Axes thématiques

Histoire de la formation et de l'institutionnalisation des savoirs et des pratiques de la recherche en sciences des religions. | Translatio : Traduction, circulation et transfert de concepts en contextes européen et extra-européen. | Les dialogues entre histoire et anthropologie | L’anthropologie esthétique : arts, visualité et perception sensorielle | Histoire et mémoire
 

Histoire de la formation et de l'institutionnalisation des savoirs et des pratiques de la recherche en sciences des religions.

Cet axe recoupe un ensemble de recherches visant à reconstituer l’émergence et l’évolution, depuis la Renaissance, de connaissances et de méthodes d’enquête sur les religions et « la religion », entendue comme phénomène universel, et plus généralement sur « l’homme », et donnant naissance au cours de l’époque moderne aux sciences des religions et à l’anthropologie, comme « science de l’homme ». Les contributions de la philologie – comme savoir consacré à la fois à la critique des textes et à l’histoire des langues –, de l’histoire comparée des religions, d’une première forme d’ethnographie comprise comme une science des mœurs et des coutumes de « tous les peuples du monde », des savoirs antiquaires, comme connaissance érudite des traces matérielles laissées par les civilisations de l’antiquité, sont en particulier étudiés. Les conditions culturelles, sociales, politiques et matérielles de la fabrication de ces savoirs sont aussi prises en compte. Remettant en cause une histoire des sciences des religions qui les fait naître d’une distanciation avec la théologie, contemporaine du processus de séparation de l’Eglise et de l’Etat, ces recherches envisagent l’autonomisation de ces sciences des religions et l’essor de l’anthropologie comme un processus inscrit dans la longue durée, dans lequel la redécouverte de l’antiquité à la fin du Moyen Âge, le contact avec de nouveaux horizons culturels par les voyageurs dès la fin du XVe siècle, et la confrontation confessionnelle à l’intérieur des sociétés chrétiennes occidentales ont joué un rôle central. Au lieu de reproduire le récit traditionnel d’une émancipation de ces sciences vis-à-vis de la théologie, ces recherches analysent leur construction comme une évolution interne au discours religieux chrétien de l’époque moderne, et mettent en particulier en évidence la transformation de son contenu apologétique. Le processus est ainsi considéré jusqu’à la fin du XIXe siècle, à l’époque où les sciences des religions se dotent des institutions et des formes de communication scientifique qui la consacrent comme une discipline académique.

Translatio : Traduction, circulation et transfert de concepts en contextes européen et extra-européen.

Cet axe est consacré à une réflexion sur les processus et les conséquences historico-culturels de la traduction et du réemploi des concepts à deux niveaux distincts. D’abord d’une culture dans les termes d’une autre ; ensuite d’un domaine du savoir vers un autre. Les recherches menées dans cette perspective portent notamment sur le transfert de la notion de ‘religion’ (ou encore de ‘modernité’, ‘tradition’, etc.) de l’Europe vers l’Amérique latine, l’Inde et ailleurs, en tentant d’approfondir les déplacements sémantiques et les implications socio-politiques que ce processus comporte, mais aussi les ‘malentendus productifs’ auxquels ils ont pu donner lieu.
Un second volet d’étude, représenté aussi par des membres associés, porte  sur des transferts entre domaines relativement distincts, comme celui de savoirs ‘savants’, dans des contextes culturellement et socialement subalternes ; mais aussi, au contraire, sur l’institutionnalisation de ‘savoirs populaires ou indigènes’ ; sur l’usage de paradigmes et références scientifiques dans la littérature parascientifique mais aussi, à l’inverse, la reprise par des scientifiques de thèmes ésotériques-parascientifiques.

