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Thèses en sciences bibliques

Thèses en cours | Thèses récemment défendues
 

Thèses en cours

Benjamin Bertho : Culture et identité chrétiennes dans l'Antioche du IIe siècle. Une réévaluation des trois livres "A Autolycus" de Théophile d'Antioche
 

Les trois livre A Autolycus, seul vestige qui nous soit parvenu de l’œuvre de Théophile d’Antioche, a longtemps été l’objet d’une appréciation générale négative, et considérés, dans le cadre strict de la littérature apologétique chrétienne, comme le travail d’un auteur mineur sur les plans théologique et littéraire. A la suite des travaux de Grant, Zeegers-Vandervorst ou encore de Droge, il s’agira de montrer qu’une lecture approfondie et nuancée de cette œuvre offre un éclairage non négligeable sur la question des identités religieuse et culturelle juive, chrétienne et païenne à Antioche au IIe siècle. En effet, évêque chrétien d’une des plus grandes villes du monde gréco-romain, présente une identité complexe, multiple, qui ne se laisse enfermer dans aucune catégorie : s’il se définit lui-même comme un chrétien, les contributions – nombreuses et influentes – du judaïsme (Philon d’Alexandrie, Flavius Josèphe, nombreux parallèles avec l’exégèse rabbinique) et de l’hellénisme (Oracles sibyllins, poètes, philosophes et dramaturges grecs, chronographes romains) dans son œuvre invitent à s’interroger sur le sens qu’il donne à cette identité. Les recherches récentes sur la question des identités religieuses dans l’Antiquité tardive, qui mettent en lumière la complexité et le caractère flou et perméable des frontières entre judaïsme, christianisme et culture classique, font de Théophile d’Antioche et de l’Ad Autolycum un objet d’étude particulièrement actuel et pertinent.

 

 

Corinne Egasse : « Presque tous ont transgressé cet ordre-là ». Lectures et réceptions du lavement des pieds en Jn 13


Le geste johannique du Maître lavant les pieds de ses disciples est interprété par Jésus comme un exemple qu’il convient de suivre ou de mettre en pratique, conformément au triple ordre donné en Jn 13.14,15,17. Or lorsque Origène écrit au IIIe s. le premier commentaire du quatrième Évangile, il constate que « presque tous ont transgressé cet ordre-là », s’il s’agit de le comprendre littéralement comme le geste de laver les pieds corporels d’un frère. En supposant qu’il ait raison, son « presque » invite à s’intéresser aux (rares ?) chrétiens de l’Antiquité qui pratiquaient physiquement le lavement des pieds, dont on trouve déjà la trace chez les veuves de 1Tm 5.10 qui ont « lavé les pieds des saints ». Nous posons l’hypothèse que l’ordre d’imitation du Jésus johannique lavant les pieds des siens a reçu dans l’Antiquité des réponses variées dont nous établirons une typologie, allant d’une imitation spirituelle par l’enseignement (Origène) à une imitation sacramentelle (Ambroise), en passant par une imitation éthique de l’humilité du Christ (Jean Chrysostome, Augustin, Cyrille d’Alexandrie, Théodore de Mopsueste), dont une variante spécifiquement féminine de préparation des martyrs à la mort (1Tm 5.10, Tertullien). Outre les Pères de l’Église déjà évoqués et plusieurs autres qui ont écrit à propos du lavement des pieds, nous étudierons également un domaine spécifique de la réception antique : la littérature apocryphe, qui renvoie un écho à Jn 13 dans le papyrus Oxyrhynque 840 (IIe s.), dans l’Évangile de Nicodème (IVe s.) et dans le Livre du coq (Ve s.).

