessité d'intégrer les musiciennes et leur histoire sociale dans les études de musique et de musicologie
Anne Dafflon Novelle : Représentations du masculin et du féminin véhiculées dans la littérature et la presse enfantines de publication récente

17H : BILAN DE LA JOURNÉE ET QUESTIONS PLUS GÉNÉRALES (BATIMENT CENTRAL, CAV -4202)

DÈS 17H30 : APÉRITIF (BATIMENT CENTRAL, CAV - 4202)

Publication des contributions en format pdf

pdf   WIP2003.pdf  (339 Kb)

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Journées d'études 2002


25 Janvier 2002 : 1er WORKSHOP Work in Progress

Une journée de présentation de recherches en cours centrée sur les Etudes Genre a été organisée le vendredi 25 janvier 2002 à l'Université de Lausanne. Le LIEGE a co-organisé ce workshop avec le Bureau de l'égalité de l'université de Lausanne.

Ouvert aux chercheuses et chercheurs de différents niveaux (étudiantEs, doctorantEs, chercheuses et chercheurs (aussi indépendantEs), professeurEs), ce workshop leur a donné l'occasion de partager leurs travaux et projets de recherche. Une dizaine de contributions de disciplines différentes on été présentées, devant un public intéressé et dynamique. Ces journées ont aussi pour but de permettre l'échange et la discussion au sein de disciplines différentes, et de développer des contacts entre personnes intéressées au-delà des frontières universitaires habituelles.

Cette journée a été conçue aussi comme un soutien à la relève académique et poursuit le travail de mise en réseau mené par le LIEGE. Les activités du LIEGE et du bureau de l'égalité ont aussi été présentées en fin de journée.

Aperçu du programme définitif :

9h15 - 9h30 : Accueil

9h30 - 10h45 Atelier 1

Diana de la Rosa: Egalité des chances dans les entreprises (enquête auprès de PME)
Dominique Golay: Formation continue professionnelle et égalité des chances entre femmes et hommes dans l'emploi : premières analyses

11h00 - 12h15 Atelier 2

Farinaz Fassa: Ordinateur et femmes : l'éducation en question
Maryelle Budry, Michel Croisier, Julien Gruner, Manuela Rosner: Diplômes de pionniers et pionnières. Et après ?
Jean-Christophe Bourquin: Trajectoires sociales d'instituteurs et institutrices au XIXe siècle. Investissements familiaux différenciés.

12h15 - 13h45 Pause de midi - libre

13h45 - 15h00 Atelier 3

Sandrine Pache: La bisexualité: une identité de plus, des certitudes en moins
Gabrielle Hiltmann: Le chiasme de la/des différence-s sexuelle-s
Sami Aldeeb: Egalité des sexes et intégrité physique. Cas de la circoncision masculine et féminine

15h15 - 16h30 Atelier 4

Nicole Jufer: La place des femmes dans la presse écrite romande. Analyse socio-discursive.
Sylvia Ricci-Lempen
Genre, culture et modernité

16h45 - 18h00 Discussion générale et présentation des activités du BEC du LIEGE

Guite Theurillat: Présentation des activités du bureau de l'égalité des chances - BEC.
Patricia Roux et Gaël Pannatier: Présentation du Laboratoire interuniversitaire en Etudes Genre - LIEGE / développement des Etudes Genre en Suisse

Discussion générale.

18h00 ... Apéro

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