Les dialogues entre histoire et anthropologie

Cet axe ouvre une réflexion transversale sur les deux disciplines majeures représentées à l’IHAR, à savoir, l’anthropologie et l’histoire. Il s’agit de réfléchir, conjointement avec les jeunes chercheurs, aux articulations de ces deux disciplines, notamment leurs emprunts réciproques (et effet de miroir légitimant), leurs limites respectives (au niveau des sources et de leurs méthodes interprétatives), ainsi qu’aux grandes lignes qu’elles dégagent de la masse des ‘faits’, en y opérant des choix de pertinence pour les ordonner et les interpréter.
A ce propos, nous nous intéressons particulièrement aux pratiques de la comparaison. Si cette démarche est implicite dans tout travail intellectuel, il s’agit ici d’en expliciter les variantes, les méthodes et les enjeux, notamment en relisant les auteurs qui se sont vraiment attaqué à cette question. Seront ainsi thématisés des types de comparaison, des objets (concepts, discours, organisations sociales, dispositifs, problèmes et contradictions internes, etc.) et des conditions de l’exercice comparatif.

L’anthropologie esthétique : arts, visualité et perception sensorielle

Plusieurs membres de l’IHAR s’intéressent à la réflexion esthétique, (dans la tradition anthropologique de Lévi-Strauss à Gell, en passant par l’approche morphologique allemande), à partir de la question de l’appréhension sensible des phénomènes et institutions socio-culturels, abordés en histoire des religions. Cette dimension importante du ‘vécu’ (qui se manifeste notamment dans le cadre des rituels) est en effet souvent occultée (par la nature des sources elles-mêmes) dans une approche exclusivement textuelle.
La prise en compte de cet aspect des faits est indissociable d’un mode d’approche capable de restituer l’enchainement des comportements, les gestes, les regards - mais aussi la matérialité et la forme des objets, des habits, des tons employés durant les célébrations. Afin de rendre compte de ces dimensions sensibles et qualitatives, l’usage de la photo ou de la caméra devient incontournable, dans le prolongement de représentations iconographiques plus anciennes. Les images permettent non seulement de documenter et de restituer certaines pratiques (en particulier cultuelles), mais offre en outre un support fondamental pour interroger autrement la question de l’efficacité des dispositifs mis en œuvre. La nature synthétique de ces dispositifs peut être seule saisie par, et analysée moyennant, un autre dispositif, à vocation également synthétique, comme la caméra. Cette perspective incite enfin à interroger le statut épistémologique du dispositif technique lui-même, ainsi que le statut de la technique (dont le numérique) dans la production des savoirs contemporains sur l’Humain.

Histoire et mémoire

La mémoire collective est constituée par l'ensemble des usages sociaux qu’un groupe fait de son passé, en vue de finalités qui sont contingentes de son présent. La mémoire collective n’est pas une métaphore, c’est une réalité sociale tangible soutenue par les efforts conscients d'un groupe. Les formations sociales disposent d'instruments – variables en fonction de leur nature, religion, nation, classe, minorité, famille etc. – qui produisent et font circuler ses manières de se représenter le passé. La fonction de la mémoire collective est double : elle permet d'une part la cohésion et l'intégration du groupe, elle assure d'autre part la continuité, la pérennité du passé dans le présent.
Pendant longtemps les historiens ont cru que les mémoires minoritaires étaient plus fragiles que les autres. Philippe Joutard dans une enquête pionnière sur les Camisards, ces huguenots des Cévennes persécutés pendant les guerres de religions, a montré comment leur identité s’était constituée autour du récit de ce traumatisme ancien, maintenu vivant pendant plusieurs siècles au point de cristalliser une identité sociale forte. Il en a observé les restes ténus jusque dans le contemporain. Yosef Hayim Yerushalmi dans un travail ambitieux et original s’est confronté au fonctionnement de la mémoire juive, caractérisé par une étonnante pérennité résistante à deux millénaires d’exil, mettant en évidence qu’on était là face à une structure essentielle pour comprendre le judaïsme comme système politico-religieux.
Il s’agit dans le cadre de cet axe de tenter de comparer des fonctionnements mémoriels, de rechercher leurs ressemblance et leurs divergences.

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