 

 

Ani Ghazarian : Les Béatitudes dans l'Evangile selon Matthieu 5,3-12 et leur réception dans la Tradition Arménienne

Le problème que pose le prologue du Sermon sur la Montagne est de savoir si la fonction des béatitudes mt (5, 3-12) est à l'origine impérative, c'est-à-dire parénétique et si ce sens impératif couvre les éléments de la consolation et de la promesse qui sont à l'origine des macarismes. En réalité, les deux dimensions, c'est-à-dire, l'aspect christologique, et la dimension éthique sont présents dans les béatitudes mt. Afin de déterminer s'il existe un véritable glissement de sens de l'eschatologie vers l'éthique, un examen du contexte narratif des béatitudes serait la clef de lecture du texte immédiat. L'examen narratologique du contexte littéraire permettra de procéder à une compréhension plus fine du contexte narratif dans lequel les béatitudes mt s'insèrent, à savoir à la suite de trois péricopes (Mt 4,12-17; 18-22; 23-25) qui illustrent de manière programmatique le ministère de Jésus en Galilée où il enseigne (23b), il proclame la bonne nouvelle du Règne (23c) et il guérit (23d). Cette présentation du ministère de Jésus est tout entièrement centrée sur l'irruption du Règne, comme d'ailleurs tout le Sermon sur la Montagne (Mt 5,3.10.20; 6,33; 7,21). Une attention particulière à la réception du Sermon sur la Montagne chez les Pères de l'Eglise Arménienne sera accordée, afin de voir le type d'interprétation que les pères arméniens ont adopté du texte des béatitudes mt. Ceci, afin de reconstruire l'histoire de leur réception dans une filière particulière, en l'occurrence dans la tradition patristique arménienne jusqu'à présent inexplorée.

 

 

Hervé Gonzalez : Guerre et prophétie en Judée à l’époque ptolémaïque. Une étude littéraire et socio-historique de Zacharie 9-14

Ma thèse porte sur les chapitres 9-14 du livre de Zacharie, un des derniers livres prophétiques de la Bible hébraïque. Je m’intéresse plus particulièrement à la façon dont le thème de la guerre s’y déploie. Mon hypothèse principale est que cette section du livre de Zacharie est rédigée tout au long de l’époque ptolémaïque (fin du 4ème et 3ème s. av. n. è) et reflète les changements significatifs liés à cette période, notamment les conflits importants entre l’Egypte et la Syrie qui prennent place dans le Levant, les modification de politique administrative par les souverains ptoléméens et l’accroissement de l’influence de la culture grecque. Cette hypothèse permet d’expliquer au mieux la forme et le contenu de Za 9-14 dans le contexte de la littérature prophétique et plus particulièrement des douze prophètes. De plus, elle permet aussi de porter un nouveau regard sur cette période peu connue de l’histoire de la Judée.


 

Jean-François Landolt : Observer le monde et inquiéter les croyances comme conditions de possibilité du bonheur dans le livre de Qohéleth. Comprendre les appels à se réjouir à la lumière de la sagesse qohéletienne

Le livre de Qohélet est traversé d’appels à se réjouir dont les interprétations nombreuses et apparemment contrastées en reviennent souvent au même jugement. Certains, au vu de la récurrence du thème de la joie et du bien/bonheur chercheront à montrer un Qohélet « prêcheur de joie » (Whybray), quand d’autres – je prends ici à dessein les extrêmes – parleront au contraire de la joie en Qohélet comme d’un « narcotique » et donc d’une joie « ambiguë » (A. Shoors). Cette dernière compréhension de la joie narcotique s’appuie sur la vision du monde et de la condition humaine que propose le livre. Un regard qui dresse un tableau souvent qualifié de sombre que la joie à laquelle appelle Qohélet permettrait de rendre plus supportable. Cela dit, il m’est apparu que même les auteurs cherchant apparemment à valoriser le thème de la joie en reviennent toujours finalement, sur fond du regard sans faux-fuyants sur le monde, sa réalité et ses injustices, à faire de la joie dans le livre de Qohélet un pis-aller. La joie dont ils parlent est donc aussi ambiguë. En reléguant ainsi systématiquement la joie (et le bien/bonheur) en marge du discours on manque la compréhension d’un thème massivement présent. Je voudrais pouvoir montrer qu’il existe en Qohélet un discours sur la joie/le bonheur dont les conditions de possibilité seraient l’observation du monde et l’inquiétude des croyances. Loin de proposer en marge de son discours une joie pis-aller, le regard que porte le livre sur la contingence du monde, s’il vaut aussi pour lui-même, est organiquement lié au discours sur la joie ou le bonheur qui ne sont possibles qu’une fois les illusions dénoncées, c’est-à-dire une fois parés des déceptions auxquelles leurs attentes pourraient être confrontées.

