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258 (2001/2) Les Contextes de la littérature : études littéraires, sciences sociales, épistémologie - Edité par Jérôme David

On assiste depuis une dizaine d'années au renouvellement des questionnements relatifs à la contextualisation des phénomènes culturels, à la spécificité des interprétations savante et littéraire, ou au statut de l'expérience ordinaire, voire artistique, dans l'investigation scientifique. Ces reformulations du rapport à l'objet d'étude, partagées par les études littéraires et les sciences sociales, et proches dans leurs termes, ont rendu possible la convergence croissante de quelques lignes de recherche.
S'interroger sur la notion de contexte oblige à transformer des évidences en autant de problèmes féconds: la littérature n'existe-t-elle jamais que coupée de son contexte? Ne constitue-t-on pas plutôt, par une coupure aussi nette et définitive, un type particulier de textes? Le contexte peut-il être grossièrement assimilé à tout ce que le texte n'est pas? En d'autres termes: que devient la littérature lorsqu'on varie ses contextes d'interprétation?

SOMMAIRE

Jérôme DAVID - Avant-propos (p. 5-8)

Franco MORETTI - Hypothèses sur la littérature mondiale (p. 9-24)

Le retour à la vieille ambition d'étudier la Weltliteratur implique que la littérature comparée s'arme de nouvelles hypothèses. Il existe un système-monde de la littérature que les méthodes traditionnelles s'interdisent d'envisager dans l'unité de ses échanges inégaux. L'exemple de la vague de diffusion du roman moderne à l'échelle mondiale, entre 1750 et 1950, montre la fécondité d'une approche privilégiant la distance aux textes («distant reading») sur la microlecture. L'étude du compromis que toute littérature locale doit faire avec une forme dominante importée éclaire la façon dont la structure du système mondial de la littérature peut traverser certains textes jusque dans le détail de leur dispositif énonciatif. Ce regard neuf sur la genèse des formes littéraires invite à rapprocher la littérature comparée d'une histoire culturelle renouvelée.

Isabelle KALINOWSKI - Traduction n'est pas médiation. Un regard sociologique sur les traducteurs français de Hölderlin (p. 25-50)

La question de la traduction envisagée d'un point de vue empirique, plutôt que normatif, suppose l'étude des traducteurs autant que celle des textes. La diversité des traductions françaises de la poésie de Hölderlin témoigne des divisions possibles de cette population. Les conceptions théoriques divergentes de la traduction et de la poésie peuvent être rapportées à des enjeux propres au champ littéraire français. Elles pèsent par ailleurs sur le traitement stylistique des poèmes allemands en français.

Clara LÉVY - Les œuvres de Romain Gary à l'aune de la judéité. Littérature et contexte social : le poids de la variable ethnico-religieuse (p. 51-74)

La littérature est un phénomène culturel dont l'étude gagne à englober davantage de facteurs sociologiques que la seule origine sociale. Le critère de l'appartenance ethnico-religieuse s'avère éclairant dans le cas de Romain Gary. Son expérience de la judéité aide à comprendre la cohérence et la signification de certains traits de son écriture, comme la mise en scène de la dissimulation et du secret, ou l'ironie et l'humour.

Florence DUPONT - L’inscription de l’écriture tragique dans le temps rituel en Grèce et à Rome. Réflexions sur l'usage de la pragmatique associée à l'anthropologie        (p. 75-96)

La révolution pragmatique dans l'interprétation des textes anciens, grecs et romains, en a bouleversé le statut énonciatif. Elle invite désormais à restituer leur valeur performative spécifique. L'inscription des tragédies antiques dans le contexte rituel des Jeux Scéniques romains ou des Grandes Dionysies conduit ainsi à reconsidérer la notion de personnage. L'étude des masques d’Electre et de Médée montre comment ils assuraient l'articulation de la permanence du temps des dieux et de l'impermanence du temps des hommes.

Claude REICHLER - Un texte est un migrant. L'exemple d'une relation jésuite écrite en 1636 (p. 97-120)

L'étude de la description d'une cérémonie huronne par un missionnaire jésuite du XVIIe siècle fait apparaître des contextes diversifiés. Un tel texte renvoie d'abord à l'interaction concrète entre les Indiens et les Européens, et donc entre leurs systèmes respectifs de références culturelles. Il est ensuite constitué comme dialogue avec les différents lectorats visés, dialogue qu'une analyse historique et textuelle restitue. Il donne enfin lieu à des interprétations nouvelles, dans des sphères de connaissance étrangères à celle qui présidait à sa rédaction, comme le montre l'exemple de l'usage qu'en fera Lafitau près d'un siècle plus tard.

Pierre-Henri CASTEL - Amiel, ou la métamorphose de l’obsédé (p. 121-150)

La genèse de la névrose obsessionnelle implique plusieurs courts-circuits entre littérature, morale et psychopathologie. Le Journal d'Amiel fut considéré par les spécialistes de l'obsession comme un argument en faveur de la nature psychique, et non physiologique, de cette névrose. Les moralistes y ont vu l'illustration exemplaire de cette « maladie de la volonté » qui menaçait l'ensemble de la société européenne. Dans les deux cas, ils passèrent sous silence les conditions sociales, culturelles et intellectuelles d'émergence et d'individualisation de la maladie: découverte par la bourgeoisie inquiète de l'individu moderne et de la société de masse ; et mise en oeuvre par le patient lui-même d'une rationalisation concurrente, anticipant, voire commandant à distance l'objectivation médicale de ses troubles.

Jérôme DAVID - Du bon usage littéraire des contextes (p. 151-175)

Le texte, comme ressource aveugle d'éléments signifiants offerts à l'interrogation du lecteur, ne devient lisible qu'à condition d'en organiser certaines composantes en une configuration cohérente. Dans le cas des études littéraires, cette détermination suppose un geste théorique qui décide du même coup du sort réservé au contexte. Depuis une vingtaine d’années, les échanges sporadiques entre études littéraires et sciences sociales ont suggéré trois types possibles de contextualisation de la littérature: sociohistorique; épistémique; éthique. Cet article dresse un référentiel heuristique combinant ces trois axes, afin d'établir une sorte de « topologie » de la littérature étudiée dans un dialogue avec les sciences sociales. Il s'interroge en conclusion sur la nature des corrélations entre contextualisations et configurations textuelles.

Liste des contributeurs (p. 176)

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