2020 - Inde

RÉSEAU D'INTELLECTUELS AUTOCHTONES/ADIVASI (JHARKHAND) ET RITES DE "LA MÈRE DU MILLET" (ODISHA) (INDE)

 

Prof. Raphael Rousseleau

 

De janvier à mars 2020, j’ai effectué un terrain ethnographique de trois mois en Inde. Ce moment a été l’occasion de participer comme invité à une conférence organisée par un grand collectif d’intellectuels adivasi ou autochtones de l’Inde, dans la capitale de l’Etat indien du Jharkhand, puis de revisiter mon terrain de thèse chez les Jodia Poraja, en Odisha.

La conférence, tout d’abord, réunissait surtout des intellectuels Adivasi et indigènes de toute l’Inde, à Ranchi, dans un Etat à forte population Adivasi, autour du thème fédérateur d’une «Indigenous philosophy» (Adivasi darshan) à définir. La conférence a été inaugurée par le Chief minister de l’Etat, lui-même Adivasi, et a fait l’objet d’une forte couverture médiatique régionale. De mon côté, ce fut l’occasion de prendre contact avec un réseau de militants et écrivains indigènes, utilisant notamment les réseaux sociaux et Internet pour unifier leurs revendications dans un mouvement pan-indien en formation. Suite à l’enthousiasme des participants, une seconde édition du colloque était déjà lancée, mais la Covid en a malheureusement ruiné la possibilité pour le moment. J’ai entre-temps déposé un projet fns sur ces réseaux, leur histoire et leurs discours, pour lequel j’attends le résultat en septembre 2021.

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Je me suis ensuite rendu en Odisha, dans un contexte cette fois totalement villageois, chez les Jodia Porja, un groupe adivasi des hautes terres de l’Odisha cultivant surtout le riz et le millet. J’y ai participé à la longue fête de la « mère du millet », la divinité (devata) principale des Jodia, qui n’a aucun autel visible mais est célébrée et ‘incarnée’ périodiquement à la fois dans une jeune fille, dans un panier de grains et dans une petite effigie représentant une reine termite ! 

(voir la photo, montrant la jeune fille, le panier qu’elle porte, et la termitière, dont la terre servira à confectionner l’effigie)

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Ce terrain m’a permis de confirmer ces points que je n’avais pu voir auparavant, et d’approfondir la ‘pragmatique du mythe’ de cette déesse, en m’inspirant des écrits de Claude Calame. Une brève description du rituel a été publiée, mais l’analyse élaborée fera l’objet d’une publication, dès que l’enseignement me le permettra…

(photo ci-dessous du dessin sur le mur derrière le panier de millet, donnant à voir les divinités convoquées, avec les chanteurs au premier plan)

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Le reste du temps a permis d’approfondir mes enquêtes antérieures sur les rituels thérapeutiques jodia, mettant en œuvre des « maîtresses » (gurumai) de possession dont les actions et discours sont aussi proches du chamanisme (voir photo).

 

Là encore, un second terrain prévu en janvier 2021 devait me permettre de documenter une fête complémentaire, mais la Covid-19 a tout annulé. 

Vu les conditions, et avec l’accord du directeur du CIHSR, les fonds épargnés pour ce deuxième voyage ont été utilisés comme contribution à la coopérative paysanne locale à laquelle les villageois avec lesquels j’ai travaillé sont affiliés. 

 

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