 

 

Pascaline Maze-Sencier : La signification de Genèse 14
Sa configuration, son intention, sa transmission, et ses techniques de leur mise en action

Le chapitre 14 du livre de la Genèse est un texte hors du commun. Atypique et complexe.
On y découvre en effet un patriarche Abraham intervenant manu militari contre d’impressionnants rois mésopotamiens, eux-mêmes défendant une position hégémonique contre des roitelets cananéens récalcitrants, belligérants uniques en leur genre donc tous pris dans des conflits d’intérêts désaccordés qui interrogent. Or, si faire la guerre, et en ressortir, de surcroît, victorieux, apparaît déjà en soi surprenant et suffisamment préoccupant dans une histoire sous tendue par un tropisme de la postérité, c’est bien inclusivement le pourquoi faire qu’il s’agirait de cerner.
Par conséquent, ma thèse se propose de tenter d’élucider ce texte vétérotestamentaire laissé un peu à part, ce qui devrait en même temps permettre d’éclairer les raisons de cette subtile mise à l’écart.
Car dégager une architecture du sens du texte de Gn 14, c’est doter d’une pierre de construction incontournable de fait un cycle abrahamique demeuré relativement encore obscur à cet endroit. Un redimensionnement, donc, une récapitulation d’une figure identitaire majeure de la bible hébraïque.
Or, dans l’idéal, à texte unique, méthodologie identique. Deux choix s’avèrent dès lors possibles : soit inventer une méthode pour le texte de Gn 14, ce qui demeure tout à fait risqué, soit suivre rigoureusement une démarche « classique », toutefois vite soporifique. Alors c’est finalement l’un et l’autre que l’on choisira ici, de façon à ce que, d’une part, libéré de soucis de méthodologie fondamentaux, il s’avère loisible de rester autant que faire se peut au service du texte, et que, d’autre part, il apparaisse possible de laisser le récit se dévoiler sans plaquer par avance des spéculations tendant à le forcer. Un laisser-être de l’écrit tel qu’il voudra bien s’ouvrir, dans un souci de respect et d’épure – a fortiori lorsqu’il s’agit d’un texte qui constitue « un monde en soi » (von Rad).
Ainsi, dès la critique textuelle, on peut remarquer que le chapitre entretient de façon remarquable un dialogue continu avec un écrit qumrânien (1QapGen). Par une étude concomitante des deux textes, il semblerait alors possible de relever de sérieux indices quant à la datation du texte biblique, son auteur, l’intention fondamentale et la théologie de ce dernier.
Toutefois, au regard de la densité des écrits, c’est peut-être plutôt des datations, des auteurs et des théologies qu’il va s’agir de traiter, puis d’articuler.
Pour ce faire, la progression intellectuelle s’appuiera sur une structure articulée en six points :
1. La critique textuelle de Gn 14
2. Une étude comparative de Gn 14 et de l’Ap Gen
3. L’analyse narrative de Gn 14
4. La recherche de la forme, du genre et des traditions
5. L’analyse rédactionnelle
6. L’interprétation
Fort de cela, le texte de Gn 14 révèlerait des effets miroirs, avec embellissements et caricatures, entre attractions et répulsions, alliances et oppositions, au service, certainement, d’un enjeu identitaire fondateur, travaillé dans un contexte particulier qui pouvait faire reculer l’accessibilité à une tradition patriarcale structurante.

 

 

Fabian Pfitzmann: Les origines du dieu YHWH

Ma recherche de doctorat reprend la question des origines du dieu YHWH. Depuis plus d’un siècle, il existe une hypothèse insuffisamment fondée dans la recherche vétérotestamentaire, selon laquelle YHWH serait originaire du Sud, peut-être du désert édomite. Il faut dire, néanmoins, que les origines exactes de YHWH sont restées assez énigmatiques et la recherche reste imprécise sur beaucoup de points. En effet, cette origine est difficilement « articulable » aux autres origines de YHWH affirmées dans l’Ancien Testament. Si YHWH est une divinité qui provient du Sud quel lien existe-il entre cette origine et le cycle de l’exode ? Et comment YHWH est-il venu jusqu’en Israël pour finalement prendre le dessus sur d’autres divinités ?
Ma méthode pour mener à bien ma recherche est la suivante :
1) l’exégèse de 4 textes poétiques qui se trouvent hors du Pentateuque et qui affirment une origine sudiste de YHWH : Jg 5,4-5 ; Dt 33,2 ; Hab 3,3 et Ps 68,8-9. Ces textes forment une tradition à part, indépendante du cycle du Sinaï, cycle dont la vieille datation a été mise à mal ces dernières années.
2) l’exégèse d’Ex 2-4.18* qui s’insère difficilement dans le cycle de l’exode et qui situe l’origine du YHWH biblique à Madian hors d’Israël, dans un lieu différent du Sinaï et de l’Egypte. La question du lien de ces textes avec le cycle de l’exode est donc aussi traitée ici.
3) Les sources extra-bibiliques qui attestent les premières mentions de YHWH hors d’Israël.

 

Maïeul Rouquette : Projet de thèse sous la direction de E. Malamut et F. Amsler
Mémoires d'apôtres des îles méditerranéennes :  le cas de Tite pour la  Crète et de Barnabé pour Chypre

Les processus en œuvre dans le souvenir des apôtres constituent l'objet principal de notre recherche,  selon deux axes :
- Un axe chronologique, qui s'intéresse au processus de réécriture des souvenirs apostoliques.
- Un axe géographique, qui s'intéresse au processus de diffusion, autour des notions de marges et de points de passages.

Le cas des apôtres Barnabé, associé à Chypre, et Tite, associé à la Crète, constitue un lieu-test d'une telle problématique.
Notre travail se basera essentiellement sur des sources narratives, sans exclusive cependant. Il analysera non seulement la diffusion de ces sources, mais aussi les transformations des lieux hagiographiques et des motifs narratifs qu'elles contiennent. Autant que possible, il tentera d'expliquer ces transformations par le contexte, qu'il soit géographique, politique ou ecclésial.
 

 

Pierre de Salis : Autorité et mémoire - Etude de la réception des figures d'autorité de l'apôtre Paul du Ier au IIIe siècle (thèse réalisée en co-tutelle avec l'Ecole Pratique des Hautes Etudes, Paris)


L’objet de cette recherche part du questionnement initial suivant : la lettre paulinienne comme outil de résolution de conflits a-t-elle fait école ? Et si oui, comment ?
Dans sa carrière, l’apôtre Paul a été confronté à différentes situations conflictuelles ecclésiales et/ou personnelles. Il a ainsi utilisé les ressources du genre épistolaire non seulement pour transmettre un message, mais aussi pour résoudre des conflits. Ainsi, à titre d’exemple, on mentionnera la célèbre « crise corinthienne » (dont le paroxysme est reflété dans les chapitres 10 à 13 de la 2e Epître aux Corinthiens). Paul en tant qu’énonciateur, y déploie différentes figures de soi appelées à faire acte d’autorité : l’apôtre dépossédé de son bien (la communauté ecclésiale en train de passer sous l’emprise de ses adversaires à Corinthe), le père fondateur, l’ambassadeur, le serviteur souffrant.
Il s’agira de commencer par examiner sous cet angle les sept lettres de Paul réputées authentiques, en réalisant un inventaire sommaire des différentes figures d’autorité qui s’y déploient, et d’en mesurer les effets. D’un point de vue exégétique, cette enquête portera sur les liens entre autobiographie et affirmation de soi dans le corpus paulinien.
L’enquête portera ensuite sur l’examen serré, d’un point de vue historique, des témoignages rendus à la figure de l’apôtre par quelques témoins clés du 1er au 3 siècle, à savoir la réception canonique de Paul (Actes des apôtres, épîtres deutéropauliniennes, épîtres pastorales), la réception extracanonique de Paul contemporaine du Nouveau Testament (Epître aux Corinthiens de Clément de Rome), la réception pseudépigraphe ultérieure (Actes de Paul et 3e Epître aux Corinthiens), la littérature gnostique (Prière de Paul, Apocalypse de Paul). Il sera intéressant, à l’issue de cette reconstitution historique des figures d’autorité de Paul, de mesurer l’évolution et les transformations sur le plan doctrinal, en s’intéressant à ce que les auteurs qui ont fait œuvre de théologiens dans le sillage de l’apôtre ont voulu effectivement faire et dire, comment ils ont fait évoluer « la théologie » de Paul, à quelles préoccupations ecclésiales ou spirituelles du moment ils ont voulu répondre, quels messages ils ont cherché à transmettre, face à quels fronts polémiques ils ont voulu entrer en action. Mon propos ici sera de chercher à identifier, vérifier et évaluer le rôle joué (ou les rôles joués) par ces différentes convocations littéraires des figures d’autorité de l’apôtre.

 

Andrey Vinogradov : les Actes d'André et de Matthias dans la ville des anthropophages

Le travail de thèse porte sur les Actes d'André et de Matthias dans la ville des anthropophages, un texte daté généralement du début du Ve siècle, étiqueté « apocryphe » et pourtant très populaire tout au long de l'Antiquité tardive et du Moyen Age. Mais actuellement ce récit est tout juste connu des seuls spécialistes et encore est-il largement négligé par les chercheurs jusqu’à aujourd’hui. La recherche se déploiera dans deux champs.
Le premier sera l'étude du texte grec, à travers sa tradition manuscrite, ses remaniements et ses traductions dans les différentes langues du monde chrétien (copte, arabe, éthiopien, syriaque, arménien, géorgien, latin, slavon, vieil anglais). Cette étude aura pour but la reconstruction d’un texte aussi proche que possible de l’original supposé et son édition critique.
Le second aspect de la recherche donnera lieu à la rédaction de notes de commentaire de l’œuvre, selon deux axes principaux. Il s’agira, d’une part, d’analyser les principaux thèmes, les idées théologiques, les motifs et autres realia ainsi que les éventuels fronts polémiques dans l’espoir de pouvoir trancher l'épineuse question du contexte historique de production de ce texte (Scythie ou Egypte). Il conviendra d’examiner, d’autre part, les traditions que ce récit partage avec d’autres textes, relatifs à l’apôtre André notamment, de manière à pouvoir déterminer sa place dans la littérature apocryphe chrétienne et plus largement au sein de la littérature chrétienne ancienne.

Thèses récemment défendues

 

Anne-Laure Zwilling : Frères et soeurs dans la Bible: la mise en récit des relations fraternelles dans les textes de l'Ancien et du Nouveau Testament


Aujourd'hui, la fraternité est souvent posée comme un modèle de bonne relation humaine: les chrétiens, notamment, se disent volontiers "frères". Cependant, le premier récit de relation entre frères dans la Bible rapporte un meurtre (Gn 4), et ce récit a retenu l'essentiel de l'attention des exégètes s'intéressant à la relation fraternelle. Entre idéal relationnel et fratricide, où est donc la relation fraternelle? Qu'en disent les textes bibliques?
Nombre d'entre eux traitent des aspects pratiques et juridiques des relations entre frères et soeurs, notamment dans l'Ancien Testament; mais ce champ-là est déjà bien exploré. Par contre, une recherche d'ensemble sur la façon dont les récits bibliques comprennent et expriment la relation entre frères et soeurs restait encore à faire : c'est le projet de cette thèse. Pour cela, j'ai pris en compte les récits bibliques mettant en scène des frères et/ou des soeurs. Cinq de ces récits sont dans l'Ancien Testament: Gn 4,1-16 (Caïn et Abel), 25-33 (Jacob et Esaü), 29-30 (Rachel et Léa), 37-50 (Joseph et ses frères), 2 S 13 (Tamar et Absalom). Les deux autres se trouvent dans le Nouveau Testament; l'un met en scène deux soeurs (Lc 10,38-42) et l'autre deux frères (Lc 15,11-32).
Il s'agit d'abord de montrer comment ces récits expriment les rapports entre frères et soeurs: quels sont les liens établis? Avec qui? Et comment ces rapports évoluent-ils? Pour cela, j'étudie ce qui est dit et montré de la relation fraternelle - mais aussi ce qui en est tu. Je cherche enfin s'il est possible de dégager un enseignement de ces récits, s'ils mettent en place un modèle de relation fraternelle, et dans ce cas lequel.

 

 

Simon Butticaz : L'identité de l'Eglise dans les Actes des apôtres. De la restauration d'Israël à la domination universelle


L'antijudaïsme des écrits néotestamentaires est un sujet particulièrement brûlant de l'exégèse biblique moderne. Suite à la tragédie de la Shoah, il est en effet devenu urgent d'ausculter les textes de la tradition chrétienne pour en déceler de possibles ferments anti-juifs. Les évangiles de Jean et de Matthieu sont devenus les cibles prioritaires des exégètes. La double oeuvre de Luc, à laquelle notre projet de thèse est consacré, n'est pas en reste. Depuis bientôt trois décennies, le débat fait rage. Loin de tout consensus, ce sont deux lectures contradictoires qui ont vu le jour, désireuses de préciser l'image du judaïsme chez Luc : d'un côté, l'exégèse traditionnelle, animée par le tandem E. Haenchen - H. Conzelmann et récemment ravivée par des chercheurs comme Jack T. Sanders ou H. Räisänen, identifie dans les Actes de Luc l'histoire d'un échec de la prédication chrétienne à l'endroit d'Israël. Ce faisant, le peuple juif serait évincé de l'histoire des promesses et remplacé dans l'ordre du salut par une Eglise chrétienne issue de la gentilité. De l'autre côté, refusant le paradigme de la rupture entre christianisme et judaïsme, des exégètes comme J. Jervell ou G. Lohfink ont souligné la continuité forte construite par Luc entre l'Eglise et Israël, qualifiant l'oeuvre à Théophile de « final chapter in the history of the people of God » (Jervell, « The Future of the Past », 1996, p. 110). Entre ces deux lectures, l'abîme est vertigineux. Notre projet de recherche souhaite rouvrir ce dossier sous un angle novateur. En effet, le propos de l'auteur des Actes n'est pas tant de statuer sur le sort d'Israël suite au tournant christologique que de raconter l'essor géographique de la Parole et la progressive émergence de l'Eglise sous l'égide de la providence. C'est pourquoi un retournement de perspective s'impose : c'est bien en creux de l'ecclésiologie que l'image du judaïsme se construit et doit être étudiée. Dit autrement, nous voulons approcher le dossier juif sous l'angle de l'identité ecclésiale fixée au fil du récit. Or, dans cette optique, autant la thèse de la substitution que celle du prolongement substantiel entre judaïsme et christianisme nous semblent erronées : l'identité chrétienne des Actes se situe bien plus à l'articulation du particularisme juif et de l'universalisme romain, aspirant à réaliser conjointement la restauration d'Israël et l'Empire sans fin d'Auguste. Une identité, pour ainsi dire, entre continuité et discontinuité.

 

 

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